LE LIVRE D’ABRAHAM, UN LIVRE D’INSPIRATION DIVINE

 

Analyse et commentaire du livre de Charles M. Larson

« By His Own Hand upon Papyrus : A New Look at the Joseph Smith Papyri »

par Michael D. Rhodes.

 

Le  Livre d'Abraham, dans la Perle de Grand Prix, est souvent utilisé par les non-mormons comme l'exemple parfait démontrant que Joseph Smith était incapable de traduire des textes anciens. Leur argumentation s'articule comme suit : 

 

a) Nous avons les papyrus que Joseph Smith a utilisés pour traduire le Livre d'Abraham (les papyrus I, X et XI de Joseph Smith, découverts en 1967 au Metropolitan Museum of Art de New York et qui ont été restitués à l'Église).

b) Les égyptologues ont identifié ces trois papyrus (I, X et XI) comme faisant partie du « Livre des Respirations », un texte religieux de l'Égypte antique.

c) La traduction de Joseph Smith (le Livre d'Abraham) ne correspond pas aux « Livre des Respirations ».

d) Donc Joseph Smith était bel et bien incapable de  traduire l'égyptien.

e) De ce fait, Joseph Smith est un faux prophète, et l'Église qu'il a fondée ne peut être vraie.

 

By His Own Hand upon Papyrus : A New Look at the Joseph Smith Papyri, de Charles M. Larson, utilise cette rhétorique, même si celle-ci n'a aucune validité. Au contraire, les recherches, font apparaître de plus en plus d'indices en faveur de l'authenticité du Livre d'Abraham. En voici les points principaux.[1]

 

PAPYRUS ET MANUSCRITS

 

La clé de toute l'argumentation contre le Livre d'Abraham est la thèse que les papyrus retrouvés au Metropolitan Museum sont bien ceux qu'a utilisés Joseph Smith pour sa traduction. Pour soutenir cette thèse, les détracteurs montrent que sur les quatre manuscrits encore existants du Livre d'Abraham, trois contiennent dans la marge des hiéroglyphes recopiés du Livre des Respirations.

 

Ces manuscrits datent de 1835 et sont connus sous le nom de « documents égyptiens de Kirtland ». Hugh Nibley a réalisé une étude complète de ces manuscrits et l'a publiée dans BYU Studies.[2] En voici les quelques points principaux.

 

1. On ne trouve l'écriture de Joseph Smith dans aucun de ces manuscrits. L'écriture est principalement celle de W. W. Phelps et de W. Parrish.

2. Ces documents n'ont pas servi dans le processus de traduction. Les hiéroglyphes dessinés dans la marge de gauche ont clairement été ajoutés après que le texte anglais ait été écrit. En fait, Phelps et Parrish semblent avoir recopié le texte du Livre d'Abraham pour ensuite essayer de trouver des liens entre le manuscrit et les hiéroglyphes des papyrus appartenant à l'Église. Ceci correspondrait parfaitement à l'étape de préparation et de recherche prescrite par le Seigneur dans D&A 9:8 « ...tu dois l'étudier dans ton esprit. » Le Seigneur veut que nous fassions d'abord tout ce qui est en notre pouvoir pour comprendre quelque chose (et par là même découvrir nos propres limites) avant de lui demander de nous donner la révélation. C'est apparemment ce qu'ont fait Phelps et Parrish, même si leurs efforts ont été de courte durée et vains.

3. En fait, peu de temps après ces événements, ces deux hommes, qui avaient écrit le Livre d'Abraham sous la dictée du Prophète, l'ont rejeté et ont apostasié. S'ils avaient participé à la création frauduleuse du Livre d'Abraham, n'aurait-ce pas été là la première accusation qu'ils auraient lancée contre Joseph Smith ? Or, ils ne l'ont jamais fait.

4. Il est clair que tous les papyrus de Joseph Smith n'ont pas été retrouvés à ce jour. Et rien ne permet de croire que les papyrus retrouvés sont ceux qui ont permis la traduction du Livre d'Abraham. Au contraire, tout tend à démontrer que l'original n'a pas encore été retrouvé. En 1842, les fragments que nous avons aujourd'hui en notre possession furent décrits comme étant montés « sur des supports vitrés, comme pour des photos, contenant des feuilles de papyrus, avec des inscriptions et des hiéroglyphes égyptiens. »[3] L'année suivante, en 1843, Charlotte Haven, une non-membre, rendit visite à Lucy Mack Smith, la mère de Joseph, et, suite à cette visite, écrivit une lettre à sa propre mère, précisant : « Ensuite, elle [L. M. Smith] se tourna vers une grande table, y déposa le chandelier et déroula un long manuscrit [italiques ajoutés], m'affirmant que c'était les écrits d'Abraham et d'Isaac, en hébreu et en sanscrit. Elle en lut certaines parties, pendant quelques minutes, comme si c'était de l'anglais. »[4] En décembre 1835, dans le « Latter Day Saints' Messenger and Advocate », pp. 234-35 le papyrus utilisé pour la traduction du Livre d'Abraham fut décrit comme suit : « A propos des annales égyptiennes, ou plutôt des écrits d'Abraham et de Joseph, je voudrais dire ceci : ces annales sont joliment écrites sur du papyrus à l'aide d'encre ou de peinture noire et, pour une petite partie, rouge, dans un état parfait de conservation. Les caractères sont ceux que l'on peut trouver sur les sarcophages des momies, des hiéroglyphes, etc., avec beaucoup de caractères ou de lettres exactement (quoique probablement pas tout à fait aussi carrés) comme la forme actuelle de l'hébreu sans les points ». Ainsi, une source, membre et une source non-membre de l'époque indiquent que le rouleau de papyrus à l'origine du Livre d'Abraham, ne ressemble en rien aux fragments que l'Église possède aujourd'hui (rouleau au lieu fragments plats,  écriture rouge et noire au lieu de noire uniquement).

 

LE CONTENU DU LIVRE D'ABRAHAM

 

Un des problèmes majeurs, dans l'effort des anti-mormons pour prouver que le Livre d'Abraham n'est pas d'origine divine, est qu'ils ne mentionnent jamais le contenu du livre lui-même. Ils s'évertuent à essayer de démontrer que la méthode de traduction de Joseph Smith (ou du moins, la méthode qu'ils perçoivent) ne pouvait pas marcher, tout en ignorant complètement les indices fournis par le texte lui-même. Une situation analogue serait celle d'un inventeur fou, dépourvu du moindre diplôme, qui dirait avoir trouvé la formule pour changer le plomb en or. Les érudits et les scientifiques viendraient alors avec toutes sortes d'explications détaillées montrant l'impossibilité de cette transformation, qui n'est pas en accord avec les lois de la science, tout en refusant d'analyser la matière produite pour déterminer si c'est vraiment de l'or.

 

D'innombrables indices ont été mis à jour, au cours de ces quinze dernières années, montrant l'authenticité de « la matière produite ». Voici les découvertes les plus importantes.

 

1. Les détracteurs du Livre d'Abraham proclament qu'il est aberrant de lier le personnage d'Abraham à des écrits religieux égyptiens, et qu'un tel lien ne peut exister.

 

De récentes découvertes ont justement montré le contraire. Deux textes pseudépigraphiques[5] traitant d'Abraham et trouvés bien après la mort de Joseph Smith donnent une vision intéressante de la relation qui existait bel et bien entre Abraham et les Égyptiens :

 

Dans le « Testament d'Abraham », Abraham voit en vision le jugement dernier et le décrit de telle manière qu'il ne peut y avoir aucun doute sur ses liens avec la scène du jugement que l'on trouve au 125ème chapitre du Livre des Morts égyptien[6], un des textes religieux les plus célèbres de l'Égypte antique. Et l'un des papyrus de Joseph Smith représente en fait cette scène du jugement.

 

« L'Apocalypse d'Abraham » décrit une vision qu'a Abraham au moment où il offre un sacrifice à Dieu. Dans cette vision, le plan de l'univers lui est dévoilé, « ce qui est dans les cieux, sur terre, dans la mer et dans l'abîme. »[7] Voilà une traduction presque parfaite des mots égyptiens (non traduit par Joseph Smith) que l'on trouve dans la partie du centre gauche (figures 9 et 10) du fac-similé n°2 du Livre d'Abraham.

 

Toujours dans cette vision, Abraham voit « la terre dans sa totalité et ses révolutions », grâce à une image à deux faces.[8] C'est là une très bonne description de la figure 6 du fac-similé n°2 (appelé hypocéphale par les égyptologues), qui contient quatre têtes d'animaux représentant « les quatre coins de la terre ».[9]

 

Ces deux anciens documents sont importants parce qu'ils sont de la même époque que l'hypocéphale et que les autres documents achetés par Joseph Smith. Et ils contiennent les mêmes informations sur Abraham que celles données par Joseph Smith dans le Livre d'Abraham et par son interprétation de l'hypocéphale. De plus, ces documents furent découverts à la fin du siècle dernier. En d'autres termes, Joseph Smith n'aurait pas pu en prendre connaissance.

 

Il existe également d'autres textes égyptiens anciens qui mentionnent Abraham. Notamment ce document, récemment découvert, présentant un autel des sacrifices en forme de lion, semblable à celui du fac-similé n°1, et qui mentionne de manière explicite le nom d’Abraham.[10] Les détracteurs du Livre d'Abraham ont été prompts à qualifier d'absurde l'association faite par Joseph Smith entre cette scène égyptienne typiquement païenne et Abraham. Or, aujourd'hui, nous avons la preuve irréfutable que cette association est non seulement correcte, mais aussi très ancienne. Une fois de plus, ces découvertes sont récentes. Joseph Smith ne pouvait ni les connaître, ni y avoir accès.

 

2. Les égyptologues de l'époque de Joseph Smith s'étaient également moqués d'un autre aspect du Livre d'Abraham : les noms propres que l'on y trouve et qui étaient, selon eux, du charabia.

 

L'endroit appelé Olischem, dont fait mention Abraham 1:10, faisait partie de la liste de ces noms tournés en ridicule. Or, on vient de découvrir ce nom dans un texte datant approximativement de l'époque d'Abraham.[11]

 

3. Regardons maintenant le fac-similé n°2 (l'hypocéphale) et comparons l'interprétation de Joseph Smith avec celle de l'égyptologie moderne.[12]

 

Figure n°1 :

 

Joseph Smith affirme qu'elle représente « Kolob, signifiant la première création, la plus proche du céleste, ou de la résidence de Dieu. » Les Égyptiens croyaient en effet, que Dieu, détenant tous les pouvoirs de la création, trônait au centre de l'univers. Le nom Kolob correspond parfaitement à cette vision du monde par les Égyptiens. Il est fort probable que ce terme provient de la racine sémitique 'QLB, qui signifie « cœur, centre, milieu. » En fait, la forme arabe de ce mot (qalb) rentre encore aujourd'hui dans la composition du nom arabe de plusieurs des étoiles les plus brillantes, telles Antarès, Régulus et Canopus. Toujours dans son explication de la figure n°1, Joseph Smith mentionne que la terre est appelée Jah-oh-eh par les Égyptiens. Le mot égyptien désignant la terre est 3h.t, et se prononce approximativement yoh-heh...

 

Figure n°3.

 

Joseph Smith affirme que la figure n°3 représente « Dieu, assis sur son trône, revêtu de puissance et d'autorité, avec, sur la tête, une couronne de lumière éternelle ». Le sceptre que le personnage tient dans la main est, pour les Égyptiens, le pouvoir et l'autorité que détient un dieu ou un roi. L'objet circulaire sur la tête du personnage représente le soleil, ce qui peut tout à fait correspondre à « une couronne éternelle de lumière ». Les yeux dessinés de chaque côté du personnage assis, sont appelés par les Égyptiens des oudjats et représentent notamment la sagesse divine ou l'intelligence par laquelle Dieu veille sur toutes ses créations et en prend soin, ce qui correspond également à la définition de Joseph Smith, qui parle des « grands mots-clefs de la Sainte Prêtrise » (voir « la gloire de Dieu c'est l'intelligence », D&A 93:36).

 

Figure n°4.

 

Joseph Smith explique que cette figure représente non seulement l'étendue de l'univers, les révolutions de Kolob et d'Oliblisch, mais également le nombre 1000. Cette figure est Horus-Sokar, le dieu à la tête de faucon. Horus personnifiait le ciel et Sokar était associé aux révolutions du soleil et des autres corps célestes. Enfin, le bateau représenté sous les pieds du personnage est décrit dans les textes égyptiens comme « bateau de mille ». Une fois de plus, Joseph Smith avait vu juste.

 

Figure n°6.

 

Joseph Smith décrit ces quatre personnages qui se tiennent debout comme représentant « les quatre coins de la terre ». Ces quatre personnages sont les quatre fils d'Horus. Ils régnaient, en dieux, sur les quatre coins de la terre, et étaient aussi considérés comme présidant sur les quatre points cardinaux.

 

Voilà quelques exemples qui représentent bien l'interprétation de Joseph Smith des trois fac-similés du Livre d'Abraham. Ces quelques points sont confirmés par notre compréhension moderne de la culture et de la religion égyptiennes. Les explications restantes, bien que n'étant pas directement confirmées, ne s'opposent en rien à ce que l'on connaît. Il est difficile d'expliquer autant d'interprétations correctes en les mettant sur le compte du hasard ou de la chance. Joseph Smith n'aurait tout simplement pas pu arriver à un tel résultat par lui-même. La connaissance de ces éléments n'était même pas accessible aux plus grands érudits de  son époque ! Il n'aurait pu recevoir ces connaissances que de la part de Dieu. Et c'est ce qu'il a lui-même toujours déclaré.

 

Toutefois, pour savoir, sans le moindre doute, que Joseph Smith a bel et bien été appelé comme prophète par Dieu, ce n'est pas vers des preuves intellectuelles qu'il faut se tourner, mais vers Dieu lui-même, qui par les murmures du Saint-Esprit le confirmera au cœur et à l'esprit de celui qui est prêt à s'agenouiller et à le lui demander humblement en prière.[13]



[1] Tous mes remerciements à John Gee pour son aide précieuse.

[2] Hugh Nibley, The Meaning of the Kirtland Egyptian Papers, BYU Studies 10, pp. 350-399.

[3] Henry Caswell, The Mormons, The Visitor or Monthly Instructor for 1842, p. 406.

[4] Lettre de Charlotte Haven à sa mère, 19 février 1843, dans "A Girl's Letters from Nauvoo", The Overland Monthly, 2nd series, 16, pp. 623-624.

[5] Le terme pseudépigraphe désigne l'ensemble des anciens écrits religieux juifs et chrétiens prétendus inspirés, mais jamais canonisés. Les apocryphes de l'Ancien Testament font partie des textes pseudépigraphiques. Dans une révélation concernant les apocryphes (D&A 91), nous apprenons que ceux-ci contiennent beaucoup de vérités.

[6] Testament of Abraham, Recension A, 12-13. Pour la traduction en anglais, voir James H. Charlesworth, The Old Testament Pseudepigrapha, 2 vols., Garden City, Doubleday, 1983, 1:889-90.

[7] Apocalypse of Abraham, 12. Pour la traduction voir James H. Charlesworth, The Old Testament Pseudepigrapha, 1:694-95.

[8] Idem.

[9] Apocalypse d'Abraham, p. 18.

[10] John Gee, "Abraham in Ancient Egyptian Texts", Ensign 22 (juillet 1992), pp. 60-62.

[11] John M. Lundquist, "Was Abraham at Ebla? A Cultural Background of the Book of Abraham" dans  Studies in Scriptures, Robert L. Millet et Kent P. Jackson, SLC, Randall Book, 1985, pp. 225-37.

[12] Pour plus d'informations sur le fac-similé n°2, voir Michael D. Rhodes, "A Translation and Commentary of the Joseph Smith Hypocephalus," BYU Studies 17 (Spring 1977): 259-74.

[13] Pour plus d'informations sur le Livre d'Abraham, voir Hugh Nibley, Abraham in Egypt, SLC, Deseret Book, 1981, et Hugh Nibley, The Message of the Joseph Smith Papyri: An Egyptian Endowment, SLC, Deseret Book, 1975. Lire également les différents articles dans Encyclopedia of Mormonism.

 

 

 

 

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