QUI ETAIENT LES MAGES ?

 

Basé sur Randall P. Spackman,

Introduction to Book of Mormon Chronology,

FARMS 1993, pp. 34-48

 

La naissance du Christ a été l'événement le plus sacré que le monde ait jamais connu. Elle est célébrée chaque année et malheureusement en est arrivée à contenir plus de folklore qu'autre chose. Un des éléments dont le folklore s'est le plus emparé, c'est l'épisode des mages. On en a fait des rois, on a dit qu'ils étaient trois, qu'ils s'appelaient Gaspard, Melchior et Balthazar, qu'ils représentaient les trois grandes races (un blanc, un noir, un jaune). Cette histoire de mages venus on ne sait d'où, guidés par une étoile, fait conte de fées et contribue à jeter le doute sur l'authenticité de l'avènement du Christ.

 

La Bible nous affirme cependant que des mages, venus de l'orient, sont venus adorer Jésus. Elle affirme également qu'ils sont venus guidés par une étoile. Est-il possible de trouver une explication logique à cet événement ?

 

Les mages étaient peut-être à l'origine un clan ou une tribu vivant au pays des Mèdes. Ils constituaient depuis des siècles une caste distincte qui remplissait des fonctions sacerdotales, interprétaient les songes, pratiquaient la divination dans les empires médique, perse et parthe. En tant que prêtres, leur rôle était de mesurer le temps, de déterminer les saisons et de fixer la date des fêtes lunaires. Pour ce faire, ils se livraient à une étude approfondie des phénomènes célestes, ce qui fit d'eux les inventeurs de l'astronomie. (Contrairement à ce que l'on croit communément, l'astronomie ne dérive pas de l'astrologie. L'astrologie, selon O. Neugebauer[1], était le fait de charlatans, contemporains des mages).

 

On retrouve les mages dans divers pays du Moyen-Orient. Ils constituaient, par exemple, un des deux grands conseils de l'empire parthe (l'autre étant constitué par les nobles).

 

Pendant l'hiver de 722 et le printemps de 721 avant notre ère, les Assyriens anéantirent le royaume d'Israël et, selon leur habitude, déportèrent la population. Selon 2 Rois 17:6 et 18:13, un des pays de déportation fut la Médie. Les colonies juives prospérèrent en Mésopotamie et de grands centres religieux y furent fondés. L'histoire de Daniel montre qu'il était parfaitement possible pour des exilés juifs d'accéder à des fonctions importantes dans l'échelle sociale. Au premier siècle avant notre ère, les Juifs parthes constituaient une des communautés juives les plus grandes et les plus importantes en dehors de la Palestine. Lorsque Hérode choisit un nouveau souverain sacrificateur après la prise de Jérusalem en 37 avant notre ère, il choisit un Juif parthe.

 

Il est donc parfaitement possible que des Juifs, profondément religieux, et croyant aux prophéties concernant le Messie, soient devenus des mages en Parthe ou en Médie. Si les mages qui rendirent visite au Christ venaient de l'Orient, ils venaient à coup sûr de pays où les traditions religieuses, les promesses prophétiques, les mathématiques et l'astronomie étaient diligemment étudiées et comparées. Ils comprenaient parfaitement que les prophéties des Écritures juives relatives à un Messie s'étaient accomplies.

 

Quelles étaient les prophéties sur lesquelles ces Juifs devenus mages mèdes ou parthes se basaient et que pouvaient-ils bien chercher dans les étoiles pour en découvrir l'accomplissement ?

 

Les prophéties concernant la venue du Messie (elles ne font pas la distinction entre la Première et la Seconde Venue) parlent de l'apparition d'une étoile (Nombres 24:15-17, d'où Matthieu 2:2, « nous avons vu son étoile en orient »), d'une période de ténèbres généralisées (Ésaïe 13:9-10; Michée 3:5-7; Sophonie 1:14-16; Ézéchiel 32:7-8), du soleil qui s'assombrira à midi (Amos 8:8) et de la lune qui sera changée en sang (Joël 2:31). Astronomiquement, cela se traduit par :

 

1. Une comète

2. Une éclipse totale du soleil et

3. Une éclipse totale de lune (il y a éclipse totale de lune lorsque celle-ci se trouve dans le cône d'ombre de la terre. A ce moment, elle prend une couleur rouge sombre parce qu'elle reçoit encore une lumière rouge débordant du disque terrestre, d'où l'image du sang).

 

LA PERIODE DE TENEBRES

 

Les mages ont pu croire qu'ils vivaient à une époque de ténèbres morales et de famine spirituelle. Ils vivaient à une époque de guerres civiles et internationales, d'émeutes, de sauvagerie et de désordre presque permanents.

 

LE SOLEIL ASSOMBRI A MIDI (AN 10)

 

Le 28 juin de l'an 10 avant l'ère chrétienne, une éclipse totale de soleil parcourut la Mésopotamie. Jérusalem était au sud du chemin de l'éclipse totale et n'en connut qu'une partielle. Mais les centres astronomiques de Babylonie et beaucoup de villes de Syrie, de la Mésopotamie et de la Perse se trouvaient sur le chemin de l'éclipse totale. C'était la première éclipse totale de soleil visible partout en Mésopotamie depuis le 12 avril 136 avant notre ère, à midi. En 10 avant notre ère, les astronomes attendaient depuis plus de 125 ans une éclipse totale du soleil que l'on pouvait observer en beaucoup d'endroits.

 

LA LUNE CHANGEE EN SANG (AN 5)[2]

 

Le 21 mars de l'an 5 avant notre ère se produisit une éclipse totale de lune qui dut être particulièrement intéressante pour les mages. Selon le calendrier juif, c'était le soir du repas pascal. C'était la première éclipse totale de lune au moment de la pâque au Proche-Orient depuis au moins 235 ans, peut-être même 354 ans. La rareté de l'événement et son lien avec le thème de la pâque a dû attirer l'attention de ces mages qui connaissaient les prophéties juives. Pour les prêtres qui tenaient le calendrier, c'était l'équinoxe de printemps. C'était à ce moment-là que le sacrifice des prémices se faisait dans toute la Mésopotamie et qu'on commençait la moisson de l'orge. La pleine lune se leva vers 18h04, heure de Jérusalem, une heure environ après que le dernier agneau eût été sacrifié au temple pour le repas de la pâque. L'éclipse commença vers 19h20. Une heure plus tard elle était totale, et la lune n'était plus qu'un disque rouge sombre. Vers 22h00, l'éclipse totale prenait fin. La pleine lune était hors du cône d'ombre de la terre à 23h00.

 

LA COMETE DE L’AN 5

 

Au cours du mois lunaire qui commença avec l'apparition de la nouvelle lune (le 8 mars de l'an 5) une étoile munie d'une longue queue apparut[3]. En Judée, c'était le mois de Nisan, moment de la pâque et de la fête des pains sans levain. En Babylonie, c'était le mois de Nisanu, moment de la fête du Nouvel-An. En Amérique centrale, c'était le premier mois de la 601ème année de l'ère de Léhi. La comète demeura visible pendant 70 jours environ. Elle put probablement être observée jusqu'au 14 juin. Les comètes brillantes et de longue durée apparaissent proches du soleil pendant une grande partie de la période où elles sont observables. Clark, Parkinson et Stephenson[4] observent qu'on peut s'attendre à ce qu'une comète visible pendant 70 jours ou plus, atteigne à un moment donné un éclat très brillant, probablement plus grand que Vénus (l'astre le plus brillant dans le ciel, après le soleil et la lune). Cette comète a pu réaliser la prophétie de Samuel le Lamanite : « Et voici, une nouvelle étoile se lèvera, telle que vous n'en avez jamais vue » (Hélaman 14:5).

 

LE FILS NE DE LA VIERGE

 

Peu avant la destruction d'Israël par les Assyriens, Ésaïe avait prophétisé au roi Achaz : « Voici que la jeune fille est enceinte, elle enfantera un fils et lui donnera le nom d'Emmanuel » (Ésaïe 7:14). Matthieu cite cette prophétie comme suit : « Voici que la vierge est enceinte ­– elle enfantera un fils et on lui donnera le nom d'Emmanuel, ce qui se traduit : Dieu avec nous » (Matthieu 1:23). De ce fait, Ésaïe 7:14 est généralement interprété comme une prophétie de la maternité de la vierge Marie. Cette interprétation est contestée parce que Ésaïe n'a pas utilisé le mot hébreu désignant une vierge (betula), mais le mot 'alma, signifiant une jeune fille en âge de se marier, et aussi une femme mariée. Il y a une explication possible à ce choix. Ésaïe l'a peut-être employé à cause de sa richesse mythique et de ses attaches astronomiques. Au Moyen-Orient, la déesse-mère était appelée Ma, Mamma, Mami et Ninma. Lors du premier croissant de lune, c'était l'aspect virginal de la déesse-mère qui apparaissait dans le ciel. En Syrie, le nom cananéen de la déesse vierge était galmatu, l'équivalent de 'alma. Lors de la fête du Nouvel an, qui avait lieu au printemps, on l'accueillait comme étant « la vierge Anath » qui allait enfanter un fils, le dieu qui mourrait et ressusciterait. Il y a même un texte mythologique cananéen qui correspond, mot à mot, à la prophétie d'Ésaïe : « Voici, la jeune fille enfantera un fils »[5]. Ainsi donc, en vertu du principe que les choses terrestres ont leur reflet dans le ciel, les mages ont pu chercher dans la lune et la constellation de la Vierge l'indication que la prophétie d'Ésaïe s'était réalisée.

 

Les mages disposaient aussi d'un repère: Pendant que les Assyriens mettaient fin au royaume d'Israël, en 721 avant notre ère, le 12 mars 721, la pleine lune « se changea en sang » en une éclipse totale visible au Moyen-Orient au moment où la lune sortait de la constellation de la Vierge. Ce signe du ciel dut frapper le peuple juif sur le chemin de la Médie et d'autres pays de « l'orient », et rester dans les mémoires. Les mages durent donc s'intéresser à l'éclipse qui eut lieu au moment de la pâque de l'an 5 avant notre ère, car lorsque la lune se leva le soir du 21 mars, elle « se changea en sang » au moment où elle quittait la constellation de la Vierge. Ce signe a pu leur indiquer que la prophétie d'Ésaïe au roi Achaz s'était accomplie.

 

L'ETOILE DE JESUS ET LA CONSTELLATION DU CAPRICORNE

 

La comète de l’an 5 avant notre ère apparut dans la constellation du Capricorne. Les mages juifs devaient connaître la signification religieuse de cette constellation, qui remontait à l'époque des prêtres sumériens. Selon leur mythologie, trois dieux se partageaient le ciel : Anu était associé aux territoires situés à l'est de la Mésopotamie; son fils Enlil était associé à la Mésopotamie. L'autre fils, Enki, dieu de la sagesse, des eaux pures et de la fertilité des champs, était associé aux territoires situés à l'ouest de la Mésopotamie. Il est donc possible que, s'ils se laissaient guider par les traditions anciennes dans leur recherche du Messie, les mages aient cherché dans la partie du ciel associée à Enki. Cet Enki fut appelé Ea par les Babyloniens et était représenté portant un grand manteau en forme de poisson et avec une chèvre à ses pieds. Il était le dieu de la vie pure, celui qui connaît le cœur, le dieu de la maison, le dieu qui était maître du pouvoir purificateur de l'eau par les ablutions rituelles. Il était aussi le dieu de « la couronne pure », le seigneur de l'oracle pur qui donne la vie aux morts. Certains le considéraient comme le créateur de l'humanité. C'est lui qui avertit Utnapishtim (le Noé babylonien) de construire un bateau en prévision du déluge. Il bénissait les champs, guérissait les maladies et prenait le parti de l'humanité et était son avocat devant les dieux. Il finit par être représenté par le Capricorne, le poisson-chèvre, lieu du solstice d'hiver, la partie la plus basse de la course du soleil et le symbole naturel de la mort et de la résurrection.

 

LES SIGNES DE LA NAISSANCE DE JESUS

 

Les deux premiers signes prophétisés, l'éclipse totale de soleil de l'an 10 avant notre ère et l'éclipse totale de lune près de la Vierge en l’an 5 avant notre ère pouvaient être prévus par les astronomes de l'époque. L'éclipse de lune dut cependant être particulièrement frappante: la lune se changea en sang dans la Vierge exactement au moment de l'équinoxe du printemps. Du fait du léger balancement de l'axe de la terre et du mouvement inégal de l'orbite de la lune, une telle éclipse ne se produit probablement qu'une fois tous les 26.000 ans. Par contre, les mages n'auraient pas pu prédire l'apparition de la comète et sans cela, les autres signes n'auraient eu aucune signification.

 

Si l'on admet que l'éclipse totale de lune près de la Vierge signalait la naissance du Messie ce jour-là, 14 nisan du calendrier de Juda, 21 mars de l'an 5 avant notre ère, le premier jour de la vie du Sauveur fut celui de « la préparation de la pâque ». Le huitième jour de sa vie, le 21 nisan, 28 mars de l'an 5 avant notre ère, jour de la convocation finale de la fête des pains sans levain, le Messie fut circoncis. Et cette nuit-là, la lune, qui avait marqué le moment de sa naissance quelques jours plus tôt, se levait au sud-est vers deux heures du matin, le 29 mars de l'an 5 dans la constellation du Capricorne.

 

Nous ne disposons d'aucun document permettant de savoir si les mages ont vu cette nuit-là dans le Capricorne la nouvelle étoile symbolisant le sceptre de David et la tribu d'Israël, mais elle y était. Et elle était probablement visible pour quiconque la cherchait là-bas. Ce qui est sûr, c'est que ces hommes se sont présentés à la cour du roi Hérode en disant : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Car nous avons vu son étoile en Orient [ou : à son lever] et nous sommes venus l'adorer » (Matthieu 2:2).

  

 


[1] O. Neugebauer, Astronomy and History – Selected Essays, New York, Springer Verlag, 1983.

[2]  Il est utile de se rappeler ici que le calcul actuel de notre ère est le fruit des travaux du moine Denis le Petit et que celui-ci commit une erreur de calcul d'environ 5 ans, ce qui fait que le Christ pourrait être né cinq ans avant l'ère chrétienne.

[3]  C. Cullen, "Can we find the Star of Bethlehem in Far Eastern Records", Quarterly Journal of the Royal Astronomical Society, 20, 1979, pp. 153-159.

[4] Clark, Parkinson et Stephenson, "An Historical Re-Appraisal of the Star of Bethlehem – A Nova in 5 B.C.", Quarterly Journal of the Royal Astronomical Society, 18, 1977, pp. 443-449.

[5] S. Mowinckel, He That Cometh, New York, Abingdon, 1956, p. 114.

 

 

 

 

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