Une chose étrange dans le pays : le retour du livre d’Énoch
Quatrième partie

par Hugh W. Nibley
professeur émérite d’écritures anciennes à l’université Brigham Young
Ensign, mars 1976

Un problème âprement discuté a toujours été : à quel point les écrits énochiens sont-ils chrétiens ? « Il est possible que la dernière formulation de 1 Énoch ait été écrite par des mains chrétiennes, mais il n’y a aucun endroit où les diverses parties donnent des raisons de de la juger d’origine ou d’interpolation chrétienne. » C’est ce que conclut Van Andel [179]. Dans des ouvrages juifs tels que les Douze Patriarches, Jacques II, Pierre, Jude, la Didaché, Barnabas et Hermas, il trouve qu’il « est pratiquement impossible de distinguer entre les éléments chrétiens et non chrétiens » [180]. Pour J. Z. Werblowsky, la version slave « intègre les concepts messianiques des Juifs d’Alexandrie aussi bien que de nombreux ajouts chrétiens… circulant pendant la période du second Temple » [181].

Les érudits chrétiens, résolus à préserver « l’originalité » de Jésus dans le cas d’Énoch, comme pour les manuscrits de la mer Morte, ont décrété qu’Énoch est un ouvrage totalement étranger au Nouveau Testament. En 1840, M. Stuart estime que « le lecteur qui n’est jamais allé très loin dans l’étude de la critique sacrée ne peut s’imaginer toute la lumière qu’il [1 Énoch] jette sur diverses parties du Nouveau Testament, et plus particulièrement sur l’Apocalypse… Et pourtant… combien différentes sont ces deux compositions, bien que les ressemblances partielles et même générales soient si fréquentes » [182]. Il nous assure qu’Énoch et le livre de l’Apocalypse furent écrits à la même époque par deux auteurs juifs sur le même thème et le même but généraux… les deux auteurs… traitent de visions et de symboles » [183]. Pour sauvegarder l’originalité du Nouveau Testament, il explique que les deux livres sont des inventions indépendantes et que « les deux auteurs donnent libre cours à leur imagination et inventent librement » [184].

Stuart n’en est pas moins stupéfait de découvrir ce qui ressemble à « de la vraie christologie avant l’époque du Christ ! » [185]. Comment l’expliquer ? Ce devait être une œuvre chrétienne : « Le contour tout entier de la partie messianique du livre indique une connaissance plus grande de la christologie que ce que l’on pourrait raisonnablement attendre d’un quelconque Juif sans inspiration… à une époque antérieure à la publication du christianisme [186]. »

Et si c’était un Juif inspiré ? Ceci est bien sûr hors de question. « Ma conviction profonde est que nos écritures actuelles sont la règle unique et suffisante de foi et de pratique » [187], une prise de position qui l’oblige à annoncer, quoi qu’il arrive : « Je n’ai pas la moindre intention de dire du livre d’Énoch qu’il est une autorité. On ne me fera jamais croire que les Éthiopiens avaient une justification de le mettre dans leur canon » [188]. Cependant, il admet franchement que les premiers chrétiens, notamment les premiers Pères, l’avaient mis dans leur canon [189] ! Sa conclusion : « L’auteur était un Juif chrétien [190]. » Chrétien, parce que « aucun un sage purement juif, connu de nous, n’aurait amené les auteurs, à une époque aussi lointaine, à emprunter le chemin qu’il a parcouru [191]. » Juif, parce qu’il « connaissait particulièrement bien les écritures de l’Ancien Testament et avait probablement une certaine connaissance de celles du Nouveau. L’ouvrage fut composé, selon toute probabilité, dans la seconde moitié du premier siècle de l’ère chrétienne » [192].

En 1860, G. Volkmar, motivé par les mêmes arguments, insista sur le fait qu’Énoch était un ouvrage purement chrétien, l’idée qu’il puisse être préchrétien étant le résultat d’une traduction défectueuse ; il n’avait rien à voir avec les membres des sectes du premier siècle av. J.-C. [193] Et puis, en 1864, les textes d’Énoch hébreux purement juifs commencèrent à apparaître [194], mais A. Vaillant, en bon catholique, tient la bonne réplique : « Alors que l’Énoch hébreu est « mal construit, confus et ténébreux, l’Énoch chrétien est raisonnable, ordonné et clair ». Ce sont donc les chrétiens qui ont réellement organisé les vieux textes juifs et qui, dans la foulée, « inventèrent une autre histoire », ce qui exclut les Juifs. Dans le même esprit, Weisse, Hofmann et Philippi prétendent tous qu’Énoch était un ouvrage chrétien en vertu du « principe dogmatique », selon Charles, que le christianisme devait être défendu « dans son originalité pure » [196].

C’est une question qui a tarabusté ces dernières années tous les spécialistes des anciens écrits apocalyptiques : que faire quand un ouvrage indubitablement juif contient des éléments indéniablement chrétiens ? Cela a été, bien entendu, l’une des principales pierres d’achoppement du Livre de Mormon : comment des Juifs pouvaient-ils, avant l’époque du Christ, à ce point parler et agir comme des chrétiens et vice-versa ? Cette anomalie apparente a amené tant les Juifs que les chrétiens à modérer leur enthousiasme pour les manuscrits de la mer Morte et même à déconseiller leur publication [197].

Après avoir énuméré une douzaine de mentions d’Énoch dans le Nouveau Testament, l’Encyclopedia Britannica minimise le lien en vertu de la théorie que « la répétition d’idées et de phraséologie semblables indique tout simplement l’influence d’une tradition commune » [198]. Van Andel insiste sur le fait que la communauté du Nouveau Testament qui a inventé Énoch suivait le Christ, qui, lui, n’était pas une invention : « Le véritable Énoch s’est perdu dans les brumes du mythe alors que le véritable Christ est un personnage historique… » [199]. Et comment ont-ils inventé Énoch ? Quelle proportion de cette histoire est parvenue jusqu’à eux en plus de son nom ? Personne ne le sait, et il est facile d’avancer des théories. Même R. H. Charles, pour éviter d’accorder trop de crédit à Énoch, a introduit, selon Black, des choses dans sa traduction sans « le moindre soutien de la tradition des manuscrits… Il a en fait pratiquement réécrit la fin des Similitudes pour la faire cadrer avec ses idées sur ce qu’Énoch aurait dû dire [200]. »

Mais P. Battifol, avec sa clairvoyance habituelle, a observé il y a longtemps que des ouvrages tels qu’Énoch sont un prolongement des prophètes canoniques et « en même temps un prologue à l’Évangile. C’est ainsi et ainsi seulement que l’on peut expliquer la faveur qui leur était accordée dans l’Église primitive et comment, négligés par les Juifs de la tradition talmudique, ils ont été préservés pour nous par des mains chrétiennes [201]. »

Le but de ce résumé fastidieux et superficiel est de bien montrer que, lorsque Joseph Smith fait paraître des pages d’un livre d’Énoch pour nous le faire lire, ce ne peut pas être quelque chose qu’il a emprunté à une quelconque source ancienne connue, qu’elle soit éthiopienne, grecque, slave, hébraïque, araméenne ou arabe, etc., car aucune d’elles n’était à sa disposition en 1830.

De tous les concepts primordiaux portés à l’attention de l’humanité par le ministère du prophète Joseph Smith, aucun n’a été en butte à une plus grande dérision ou ne mérite plus de respect que son affirmation que certaines annales sacrées ont été tenues et transmises aux saints de chaque dispensation au fil des siècles. Il nous dit comment un dépôt d’écrits sacrés a été préservé et agrandi depuis le commencement de l’homme jusqu’à maintenant ; et s’il dit vrai, il existe aujourd’hui quelque part sur la terre, si seulement nous savions où les découvrir, l’équivalent de milliers de bandes magnétiques et de films rappelant les événements cruciaux de l’histoire humaine. L’équivalent ? Mieux que cela ! Le vieux rêve de science-fiction de récupérer les ondes de son et de lumière propagées par les grands événements historiques s’avère être une erreur – les physiciens-nous assurent que les ondes sonores et lumineuses ont l’art de perdre de la définition et de s’atténuer peu après avoir entrepris leur ambitieux voyage dans toutes les directions et on peut montrer que les instruments les plus puissants que l’on puisse concevoir ne pourront jamais démêler leurs impulsions inextricables.

Cela signifie que l’art d’écrire, une technique vieille comme l’histoire, reste et restera probablement toujours le moyen le plus efficace d’unir le temps et l’espace. « Mais de toutes les inventions stupéfiantes, écrit le non moins stupéfiant Galilée, quel esprit sublime a dû avoir celui qui a conçu le moyen de communiquer ses pensées les plus secrètes à autrui, aussi éloigné qu’il soit dans le temps ou dans le lieu, parlant à ceux qui sont aux Indes, parlant à ceux qui ne sont pas encore nés ni ne naîtront d’ici mille ou même dix mille ans ? Et cela sans devoir se donner plus de peine que d’arranger de diverses façons deux douzaines de petits signes sur du papier ? Que ce soit là le sceau de toutes les inventions admirables de l’homme [202]. » Le sublime de la chose fait que l’on doute qu’elle soit une invention humaine : les hommes n’ont jamais rien inventé de tel avant ou depuis, et l’idée que « l’homme primitif » y soit arrivé insensiblement, petit à petit, au cours de dizaines de milliers d’années de tâtonnements est tout simplement grotesque.

Eh bien, Joseph Smith, le Voyant, nous raconte une histoire qui, une fois assemblée, est aussi splendide qu’audacieuse. Et il n’est pas difficile de l’assembler, car on la retrouve partout dans toutes les écritures inspirées qu’il nous fournit, le Livre de Mormon, en particulier, nous l’explique clairement. Voici comment cela marche.

Énoch déclara autrefois que, du temps d’Adam, « il était donné à tous ceux qui invoquaient Dieu d'écrire par l'esprit d'inspiration », qu’un « livre de souvenir » fut tenu « dans la langue d’Adam » et transmis jusqu’à sa propre époque, « écrit… parmi nous, selon le modèle que le doigt de Dieu nous a donné » (Moïse 6:5, 46). À la fin de sa vie, « Adam prédit tout ce qui arriverait à sa postérité jusqu’à la dernière génération » et cette information fut soigneusement consignée : « Ces choses furent toutes écrites dans le livre d’Énoch, et il en sera témoigné en temps opportun » (D&A 107:56-57).

Il existe donc un document écrit qui relie toute l’expérience humaine depuis le commencement jusqu’à la fin. Entre-temps il y a un travail consciencieux de tenue de registres pour remplir le document, le mettre à jour, condenser et abréger là où c’est nécessaire et le remettre en de bonnes mains pour que la transmission continue. « Car je commande à tous les hommes, à l’est, à l’ouest, au nord et au sud, et dans les îles de la mer, d’écrire les paroles que je leur dis, car, d’après les livres qui seront écrits, je jugerai le monde, chacun selon ses œuvres, suivant ce qui est écrit… et je parlerai aussi à toutes les nations de la terre et elles l’écriront » (2 Néphi 29:11–12).

Tout comme l’écrit franchit l’espace, de même il franchit le temps. Nous avons l’assurance que, lorsque les plaques de bronze que Léhi emporta de Jérusalem. « seraient envoyées à toutes les nations, familles, langues et peuples de sa postérité, qu’elles ne périraient jamais et qu’elles ne seraient même jamais ternies par le temps » (1 Néphi 5:18-19). Le monde est ainsi couvert d’une sorte de réseau de communications, quelque chose comme le réseau de vie organique de Teilhard de Chardin, grâce auquel les justes peuvent, quels que soient le temps ou le lieu, partager un univers de parole commun. « Et il a assurément montré… à beaucoup ce qui nous concerne, c’est pourquoi, nous devons nécessairement être informés à ce sujet… afin qu’ils fussent au courant des actions du Seigneur dans d’autres pays, parmi les peuples d’autrefois » (1 Néphi 19:21, 22).

Même les anges entrent dans le jeu. Quelques références croisées montreront que lorsque Gabriel vient mettre pour ainsi dire Zacharie et Marie « dans le coup », tout ce qu’il leur dit n’est rien d’autre qu’un pastiche d’écrits prophétiques anciens qui étaient sur le point de s’accomplir (Luc 1) ; et quand Moroni inaugurera plus tard notre dispensation, il le fera de la même façon, « cit[ant] les prophéties de l’Ancien Testament… sur le point de s’accomplir » et d’autres, soit dûment corrigés et « tels qu’ils se trouvent dans notre Nouveau Testament », avec les explications nécessaires (Joseph Smith – Histoire 1:36, 40).

Dans la transmission des annales sacrées, tout est strictement géré d’en-haut, « donné par inspiration… et… confirmé… par le ministère d’anges… prouvant au monde que les Saintes Écritures sont vraies et que Dieu inspire les hommes et les appelle à son œuvre sainte à notre époque et dans notre génération, tout comme dans les générations d’autrefois » (D&A 20:10-11). Tout est minuté et s’accomplit quand « le Seigneur le juge bon » (2 Néphi 27:10, 21 ; Éther 4:16-17 ; spéc. JS–H 1:53-59 ). Le fait que des documents provenant d’époques et d’endroits très variés correspondent parfaitement atteste leur authenticité, car « Ces dernières annales… confirmeront la vérité des premières » (1 Néphi 13:40). Et d’un bout à l’autre, tout se fait « par l’esprit d’inspiration » (Moïse 6:5.

Le prophète pousse la gentillesse jusqu’à nous dire comment les choses fonctionnent. En passant d’une main à une autre, le texte fait boule de neige comme seules les bibliothèques peuvent le faire, de sorte qu’il faut de temps à autre faire une version abrégée si l’on veut que le message principal soit maintenu au premier plan, le rédacteur sélectionnant pour qu’on y prête une attention spéciale ce qu’il estime primordial et conservant le reste sous diverses catégories.

« Et il s'était produit beaucoup de choses qui, aux yeux de certains, seraient grandes et merveilleuses; néanmoins, on ne peut pas les écrire toutes dans ce livre; oui, ce livre ne peut même pas contenir la centième partie de ce qui se fit… mais voici, il y a des annales qui contiennent toutes les actions de ce peuple; et un récit plus court, mais vrai, a été fait par Néphi [un rédacteur plus ancien]… [moi, Mormon] j'ai fait mon récit… selon les annales de Néphi… sur des plaques que j'ai faites de mes mains. » (3 Néphi 5:8-11, voir 1 Néphi 1:16-17).

Cette dernière phrase est le colophon standard par lequel le rédacteur d’autrefois atteste l’exactitude du document tel qu’il l’a reçu et tel qu’il le transmet : « Et nous savons que nos annales sont vraies, car voici, c’était un juste qui tenait les annales ». (3 Néphi 8:1-2). Le rédacteur lui-même certifie : « Je fais les annales des actes de ma vie… et je sais que les annales que je fais sont vraies, et je les fais de ma propre main, et je les fais selon ma connaissance ». (1 Néphi 1:1-3, voir 3 Néphi 5:17) Jacob, frère de Néphi, nous dit qu’il a pris, dans les annales plus anciennes, des notes sur les choses qui pourraient être d’un intérêt particulier pour son peuple, notant « les points principaux » (kephalaïa), pour « les traiter le plus possible… à cause de notre peuple » (Jacob 1:4). Car le mot d’ordre est la pertinence : « Car j'appliquais toutes les Écritures à nous, afin que cela fût pour notre profit et notre instruction » (1 Néphi 19:23).

Les méthodes utilisées pour le traitement des écrits sacrés sont conditionnées par le monde hostile dans lequel elles se trouvent. Il y a ceux qui ont juré « dans leur colère que, si c'était possible, ils nous détruiraient, nos annales et nous, et aussi toutes les traditions de nos pères » (Énos 1:14). À défaut de quoi, ils peuvent les endommager et les corrompre : « elle a ôté… beaucoup de parties qui sont claires et extrêmement précieuses ; et il y a aussi beaucoup d'alliances du Seigneur qu'elle a ôtées », avec la conséquence désastreuse que « un nombre extrêmement grand d’hommes trébuchent » (1 Néphi 13:26-29).

Pourquoi quelqu’un voudrait-il faire une chose pareille? Pour une raison quelconque, la destruction de livres par le feu est une rengaine dans la réalité historique : Le roman de Ray Bradbury, Fahrenheit 451, parle d’une époque future où le peuple et le gouvernement des États-Unis détruisent systématiquement tous les livres parce qu’ils perturbent un monde entièrement axé sur la télévision et le rejet de toute réflexion sérieuse. Mais l’auteur passe à côté de ce qui est le point principal : les livres que l’on brûle ne sont pas le dépôt sacré dont nous avons parlé, mais des livres de second ordre tout au plus, une sorte de repousse de végétation apparue sur les cendres des livres saints brûlés par ces savants mêmes qui parrainent maintenant leurs successeurs. La question en ce moment n’est pas de savoir si les « grands livres », qui tous tâtonnent dans le noir, peuvent répondre aux grandes questions de la vie, (de leur propre aveu, ils ne le peuvent pas), mais s’il y a jamais eu des livres qui, eux, le pouvaient. Joseph Smith était conscient du vide qui existe entre l’homme moderne et les écrits de ce genre. « Vous allez peut-être penser que cette façon de procéder est bien pointilleuse », dit-il aux frères quand il leur enseigna le système de tenue de registres de l’Église (D&A 128:5) et Moroni, le principal rédacteur du Livre de Mormon désespère d’approcher et même de décrire la puissance et la majesté inconcevables manifestées dans l’écrit entre les mains de maîtres aussi inspirés que le frère de Jared (Voir Éther 12:23-25). Ce qui se passe, c’est que ce genre d’écrit agit sur une longueur d’onde différente de ce qui se passe pour les textes ordinaires. Le lecteur réceptif peut en retirer quelque chose qu’aucun autre écrit ne donnera. La dernière dispensation a été inaugurée par une communication de ce genre : « Jamais aucun passage de l’Écriture ne toucha le cœur de l’homme avec plus de puissance que celui-ci ne toucha alors le mien » (JSH 1:12) Le passage était bien connu, mais jusqu’alors la courant avait été coupé.

Parce que le monde est susceptible et hostile envers ce qu’il ne comprend pas – « Les chiens aboient contre les étrangers » dit l’immortel Héraclite – Il est beaucoup question dans la tenue des registres de cacher, de soustraire, de feindre, de rationner et de déguiser : « ayant reçu du Seigneur le commandement de ne pas laisser les annales, qui avaient été transmises par nos pères, qui étaient sacrées, tomber entre les mains des Lamanites (car les Lamanites les détruiraient), je… cachai dans la colline de Cumorah toutes les annales qui m'avaient été confiées par la main du Seigneur » (Mormon 6:6). « Ceux qui auront dégénéré dans l'incrédulité ne l'auront pas, car ils cherchent à détruire les choses de Dieu » (2 Néphi 26:17). Ces choses-là sont « scellées » et « ne seront pas remises au jour de la méchanceté et des abominations du peuple. C'est pourquoi, le livre lui sera refusé » (2 Néphi 27:8).

Le moyen le plus sûr de préserver un livre de la destruction et la seule façon de le protéger de l’inévitable corruption de son contenu qui découle de la copie et de la manipulation est tout simplement de l’enterrer : « et elles sont scellées pour parvenir à la maison d'Israël, dans leur pureté, selon la vérité qui est en l'Agneau, lorsque le Seigneur le jugera bon » (1 Néphi 14:26). « Alors tu scelleras de nouveau le livre et tu le cacheras pour moi, afin que je préserve les paroles que tu n'as pas lues, jusqu'à ce que je juge bon, dans ma sagesse, de tout révéler aux enfants des hommes » (2 Néphi 27:22, voir Éther 4:4-6, D&A 6:26-27). Le problème de retrouver l’objet ne présente bien entendu aucune difficulté puisqu’il est « caché pour Dieu » selon ses instructions. « Ne touche pas aux choses qui sont scellées, car je les ferai paraître lorsque je le jugerai bon » (voir 2 Néphi 27:21).

« C’est pourquoi, lorsque tu auras lu les paroles… alors tu scelleras de nouveau le livre et tu le cacheras pour moi » (2 Néphi 27:21-22). Et quand on devra les redécouvrir, celui qui les aura découvertes devra les montrer « seulement à ceux à qui il [lui] serait commandé de les montrer » sous peine de destruction (JS–H 1:42). Quand « elles seront de nouveau parmi les enfants des hommes », ce sera seulement « parmi tous ceux qui croient… Ne les montre qu’à ceux qui croient » (Moïse 1:41-42). Certaines choses ne devront jamais être diffusées publiquement, mais pourront « s’obtenir dans le saint temple de Dieu » uniquement (Abraham fac-similé 2 fig. 8), d’autres ne peuvent être mises par écrit que par un agent spécial à un moment spécial (1 Néphi 14:25-28).

Les écrits sacrés sont souvent protégés des yeux indignes par la technique de la rédaction codée. Dans un sens, tout écrit est codifié et ne peut être lu que par ceux qui ont reçu des instructions spéciales. Lire veut dire déchiffrer. Le roi Benjamin dut apprendre une langue spéciale pour « lire ces inscriptions gravées » et fit apprendre la langue à ses fils pour qu’ils puissent tenir les annales (Mosiah 1:4) et il fut commandé au frère de Jared de protéger les enseignements, de les garder et de les sceller « afin que personne ne puisse [les] interpréter, car tu [les] écriras dans une langue dans laquelle on ne peut pas [les] lire » (Éther 3:22).

Pour franchir le fossé culturel et linguistique entre celui qui cache les annales et celui qui les découvre, à des milliers d’années d’écart, des dons et des objets spéciaux sont fournis, notamment les pierres de voyant et l’urim et le thummim (Éther 3:23). Ce ne sont pas là de simples gadgets mécaniques, mais ils « ne travaille[nt] parmi les enfants des hommes que selon leur foi » (2 Néphi 27:23), nécessitant des qualifications morales et intellectuelles beaucoup plus grandes que la manipulation de grammaires et de dictionnaires. Ils travaillaient par « le même pouvoir…et le même don » que ceux par lesquels les hommes écrivirent les mots au départ (D&A 17:7, D&A 9:2, D&A 8:11, Moïse 6:5).

Tout commence sur terre avec « le livre de la postérité d’Adam », des annales complètes de noms et d’événements et des relations de Dieu avec ses enfants sur terre (Moïse 6:8). Il exige des saints à toutes les époques qu’ils tiennent un tel livre ou plutôt qu’ils continuent l’original en y ajoutant leur propre nom et leur propre histoire, « arranger par le sort les héritages des saints dont les noms et les noms de leurs pères et de leurs enfants se trouvent inscrits dans le livre de la loi de Dieu » (D&A 85:7) ; lequel est le même que le « livre de souvenir » (D&A 85:9), qui remonte à Adam (Moïse 6:45-46) et qui est aussi « la généalogie des fils d’Adam » (Moïse 6: 22). Énoch cite les livres pour rappeler à son peuple « les commandements que [Dieu a] donnés à son père, Adam (Moïse 6:28), quand « Il appela notre père Adam de sa propre voix »(Moïse 6:51) et lui donne l’ordre de faire passer : « enseigne[z] libéralement ces choses à vos enfants » (Moïse 6:58) et en temps voulu ils doivent parvenir jusqu’à nous ! (D&A 107:56). La règle est que « il y a beaucoup de livres… de toute espèce » qui sont « transmis d’une génération à l’autre… jusqu’à ce qu’ils [le peuple] soient tombés dans la transgression » (Hélaman 3:15-16), et à ce moment-là ils disparaissent jusqu’à ce qu’un autre prophète les fasse paraître.

Après Énoch lui-même, le plus grand transmetteur d’annales semblerait être Moïse, de la main duquel nous recevons les annales qui sont passées par Énoch et ses successeurs. Et c’est Moïse qui nous donne la clé de toute l’affaire : « Et maintenant, Moïse, mon fils… tu écriras les choses que je vais te dire ».

« Et le jour où les enfants des hommes mépriseront mes paroles et en retireront beaucoup du livre que tu vas écrire, j’en susciterai un autre semblable à toi. Et elles seront de nouveau parmi les enfants des hommes, parmi tous ceux qui croient » (Moïse 1:40-41).

Chaque fois que les annales paraissent, elles sont rassemblées en une seule écriture avec celles qui ont survécu parmi les hommes, rendant possible la correction et la compréhension de ces dernières. Étant la source et l’auteur de tout, Jésus-Christ parmi les Néphites leur « expliqu[a] en une seule toutes les Écritures qu’ils avaient écrites » et « leur commanda d’enseigner les choses qu’il leur avait expliquées » (3 Néphi 23:14). Ceci fut fait après qu’il ait examiné personnellement toutes les annales, corrigé les défauts et les ait mises à jour. La même chose se passa dans l’ancien monde où : « commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait » (Luc 24:27). Le fait que le Seigneur lui-même lit aux hommes ce qui est dans les livres anciens, « …parce que…ce sont elles [les Écritures]… qui rendent témoignage de [lui] » (Jean 5:39), alors même qu’il est personnellement parmi eux, lui, le Seigneur ressuscité, leur parlant de sa propre bouche, rend un témoignage extraordinaire de l’autorité des textes. Après tout, que font les livres, si ce n’est témoigner de la réalité du Seigneur et de sa mission : « Nous travaillons diligemment à graver ces paroles sur des plaques, espérant que nos frères bien-aimés et nos enfants les recevront… Car c'est dans ce but que nous avons écrit ces choses, afin qu'ils sachent que nous avions connaissance du Christ et que nous avions l'espérance de sa gloire bien des centaines d'années avant sa venue » (Jacob 4:3-4). « Et un livre de souvenir fut écrit devant lui pour ceux qui craignent le Seigneur et qui honorent son nom. ». « Ils seront à moi, dit le Seigneur des armées, ils m'appartiendront au jour où je rassemblerai mes joyaux » (3 Néphi 24:16-17), c’est-à-dire quand je les rassemblerai tous et les mettrai en bon ordre. Ainsi tous ceux qui sont dans ce livre sont « comptés parmi le peuple de la première alliance », peu importe quand ils vivent. (Mormon 7:10), car les écrits eux-mêmes « prouv[ent] au monde….qu’il est le même Dieu hier, aujourd’hui et à jamais » (D&A 20:11-12).

Pour les saints, les annales sacrées sont une source de joie et de bonheur aussi bien que d’enseignement et de guidance. C’est une joie de les lire, un régal pour l’intelligence et l’esprit : « Car mon âme fait ses délices des Écritures, et mon cœur les médite et les écrit pour l'instruction et le profit de mes enfants ». (2 Néphi 4:15) ; « Et si mon peuple est content des choses de Dieu, il sera content de ce que j'ai gravé sur ces plaques » (2 Néphi 5:32). Leur découverte est toujours une nouvelle enthousiasmante pour ceux qui savent les apprécier, comme le roi qui disait, alors qu’il était « dans une allégresse extrême … Sans aucun doute, un grand mystère est contenu dans ces plaques… Oh ! Comme elles sont merveilleuses, les œuvres du Seigneur » (Mosiah 8:19-20) et fut « rempli de joie » quand il apprit que quelqu’un pouvait les lire (Mosiah 21:28). Il n’y a aucune honte à avoir de la curiosité intellectuelle et le sens de l’esthétique.

Notes

179. Id., p. 114.
180. Id., p. 48.
181. J. Z. Werblowsky, dans Encyclopedia of Jewish Religion, p. 129.
182. M. Stuart, Biblical Repository 3:105. Il trouve que « les parties de loin les plus intéressantes et les plus importantes du livre » sont celles qui développent sa christologie, p. 99.
183. Id., p. 105 et suiv.
184. Id.
185. Id., p. 113.
186. Id., p. 128.
187. Id.
188. Id., p. 105 et suiv.
189. Bibl. Repos. 4:10.
190. Id., 4:11 ; 3:133.
191. Id., 3:123.
192. Id., 4:5.
193. G. Volkmar, “Beiträge zur Erklärung des Buches Henoch,” in ZDMG 14, 1860, p. 87.
194. N. Schmidt, dans JAOS 42:45.
195. Vaillant, Intro. J. P. Frey, un autre catholique, affirme que “la partie la plus belle et la plus importante » de la littérature sur Énoch pourrait bien être une interpolation chrétienne, Pirot, Dict. Ik 358 et suiv..
196. Charles, I Enoch, p. xxxiii.
197. Voir M. Allegro.
198. G. W. Anderson, Encyclopedia Britannica, édition 1973, 10:604.
199. Van Andel, p. 113.
200. M. Black, dans Journ. of Theol. Stud. 3, 1952, p. 1; citant T. W. Manson.
201. P. Batiffol, dans F. Vigouroux, Dictionnaire, 1:757. Énoch reflète le judaïsme de Palestine pendant la transition vers le christianisme et vers le rabbinisme, selon un autre auteur catholique, Enciclopedia Cattolica 6:1406.
202. Cité par G. Santillana, Hamlet’s Mill, Boston, Gambit, 1969, p. 10.
203. Voir le traitement dans le New Era, sept. 1973, p. 38–50.

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