L’interaction entre les membres d’une confession religieuse et ceux d’autres confessions peut être à l’occasion un sujet sensible, bien que l’injonction du Christ soit claire : Nous devons aimer notre prochain, quel qu’il soit, comme nous-mêmes. C’est une question d’amour chrétien et aussi d’éducation et de tolérance. Cela peut aider de prendre un peu de recul et d’essayer de voir les choses comme Dieu doit les voir. À ce propos, les idées avancées dans un discours prononcé lors de la conférence annuelle de 2004, organisée par FAIR, nous ont semblé pertinentes. Nous avons voulu en faire profiter nos lecteurs, mais l’auteur, un ancien pasteur presbytérien devenu membre de l’Église, reste naturellement seul responsable du contenu de son discours.
 

L'APOSTASIE


par Roger Keller
© FAIR


Le thème que je voudrais traiter aujourd’hui est : Comment aborder la question de l'apostasie. Je pense que nous, les saints des derniers jours, nous nous y prenons souvent mal.


J'ai eu l’occasion d’enseigner en Israël pendant une année environ et deux de mes étudiantes sont venues nous trouver, ma femme et moi. Elles étaient en larmes et nous avons dit : « Qu’est-ce qui vous arrive ? »


L'une d'elles a dit : « On nous a menti. »


J'ai dit : « Qu’est-ce que vous voulez dire ? »


« Eh ! bien, on nous a dit toute notre vie que les seules personnes spirituelles au monde étaient les saints des derniers jours, alors que c’est tout à fait faux : Nous avons rencontré des chrétiens, des musulmans et des juifs profondément spirituels. »


Ce que nous avons essayé de les aider à comprendre, c’est que oui, il y a des saints des derniers jours qui pensent que l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours est le seul véhicule par lequel Dieu agit ; il faudrait sans doute élargir un peu leur vision du monde.


J'ai également eu l’occasion de faire quelques conférences de zone missionnaires dans la mission de Jackson (Mississippi), en plein cœur du « Bible Belt » [les États du sud des États-Unis, profondément protestants, NdT]. À la première à laquelle j’ai participé, j’ai demandé : « Combien parmi vous connaissent des gens qui ne sont pas saints des derniers jours qui connaissent vraiment Jésus-Christ ? » Beaucoup de mains se sont levées. Or il s’agit de missionnaires ! J'ai demandé : « Combien d’entre vous connaissent des gens qui ne sont pas saints des derniers jours qui ont vraiment le Saint-Esprit dans leur vie ? » Beaucoup de mains se sont levées. Alors je leur ai demandé : « Que devez-vous leur enseigner alors ? Qu’est-ce que le mormonisme a de plus que vous devez leur apporter ? Car ils commençaient à se rendre compte que Dieu ne limite pas son œuvre à la seule communauté des saints des derniers jours et que par conséquent ils devaient régler la question de savoir ce qu’ils pouvaient bien dire à des gens qui connaissent déjà le Sauveur.


Là était la question, et c’est le problème que nous avons dû résoudre, ma femme et moi, quand nous sommes entrés dans l'Église, parce qu'il y avait beaucoup de saints des derniers jours qui nous donnaient l'impression que si nous cessions de croire ce en quoi nous croyions, ils nous apprendraient ce qui est juste. Et cela, c’est quelque chose de vraiment blessant pour des gens qui connaissent le Seigneur ou pour des personnes qui ont déjà eu des expériences avec la Divinité, quel que soit le nom sous lequel elles rencontrent ce Dieu.


Ainsi donc, quand nous parlons d'apostasie, il ne s’agit pas d’une situation où les lumières se sont soudainement éteintes, où toute la lumière et la vie spirituelles se sont éteintes pour le genre humain vers 100 apr. J.-C. pour ne réapparaître que quelque part aux environs de 1820.


En traitant de cette question de ce qu’est l'apostasie, nous allons également traiter du rapport qu’il y a entre l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours et toutes les autres traditions religieuses du monde. Je trouve et je crois – et je vous montrerai tout à l’heure ce que cela a à y voir – je crois que Dieu ne laisse aucun de ses enfants seul sans guide spirituel. Et ce guide peut être donné par le bouddhisme, il peut être donné par l'hindouisme, il peut être donné par le taoïsme, par n’importe quelle autre grande tradition religieuse, par l'Islam, et ainsi de suite.


Il y a quinze jours, j'étais à Barcelone pour le Parlement mondial des religions. J'étais entouré de personnes venues de toute la surface de la terre avec des traditions spirituelles profondes et un amour profond pour leur prochain. Personne n'était là pour changer quelqu’un d’autre. J'aime ce genre de conférences. Je n'aime pas être dans des situations où je ne peux pas être moi-même dans des échanges avec des personnes d'autres religions.


Au cours de mes rapports avec ces personnes, j’ai pu sentir l'Esprit, et le moment où l'Esprit a été le plus fort, c’est quand j'ai entendu des musulmans très fidèles parler de l'essence de leur foi et des points de contact que cela pouvait avoir avec des personnes d'autres religions. L'Esprit était profondément présent pendant que je mangeais du langar au centre sikh où l’on fournissait le déjeuner pour tous les participants de la conférence qui voulaient venir. Des Sikhs venant littéralement de toute l'Europe, un bon nombre d'entre eux d'Angleterre, étaient venus simplement dans le but unique de servir d'autres êtres humains, peu importe leur tradition religieuse.


J’aborde cette question de l'apostasie en sachant que mon Dieu, celui que j'adore par Jésus-Christ, est également le Dieu de tous mes frères et sœurs et les attire tous à lui et pas simplement par l’intermédiaire de notre tradition.


Maintenant après avoir dit cela, je voudrais que vous gardiez deux époques à l'esprit. La première est celle que les saints des derniers jours appellent le midi des temps, le temps de Jésus-Christ, de sa vie historique. Ensuite, je voudrais que vous gardiez à l'esprit l’époque du Rétablissement. C’est entre autres de cette période qui se situe entre les deux que nous allons parler, mais ce sont là les pôles avec lesquels je veux travailler.


Pourquoi Jésus est-il venu ? (Réponses de l’auditoire.) Oui, il est venu pour accomplir l'Expiation, mais en même temps il est venu pour organiser l'Église.


Savait-il qu’elle allait disparaître ? Certainement. Si Paul le savait dans 2 Thessaloniciens, le Sauveur le savait aussi. Pourquoi s’est-il donc donné la peine de la créer ? Parce qu'il a voulu nous donner un modèle qui nous montrerait à quoi l’Église devrait ressembler quand le moment serait venu pour elle d’être sur la terre comme le Seigneur le veut.


Ce modèle, quel est-il ? Structurellement, des apôtres, un Collège des Douze et des soixante-dix. Faut-il une Première Présidence pour que l’autorité soit présente sur la terre ? Non. Sinon il n'y aurait eu aucune autorité de 1844 à 1847. L'autorité de l'Église réside dans le Collège des Douze.


Il appelle donc douze disciples et il appelle aussi et envoie des soixante-dix. Et nous, les saints des derniers jours, nous avons cela. Dans ce Collège des Douze réside l'autorité d’administrer les ordonnances salvatrices de l'Évangile. Quand ce groupe disparaît, qu’est-ce qui disparaît avec lui ? L’autorité. Mais est-ce que toute la connaissance disparaît ? Non, absolument pas. Quand nous parlons d'apostasie, nous, les saints des derniers jours, ce sur quoi nous devrions nous focaliser en tout premier lieu, c’est cette question de l'autorité, parce que c'est cela qui a disparu vers 100 de notre ère.


C'était l'autorité d’administrer les ordonnances salvatrices de l'Évangile et, eh bien, oui, avec elle une certaine connaissance a également disparu. Mais les lumières ne se sont pas éteintes. Plus aucun historien compétent n’emploie encore l’expression « âge des ténèbres », parce qu'il sait que tandis que les invasions germaniques de l'Europe et autres avaient lieu, la lumière du Christ, la lumière de l'Évangile y était préservée dans le contexte des ordres monastiques et les lumières ne se sont jamais éteintes dans la partie orientale de l'empire. L'Église orthodoxe d’Orient était grandissante, saine et vivante et envoyait des missionnaires en Russie et en d'autres endroits.


Ainsi, quand nous regardons l'apostasie, nous ne disons pas à nos frères et sœurs d'autres traditions chrétiennes qu'ils ne savent rien. Je dois vous dire que je suis aussi sûr aujourd'hui qu'il y a 30 à 35 ans, que c’est Dieu qui m'a appelé à être pasteur presbytérien ; je le sais aujourd'hui tout aussi sûrement que je l’ai su alors et il m'a donné l'autorité de faire ce qu'il m'a appelé à faire parce que Dieu n'appelle pas des gens à faire des choses sans leur donner l'autorité de faire ce qu'il les appelle à faire.


Alors, quelle autorité avais-je ? Vous est-il jamais venu à l’esprit que j’aie pu en avoir ? Quelle autorité avais-je ? De prêcher. De prêcher quoi ? De prêcher ce que je savais. Et qu’est-ce que je savais ? Je connaissais le Christ. Je connaissais le Christ, mon Sauveur, et Dieu m'a donné l'autorité de lui amener des gens par la parole prêchée et par la parole sacramentelle et c’est ce que j’ai fait.


Quand j’ai envisagé de devenir membre de l’Église, cette question de l'autorité est devenue très importante pour moi parce que je savais par expérience que le Christ m'avait appelé et ce n’est que quand j’ai pris conscience de ce que j’étais simplement invité à ajouter à ce que je savais que j’ai pu faire cette transition. Cela m’a permis de parler beaucoup plus facilement à ma mère, qui était présidente de presbytère l'année où j'ai été ordonné et a ainsi présidé à mon ordination, pour lui dire : « Maman, je n'ai pas jeté par-dessus bord tout ce que tu m’as enseigné. J'ai simplement bâti dessus. J'y ai simplement ajouté. »


Ainsi donc, quand nous parlons d'apostasie, la toute première chose dont nous parlons est la perte de l'autorité d’administrer les ordonnances salvatrices de l'Évangile. C'est pour cela que j'ai baptisé mes enfants deux fois. Une fois en tant que pasteur presbytérien et encore une fois quand j'ai été baptisé et confirmé dans l'Église, et que j’ai reçu la Prêtrise d'Aaron pour pouvoir baptiser mes enfants et mon épouse dans l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours.


J'avais l'autorité d’amener les gens au Christ, mais je n'avais pas l'autorité d’administrer les ordonnances salvatrices de l'Évangile, qui, croyons-nous, ne peuvent être trouvés que dans l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours. Nous sommes très « catholiques » dans notre vision de la place des ordonnances. Le catholique croit que les sacrements sont l’endroit où l’on va pour rencontrer le Christ et nous croyons que les ordonnances de l’Évangile – ce qui est simplement le mot que nous utilisons pour désigner les sacrements – sont les endroits spéciaux où nous pouvons aller pour être sûrs de rencontrer le Sauveur.


Pourquoi ? Parce qu'elles conduisent vers l'Expiation. En soi, aucune d’elles ne nous sauve. Ce sont des ordonnances salvatrices parce qu'elles nous permettent de faire une rencontre avec l'Expiation du Seigneur. Je ne suis donc pas sauvé par la foi ou par le repentir ou par le baptême ou par le don du Saint-Esprit ou par la dotation ou par les ordonnances du scellement. Chacune d’elles conduit vers l'Expiation de Jésus-Christ où je peux avoir l’assurance que je rencontrerai le Seigneur. C'est pourquoi il est impératif non seulement que nous allions à la réunion de Sainte-Cène et participions au sacrement du repas du Seigneur ou tout simplement à ce que nous appelons la Sainte-Cène ; mais il est tout aussi impératif, si nous voulons être des saints des derniers jours au sens plein du terme, que nous participons de nouveau à ces ordonnances dans le temple parce que c'est là que nous rencontrons le Seigneur. Ce sont là les choses qui nous sont fournies par l’intermédiaire de la prêtrise autorisée de l'Église, que l’on ne peut trouver nulle part ailleurs.


Reportez-vous maintenant à 100 apr. J.-C. environ. Vous avez admis que les lumières ne se sont pas complètement éteintes. Si c’est vrai, comment l'Évangile s’est-il perpétué ? Comment le connaissait-on ? Grâce à la Bible, n’est-ce pas ? Nous avons les paroles du Seigneur par les prophètes de l'Ancien Testament, nous avons les paroles du Seigneur par lui-même et par les apôtres du Nouveau Testament. La Bible contient-elle la plénitude de l'Évangile ?


Laissez-moi vous lire quelque chose ici. « Le Livre de Mormon est un volume d'Écritures saintes comparable à la Bible. Il est le compte rendu des relations de Dieu avec les anciens habitants de l'Amérique et contient, comme la Bible, la plénitude de l'Évangile éternel [1]. » La Bible contient-elle la plénitude de l’Évangile ? Parfaitement.


Mais vous savez que si un Juif lit l'Ancien Testament, il n’y voit pas la même chose qu'un chrétien, parce que nous le lisons avec les yeux de quelqu’un qui a rencontré le Seigneur Jésus-Christ. Nous le lisons à travers sa vie, sa souffrance, sa mort, sa résurrection et par conséquent c’est comme si nous mettions des lunettes et y voyions des choses qu'une personne de la communauté juive ne voit pas.


Pour moi, quand le saint des derniers jours lit la Bible, il utilise des verres à double foyer. Il la lit non seulement à travers la vie, la souffrance, la mort et la résurrection de Jésus-Christ, il la lit aussi à travers le Rétablissement et ce qui s’y est produit.


Pourquoi y voyons-nous des choses qu'un baptiste, un presbytérien ou un catholique pourraient ne pas voir ? Parce que nous regardons à travers d’autres lentilles, mais cela ne veut pas dire que la Bible serait éventuellement déficiente. Elle ne l’est absolument pas, elle est exactement ce que le Seigneur, pendant presque deux millénaires, a souhaité nous mettre entre les mains avant d’ajouter les verres à double foyer.


Quand nous parlons avec des personnes qui ont d'autres traditions religieuses, en particulier des traditions religieuses chrétiennes, nous devons veiller à rendre à la Bible ce qui lui revient de droit. Si vous lisez les sermons de Joseph Smith, combien de fois cite-t-il le Livre de Mormon ? Très rarement. Que cite-t-il ? La Bible.


Quand je veux vraiment l'inspiration spirituelle après presque soixante ans maintenant, je me tourne toujours vers la Bible de préférence à n'importe quel autre livre d'Écriture, mais je le fais maintenant avec d’autres lunettes à cause de ma connaissance du Livre de Mormon, des Doctrine et Alliances et de la Perle de Grand Prix.


Nous devons aider nos frères et sœurs qui ne sont pas de la tradition des saints des derniers jours à comprendre qu'ils sont invités à édifier sur les expériences qu'ils ont déjà faites avec le Seigneur, pas à les rejeter, l’important étant ici que quand nous parlons de l'apostasie ce n'est pas que l'Évangile n'était pas sur la terre ; ce qui était absent, c’était l'autorité de la prêtrise.


Ainsi donc, qui apporte l'Évangile aux gens de la terre depuis presque deux millénaires ? Les catholiques et les protestants. Nos frères et sœurs catholiques, nos frères et sœurs protestants font partie du plan de Dieu pour que la plénitude de l'Évangile arrive dans les derniers jours.


Dale LeBaron a écrit un petit livre appelé « All Are Alike Unto God » [Tous sont égaux devant Dieu]. Il y interviewe 400 noirs qui sont devenus membres de l'Église en Afrique juste après la révélation de 1978. Un jour j'ai eu l’occasion de demander à Dale : « Combien parmi ces 400 personnes étaient chrétiennes avant de devenir des chrétiens saints des derniers jours ? » Que m’a-t-il répondu, pensez-vous ? 398 ; deux d'entre eux étaient musulmans.


Supposez maintenant que les missionnaires catholiques et protestants ne soient jamais allés en Afrique noire avant 1978. Combien parmi ces 400 personnes seraient dans l'Église ? Peut-être deux, les musulmans.


Nous devons nous rendre compte que nos frères et sœurs catholiques et protestants préparent la voie. Cela les fait parfois grimper au mur de voir qu'ils préparent la voie et que nous arrivons ensuite. J'ai des amis évangéliques qui ont des ministères en Amérique du Sud. Ils envoient des équipes de missionnaires remonter l'Amazone, ils trouvent une tribu isolée, ils apprennent la langue, ils traduisent la Bible dans cette langue, les convertissent au christianisme et ensuite, qui apparaît ? Les missionnaires mormons ou les témoins de Jéhovah pour finir le travail ; et ils trouvent que ce n’est pas juste.


Mais nous affirmons que le mormonisme a quelque chose de plus ; c'était précisément ce que j’essayais de faire comprendre aux missionnaires de la mission de Jackson. Qu’effectivement, vous rencontrez des gens qui connaissent le Sauveur et qui le connaissent bien, peut-être mieux que vous et l’Esprit inonde véritablement leur vie. Nous ne devons jamais, de quelque façon que ce soit, leur donner à entendre que ce n'est pas une véritable expérience religieuse. C’en est une. Je l’ai eue. Mais nous leur offrons plus.


Donc au cours de cette période de 100 à 1820, le Seigneur préparait la voie au Rétablissement et si vous regardez la situation du monde à l’époque du Rétablissement, vous n’aurez aucun mal à comprendre qu’il fallait qu’il y ait un endroit très spécial pour que ceci se produise. Si vous regardez l'Europe, elle était dominée par des églises d'État et les groupes dissidents des années 1700s et 1800 et avant étaient violemment persécutés. Si vous voulez une histoire de persécutions, voyez tout simplement l'histoire des méthodistes d’Angleterre au début des années 1800 quand ils étaient considérés par certains comme dissidents de l'Église épiscopalienne ou de l'Église anglicane. L'Angleterre n'était pas le seul pays ; toute l'Europe était dominée par des églises d'État où l'État et l'Église faisaient cause commune.


Le Rétablissement ne pouvait pas se produire dans un environnement qui n'était pas essentiellement pluraliste. Il ne pouvait pas se produire dans des pays non-chrétiens, parce que personne ne rechercherait quoi que ce soit. Nous devons nous rendre compte que le Rétablissement a eu lieu dans ce pays dans un contexte qui le rendait possible.


Au début des années 1800, nous commençons à voir un mouvement dans le sens d’un rétablissement balayer le pays, depuis la Nouvelle-Angleterre en descendant jusque dans les Virginies et puis vers l’ouest à travers le Kentucky et en remontant vers l'Ohio et la Pennsylvanie et ainsi de suite ; des gens qui recherchaient quelque chose qu’ils voyaient dans le Nouveau Testament et qu'ils ne pouvaient pas trouver dans leur église. Et si Sidney Rigdon, Oliver Cowdery et d'autres sont entrés dans l’Église, c’est parce qu’ils étaient à la recherche d’un rétablissement du christianisme du Nouveau Testament. La question n'était pas de savoir s'il devait y avoir un rétablissement. La question était : « Est-ce ceci ? » Et Sidney a eu le sentiment que c’était le cas et a amené un certain nombre de ses disciples campbellites.


Il fallait donc qu’un pays soit préparé. 1776 est une date capitale dans l'histoire de l’Église, parce que c'est la déclaration d'indépendance ; ensuite il y a eu la Constitution, qui dit en gros pour la première fois que le pluralisme religieux doit faire partie intégrante de la vie humaine, que nous ne devons pas tous être les mêmes. Je vous l’accorde, étant donné notre histoire, c'était sur papier, ce n'était pas nécessairement dans la réalité des choses. Il n’empêche que le pluralisme même qui existe dans ce pays est ce qui nous permet d'exister et a permis au Rétablissement de se produire parce qu'il y avait la liberté religieuse.


Et puis en 1820, nous avons la Première Vision et puis nous commençons à voir le Seigneur agir dans ce pays. Et il y a un passage dans les Doctrine et Alliances que Robert Millet et moi avons tous deux utilisé dans nos déplacements et notre enseignement et ce passage-là, la première fois que vous le lisez en étant attentif à l’action de Dieu à l’extérieur de l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, il vous sidère. C'est D&A 10, en commençant par le verset 52 :


« Or, voici, selon la foi qu'ils ont mise dans leurs prières, je ferai connaître cette partie de mon Évangile à mon peuple. Voici, je ne la fais pas connaître pour détruire ce qu'ils ont reçu, mais pour l'édifier. C'est pour cette raison que j'ai dit: Si cette génération ne s'endurcit pas le cœur, j'établirai mon Église parmi elle. Or, je ne dis pas cela pour détruire mon Église, mais je le dis pour édifier mon Église [2]. »


Quelle Église ? Nous sommes en 1828, mes amis, de quelle Église peut-il bien parler quand il dit qu’il va l’édifier ? Ce n'est pas l'Église de Jésus-Christ qui n’est pas encore organisée ; c'est l'Église du Christ qui est déjà présente sur la terre, qui a préparé la voie pour la plénitude de l'Évangile.


Et ainsi, quand nous parlons d'apostasie, nous ne pouvons pas mettre des étiquettes ou des marques qui sont de nature à diminuer le pouvoir et l'expérience spirituels de nos frères et sœurs d'autres traditions, car ils font partie du plan de Dieu. Ils préparent la voie pour la plénitude que nous offrons. Mais ils font partie du plan de Dieu, parfaitement.


L’étape suivante se produit en 1829. Avant que le Livre de Mormon ne soit terminé, qu’est-ce que les trois témoins sont appelés à faire ? Trouver les Douze. En 1829, avant même que le Livre de Mormon soit fini, et alors nous commençons à voir le rétablissement de l'autorité de la Prêtrise d'Aaron et un peu plus tard, celui de la Prêtrise de Melchisédek.


Nous n’aurons cependant de collège officiel de douze apôtres et un de soixante-dix qu’en 1835. Comment concilier ceci avec le fait que j’ai dit tout à l’heure que, sans Collège des Douze, il n’y a aucune autorité sur la terre ? Je crois que pendant ces quelques premières années que le Collège des Douze était le collège dirigé par Pierre, Jacques et Jean dans les cieux, mais que l'autorité pour administrer les ordonnances salvatrices de l'Évangile a été officiellement transmise à ces groupes officiels des Douze et des Soixante-dix en 1835 ; et depuis lors il ne peut y avoir aucune autorité sur la terre pour administrer les ordonnances salvatrices sans Collège des Douze.


Vous remarquerez que j’ai dit que ce que le Seigneur a fait au midi des temps a été de créer un modèle. C'était un modèle qui nous montrait à quoi ressemblerait l'Église. C'était un modèle avec des Douze et des Soixante-dix.


En 1835, nous voyons cela entièrement reproduit dans l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours. Il y a quelques autres traditions chrétiennes qui ont un Collège des Douze, mais je n’en connais aucune qui soit guidée par un Collège de Douze et un de Soixante-dix. Nous voyons ainsi que ce qui a été perdu dans l'apostasie, l’autorité d’administrer les ordonnances salvatrices de l'Évangile, revient maintenant à un moment où l'Église peut être ce que Dieu veut que nous soyons.
 

À votre avis, à combien de personnes la Première Présidence s’adresse-t-elle lors des conférences générales ou aux sessions de formation de la prêtrise ? Elles couvrent la surface de la terre, n’est-ce pas ? Les personnes peuvent littéralement être guidées par la voix du prophète du Seigneur. Cela aurait-il pu se produire au midi des temps ? Cela aurait-il pu se produire au début de l'ère apostolique ? Non. Les moyens de transport et de communication ne le permettaient tout simplement pas. Si la tradition est exacte, qui dit que Thomas est allé en Inde et y est mort; il n'avait aucun moyen d'envoyer un câble à Rome pour dire : Dites, les gars, vous auriez intérêt à reconstituer le collège : Je commence à faiblir ici. Le Collège des Douze a disparu par suite des décès, de causes naturelles, des persécutions, que sais-je.
 

Mais maintenant, combien de temps après la mort de Joseph a-t-il fallu pour rassembler le Collège des Douze ? En un mois environ, ils étaient tous de retour et ensemble. Et quand vous y pensez, regardez ce qui s'est produit depuis lors en matière de transport et de communication.
 

En 1838, Morse envoyait son premier message à l’aide d’un fil. Déjà du temps de Joseph Smith, des bateaux à vapeur parcouraient les eaux des Grands Lacs. Si on allait de New York à Albany, on le faisait en train et regardez l’explosion qui s’est produite depuis ce temps-là dans le domaine du transport et de la communication.
 

Supposez que quelque chose aille de travers dans l'Église quelque part dans le monde, combien de temps faut-il pour y envoyer une Autorité générale pour mettre de l’ordre dans le chaos ? Vingt-quatre heures peut-être ?
 

Quand les missionnaires catholiques sont allés en Amérique dans les années 1500, ils y sont allés munis d’instructions sur ce qu'ils devaient faire. Ils ont fait de leur mieux, mais ils n’ont plus eu aucune nouvelle d’aucune autorité centrale et il ne faut pas s’étonner, quand on regarde le catholicisme en Amérique du Sud, de voir un catholicisme mélangé de traditions et de religions indigènes parce qu'il n'y avait aucune autorité centrale pour guider ces prêtres dans la façon de faire les choses et ce qu’ils avaient à faire. Ils ont fait ce qu’ils pouvaient.
 

Que pensez-vous qu’il se produirait si nous isolions Tooele de l'Église pendant une décennie ? À quoi l'Église y ressemblerait-elle, à votre avis ? Je pense que cela pourrait être très intéressant. C'est pour cela que ceci est la dispensation de l'Église dans les derniers jours. C'est comme cela que le Seigneur voulait que l'Église soit, parce que maintenant elle est guidée par une seule voix et nous avons la promesse qu'elle ne disparaîtra jamais de la surface de la terre jusqu'au retour de Seigneur. Mais sans les miracles modernes du transport et de la communication, nous connaîtrions le destin de l’Église primitive.


Alors, qu’est-ce que l’apostasie ? C'est en premier lieu la perte de l'autorité. Oui, avec elle, il y a des choses qui disparaissent, particulièrement celles qui étaient probablement trop sacrées pour être mises par écrit – comme les cérémonies de temple peut-être. Mais l'Évangile a été préservé pour qu'il puisse y avoir un rétablissement dans cette terre choisie.


Ceci dit, qu’en est-il des autres traditions ? Je voudrais vous lire quelques citations. Celle-ci se trouve à la première page de mon cours sur les religions du monde à BYU. Elle est de Brigham Young :


« Pour moi, le plan de salut doit… englober la connaissance qui se trouve sur la face de la terre, sinon il n'est pas de Dieu. Un tel plan contient tous les systèmes de vraie doctrine de la terre, qu'ils soient ecclésiastiques, moraux, philosophiques ou civils, il renferme toutes les bonnes lois qui ont été faites de l'époque d'Adam jusqu'à présent; il absorbe les lois des nations, car il les dépasse toutes en connaissance et en pureté; il englobe les doctrines du jour, prend à gauche et à droite, réunit toutes les vérités en un seul système, et laisse là la balle qui sera dispersée çà et là [3]. »


Qu'entendez-vous Brigham dire ici ? Je l'entends dire que partout où je trouve la vérité, que ce soit dans la physique ou l’hindouisme ou le bouddhisme, peu importe, partout où se trouve la vérité je touche à quoi ? Je touche à l'Évangile. Pas nécessairement dans sa plénitude, mais tout ce qui est vrai fait partie de l'Évangile de Jésus-Christ et où que je le trouve je devrais me réjouir et être heureux que ce soit là, car la vérité enrichit la vie humaine.


Ou… voyons cette citation-ci. Elle est d’Orson F. Whitney, le président Hunter la cite dans un discours prononcé en conférence générale en 1991 :


« Dans un discours de conférence, Orson F. Whitney a expliqué que beaucoup de grands dirigeants religieux ont été inspirés. Il a dit : ‘[Dieu] n’utilise pas seulement son peuple de l'alliance, mais aussi d'autres gens pour accomplir une œuvre prodigieuse, magnifique et en même temps trop ardue pour qu’une petite poignée de saints suffise pour l’accomplir… ‘Au fil des siècles, des détenteurs de l'autorité de la sainte prêtrise – patriarches, prophètes, apôtres et autres – ont officié au nom du Seigneur en accomplissant ce qui était requis d’eux ; en dehors du cercle de leurs activités, d'autres hommes, bons et grands, ne détenant pas la prêtrise, mais d’une profondeur de pensée d’une grande sagesse et désireux d’édifier leurs semblables, ont été envoyés par le Tout-Puissant dans de nombreuses nations pour leur donner, non pas la plénitude de l'Évangile, mais la part de vérité qu'elles pouvaient recevoir et utiliser avec sagesse. » (Dans Conference Report, avril 1921, pp. 32-33.) [4]


Qui sont ces gens ? Mahomet, Siddhartha Gautama, le Bouddha ; Confucius, Lao-tseu, Baha'ullah ; ce sont là des messagers du Seigneur si je lis bien ce qu'Orson F. Whitney dit. Ou essayez celle-ci, vous devez bien la connaître :


« Car voici, ainsi dit le Seigneur Dieu: Je donnerai aux enfants des hommes ligne sur ligne, précepte sur précepte, un peu ici et un peu là… »

Nous savons tous que c’est comme cela que nous progressons, mais vous est-il jamais venu à l’esprit que c’est de cette façon que chaque être humain progresse ?

« … et bénis sont ceux qui écoutent mes préceptes et prêtent l'oreille à mes recommandations, car ils apprendront la sagesse; car à celui qui reçoit, je donnerai davantage; et à ceux qui diront: Nous avons assez, on ôtera même ce qu'ils ont [5]. »

« Car je commande à tous les hommes, à la fois à l'est et à l'ouest, et au nord et au sud, et dans les îles de la mer… »

Ce qui, je pense, ne laisse personne de côté, ni homme ni femme.

« … qu'ils écrivent les paroles que je leur dis; car c'est d'après les livres qui seront écrits que je jugerai le monde, chacun selon ses œuvres, selon ce qui est écrit. Car voici, je parlerai aux Juifs, et ils l'écriront… »

Qu’est-ce que c’est ? La Bible.

« … et je parlerai aussi aux Néphites, et ils l'écriront… »

Le Livre de Mormon.

« … et je parlerai aussi aux autres tribus de la maison d'Israël, que j'ai emmenées, et elles l'écriront… »


Qu'est-ce que c'est ? Ce sont toutes les autres Écritures dont nous allons avoir besoin en temps voulu et alors nous les recevrons: Et ceci :


« … et je parlerai aussi à toutes les nations de la terre, et elles l'écriront [6]. »


Qu'est-ce que c'est ? Les Védas, le Bhagavad-gita, le Tripitika, les Analectes, le Coran ; personne ne sera jugé en fonction de ce qu'il n'a pas reçu, mais Dieu ne laisse pas ses enfants seuls. Il les guide pour les préparer ; et peut-être que mon voisin bouddhiste travaille à sa spiritualité et que mon voisin musulman travaille à des questions de morale et moi, je travaille à être un serviteur parce que j'étais de toute évidence tellement égoïste dans la vie pré-mortelle que j'ai dû devenir un saint des derniers jours.


Je voudrais encore lire cette citation :


« Dans nos humbles efforts pour créer une fraternité et enseigner la vérité révélée, nous disons aux habitants du monde ce que le président George Albert Smith a suggéré avec tant d’amour : « Nous ne sommes pas venus pour vous enlever la vérité ni la vertu que vous possédez. Nous ne sommes pas venus pour vous critiquer. Nous ne sommes pas venus ici pour vous réprimander pour des choses que vous n'avez pas faites ; mais nous sommes venus ici en tant que vos frères… et pour vous dire : « Conservez tout ce que vous avez de bon et permettez-nous de vous apporter encore de bonnes choses pour que vous soyez plus heureux et pour que vous soyez prêts à entrer en la présence de notre Père céleste. » [Sharing the Gospel with Others, compilé par Preston Nibley, Salt Lake City, Deseret News Press, 1948, pp. 12-13.]


« Notre religion ne s’éteindra jamais. Elle est fondée sur la vérité éternelle et salvatrice. Son message d'amour et de fraternité se trouve dans les Écritures et dans les révélations que le Seigneur donne à son prophète vivant. Elle embrasse toute la vérité. Elle englobe toute la sagesse : tout ce que Dieu a révélé aux hommes et tout ce qu’il révélera encore. De cette révélation éternelle, je témoigne au nom de Jésus-Christ [7]. »


Mon témoignage, à moi, ce serait que le « plus » apporté par le mormonisme, le plus qui édifie sur ces autres traditions et y ajoute, c’est l'autorité de la prêtrise de Dieu qui ne peut être trouvée qu’ici et je vous le dis au nom de Jésus-Christ, amen.

 

NOTES
 

[1] Introduction du Livre de Mormon. L’expression « comme la Bible » se trouve dans l’édition anglaise de 1981. Nous ne savons pas pourquoi elle n’apparaît pas dans l’édition française (NdT).
[2] D&A 10:52-54.
[3] Brigham Young, Discours de Brigham Young, p. 4, tel qu’affiché sur Idumea.
[4] Howard W. Hunter, « L’Évangile, foi globale », L’Étoile, janvier 1992, p. 21.
[5] 2 Néphi 28:30.
[6] 2 Néphi 29:11-12.
[7] Howard W. Hunter, « L’Évangile, foi globale », L’Étoile, janvier 1992, p. 21.

 

 


 

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