FAIRE LA LECTURE A BEN

 

par Tammy Munro

 

J'ai négligemment laissé le stylo glisser de mes doigts en poussant un soupir. J'ai laissé tomber ma tête sur le bureau et j'ai dit, dans un gémissement : "Je n'en peux plus."

 

J'ai regardé l'horloge. Il était 9 heures moins le quart. Je voulais me coucher à 9 heures et demi au plus tard. En regardant les exercices de maths que j'étais en train de faire, j'avais les larmes aux yeux. J'étais épuisée. La tête me cognait et j'avais des douleurs dans tout le corps. Mais il y avait peu de chances que je puisse dormir. Il me faudrait au moins deux heures pour terminer les maths ; ensuite, je devais apprendre mon rôle pour la répétition de la pièce de théâtre du lendemain. J'avais un devoir d'anglais à rendre dans deux jours, et, je ne l'avais même pas encore commencé. En plus, j'avais cours de piano le lendemain, et mon professeur n'allait pas être content, vu le peu de temps que j'avais réussi à consacrer à m'exercer pendant la semaine.

 

- Tammy ? a fait une petite voix, qui m'a tirée de mes pensées. Exaspérée, j'ai tourné la tête vers la porte.

 

- Ben, ai-je lancé, d'un ton plaintif, pourquoi est-ce que tu ne dors pas encore ?

 

Ben, six ans, a traversé, d'un pas joyeux, la chambre et s'est installé sur mes genoux.

 

- Je ne suis pas fatigué, m'a-t-il répondu.

 

Je lui ai souri et l'ai serré dans mes bras. Impossible de lui en vouloir longtemps.

 

- Tammy, lis-moi une histoire, m'a-t-il demandé, d'un ton suppliant.

 

- Ben, je voudrais bien, mais ce n'est pas possible ce soir, ai-je commencé. Je me suis lancée dans une description détaillée de la pression que je subissais. Remarquant sa déception, j'ai arrêté de me chercher des excuses et j'ai commencé à me sentir coupable. Mon regard s'est posé sur mes Ecritures, sur le plancher. Une chose de plus à faire ce soir, me suis-je dis, encore plus découragée. Soudain, j'ai eu une idée. Posant Ben par terre, j'ai pris le Livre de Mormon.

 

- Tu aimes les histoires des Ecritures, Ben? lui ai-je demandé. Acquiesçant d'un air heureux, il s'est installé pour écouter. La tâche de lecture du séminaire était 3 Néphi 17. Je me suis dépêchée de trouver la page et je me suis mise à lire : " Voici, alors, il arriva que lorsqu'il eut dit ces paroles, Jésus posa de nouveau les regards alentour sur la multitude, et... "

 

- Tammy, c'est quoi la multitude ? m'a demandé Ben.

 

- C'est plein de gens, me suis-je hâtée de répondre avant de reprendre : " et lui dit : Voici, mon temps est proche. "

 

- Tammy, qu'est-ce que ça veut dire ? m'a demandé Ben.

 

J'étais atterrée. Cela allait durer bien plus longtemps que prévu. En une demi-heure de lecture, je n'ai fini qu'une page. Ben voulait tout savoir et tout comprendre : Jésus qui donnait des directives aux Néphites ; Jésus qui guérissait les malades ; des choses qui ne peuvent être écrites. Tout le fascinait. Moi, cela ne me fascinait pas. J'avais hâte de finir le chapitre, de l'envoyer se coucher et de retourner à ma montagne de devoirs.

 

J'ai repris : " Et lorsqu'il eut dit ces paroles, il pleura, et la multitude en témoigna, et il prit leurs petits enfants, un par un, et les bénit, et pria le Père pour eux. Et lorsqu'il eut fait cela, il pleura de nouveau. Et il parla à la multitude et lui dit: Voyez vos petits enfants. Et comme ils regardaient, ils jetèrent les regards vers le ciel, et ils virent les cieux ouverts, et ils virent des anges descendre du ciel comme au milieu d'un feu ; et ils descendirent et entourèrent ces petits enfants, et ils étaient environnés de feu ; et les anges les servirent " (versets 21-24).

 

M'arrêtant pour reprendre ma respiration, je me suis rendu compte que je venais de lire quatre versets sans être interrompue une seule fois !

 

Perplexe, j'ai regardé Ben. A ma grande surprise, j'ai vu que son petit visage était baigné de larmes. Je l'ai regardé dans les yeux à la recherche d'une explication.

 

Il a répondu doucement : " Tammy, j'aurais bien voulu y être. "

 

Soudain, j'ai senti les larmes me brûler les yeux. Honteuse, j'ai murmuré : " Moi aussi, Ben. "

 

Mes devoirs, ma répétition de théâtre, mon piano, ont perdu de leur importance. Je me suis aperçue que c'était à mon attitude à l'égard des choses spirituelles que je devais accorder mon attention. J'ai serré dans mes bras mon gentil petit frère qui m'avait rappelé ce qui était vraiment important, et je me suis promis de m'améliorer.

 

 

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