Le chapitre 7 de Moroni est étonnant d’une part par la présence de notions appartenant en fait au Nouveau Testament et d’autre part par la structure remarquable de ce chapitre. La première n’est pas résolue, mais la seconde montre définitivement que Joseph Smith n’en est pas l’auteur.

Le Message caché de Moroni 7

par David Richins

Blog The Lunch is free

27 août 2016

Merci à Frédéric Sorhaitz d’avoir attiré notre attention sur cet article.

  

Pendant que je travaillais à mon précédent article, l’idée a germé en moi qu’il devait y avoir une structure au chapitre 7 de Moroni. Je savais qu’il y a un certain nombre de chiasmes dans ce chapitre, mais je voulais voir si je pouvais trouver une sorte de chiasme coiffant le tout ou une autre structure poétique.

Il m’a fallu un peu de temps, mais j’ai fini par dégager la totalité de la structure. La beauté et la complexité en sont si puissantes et si frappantes que je ne vois pas comment on pourrait prétendre que c’est le fait du hasard. J’ai déjà dit que je ne pensais pas qu’il soit possible de prouver la véracité du Livre de Mormon. Cependant, dans mon esprit, la richesse de la poésie du Livre de Mormon nous rapproche du stade de la preuve. Non seulement il est passionnant de découvrir de telles structures, mais en procédant ainsi, nous sommes en mesure de mieux comprendre le sens du texte scripturaire.

Ce que j’ai découvert, c’est que Moroni 7 est, dans sa totalité, un seul poème continu. Ce n’est pas un simple chiasme, il se compose plutôt de treize groupes poétiques distincts qui sont pris en sandwich entre deux serre-livres. Certains de ces groupes sont des chiasmes, mais pas tous ; en fait, il semble que Mormon ait délibérément utilisé une variété de structures. Vous pouvez faire défiler vers le bas pour voir tous les groupes dans leur intégralité, mais je voudrais tout d’abord expliquer l’importance de cette structure.

Quand j’ai comptabilisé le nombre de groupes et que j’en ai trouvé treize, je me suis d’abord dit que j’avais fait une erreur. Il me semblait que si c’était un seul grand chiasme, je devais m’attendre à avoir un nombre pair. Mais après avoir fait quelques recherches, j’ai acquis la certitude absolue que treize est le nombre correct. Il s’avère que treize est un des nombres les plus sacrés du judaïsme. Maintenant que je comprends l’importance de ce nombre dans le contexte des idées que Mormon présente, tout est parfaitement logique.

Quelques observations

Au milieu du chiasme central (le septième), nous trouvons l’expression « les choses qui sont bonnes ».

« Et voici, il a eu diverses façons de manifester aux enfants des hommes des choses qui étaient bonnes; et tout ce qui est bon vient du Christ. » (24)

 

C’est le thème général de ce chapitre : les choses qui sont bonnes. La première moitié du chapitre parle de la façon de distinguer les bonnes choses des mauvaises choses à l’aide de la lumière du Christ. Une fois que nous allons plus en profondeur, nous apprenons comment « nous saisir de toute bonne chose ». Il est ensuite question d’un certain nombre de choses bien précises qui nous rapprochent du Christ : la foi, l’espérance et la charité.

Ce poème contient une chaîne d’idées liées entre elles. Une « chose » nous mène à l’autre. Nous apprenons ligne sur ligne, précepte sur précepte, pour en arriver enfin à la charité, « ce qu’il y a de plus grand ». Lorsque nous commençons à traiter de la foi, de l’espérance et de la charité, Mormon explique que chacun de ces principes est une condition sine qua non pour avoir les autres. Il dit :

« C’est pourquoi, si un homme a la foi, il doit nécessairement avoir l’espérance; car, sans la foi, il ne peut y avoir d’espérance.  Et en outre, voici, je vous dis qu’il ne peut avoir la foi et l’espérance s’il n’est doux et humble de cœur. Sinon, sa foi et son espérance sont vaines, car nul n’est acceptable devant Dieu, si ce n’est ceux qui sont doux et humbles de cœur; et si un homme est doux et humble de cœur, et confesse par le pouvoir du Saint-Esprit que Jésus est le Christ, il doit nécessairement avoir la charité; car s’il n’a pas la charité, il n’est rien; c’est pourquoi il doit nécessairement avoir la charité. »

 

D’un bout à l’autre de ce chapitre, nous trouvons des contrastes criants : le bien et le mal, Dieu et le diable, la lumière du jour et la nuit sombre, tout ou rien. Le langage est celui des superlatifs et des absolus. Nous pouvons savoir avec une connaissance parfaite. La charité est ce qu’il y a de plus grand. Sans la charité, nous ne sommes rien. On doit avoir la charité. Sans la foi nous ne pouvons pas avoir l’espérance. Nul n’est acceptable devant Dieu, à l’exception de ceux qui sont doux et humbles de cœur. Si les miracles ont cessé, tout est vain.

Cela me fait penser à un système binaire. Il y a deux possibilités qui s’excluent  mutuellement : 1 ou 0. En informatique, un circuit complet signifie un 1. Si le circuit est brisé et ne se complète pas, cela signifie 0. Le circuit est complet ou il ne l’est pas. Il n’y a pas de demi-mesure.

Une autre chose que j’ai remarquée, c’est qu’il y a un contraste entre singulier et pluriel. Tantôt le poème parle de « toute bonne chose », tantôt de « choses qui sont bonnes ». L’un des groupes poétiques commence par dire « Il vous est donné de juger » (au singulier), mais ensuite il se termine par « étant donné que vous connaissez la lumière par laquelle vous pouvez juger » (au pluriel) [Ndt : cette distinction singulier/pluriel n’apparaît pas dans la traduction française]. Dès le début, nous trouvons l’expression «enfant du Christ », et plus tard, nous trouvons «fils de Dieu ».

Attirer l’attention sur « un parmi un grand nombre » est la façon de former les superlatifs. Si nous disons que la charité est « ce qu’il y a de plus grand », cela signifie que parmi de nombreuses bonnes choses (au pluriel) il y a une chose (au singulier) qui se démarque. C’est la structure que l’on retrouve partout dans les Écritures.

« O la plus belle des femmes... (Cantique des cantiques 1:8) »

« L’ange entra chez elle, et dit : Je te salue, toi à qui une grâce a été faite, le Seigneur est avec toi : bénie es-tu entre les femmes ; (Luc 1:28, selon la KJV) »

« Il avait sur son vêtement et sur sa cuisse un nom écrit: Roi des rois et Seigneur des seigneurs. (Apocalypse 19:16) »

« C’est pourquoi, les méchants sont rejetés des justes et aussi de l’arbre de vie dont le fruit est le plus précieux et le plus désirable, par-dessus tous les autres fruits; oui, et c’est le plus grand de tous les dons de Dieu »  (1 Néphi 15:36) »

 

Formation d’une chaîne

J’ai dit au début que les treize sections sont prises en sandwich entre deux serre-livres. Si nous regardons le début et la fin du chapitre, nous trouvons certaines corrélations. Voici le début :

« C’est pourquoi, je voudrais vous parler, à vous qui êtes de l’Église, qui êtes les disciples paisibles du Christ et qui avez obtenu l’espérance suffisante, par laquelle vous pouvez entrer dans le repos du Seigneur, dorénavant, jusqu’à ce que vous vous reposiez avec lui au ciel. Et maintenant, mes frères, je vous juge ainsi à cause de votre conduite paisible envers les enfants des hommes. Car je me souviens de la parole de Dieu qui dit que vous les reconnaîtrez à leurs œuvres; car si leurs œuvres sont bonnes, alors ils sont bons aussi. » (v. 3-5)

 

Et voici la fin :

« C’est pourquoi, mes frères bien-aimés, priez le Père de toute l’énergie de votre cœur, afin d’être remplis de cet amour qu’il a accordé à tous ceux qui sont de vrais disciples de son Fils, Jésus-Christ; afin de devenir les fils de Dieu; afin que lorsqu’il apparaîtra, nous soyons semblables à lui, car nous le verrons tel qu’il est; afin que nous ayons cette espérance; afin que nous soyons purifiés comme il est pur. Amen. » (v. 48)

 

Trouver  des parallèles au début et à la fin, c’est ce à quoi on s’attend quand on a affaire à un chiasme. Mais ici c’est différent. Dans un chiasme, l’idée majeure est au milieu. Mais ici, tout semble aller crescendo jusqu’à la fin. Nous commençons comme « enfants des hommes » et nous finissons comme « fils de Dieu ». Au début, nous montrons que nous sommes bons par nos œuvres et nous espérons pouvoir entrer dans le repos du Seigneur. Mais en fin de compte, nous avons progressé au point où nous sommes comme le Christ et sommes « purifiés comme il est pur. »

Nous avons donc affaire ici à une forme de progression, et chaque groupe poétique est comme une marche sur un escalier. Une autre façon de visualiser ceci est de nous imaginer les maillons d’une chaîne qui forment ensemble un pont.

chainbridge.jpg

Après avoir réalisé que Moroni 7 est un seul poème continu composé de treize sections, j’ai regardé de plus près chacun des treize groupes. Ce que j’ai découvert, c’est que chaque section est étroitement liée aux sections qui la précèdent et la suivent immédiatement. La première ligne de chaque section contient un mot ou une expression qui est répétée, soit telle quelle, soit conceptuellement, dans la première ligne de la section suivante. De cette façon, il y a une chaîne continue de la première jusqu’à la treizième section. [Ndt : Les éléments qui n’apparaissent pas dans la traduction française figurent entre crochets]

1. Dieu a dit qu’un homme méchant ne peut pas faire ce qui est bien.

2. Une source amère ne peut pas produire de bonne eau

3. Tout ce qui est bien vient de Dieu ; et ce qui est mal vient du diable, car le diable est ennemi de Dieu,

4. mes frères, il vous est donné de juger, afin que [vous puissiez] discerniez le bien du mal

5. Je vous supplie, frères, de rechercher diligemment dans la lumière du Christ, afin de [pouvoir] discerner le bien du mal;

6. Comment vous est-il possible de [vous pouvez] vous saisir de toute bonne chose?

7. Sachant toutes choses, étant d’éternité en éternité, voici, Dieu a envoyé des anges pour servir les enfants des hommes, pour rendre manifeste ce qui concerne la venue du Christ ;

8. Et lorsqu’il fut venu, les hommes furent aussi sauvés par la foi en son nom ; et par la foi, ils deviennent les fils de Dieu.

9. Les miracles ont-ils cessé parce que le Christ est monté au ciel et est assis à la droite de Dieu

10. Et parce qu’il a fait cela, mes frères bien-aimés, les miracles ont-ils cessé? Voici je vous dis que non et les anges n’ont pas cessé non plus de servir les enfants des hommes.

11. Je vous dis que non ; car c’est par la foi que les miracles s’accomplissent ; et c’est par la foi que les anges apparaissent aux hommes et les servent.

12. Et en outre, mes frères bien-aimés, je voudrais vous parler de l’espérance.

13. Si un homme a la foi, il doit nécessairement avoir l’espérance; car, sans la foi, il ne

      peut y avoir d’espérance. Et en outre, voici, je vous dis qu’il ne peut avoir la foi et

      l’espérance s’il n’est doux et humble de cœur.

 

 

D’une manière générale, chaque mot ou expression est répété deux fois. Mais l’expression « je vous dis » est répétée quatre fois à la fin, et les deux dernières sections répètent également le mot « en outre », comme pour mettre spécialement l’accent sur la dernière partie du poème.

Si ceci n’est pas suffisamment convaincant, j’ai également vu qu’il y a une structure similaire dans la dernière phrase de chaque section. Il y a toujours un mot ou une expression qui apparaît quelque part dans la section suivante, mais pas nécessairement dans la dernière ligne.

1

Un homme

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2

Un homme

Le diable

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3

 

Le diable

Jugez

 

 

 

 

 

 

 

 

 

4

 

 

jugez

Lumière du Christ

 

 

 

 

 

 

 

 

5

 

 

 

Lumière du Christ

Saisissez-vous de toute bonne chose

 

 

 

 

 

 

 

6

 

 

 

 

Saisissez-vous de toute bonne chose

Le chemin

 

 

 

 

 

 

7

 

 

 

 

 

Divers chemins

Chaque parole

 

 

 

 

 

8

 

 

 

 

 

 

Toutes les paroles

Père

 

 

 

 

9

 

 

 

 

 

 

 

Père

Enfants des hommes

 

 

 

10

 

 

 

 

 

 

 

 

Enfants des hommes

anges

 

 

11

 

 

 

 

 

 

 

 

 

anges

Foi au Christ

 

12

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Foi en lui

pouvoir

13

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

pouvoir

 

Le schéma est clair. Ce que nous avons ici est une chaîne continue de treize messages liés entre eux. Chaque maillon de la chaîne s’appuie sur le dernier et culmine dans le message final sur la charité.

Tout est dans les chiffres

Dans la première section, qui se trouve être un chiasme, le mot imputé apparaît plusieurs fois.

« … s’il offre un don, ou prie Dieu, s’il ne le fait pas avec une intention réelle, cela ne lui profite en rien.  Car voici, cela ne lui est pas imputé comme justice. » (6-7)

 

Ce mot semble être un indice. Mormon nous fait savoir que nous devons faire attention à la numérologie [Ndt : le texte anglais dit « counted », compté].

Un autre indice intéressant est que les mots rien et aucun apparaissent dans la première et la treizième section (et nulle part ailleurs).

« … de même aussi cela est imputé comme mal à un homme, s’il prie et ne le fait pas avec une intention réelle du cœur; oui, et cela ne lui profite en rien, car Dieu ne reçoit aucun de ceux-là. » (9)

 

On pourrait voir dans les mots rien et aucun des termes littéraires ou conceptuels. Mais ils pourraient aussi être une allusion au chiffre zéro.

En outre, il y a quelques endroits où Mormon se donne beaucoup de mal pour inclure le mot un. Ceci semble renforcer le concept binaire que j’ai mentionné précédemment. Il y a deux possibilités qui s’excluent mutuellement : zéro et un.

« … car c’est de cette manière que le diable opère, car il ne persuade aucun homme de faire le bien, non, pas un seul... » (17)

Et encore :

« Ou leur a-t-il refusé le pouvoir du Saint-Esprit? Ou le fera-t-il, aussi longtemps que le temps durera, ou que la terre demeurera, ou qu’il y aura, à la surface de la terre, un seul homme à sauver ? » (36)

 

Qu’est-ce que cela a à voir avec la foi, l’espérance et la charité ? Y a-t-il un message spirituel à trouver ?

Ceci prend tout son sens une fois que l’on comprend le système juif de numérologie. Ce système s’appelle la gématrie. En hébreu, chaque lettre de l’alphabet a une valeur numérique. Si nous prenons un mot hébreu quelconque et que nous additionnons les valeurs numériques des lettres qui le composent, nous obtenons la valeur de gématrie du mot tout entier. Dans la tradition juive, des nombres différents signifient des choses différentes. On dit de deux mots qui ont la même valeur de gématrie qu’ils sont équivalents.

Le mot hébreu correspondant à « un » est echad. Ce mot apparaît dans le shema, qui est l’une des prières juives les plus courantes. Cette prière cite Deutéronome 6:4.

« Shema Israel Adonai eloenou Adonai echad.
Écoute, Israël ! l’Éternel, notre Dieu, est le seul Éternel [est un]. »

La valeur en gématrie du mot echad est 13. Dans de nombreuses cultures, treize est un nombre très malchanceux. Mais dans le judaïsme, le nombre treize est un nombre très important et sacré.

« Un » désigne non seulement la singularité, mais aussi l’unité. La croyance est que quand on compte jusqu’à treize, on atteint l’unité avec Dieu et on devient « un » avec lui. Donc le mot « un » devient lié à la valeur qu’il a en gématrie, c’est-à-dire 13.

Dans le judaïsme, il y a plusieurs endroits où le nombre treize occupe une place prépondérante. Ce sont :

  • Les Treize principes fondamentaux de la foi juive (Ikkarim shlosha asar)
  • Les Treize attributs de la miséricorde (Shlosh-’esré middot harakhamim) que l’on trouve dans Exode 34:6-7
  • Les Treize principes de l’exégèse de la Torah (Shlosh- esré middot shehaTorah nidreshet bahem).

L’usage que fait Mormon du nombre treize est donc parfaitement conforme à la mystique et à la numérologie juives. En comptant jusqu’à treize, nous parvenons à l’unité avec Dieu. L’unité avec le Christ apparaît comme le but ultime et la destination finale de Moroni 7 :

« … que lorsqu’il apparaîtra nous soyons semblables à lui, car nous le verrons tel qu’il est... » (48)

E Pluribus Unum

Ce qui fait que treize est spécial, c’est non pas le nombre lui-même, mais la valeur marginale. Treize est un nombre spécial parce que c’est un de plus que douze. De cette façon, treize se rattache de nouveau à un. Donc quand on parle de treize, ce dont on parle réellement, c’est de « l’un » parmi tant d’autres. C’est celui qui fait toute la différence. C’est pourquoi le fait de mettre l’accent sur les superlatifs et le singulier par opposition au pluriel est important. On met en avant une chose parmi beaucoup de choses. Il y a beaucoup de « bonnes choses », mais la charité est « ce qu’il y a de plus grand ». (46)

Dans notre culture occidentale, quand on pense superlatif, on pense habituellement se distinguer des autres et être en tête du peloton. Mais dans la culture juive, c’est le contraire. Le superlatif, l’un parmi tant d’autres, est le facteur unificateur. C’est le e pluribus unum (une expression de 13 lettres) – « d’entre beaucoup, un. » Selon le rabbin Hillel ben David :

« Treize est le nombre qui ramène la multiplicité à l’unité. »

Réfléchissez un peu. Il y a douze tribus d’Israël. En elles-mêmes, elles sont séparées et non unifiées. Mais parce qu’elles sont toutes descendantes d’Israël, elles sont toutes unies. Ainsi, Israël, dans un sens, est la treizième tribu. Et comme Joseph avait deux fils, Éphraïm et Manassé, il y a de fait treize tribus.

Jésus a appelé les douze apôtres. Par eux-mêmes, qui sont-ils ? Personne. Rien. Sans le Christ, ils sont juste des pêcheurs. Mais avec Jésus, ils deviennent quelque chose. Jésus est le Un – la valeur marginale, le facteur unificateur.

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Avec Jésus, le collège des apôtres était composé de treize membres. Et après la résurrection du Christ, c’est resté comme cela. Il ne faut pas oublier qu’après la mort de Judas, Mattathias a été appelé pour le remplacer. Mais il y a aussi eu un autre apôtre appelé Paul. Il y avait donc en fait treize apôtres.

Quand nous comptons jusqu’à treize, nous revenons à un seul. Si nous nous arrêtons à douze, nous n’avons pas fait tout le chemin et nous ne sommes rien, zéro. Nous avons donc un système binaire. Vous complétez le circuit et arrivez à 1, ou bien vous êtes 0. Le Christ a dit : « Si vous n’êtes pas un vous n’êtes pas de moi » (D & A 38:27). Si nous ne sommes pas un, nous ne sommes rien.

Il existe des parallèles dans le monde naturel. Par exemple, en musique, il y a douze intervalles harmoniques. Mais si vous deviez jouer toutes ces notes sur un clavier en allant d’un à douze, vous resteriez en suspens. Si vous commenciez à « la » vous finiriez au sol dièse. Vous devez  jouer le treizième intervalle pour revenir à « la » et compléter l’octave.

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12 + 1 = 13 (Crédit image : Scott Detwiler)

Ainsi, le treizième intervalle – la valeur marginale – devient le facteur unificateur. Sans le treizième maillon de la chaîne, celle-ci va échouer et nous ne sommes pas en mesure de revenir à un.

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Sans 13, nous ne sommes rien.

Dieu est amour

La dernière section de Moroni 7, le treizième maillon de la chaîne, traite de l’importance de la charité. Et qu’est-ce que la charité ? C’est l’amour.

Le mot hébreu signifiant amour est ahava.

1024px-Ahava.jpg

À votre avis, quelle est la valeur en gématrie de ahava ? Vous l’aurez deviné : 13.

Nous avons déjà établi que Dieu = Un (voir De. 6:4). Étant donné que les mots ayant la même valeur en gématrie sont considérés comme équivalents, cela signifie que Un = Amour. C’est pourquoi, Dieu = Amour.

L’amour est la treizième valeur. La charité est « l’amour pur du Christ ». En cultivant la charité, nous devenons un avec Dieu. C’est le message caché de Moroni 7.

« Et nous, nous avons connu l’amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru. Dieu est amour ; et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui » (1 Jean 4:16).

Jean n’aurait pas pu le dire plus clairement. Avec la charité, nous achevons le circuit. Sans elle, nous ne sommes rien. La charité est le dernier maillon de la chaîne. Sans la charité, la chaîne se brise. Elle échoue. Mais « la charité ne périt jamais », et elle « subsiste à jamais ».

La treizième section de Moroni se termine par une citation que de nombreux lecteurs reconnaissent comme venant du Nouveau Testament.

« Et la charité est patiente, et est pleine de bonté, et n’est pas envieuse, et ne s’enfle pas d’orgueil, ne cherche pas son intérêt, ne s’irrite pas, ne soupçonne pas le mal, et ne se réjouit pas de l’injustice, mais se réjouit de la vérité, excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout. »

 

Il est clair que Paul et Mormon citent là un passage familier provenant d’une source commune plus ancienne. Le discours de Paul (qui se trouve être au chapitre 13 de 1 Corinthiens) est utile, mais l’utilisation que fait Mormon de la citation met tout en contexte. Cette citation interpelante semble être un ancien dicton juif. La version de Mormon est légèrement plus courte et peut-être plus fidèle à l’original. Exode 34 parle les Treize attributs de la miséricorde, mais ici, nous avons les Treize attributs de la charité.

La charité : 

  1. est patiente,
  2. est pleine de bonté,
  3. n’est pas envieuse,
  4. ne s’enfle pas d’orgueil,
  5. ne cherche pas son intérêt,
  6. ne s’irrite pas,
  7. ne soupçonne pas le mal,
  8. ne se réjouit pas de l’injustice
  9. mais se réjouit de la vérité,
  10. excuse tout,
  11. croit tout,
  12. espère tout,
  13. supporte tout.

Dans cette liste de treize attributs, six sont décrits par la négative avec le mot pas, tandis que sept sont positifs. Nous avons affaire à de la numérologie et à des mathématiques simples :

7-6 = 1

Le treizième attribut (« supporte tout ») nous fait basculer. C’est la valeur marginale. Dans le cas contraire, nous nous retrouverions avec rien :

6-6 = 0

De même, la charité, étant la treizième valeur, « subsiste à jamais » et nous amène dans l’unité avec Dieu.

 

Encore une chose

Il est tout à fait approprié que le dernier de nos treize articles de foi cite les treize attributs de la charité et mentionne Paul, le treizième apôtre.

Nous croyons que nous devons être :

  1. honnêtes,
  2. fidèles,
  3. chastes,
  4. bienveillants,
  5. vertueux,
  6. et que nous devons faire du bien à tous les hommes ; en effet, nous pouvons dire que nous suivons l’exhortation de Paul :
  7. Nous croyons tout,
  8. Nous espérons tout,
  9. nous avons supporté beaucoup et nous espérons être capables de supporter tout. Nous recherchons tout ce qui est
  10. vertueux,
  11. ou aimable,
  12. tout ce qui mérite l’approbation
  13. ou est digne de louange.

Pensez-vous que lorsque Joseph Smith a écrit la Lettre à Wentworth, il savait qu’il suivait une structure compatible avec le mysticisme juif ?

Quoi qu’il en soit, sans plus tarder, voici les treize groupes poétiques découverts dans Moroni 7.

 

1. Imputé comme justice

 

       A) Car voici, Dieu a dit qu’un homme méchant ne peut pas faire ce qui est bien;

       car s’il offre un don,

 

              B) ou prie Dieu, s’il ne le fait pas avec une intention réelle, cela ne lui profite en rien.

 

                     C) Car voici, cela ne lui est pas imputé comme justice.

 

 

                            D) Car voici, si un homme méchant fait un don, il le fait à contrecœur;

 

                            D) c’est pourquoi, cela lui est imputé comme s’il avait retenu le don;

 

                     C) c’est pourquoi, il est imputé comme mauvais devant Dieu.

 

              B) Et de même aussi cela est imputé comme mal à un homme, s’il prie et ne le

              fait pas avec une intention réelle du cœur; oui, et cela ne lui profite en rien,

              car Dieu ne reçoit aucun de ceux-là.

 

       A) C’est pourquoi, un homme méchant ne peut pas faire ce qui est bien; et il ne fera pas

       non plus un bon don.

 

 

2. Distinguer le bon de l’amer

 

Dans un premier temps, j’ai pensé que c’était deux chiasmes distincts. Mais ensuite j’ai réalisé que la deuxième partie est vraiment juste une réitération de la première moitié.

 

       A) Car voici, une source amère ne peut pas produire

 

              B) de bonne eau; et une

 

              B) bonne source ne peut pas non plus produire

 

       A) de l’eau amère;

 

       C) c’est pourquoi, un homme qui est serviteur du diable ne peut pas

 

              D) suivre le Christ ;

 

              D) et s’il suit le Christ

 

       C) il ne peut pas être serviteur du diable.

 

 

 

3. Ce qui est bien vient de Dieu

 

Celui-ci comprend une triade qui pourrait correspondre à la foi, l’espérance et la charité.

 

       A) c’est pourquoi, tout ce qui est bien vient de Dieu ;

 

              B) et ce qui est mal vient du diable ; car le diable est ennemi de Dieu,

 

                     C) et le combat continuellement,

 

                            D) et invite et incite à pécher

 

                     C) et à faire ce qui est mal [continuellement].

 

                            D) Mais voici, ce qui est de Dieu invite et incite

 

                     C) continuellement à faire ce qui est bien ; c’est pourquoi,

 

                            D) tout ce qui invite et incite à faire le bien, et à aimer Dieu, et à le servir,

                            est inspiré de Dieu.

 

              B) c’est pourquoi, prenez garde, mes frères bien-aimés, de juger que ce qui est mal

              vient de Dieu,

 

       A) ou ce qui est bien et de Dieu est du diable.

 

 

 

4. La manière de juger

 

       A) car voici, mes frères, il vous est donné de juger,

 

              B) afin que vous discerniez le bien du mal ;

 

                     C) et la façon de juger, afin de savoir avec une connaissance parfaite,

                     est aussi claire que la lumière du jour par rapport à la nuit sombre.

 

              B) Car voici, l’Esprit du Christ est donné à tout homme afin qu’il puisse discerner

              le bien du mal ;

 

       A) c’est pourquoi, je vous montre la façon de juger ;

 

              B) car tout ce qui invite à faire le bien et à persuader de croire au Christ est envoyé

              par le don et le pouvoir du Christ ;

 

                     C) c’est pourquoi vous pouvez savoir avec une connaissance parfaite que c’est

                     de Dieu.

 

              B) Mais tout ce qui persuade les hommes de faire le mal et de ne pas croire au Christ,

              et de le nier, et de ne pas servir Dieu,

 

                     C) alors vous pouvez savoir avec une connaissance parfaite que c’est du diable ;

 

              B) car c’est de cette manière que le diable opère, car il ne persuade aucun homme à faire

              le bien, non, pas un seul ; ni ses anges non plus; ni ceux qui se soumettent à lui.

 

       A) Et maintenant, mes frères, étant donné que vous connaissez la lumière par laquelle vous

       pouvez juger, laquelle lumière est la lumière du Christ, veillez à [vous] ne pas juger à tort ;

       car de ce même jugement dont vous jugez, vous serez aussi jugés.

 

Notez que la dernière ligne dans cette section répète les mots vous et juger cinq fois, correspondant aux cinq lignes B.

 

 

5. Rechercher diligemment

 

       A) C’est pourquoi, je vous supplie, frères, de rechercher diligemment dans la lumière du Christ

 

              B) afin de discerner le bien du mal ;

 

              B) et si vous vous saisissez de toute bonne chose, et ne la condamnez pas,

 

       A) vous serez certainement enfant du Christ.

 

 

6. Se saisir de toute bonne chose

 

       A) Et maintenant, mes frères, comment vous est-il possible de vous saisir de toute bonne

       chose ?

 

              B) Et maintenant, j’en arrive à cette foi dont que j’ai dit que je parlerais ;

 

              B) et je vais vous dire la façon

 

       A) dont vous pouvez vous saisir de toute bonne chose.

 

 

7. Les choses qui sont bonnes

 

       A) car voici, sachant tout, étant d’éternité en éternité, voici, Dieu a envoyé des anges pour servir les enfants des hommes, pour rendre manifeste ce qui concerne la venue du Christ ;

 

              B) et, dans le Christ, tout ce qui était bon devait venir.

 

                     C) Et Dieu a aussi déclaré aux prophètes, de sa propre bouche, que le Christ

                     viendrait.

 

                            D) Et voici, il a eu diverses façons de manifester aux enfants des

                            hommes des choses qui étaient bonnes ;

 

                            D) et tout ce qui est bon

 

                     C) vient du Christ; autrement les hommes étaient déchus,

 

              B) et rien de bon ne pouvait leur advenir.

 

       A) C’est pourquoi, par le ministère d’anges et par toute parole qui sort de la bouche de Dieu,

       les hommes commencèrent à faire preuve de foi au Christ; et ainsi, par la foi, ils se saisirent

       de tout ce qui est bon; et il en fut ainsi jusqu’à la venue du Christ.

 

 

8. Croyez que vous recevrez

 

       A) Et lorsqu’il fut venu, les hommes furent aussi sauvés par la foi en son nom; et par la foi, ils deviennent les fils de Dieu.

 

              B) Et aussi sûrement que le Christ vit il a dit ces paroles

 

              B) à nos pères [, disant] :

 

       A) Tout ce que vous demanderez de bon au Père, en mon nom, croyant avec foi que vous

       recevrez, voici, cela vous sera fait.

 

 

9. Le Christ est notre avocat

 

       A) C’est pourquoi, mes frères bien-aimés, les miracles ont-ils cessé parce que le Christ

       est monté au ciel et s’est assis à la droite de Dieu

 

              B) pour demander au Père les droits de miséricorde qu’il a sur les enfants des hommes ?

 

                     C) Car il a satisfait aux buts de la loi, et il réclame tous ceux qui ont foi en lui ;

 

                     C) et ceux qui ont foi en lui s’attachent à tout ce qui est bon ;

 

              B) c’est pourquoi, il défend la cause des enfants des hommes ;

 

       A) et il demeure éternellement dans les cieux.

 

 

10. Les anges préparent le chemin

 

       A) et parce qu’il a fait cela, mes frères bien-aimés, les miracles ont-ils cessé? Voici, je vous dis

       que non ; et les anges n’ont pas cessé non plus de servir les enfants des hommes.

 

              B) Car voici, ils lui sont soumis, pour servir selon la parole de son commandement, se

              montrant à ceux qui ont la foi forte et l’esprit ferme dans toutes les formes de la piété.

 

                     C) Et l’office de leur ministère est d’appeler les hommes au repentir et d’accomplir et

                     de faire l’œuvre des alliances que le Père a faite avec les enfants des hommes,

 

                            D) pour préparer le chemin parmi les enfants des hommes, en annonçant

                            la parole du Christ aux vases choisis du Seigneur, afin qu’ils témoignent de lui.

 

                            D) Et ce faisant, le Seigneur Dieu prépare le chemin pour que le reste des

                            hommes ait foi au Christ, pour que le Saint-Esprit ait place dans leur cœur, selon

                            son pouvoir ;

 

                     C) et c’est de cette manière que le Père accomplit les alliances qu’il a faites avec les

                     enfants des hommes.

 

              B) Et le Christ a dit: Si vous avez foi en moi, vous aurez le pouvoir de faire tout ce qui est

              utile en moi. Et il a dit: Repentez-vous, toutes les extrémités de la terre, et venez à moi,

              et soyez baptisées en mon nom, et ayez foi en moi, afin que vous soyez sauvées.

 

       A) Et maintenant, mes frères bien-aimés, si ces choses que je vous ai dites sont vraies, et Dieu

       vous montrera, avec puissance et une grande gloire au dernier jour qu’elles sont vraies, et si

       elles sont vraies, le jour des miracles a-t-il cessé? Ou les anges ont-ils cessé d’apparaître aux

       enfants des hommes? Ou leur a-t-il refusé le pouvoir du Saint-Esprit? Ou le fera-t-il, aussi

       longtemps que le temps durera, ou que la terre demeurera, ou qu’il y aura, à la surface de la

       terre, un seul homme à sauver?

 

 

11. La foi

 

       A) Voici, je vous dis que non; car c’est par la foi que les miracles s’accomplissent; et c’est par

       la foi que les anges apparaissent aux hommes et les servent ;

 

              B) c’est pourquoi, si ces choses ont cessé, malheur aux enfants des hommes, car c’est

              à cause de l’incrédulité, et tout est vain.

 

       A) Car nul ne peut être sauvé, selon les paroles du Christ, s’il n’a la foi en son nom ;

 

              B) c’est pourquoi, si ces choses ont cessé, alors la foi a cessé aussi ; et affreux est l’état

              de l’homme,

 

       A) car il est comme si aucune rédemption n’avait été faite.

 

              B) Mais voici, mes frères bien-aimés, je vous juge mieux que choses cela, car je juge que

              vous avez foi au Christ à cause de votre humilité; car si vous n’avez pas foi en lui, alors

              vous n’êtes pas dignes d’être comptés parmi le peuple de son Église.

 

 

La répétition de la négation [non, nul, aucune ; nay, no, no en anglais ndt.] fait ressortir l’aspect binaire.

 

 

12. L’espérance

 

       A) En outre, mes frères bien-aimés, je voudrais vous parler de l’espérance.

 

              B) Comment pouvez-vous parvenir à la foi, si vous n’avez pas l’espérance ? Et

              qu’allez-vous espérer ?

 

       A) Voici, je vous le dis : que vous aurez l’espérance, par l’expiation du Christ et le pouvoir

       de sa résurrection,

 

              B) d’être ressuscités pour la vie éternelle, et cela à cause de votre foi en lui,

              selon la promesse.

 

 

13. La charité

 

       A) C’est pourquoi, si un homme a la foi, il doit nécessairement avoir l’espérance; car,

       sans la foi il ne peut y avoir d’espérance. Et en outre, voici, je vous dis qu’il ne peut avoir la foi et

       l’espérance s’il n’est doux et humble de cœur.

 

              B) Sinon, sa foi et son espérance sont vaines, car nul n’est acceptable devant Dieu, si ce

              n’est ceux qui sont doux et humbles de cœur; et si un homme est doux et humble de

              cœur, et confesse par le pouvoir du Saint-Esprit que Jésus est le Christ,

 

       A) il doit nécessairement avoir la charité ;

 

              B) car s’il n’a pas la charité il n’est rien ;

 

       A) c’est pourquoi il doit nécessairement avoir la charité.  Et la charité est patiente, et est pleine

       de bonté, et n’est pas envieuse, et ne s’enfle pas d’orgueil, ne cherche pas son intérêt, ne

       s’irrite pas, ne soupçonne pas le mal, et ne se réjouit pas de l’injustice, mais se réjouit de la

       vérité, excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout.

 

              B) C’est pourquoi, mes frères bien-aimés, si vous n’avez pas la charité, vous n’êtes rien,

              car la charité ne périt jamais. C’est pourquoi, attachez-vous à la charité, qui est ce

              qu’il y a de plus grand, car tout succombera;  Mais la charité est l’amour pur du Christ,

              et elle subsiste à jamais; et tout ira bien pour quiconque sera trouvé la possédant

              au dernier jour.