L'ALLEGORIE DE L'OLIVIER DANS JACOB

 

Paul Y. Hoskisson

Couchée dans un langage qui rivalise avec ce que la littérature a à offrir de mieux, l'allégorie de l'olivier est la plus belle expression en prose des aspirations de Dieu pour la maison d'Israël tout au long de son histoire sur cette terre. Outre qu’elle esquisse dans les grandes lignes des périodes de l’histoire et fait allusion, avec certains détails, à des événements précis de l'histoire de la maison d'Israël, l'allégorie traite de la sollicitude aimante de Dieu, de son tendre dévouement pour Israël et de son désir d'aider celui-ci à atteindre son potentiel dans la justice [1]. Comme toute allégorie bien écrite, elle est également à la fois simple et complexe, obscure et évidente. C’est pourquoi, je ne prétends pas, dans cette étude, en sonder les profondeurs [2]. Je vais cependant traiter de quatre de ses aspects qui m’interpellent [3]. Premièrement, que représentent les symboles de l'allégorie ? Deuxièmement, pourquoi Jacob y a-t-il recours dans son texte sacré ? Troisièmement, à quels événements historiques fait-elle allusion quand elle esquisse les relations de Dieu avec Israël ? Et quatrièmement, qu’est-ce que l'allégorie a comme message pour nous aujourd'hui ?

Que représentent les symboles de l'allégorie ?

La plupart des symboles et des métaphores de l'allégorie ont déjà été découverts et ne demandent pas de longues explications ici [4]. L'olivier franc, métaphore principale de l'allégorie, symbolise la maison d’Israël (Jacob 5:3.) Par conséquent, les oliviers sauvages désignent ceux qui ne sont pas Israélites. La vigne dans laquelle ont été plantés les oliviers, aussi bien franc que sauvages, Jacob l’interprète comme étant le monde (Jacob 6:3). La taille, le bêchage et la culture des arbres symbolisent la sollicitude miséricordieuse de Dieu vis-à-vis de la maison d’Israël (Jacob 6:4). Le dépérissement de l’olivier franc représente, à mon avis, une apostasie par rapport à l'Évangile de Jésus-Christ, et le fruit de l'arbre représente l’âme de l’homme devenue bonne ou amère à la suite de ses œuvres.

Plusieurs des métaphores de l’allégorie : le Seigneur de la vigne, le serviteur, les racines, le greffage et la taille, et les branches, nécessitent un traitement plus approfondis. Le Seigneur, le serviteur et la qualité des racines restent constants pendant toute l'allégorie [5]. Comme la vigne, ils représentent probablement aussi des constantes. D'autre part, les branches, quoique présentes d’un bout à l’autre de l’allégorie, sont variables en ce sens qu’elles peuvent se transformer de branches porteuses de bon fruit en branches porteuses de mauvais fruit et vice versa. Le greffage et la taille sont également variables, parce que ces activités ne sont mentionnées que dans deux sections de l'allégorie (la deuxième et la cinquième, qui en constituent presque la moitié).

La plupart des études faites sur l'allégorie considèrent le Christ comme étant le Seigneur de la vigne et le serviteur comme divers prophètes [6].. La raison pour laquelle on voit le Christ et les prophètes dans ces rôles est double. Premièrement, la croyance que Dieu le Père ne s'implique pour ainsi dire jamais directement dans l’œuvre sur cette terre, mais la fait faire par le Christ et ses prophètes [7] tend à écarter Dieu comme acteur direct dans la vigne. Et deuxièmement, la croyance indéfendable que le mot Seigneur est utilisé presque exclusivement ailleurs dans les Écritures pour désigner le Christ contribue aussi à empêcher de voir en Dieu le Père le Seigneur de la vigne. Sans entrer dans le débat sur les raisons pour lesquelles on considère que Dieu le Père est ou non le Seigneur de la vigne, je pense que nous avons des raisons de croire que le Seigneur de la vigne représente notre Père céleste et que le serviteur est le Christ.

Par exemple, comme le Seigneur de la vigne, le serviteur, dans toute l'allégorie, paraît être une personne unique et il n’est par conséquent pas facile de le transformer en des prophètes multiples. En outre, le serviteur dans Jacob 5 peut être assimilé au « serviteur juste » d'Ésaïe 53, qu'Abinadi identifie explicitement comme étant le Christ (Mosiah 15:5-7). En outre, les relations de travail entre le Seigneur de la vigne et le serviteur reflètent avec précision les relations existant entre le Père et le Fils, en ce sens que le Christ n'agit pas seul, mais suit en tout les instructions et l'exemple du Père [8]. (Il se peut que lorsque l’on envisage l'unité de la Divinité et des serviteurs de Dieu, la question de savoir qui est le Seigneur et son serviteur ne se pose pas [9].) Il est certain que, quelle que soit l'interprétation que l’on donne du serviteur, les autres serviteurs que le Seigneur de la vigne commande à son serviteur d’appeler dans les derniers jours (Jacob 5:61, 70) représentent les travailleurs justes appelés par les prophètes du Rétablissement.

Les racines de l'arbre naturel principal représentent, je crois, l'héritage scripturaire révélé par le Dieu d’Israël [10]. (Par héritage scripturaire j’entends non pas simplement les Écritures canonisées, mais aussi toutes les autres vérités que cet héritage a pu recevoir et reçoit par l'inspiration ; voir D&A 68:4 et Alma 29:8). Si l’on conçoit que les racines fournissent la nourriture de la parole de Dieu à l'arbre, Jacob 6:7 suggère cette correspondance entre les racines et l’Écriture. Si cette correspondance entre les racines et l'héritage scripturaire est exacte, cela expliquerait pourquoi les racines restent bonnes pendant toute l'allégorie, c.-à-d. pendant toute l'histoire de la maison d’Israël. Les branches, d'autre part, peuvent alterner entre le bien et le mal, le franc et le sauvage. Elles représentent donc peut-être les diverses cultures qui se fondent sur l'héritage scripturaire d'Israël [11].

Si les racines représentent l'héritage scripturaire qui nous fournit l’orientation et la grâce nécessaires pour produire de bonnes œuvres dans l’Évangile, le greffage décrit le processus par lequel les cultures s’attachent à l'influence guérisseuse de la parole de Dieu et ainsi parviennent « à la connaissance du vrai Messie » (1 Néphi 10:14).

La taille serait alors le contraire, à savoir, le fait d’être retranché de l'influence guérisseuse de la parole de Dieu. C’est par le processus de la taille et de la culture des arbres de la vigne que la terre sera finalement purifiée de tout le mal. La taille ne doit par conséquent pas forcément être synonyme d’excommunication individuelle, mais plutôt du fait d’être retranché de l'héritage scripturaire d'Israël pour avoir refusé d’accepter l'influence guérisseuse de la parole de Dieu. La destruction ne tarde pas à s’ensuivre. Ce processus n'est pas différent de l'excommunication individuelle, qui est simplement la formalité par laquelle l'Église retire des registres les noms de ceux qui, par leurs actes, se sont déjà retranchés de la direction et de l’illumination spirituelles.

Pourquoi Jacob a-t-il recours à l'allégorie dans son texte sacré ?

L'allégorie de Zénos constitue l’élément central d'un discours d'adieu que Jacob adresse aux Néphites vers la fin de sa vie (Jacob 6:13). Dans ce discours, Jacob explique que parce que « l’Esprit parle... des choses telles qu’elles sont réellement, et des choses telles qu’elles seront réellement » (Jacob 4:13), pour cette raison, lui, Jacob, et tous les prophètes qui l’ont précédé, « (avaient) connaissance du Christ et... (avaient) l’espérance de sa gloire » (Jacob 4:4). En effet, Jacob et les prophètes étaient informés des « œuvres grandes et merveilleuses... du Seigneur » (Jacob 4:8) et ils étaient au courant de l'expiation du Christ » (Jacob 4:12). C’est en ces termes que Jacob essaye de convaincre ses « frères bien-aimés » de se réconcilier avec Dieu (Jacob 4:11) et « de se repentir... d’entrer par la porte étroite et de continuer sur le chemin qui est resserré, jusqu’à ce qu’ [ils] obtiennent la vie éternelle » (Jacob 6:11) en « s’attachant à Dieu comme il s’attache » à eux (Jacob 6:5). En bref, Jacob enseigne aux Néphites la foi historique aux œuvres grandes et merveilleuses du Christ, le besoin qu’ils ont de se repentir et la nécessité de recevoir le baptême et le Saint-Esprit.

Pendant son discours, Jacob illustre la réconciliation avec Dieu par le Christ à l’aide de l'exemple spécifique des Juifs : Ils rejetteront le Christ, la pierre principale de l’angle « sur laquelle ils auraient pu bâtir et avoir une fondation sûre » (Jacob 4:15), parce qu'ils « méprisaient les paroles claires » (Jacob 4:14) que leur disaient « les prophètes d’autrefois » (Jacob 4:13) et « tuaient [ceux qui étaient envoyés témoigner du Christ] et recherchaient les choses qu'ils ne pouvaient pas comprendre » (Jacob 4:14). Comment les Juifs, après avoir rejeté le Christ, peuvent-ils être réconciliés avec Dieu par son intermédiaire ? En guise d’explication, Jacob propose aux Néphites l'allégorie de l'olivier racontée par Zénos. Une fois que son auditoire a entendu l'allégorie, Jacob, en bon Hébreu, attend de lui qu’il comprenne, sans plus amples explications, la nécessité de se réconcilier et le processus par lequel la réconciliation peut avoir lieu. N’étant pas Hébreu, je vais maintenant expliquer le schéma historique de base de l’allégorie.

Schéma de base de l'allégorie [12]

Attendu que l'olivier franc, l'image ou ressemblance centrale de l'allégorie de Zénos, représente un phénomène historique, la maison d’Israël (Jacob 5:3), il est raisonnable d’en conclure que le but de l'allégorie est d’expliquer des événements qui se sont réellement passés dans l'histoire temporelle et spirituelle de la maison d’Israël ; l'allégorie doit donc pouvoir elle-même se comprendre dans un sens temporel et spirituel.

Pour faire correspondre les événements de l'allégorie à des périodes approximatives de l’histoire, condition préalable à la compréhension de l'allégorie, permettant de lui donner un sens pour nous aujourd'hui, il faut commencer par fixer les dates les plus anciennes et les plus tardives pour le commencement et la fin [13]. L'allégorie commence dans Jacob 5:3 par la fondation de la maison d’Israël, que je situe dans ses origines chez les patriarches Abraham, Isaac et Jacob (Israël) [14]. Étant donné que la date la plus vraisemblable à laquelle les patriarches ont vécu doit se situer à l'âge du bronze moyen, c'est-à-dire 2100-1600 av. J.-C., je situe le début historique de l'allégorie entre ces années [15]. L'allégorie prend fin avec Jacob 5:77, lorsque le bon et le mauvais fruit sont rassemblés et que le feu détruit la vigne. La vigne représentant donc le monde, j’en conclus que l'allégorie prend fin au moment de la destruction de la terre par le feu, qui arrivera après le millénium [16].

Les séquences de temps représentées dans l'allégorie depuis le début de la culture de l'olivier franc jusqu’à la destruction de la vigne peuvent être divisées en sept périodes [17] : (1) le verset 3, fondation de la maison d’Israël (le moment où l'olivier franc est pris et nourri) quelque part à l'âge du bronze moyen (2100-1600 av. J.-C.) et son vieillissement à l'âge du bronze récent (1600-1200 av J.-C.) ; (2) les versets 4-14, la culture (qui commence approximativement avec l'âge du fer, que l’on date traditionnellement à partir de 1200 av J.-C.) et la dispersion de la maison d’Israël, dont le point culminant (en ce qui concerne l'allégorie) est atteint plus ou moins peu après 600 av. J.-C. ; (3) les versets 15-28, les saints des premiers jours, aux environs du premier siècle de l'ère chrétienne ; (4) les versets 29-49, la Grande Apostasie, jusque vers 1820 ; (5) les versets 50-74, le rassemblement d’Israël, commençant en 1820 ; (6) les versets 75-76, le millénium ; et (7) le verset 77, la fin du monde. Je vais traiter de ces périodes dans cet ordre.

Première Période : Fondation et vieillissement de la maison d'Israël, Jacob 5:3

Les premières années de la maison d’Israël, point de départ de l'allégorie, se situent entre 2100-1600 av. J.-C. (l'âge du bronze moyen), remontent le plus vraisemblablement à l’époque patriarcale. À la fin de Jacob 5:3, l'arbre a déjà vieilli. Cela indique à mes yeux que beaucoup de temps s’est passé, peut-être au moins quatre cents ans, et peut-être même six cents ou davantage depuis le début de la culture de l’arbre [18]. En outre, l'arbre a commencé à dépérir, c.-à-d., qu’une apostasie par rapport à l'Évangile de Jésus- Christ a commencé à apparaître dans le tronc et les parties principales de la maison d’Israël. Si le Seigneur de la vigne ne prend pas les mesures qui s’imposent, l'arbre va continuer à dépérir et finira par mourir. C’est à ce stade, longtemps après que l'arbre a été planté, que le Seigneur rend visite à sa vigne, ce qui constitue le début de la deuxième période.

Deuxième période : Dispersion de la maison d’Israël, Jacob 5:4-14

Le Seigneur de la vigne, en voyant son arbre maintenant devenu vénérable et l'apostasie qui s’y trouve, entreprend des mesures pour corriger la situation, rajeunir l'arbre et ensuite planter des pousses de l'olivier franc dans d'autres endroits de sa vigne. Au premier stade de ses efforts, il stimule le vieil arbre pour qu’il produise des branches plus jeunes susceptibles de porter de bons fruits. « Et il arriva que le maître de la vigne sortit, et il vit que son olivier commençait à dépérir ; et il dit : Je vais le tailler, et le bêcher à l’entour, et le nourrir, afin que peut-être il donne de jeunes et tendres branches, et qu’il ne périsse pas » (Jacob 5:4). En commençant par des prophètes tels que Moïse, Samuel, Élie et Ésaïe, le Seigneur s’efforce de ramener la maison d’Israël de l'apostasie. Malgré cet effort et seulement après une période de « nombreux jours », le Seigneur ne rencontre qu’un succès minime, parce que l'olivier commence « à donner de jeunes et tendres branches » (Jacob 5:6), alors que la plus grande partie de l'arbre continue à se dégrader. Comme le montre également bien l'allégorie, les souverains et la classe gouvernante, « le sommet principal » de l'arbre, sont, à de rares exceptions près, presque irrécupérables (Jacob 5:6).

Deux exemples possibles de cette apostasie suffiront [19]. Premièrement, Jéroboam, premier roi du royaume du nord, va introduire des statues de veaux dans les sites cultuels de Dan et de Béthel, créant ainsi l’un des grands péchés politiques et religieux d’un roi et d’un peuple dans l’Ancien Testament [20]. Et deuxièmement, Manassé, roi du royaume du sud, inaugure un des règnes les plus condamnés de l’histoire biblique, résumé en un seul verset : « Mais ils [c.-à-d. le royaume de Juda] n’obéirent point ; et Manassé fut cause qu’ils s’égarèrent et firent le mal plus que les nations que le Seigneur avait détruites avant les enfants d’Israël (2 Rois 21:9) [21]. Il n’est pas étonnant que le Seigneur de la vigne se soit affligé à l’idée de « perdre cet arbre » (Jacob 5:7), c.-à-d., que la maison d’Israël cesse d’exister en tant qu’entité culturelle.

C’est à ce moment que le Seigneur de la vigne commande au serviteur de prendre trois mesures supplémentaires en plus de la taille, du bêchage et de la nourriture : « Va couper les branches d’un olivier sauvage et apporte-les-moi ici ; et nous couperons ces banches principales qui commencent à se dessécher et nous les jetterons au feu, afin qu’elles soient brûlées…Et voici, dit le Seigneur de la vigne, j’enlève beaucoup de ces jeunes et tendres branches, et je vais les greffer là où je veux » (Jacob 5:7-8). Ces trois étapes signifient que l’on va : (1) couper les parties d'Israël qui sont dans l'apostasie (principalement les classes supérieures) et les détruire, (2) greffer d'autres peuples sur Israël et (3) greffer ou planter certaines des branches naturelles jeunes et tendres de la maison d’Israël dans d'autres endroits de la vigne. La première étape commence au plus tard lorsque les Assyriens détruisent le royaume du nord dans une série de guerres entre 734 et 720 av. J.-C. Les Assyriens emmènent également beaucoup d'habitants du royaume du sud lors de campagnes qui vont durer jusqu’à 700 av. J.-C. environ. Les Babyloniens vont poursuivre la dispersion de la maison d'Israël en détruisant le royaume du sud au cours de diverses batailles entre 605 et 586 av. J.-C.

En deux étapes au moins après 720 av. J.-C., les Assyriens vont contribuer à l’accomplissement du deuxième groupe d'instructions en installant d'autres populations dans le vide territorial créé en Israël lorsqu’ils ont dépeuplé en grande partie le royaume du nord [22]. Ces populations importées vont, du moins dans une certaine mesure, contracter des mariages mixtes avec les Israélites laissés sur place par les Assyriens, ce qui va produire une nouvelle fusion culturelle. Les Israélites emmenés en captivité par les Assyriens aussi bien que les prisonniers judéens des Babyloniens ont probablement contracté mariage avec leurs voisins non Israélites et accepté de nouveaux éléments culturels [23].

La troisième mesure que le Seigneur de la vigne propose implique le transport de groupes jeunes et tendres d'Israélites vers d'autres pays loin de Palestine. Il est certain que nous ne connaissons pas toute l’étendue de cette dispersion ni tous les moyens utilisés par le Seigneur pour disperser Israël. La déportation des royaumes du nord et du sud fait partie de ce processus, comme celle des Léhites, à laquelle l'allégorie fait allusion. Il est certain que d'autres groupes ont été emmenés aussi.

S'il est possible, grâce à l'allégorie, de faire des observations sur la nature de la dispersion d’Israël, je suggérerais deux conclusions.

Premièrement, les branches apostates d’Israël n'ont pas été dispersées mais détruites, « coupées… et jetées… au feu » (Jacob 5:7). Il n’est pas forcément question ici de personnes apostates, mais cela s'applique à coup sûr à la continuité cultuelle, politique, et culturelle. Et deuxièmement, les branches qui sont dispersées sont « jeunes et tendres » (Jacob 5:8), c.-à-d. qu’à l’époque de leur dispersion, elles sont encore des phénomènes nouveaux qui peuvent être façonnés, ne se trouvent pas dans le courant principal de la culture israélite apostate et sont capables de porter de bons fruits.

Des parties de la maison d’Israël étant dispersées sur une grande partie de la surface de la terre et les Israélites se mariant avec des non-Israélites, avec en conséquence des modifications culturelles tant en Palestine qu’à l'extérieur de la Palestine, l'arbre avait des chances d’être sauvé. Pour connaître le résultat, nous devons examiner la période suivante.

Troisième période : L’époque des saints des premiers jours, Jacob 5:15-28

L'allégorie fournit trois renseignements qui donnent de la précision à la datation de la période que j’ai appelée l’époque des saints des premiers jours. Tout d'abord, après avoir nourri Israël et dispersé les jeunes et tendres branches d'Israël, le Seigneur laisse « beaucoup de temps pass[er] » avant de venir inspecter la vigne (Jacob 5:15) [24]. Si l’élimination de Palestine des parties dégradées de la maison d’Israël est essentiellement finie vers 586 av. J.-C. et qu’à ce moment-là la dispersion des jeunes et tendres branches d’Israël est bien en cours, l’époque des saints des premiers jours doit être de beaucoup postérieure à cette date. C’est l’indication suivante qui permet de déterminer l’écart de temps.

Deuxièmement, quand il fint par retourner dans la vigne, le Seigneur s’aperçoit que l'arbre d’origine sur lequel on a greffé des branches d'autres nations a produit « du fruit franc » (Jacob 5:18). La seule période historique, à notre connaissance, où Israël, avec des greffons païens, a produit du bon fruit, se situe à l’époque du ministère du Christ dans cette vie et au cours des décennies suivantes. Les dates provisoires pour la troisième ère de l'allégorie, l’époque des saints des premiers jours, peuvent donc se situer aux environs de l’époque du Christ ; quelque six cents ans après la fin de la période précédente.

Cette datation est confirmée par le troisième renseignement de cette section. Le dernier [25] arbre transplanté, placé dans « un bon coin de terre ; oui celui qui était préférable pour [le Seigneur] à toutes les autres parties du pays de [sa] vigne » (Jacob 5:43), produit à ce moment-là de bonnes et de mauvaises branches. Le meilleur coin de terre du monde dans lequel la branche transplantée d'Israël produit une bonne et une mauvaise culture, ne peut, autant que nous le sachions, désigner que les Léhites justes et injustes d’Amérique [26] et le cadre historique n’a pu se situer qu’avant la Grande Apostasie [27]. La date de cette partie de cette section de l'allégorie doit également être le premier siècle chrétien.

Après avoir veillé à ce que le bon fruit de tous les arbres soit rassemblé et que la dernière transplantation soit nourrie pour que les parties mauvaises en produisent du bon fruit, le Seigneur quitte sa vigne pour un certain temps. À son retour, la période suivante, la quatrième, reçoit sa définition.

Quatrième période : La Grande Apostasie, Jacob 5:29-49

Quand il revient après « beaucoup de temps » (Jacob 5:29) pour inspecter sa vigne, le Seigneur constate que l'arbre d’origine a « donné beaucoup de fruit, et il n’y en a aucun qui soit bon. Et voici, il y a toutes sortes de mauvais fruits » (Jacob 5:32). C'est précisément, la situation du monde (chrétien) telle que le Seigneur la décrit à Joseph, le prophète, dans le bosquet sacré (Joseph Smith - Histoire 1:19). L'arbre d’origine en Israël, qui avait porté beaucoup de bons fruits au début de l'ère chrétienne, s’est entièrement corrompu. Quant aux premières branches transplantées, elles aussi ne portent plus que du mauvais fruit. La bonne section du dernier arbre, les Léhites justes, a été entièrement détruite par la branche mauvaise, les Léhites apostats, de sorte qu’il ne reste, là non plus, que du fruit sauvage. L'apostasie est complète et universelle sur tous les arbres représentant Israël. Pourtant les racines restent bonnes (Jacob 5:34).

C’est ici que le Seigneur propose la destruction totale des arbres de sa vigne : « Allons, abattons les arbres de la vigne et jetons-les au feu, afin qu’ils n’encombrent plus le sol de ma vigne, car j'ai tout fait. Qu’aurais-je pu faire de plus pour ma vigne? » (Jacob 5:49). Qu’a-t-il à faire d’arbres produisant du fruit non profitable ? Il vaut mieux couper les arbres, les brûler et faire quelque chose d’autre de la vigne [28]. Après tout, le Seigneur a fait tout qu'il pouvait pour sauver le monde de l'apostasie. Néanmoins son serviteur lui recommande d’épargner le monde encore un peu de temps et le Seigneur accepte le conseil [29]. Cela nous amène à la cinquième période de temps de l'allégorie.

Cinquième Période : Le rassemblement d’Israël, Jacob 5:50-74

Le texte nous dit expressément que les périodes précédentes, entre la dispersion d'Israël et l’époque des saints des premiers jours, et de nouveau entre l’époque des saints des premiers jours et le moment où le Seigneur constate la Grande Apostasie, « beaucoup de temps s’était passé » (Jacob 5:29). Contrairement aux périodes précédentes, l'allégorie montre bien qu’il ne se passe pas beaucoup de temps entre la constatation de la Grande Apostasie (Jacob 5:49) et les débuts du rassemblement d’Israël (Jacob 5:50 et suivants). C'est bien entendu comme cela que les saints des derniers jours lisent l'histoire. Un jour du printemps de 1820, le monde est passé de l’immersion totale dans l'apostasie aux premières étapes importantes qui vont commencer le rassemblement. Il est vrai que le total de la première décennie est minuscule, mais le rassemblement a commencé.

Le rassemblement décrit dans l'allégorie est également délibérément lent : « C'est pourquoi, creusez-les donc alentour et taillez-les, et fumez-les encore pour la dernière fois, car la fin approche. Et si ces dernières greffes poussent et donnent du fruit naturel, alors vous préparerez la voie pour elles pour qu'elles puissent pousser. Et lorsqu'elles commenceront à pousser, vous élaguerez les branches qui donnent du fruit amer, selon la force des bonnes et leur taille ; et vous n'en élaguerez pas les mauvaises d'un seul coup, de peur que les racines ne soient trop fortes pour la greffe, et que la greffe ne périsse, et que je ne perde les arbres de ma vigne » (Jacob 5:64-65). Des arbres francs transplantés qui sont devenus sauvages on va couper des branches naturelles et les regreffer sur l'arbre d’origine, et sur l'arbre d’origine, qui est également devenu sauvage, des branches vont être greffées sur les arbres francs transplantés. Une fois que ces branches acquièrent de la force et que les racines peuvent le supporter, les branches qui continuent à produire du fruit sauvage vont finalement être élaguées et détruites.

On peut constater ce processus non seulement dans les grandes lignes de l’histoire du Rétablissement quand on voit l'Évangile apporté aux différentes cultures du monde, mais aussi dans les détails des pieux et des missions d’aujourd’hui. Grâce au programme missionnaire, des peuples sont amenés dans l'Église. Ces nouveaux peuples sont influencés par l'Évangile pendant quelques années ou pendant de nombreuses générations, servant le Seigneur plus ou moins fidèlement pendant un certain nombre d'années. Mais à mesure que l’Église progresse, certaines de ces nouvelles brindilles et branches ne progressent pas avec le reste des membres. Comme cela a été le cas pendant la Grande Apostasie, l’orgueil les empêche de continuer à changer et à se repentir. Ce processus s’étend également jusqu’au niveau individuel. Des personnes quittent l'Église ou disparaissent tout simplement, emmenant habituellement leur postérité. Avec le temps, ces brindilles inutiles sont élaguées de l'arbre. En même temps, le Seigneur de la vigne continue à travailler avec les cultures et les personnes que l’on peut encore récupérer ou améliorer.

Toutefois, c'est la dernière fois que le Seigneur de la vigne va nettoyer et purifier la vigne par les greffes et l’élagage (Jacob 5:62-63 ; voir aussi D&A 24:19 ; D&A 39:17 ; D&A 43:28 ; et 95:4). Il poursuivra ce processus jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de dégénérescence ou de corruption nulle part dans la vigne et que la terre tout entière soit remplie de sa gloire. Quand la terre ne produira plus de mal, la sixième ou avant-dernière période de l'allégorie commencera.

Sixième période : Le Millénium, Jacob 5:75-76

Contrairement aux autres périodes dont nous avons traité jusqu'à présent, nous n’avons pas l'avantage du recul. Cela ne nous empêche cependant pas de traiter de ce dont l'allégorie nous parle dans cette section. À propos de cette période de mille ans (voir Apocalypse 20:2-7 ; D&A 29:11, 22 ; D&A 88:110 ; Moïse 7:64-65), l’allégorie dit simplement : « Je [le Seigneur] m’amasserai pendant longtemps… du fruit de ma vigne » (Jacob 5:76). Pendant ce temps-là, il n'y aura pas de corruption sur la terre. « Le Seigneur de la vigne vit que son fruit était bon, et que sa vigne n'était plus corrompue… et que ce qui [était] mauvais [était] jeté » (Jacob 5:75) Lorsque après ce « longtemps » les branches l'arbre recommenceront à dégénérer et que du mauvais fruit apparaîtra, le millénium sera terminé et la septième période ou période finale de l'allégorie aura commencé.

Septième Période : La fin du monde, Jacob 5:77

Une fois de plus, nous n’avons pas la possibilité de contempler des événements qui se sont déjà produits. Au cours de cette étape finale de l'existence de la terre, lorsque après le millénium le monde aura de nouveau dégénéré, le bon et le mauvais seront séparés. Le Seigneur se conservera le bon fruit, et le mauvais, il le détruira par le feu en même temps que le monde qui l’a engendré.

Qu’est-ce que l'allégorie a comme message pour nous ?

Une fois que nous comprenons le schéma de base des événements traités par l'allégorie, il est possible de se tourner vers le contenu et de faire ce que Néphi propose, à savoir : « appliqu[er] toutes les Écritures à nous » (1 Néphi 19:23). Je développe ci-après les leçons relatives à la façon dont Dieu a traité la vigne, la fécondité des parties de la vigne, les observations concernant l’œuvre moderne pendant le rassemblement d’Israël et les leçons à retirer de l'Apostasie.

Dieu n'est pas un Dieu partial (Moroni 8:18) ; il se soucie de la même manière de toutes les parties de sa vigne (Jacob 5:28). Nous ne pouvons peut-être pas comprendre de notre point de vue limité la façon dont les inégalités apparentes de ce monde peuvent être conciliées avec la déclaration de Dieu qu'il « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes » (Matthieu 5:45). Mais notre Dieu omniscient nous a assuré que « tous sont pareils pour Dieu » (2 Néphi 26:33). Cette impartialité de Dieu est illustrée dans l'allégorie lorsque le Seigneur de la vigne déclare qu'il n'a pas laissé sa main faiblir, mais qu’il a « nourri » le monde, « l’a bêché à l’entour, l'a taillé… presque toute la journée » (Jacob 5:47). Il n'y a aucune partie de la vigne que sa main n'ait touchée [30]. En effet, aucune partie de la terre, aucun habitant de la terre ne pourra jamais prétendre à juste titre que Dieu l’a traité de manière injuste. S'il n'a pas produit de bon fruit, il ne peut l’imputer au manque de soins de la part de Dieu à sa partie de la vigne.

L’allégorie montre également que les qualités diverses des différentes parties du monde n’ont aucune portée (ou peut-être un rapport inverse) sur le fait que du bon fruit de l'Évangile soit produit. L’expérience de la vie terrestre quotidienne pourrait faire croire que, les mêmes soins ayant été donnés, comme indiqué au paragraphe précédent, la richesse de la moisson pourrait dépendre de la fécondité du sol. L'allégorie mentionne explicitement que deux parties de la vigne où des branches d’olivier jeunes et tendres ont été plantées étaient les pires endroits de toute la vigne et qu'un autre était le meilleur. Quand le Seigneur de la vigne vient examiner les arbres, les deux qui ont été plantés dans les pires endroits n’ont produit que du bon fruit, tandis que celui qui était planté dans le meilleur endroit a produit de bons et de mauvais fruits. En d'autres termes, à traitement égal accordé par Dieu à toutes les parties du monde, ce n'est pas le lopin de terre auquel les gens sont attachés qui fait la différence. Tous les peuples de la terre sont en mesure de produire de bonnes œuvres et de devenir par conséquent des fruits désirables.

L’allégorie commente le processus de purification que la terre et la maison d’Israël subiront avant la Seconde Venue et explique comment le rassemblement d’Israël consiste à élaguer les branches qui portent du mauvais fruit et à regreffer les branches de l’olivier franc sur les arbres francs (notez le pluriel, arbres, aux versets 5:55-58, 5:63-66, 5:74). Ce processus continuera en ces derniers jours dans un ordre déterminé conçu pour assurer la survie des arbres jusqu'à ce qu’ils finissent tous par porter du fruit agréable au Seigneur. Tout d'abord, les peuples qui produisent le pire, le « fruit le plus amer », seront enlevés de l'arbre de la maison d’Israël et d'autres membres naturels de la maison d’Israël y seront amenés. Vers le même moment commencera le lent processus de culture et d’entretien, « nourrir » les membres pour les aider à produire de bonnes œuvres. Pendant que ces membres naturels de la maison d'Israël commencent à produire de bonnes œuvres, l’élagage des membres les plus mauvais commencera, mais ce processus se fera aussi lentement, « selon la force des bonnes et leur taille », c'est-à-dire selon la capacité de la maison d’Israël de supporter la taille. Cet élagage continuera, comme mentionné plus haut, jusqu'au millénium, lorsque le processus sera complet et qu’il n'y aura plus de mal nulle part sur la terre, parce que le « fruit » sera « bon » et que la « vigne » ne sera « plus corrompue » (v. 75).

Ce processus de greffe et de taille se voit aujourd'hui dans le Rétablissement. Une greffe réussie consiste à [parvenir] « à la connaissance du vrai Messie » (1 Néphi 10:14), le Christ, par la parole de Dieu. Le mécanisme le plus évident aujourd'hui pour se greffer sur l'héritage des Écritures, c’est par la conversion à l’Évangile de Jésus-Christ tel qu’il est révélé dans le processus du Rétablissement. En 1820, quand Joseph, le prophète, est allé prier dans le bosquet (ce n'était peut-être pas une coïncidence que le Rétablissement ait commencé dans un bosquet), le monde entier était dépourvu du genre de fruit que le Seigneur désirait. Lorsque Joseph est sorti des bois en ce jour de printemps, le premier converti avait été fait. À partir de ce début sur la frontière américaine du dix-neuvième siècle, des populations et des cultures ont été exposées à l'influence guérisseuse de l'Évangile de Jésus-Christ grâce au renouvellement de l'héritage scripturaire de la maison d'Israël. La réalisation de ce processus de guérison se voit dans le Rétablissement. Dès que les gens qui acceptent l'Évangile sont capables de les recevoir, Dieu révèle des principes, des points de doctrine et des ordonnances éternels corrects. De cette manière, l'héritage scripturaire de la maison d’Israël, les racines, « peuvent prendre de la force » (voir 5:59) et être une bénédiction pour les peuples et les cultures qui sont nourris par elles. Et à mesure que les branches naturelles de la maison d’Israël en ces derniers jours poussent grâce à la nourriture et aux soins que Dieu donne, il prépare « la voie pour elles afin qu'elles puissent pousser » davantage (Jacob 5:64).

Pendant que cette greffe des branches naturelles de la maison d’Israël sur les arbres francs continue et que ces greffes prennent sur l'Évangile de Jésus-Christ fourni par l'héritage scripturaire de la maison d’Israël, la taille se poursuit également. Ceux qui refusent d'accepter les principes, les doctrines et les ordonnances rétablis de l'Évangile créent les conditions qui, tôt ou tard, les amèneront à leur séparation d’avec la maison d’Israël. Certaines de ces personnes cessent tout simplement de produire de bonnes œuvres ou ne restent pas au niveau du reste de l'arbre. D'autres produisent des œuvres mauvaises et sont retranchées plus tôt.

Ce processus peut affecter un peuple tout entier. Par exemple, le Seigneur a averti les hommes de cette dispensation qu'ils sont sous la condamnation pour avoir pris à la légère l'héritage scripturaire du Rétablissement, « la nouvelle alliance, c’est-à-dire, le Livre de Mormon et les précédents commandements » (D&A 84:54-58). Le président Benson a répété cet avertissement en 1986 [31]. Et le processus peut affecter les individus. Pensez, par exemple, à ce saint des derniers jours éminent du début de l’Église qui « avait été appelé à prêcher l'Évangile mais qu’on avait entendu dire qu’il ‘préférerait mourir que d’aller prêcher l'Évangile aux Gentils’. » Le résultat fut que « il fut atteint par le choléra et mourut [32]. » Si nous, que ce soit comme peuple ou à titre personnel, ne retirons pas de la force de nos racines scripturaires modernes, particulièrement du Livre de Mormon et des prophètes vivants, nous nous retrouverons finalement coupés de la maison d’Israël et jetés « au feu » (Jacob 5:58).

L'allégorie montre que le processus de greffage et de taille, le rassemblement d’Israël et la mise à l’épreuve des nations de la terre, continueront simultanément jusqu'au millénium. Cela signifie qu’à mesure que les saints acceptent et assimilent une nourriture supplémentaire provenant de leurs sources scripturaires, le Seigneur exige d’eux qu’ils fassent plus. Ainsi l'allégorie annonce, dans le processus de greffage et de taille, le retournement de ce que le président Benson a appelé le principe de Samuel. Selon ce principe, « dans certaines limites [Dieu] accorde aux hommes ce qu’ils désirent [33]. » Le principe tire son nom de l'histoire qui se trouve dans 1 Samuel 8:1, où le peuple d’Israël exige, à l’encontre des souhaits de Dieu et de son prophète Samuel, que Dieu lui donne un roi. Dieu lui accorde ce qu’il désire pour ce qui sera finalement son grand malheur.

Le retournement du principe de Samuel pendant le Rétablissement peut être illustré par la parole de sagesse. Lorsque les saints ont assimilé et pratiqué la parole de sagesse, Dieu a jugé bon d’en exiger une application plus stricte au point que, jusqu'à ce jour, elle est souvent utilisée pour mesurer l'engagement d'un membre à l’égard du royaume. D'autres exemples de nourriture supplémentaire se trouvent dans le contenu des sections D&A 137:1 et D&A 138:1 des Doctrine et Alliances. Ces révélations étaient aussi vraies quand elles ont été données que quand elles ont été acceptées comme Écriture par l'Église en 1976 et, par conséquent, comme faisant force de loi sur les membres. Peut-être, comme le suggère en principe l'allégorie, les membres étaient-ils capables en 1976 de se conformer aux instructions supplémentaires données dans ces visions. La révélation de la parole sagesse en 1833, l’évolution ultérieure de celle-ci dans l'Église et l’ajout des sections D&A 137 et 138 au canon sont des exemples modernes de la façon dont notre héritage scripturaire, nos racines, peuvent prendre « de la force parce qu’elles sont bonnes » (Jacob 5:59). À l'avenir, si nous assimilons fidèlement la nourriture donnée par les racines, nous pouvons nous attendre à un héritage scripturaire encore plus grand, car Dieu « révélera encore beaucoup de choses, grandes et importantes, concernant le royaume de Dieu » ( 9e article de foi).

À mesure que les branches de la maison d'Israël deviennent capables de supporter la doctrine, les principes et les ordonnances forts de l'Évangile de Jésus-Christ et que les racines se renforcent, les arbres de la maison d’Israël continueront à être nourris, fortifiés, et purifiés jusqu'à ce qu'ils soient devenus « comme un seul corps » et ne portent que du bon fruit et que toute la terre ne soit « plus corrompue » (voir Jacob 5:74-75). Ce processus de préparation de la maison d’Israël pour le millénium trouve son expression dans une autre métaphore des Écritures, belle et chargée de sens, la métaphore de l’épouse et de l’époux. (Par exemple, voir Matthieu 25:1-13.) Pour employer les termes d’Ésaïe, « Comme la fiancée fait la joie de son fiancé, ainsi tu fera la joie de ton Dieu » (Ésaïe 62:5).

L'allégorie ne laisse aucun doute sur le fait que Dieu a essayé tout ce qui était en son pouvoir pour empêcher l'Apostasie. Quand Dieu vient inspecter le monde après que l'apostasie a eu lieu et que « tous les credo [de l'apostasie étaient devenus] une abomination [aux yeux de Dieu] » (Joseph Smith-Histoire 1:19), Dieu demande au serviteur dans l'allégorie : « Qu’aurais-je pu faire de plus pour ma vigne » pour empêcher l'Apostasie (Jacob 5:41) ? La réponse à cette question rhétorique est qu'il n'aurait rien pu faire de plus. Sa main n'a pas faibli pour créer le bon environnement et les conditions nécessaires pour que l'Évangile fleurisse et produise du fruit (Jacob 5:47). Comme l’explique Jacob 5:28, « le Seigneur de la vigne et le serviteur du Seigneur de la vigne nourri[ss]ent tout le fruit de la vigne. » Mais comme l’explique Jacob 5:46, « malgré tout le soin que nous [par exemple, le Seigneur et son serviteur] avons pris de ma vigne, les arbres se sont corrompus, de sorte qu'ils ne donnent pas du bon fruit. » En bref, ce n'est pas un manque d'effort de la part de Dieu qui a permis à l'Apostasie de se produire.

Alors qu’est-ce qui a causé l'Apostasie ? Le Seigneur de la vigne lui-même pose cette question à la fin de Jacob 5:47 : « Qui a bien pu corrompre ma vigne », c'est-à-dire qui a causé l'Apostasie ? Dans Jacob 5:48 le serviteur répond à son Seigneur : « N’est-ce pas la hauteur de ta vigne », c’est à dire l’orgueil, qui a causé l'Apostasie ? Le serviteur fait remarquer, en outre, en expliquant le processus de l'Apostasie : « Parce que les branches l’ont emporté sur les racines, voici, elles ont poussé plus vite que le permettait la force des racines, prenant la force pour elles. » Les branches israélite et gentile sur les oliviers francs, ont pris la force pour elles par l’orgueil et l’arrogance. C'est-à-dire que plutôt que de s’appuyer sur leur héritage scripturaire pour y rechercher la force et la nourriture, elles se sont appuyées sur leur propre force et leurs capacités, annihilant ainsi l'influence de l'héritage scripturaire qui aurait pu les diriger et les guider. Et en agissant indépendamment dans leur orgueil, elles se sont considérées comme fortes et ont poussé dans des directions qui n'étaient pas correctes, ce qui a débouché sur l'Apostasie [34].

Il est clair que l'Apostasie n'a pas été causée par un ensemble de circonstances matérielles dues au hasard que Dieu aurait pu empêcher. C’est l’obstination orgueilleuse qui a été à l’origine de la Grande Apostasie et qui est à l’origine de toute autre apostasie. L'apostasie est la décision de se tourner vers soi-même plutôt que vers l’orientation et la nourriture venant des voies appropriées et justes que Dieu a instituées. Et parce que c'est un acte lié au libre arbitre, Dieu ne l'empêche pas. La cause de l'Apostasie, telle qu’elle est expliquée dans l'allégorie, doit servir d'avertissement à ceux qui sont appelés à œuvrer dans la vigne en ces derniers jours. Nous pouvons chacun causer notre propre apostasie par notre obstination orgueilleuse et il n’y a pas grand-chose que Dieu puisse faire pour l'empêcher.

Si nous abandonnons la nourriture assurée par l'héritage scripturaire de notre époque : le Livre de Mormon, les Doctrine et Alliances, la Perle de Grand Prix, la Bible et les directives constantes des prophètes vivants, et si nous nous appuyons sur notre force, notre sagesse, et notre compréhension propres, nous ne tarderons pas, nous aussi, à être victimes d’ une apostasie qui nous détruira spirituellement. L'antidote, que ce soit autrefois ou maintenant, contre l'Apostasie, contre l’égocentrisme orgueilleux, a été expliqué par le roi Benjamin : « Les hommes boivent de la damnation pour leur âme s’ils ne s'humilient et ne deviennent…comme un enfant, soumis, doux, humble, patient, plein d'amour, disposé à se soumettre à toutes ce que le Seigneur juge bon de lui infliger, tout comme un enfant se soumet à son père » (Mosiah 3:18-19).

Si nous devons nous préoccuper du risque que nous courons d’apostasier individuellement, la section suivante (Jacob 5:50-73, le rassemblement de la maison d’Israël) explique que nous n'avons pas à craindre que l'Église tombe dans l'apostasie en ces derniers jours. Quand il vient examiner la terre vers la fin de l'Apostasie, le Seigneur de la vigne constate qu'aucun des divers arbres de la maison d’Israël, que des Gentils y aient été greffés ou non, ne porte de bons fruits. Jacob 5:31-32 décrit cette situation d'apostasie : « Le Seigneur de la vigne goûta du fruit, de chaque sorte selon son nombre. Et le Seigneur de la vigne dit : Voici, j’ai nourri cet arbre pendant tout ce temps, et je me suis amassé beaucoup de fruits en vue de la saison. Mais voici, cette fois-ci il a donné beaucoup de fruit, et il n’y en a aucun qui soit bon. Et voici il y a toutes sortes de mauvais fruit ; et il ne me profite en rien. » (Quelle bonne description de l'Apostasie !) Tel était l'état du monde en 1820.

Plutôt que de raser la terre apostate qui ne rapporte rien, Dieu décide d'essayer une fois de plus d'établir l'Évangile sur la terre pour voir si les arbres de la vigne vont donner du bon fruit. Il commence par faire greffer les branches de l'arbre d’origine sur les arbres naturels et les branches des arbres naturels « sur leur arbre d’origine » (Jacob 5:55-56). Il commande au serviteur de les creuser alentour, de les tailler et de les fumer encore une dernière fois (voir Jacob 5:64). Depuis le commencement du rassemblement de la maison d’Israël jusqu'au millénium, depuis le Rétablissement jusqu'à la Seconde Venue, il y a un effort ininterrompu de la part du serviteur principal et des « autres serviteurs » (Jacob 5:70) pour « travailler dans la vigne » de toutes leurs forces pour « la dernière fois » (Jacob 5:71). Le serviteur et ses collaborateurs « obéirent en tout aux commandements du Seigneur de la vigne » (Jacob 5:72).

Les dirigeants du Rétablissement, depuis Joseph Smith, le prophète, jusqu’aux Autorités générales contemporaines, ont maintenant été appelés pour travailler dans le monde pour la dernière fois (voir D&A 24:19 ; 39:17 ; 43:28 et 95:4). Et ils continueront à travailler, exécutant « en tout » les commandements du Seigneur. (Jacob 5:72). Ils ne travailleront pas selon les préceptes du monde, mais ils suivront avec ténacité les instructions du Seigneur. Et ils continueront à œuvrer « en toute diligence, selon les commandements du Seigneur de la vigne » (Jacob 5:74) jusqu’à ce qu’ils aient réussi à « jeter » dehors tous les mauvais éléments (Jacob 5:74) et que le monde ne soit plus corrompu (voir Jacob 5:75). L’œuvre du Rétablissement, l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, le royaume de Dieu sur la terre, continuera à grandir et à se répandre jusqu'à ce qu'elle ne laisse plus de place au mal sur la terre. Daniel, le prophète, a effectivement vu « à l’avance et prédit que le royaume de Dieu serait rétabli dans les derniers jours, pour ne plus jamais être détruit ni donné à un autre peuple » (D&A 138:44). Nous n'avons pas à craindre dans notre dispensation que l'Église, le royaume de Dieu, soit de nouveau perdue à cause de l'apostasie. Des individus peuvent apostasier, peut-être même certains des dirigeants, mais comme le dit bien l'allégorie, la vigne va grandir, devenir plus pure, jusqu'à ce que le bon fruit remplisse la terre.

Je ne peux pas achever cette étude de l'allégorie de l'olivier sans revenir au commencement, à la raison pour laquelle Jacob a donné l'allégorie : Comment pouvons nous être réconciliés avec Dieu par l’intermédiaire de Jésus-Christ ? Si j'écrivais en bon Hébreu, je pourrais m’attendre à ce que le lecteur sache maintenant, grâce à l'allégorie elle-même et à l’analyse ci-dessus, comment la réconciliation a lieu. Mais ce n’est pas le cas, et je serais infidèle à mon héritage si je n’expliquais pas clairement du mieux que je peux comment nous pouvons être réconciliés avec Dieu par Jésus-Christ. Comme le suggère l'allégorie, le processus est d’une simplicité [35] et d’une facilité trompeuses : Le fait de rester attaché suffisamment longtemps à nos racines, l'héritage scripturaire révélé par le Dieu d’Israël, pour que l'influence guérisseuse de la direction divine, de la « connaissance du vrai Messie », notre Seigneur et Rédempteur (1 Néphi 10:14), puisse nous changer d'une branche portant du fruit amer à une branche naturelle portant du bon fruit. Peu importe que notre héritage scripturaire soit planté dans un bon ou un mauvais endroit de la terre, nous pouvons porter du fruit grâce aux soins aimants et sages du Seigneur de la vigne. Comme l’a dit Limhi, un homme qui lui-même avait tâtonné pour obtenir la réconciliation et l’avait trouvée : « Si vous vous tournez vers le Seigneur d’un cœur pleinement résolu, et placez votre confiance en lui, et le servez en toute diligence d'esprit, si vous faites cela, il vous délivrera de la servitude, selon sa volonté, et son bon plaisir » (Mosiah 7:33), il vous secourra, vous nourrira, et vous sauvera de la destruction. Il n’y a que notre orgueil ou notre égocentrisme qui puisse nous empêcher de produire du bon fruit, provoquant ainsi notre séparation d’avec l'arbre par élagage. Dans des termes qui sont davantage liés à l'allégorie qu’on pourrait le croire au premier coup d’œil, Jacob énonce la formule d’une manière à la fois simple et éloquente : « Comme il est miséricordieux avec nous, notre Dieu, car il se souvient de la maison d’Israël, de sa racine comme de ses branches ; et il leur tend les mains toute la journée ; et ils sont un peuple au cou raide et contredisant, mais tous ceux qui ne s’endurciront pas le cœur seront sauvés dans le royaume de Dieu. C’est pourquoi, mes frères bien-aimés, je vous adjure solennellement de vous repentir et de venir d’un cœur pleinement résolu, et de vous attacher à Dieu comme il s’attache à vous » (Jacob 6:4-5).

NOTES

1. Bien que Jacob raconte l'allégorie dans Jacob 5, celle-ci vient à l'origine de Zénos, qui était apparemment un prophète de l’époque de l’Ancien Testament dont les écrits se trouvaient sur les plaques d’airain. Actuellement aucune source du Vieux Monde ne parle de lui. Zénos est bien entendu mentionné ailleurs dans le Livre de Mormon : 1 Néphi 19:10, 12, 16 ; Alma 33:3, 13, 15 ; Alma 34:7 ; Hélaman 8:19 ; Hélaman 15:11 ; et 3 Néphi 10:16. Bien qu’il soit le premier auteur du Livre de Mormon à rattacher cette allégorie à Zénos, Jacob n’était vraisemblablement pas le premier prophète du Livre de Mormon à mentionner le contenu de cette allégorie. Néphi dit que son père Léhi avait parlé d’un olivier qui représentait la maison d’Israël et que de cet arbre des « branches seraient rompues et dispersées sur toute la surface de la terre » (1 Néphi 10:12).
2. Les études précédentes sont : Kent P. Jackson, « Nourished by the Good Word of God (Jacob 4-6) » dans Kent P. Jackson, dir. de publ., 1 Néphi to Alma 29, vol. 7 de Studies in Scripture, Salt Lake City, Deseret Book, 1987, pp. 190-194 ; Monte Nyman, An Ensign to All People, Salt Lake City, Deseret Book, 1987, pp. 24-34 et le tableau récapitulatif de la page 36. Voir aussi Joseph Fielding McConkie et Robert L. Millet, Doctrinal Commentary on the Book of Mormon, vol. 2, Salt Lake City, Bookcraft, 1988, pp. 46-82 ; Ariel Crowley, About the Book of Mormon, Idaho City, ID, n.p., 1961, pp. 150-152 ; et Livre de Mormon, manuel de l’étudiant : Religion 121 et 122, 1989, pp. 47-48. Richard K. Wilson de Provo, Utah, a fait un commentaire détaillé de l’allégorie, de 82 pages, non publié.
3. Ici je dois faire une mise en garde. Bien que je croie que cette allégorie concerne des périodes, des lieux, des processus, des événements et même des personnes précis, on ne peut expliquer aucune allégorie jusque dans ses moindres détails sans entrer, au mieux, dans le domaine des suppositions, au pire, dans celui de l’absurdité. Je propose donc l’explication que je donne ici dans l’espoir qu'elle aidera certains chercheurs et ne fera de tort à personne.
4. On trouvera un résumé pratique dans Nyman, An Ensign to All People, p. 35, tableau 1. Les raisons qu’il donne pour justifier ses identifications se trouvent aux pp 22-24. Voir également le résumé dans Jackson, « Nourished by the Good Word of God » p. 190 et Livre de Mormon, Manuel d'étudiant, pp. 47-48.
5. Voir en particulier les versets 11, 36, 53 et 59, bien que la possibilité que la racine périsse soit mentionnée dans 5:8, et que le Seigneur va et vient.
6. On trouvera les références à la note 2.
7. Comme Joseph Fielding Smith l'a dit : « Dans toutes les Écritures, là où Dieu est mentionné et où il est apparu, il s’agit du [Christ]… Le Père n'a jamais traité directement et personnellement avec l'homme depuis la chute et il n’est jamais apparu autrement que pour présenter le Fils et rendre témoignage de lui (Doctrine du salut, sermons et écrits de Joseph Fielding Smith, comp. par Bruce R. McConkie, vol 1, p. 35).
8. Voir par exemple Jean 8:28, « Je ne fais rien de moi-même ; mais… je parle selon que le Père m'a enseigné. Cf. Jean 5:19 et 28.
9. Notez que Crowley, About the Book of Mormon, p. 121, utilise le générique « Dieu » et Jackson, « Nourished by the Good Word of God », p. 190, utilise « Seigneur » pour le Seigneur de la vigne, tous les deux contournant de ce fait la difficulté.
10. Chauncey C. Riddle, du département de philosophie de l’université Brigham Young, m’a suggéré cette idée en privé le 13 septembre 1989. Depuis lors, j’ai fini par accepter ce point de vue, en partie pour les raisons mentionnées plus haut. Plusieurs autres commentaires associent les racines aux ancêtres. Cette interprétation vient certainement de la croyance que si le mot racine signifie ancêtres dans Malachie 4:1, il doit avoir la même signification dans tous les contextes scripturaires. D'autres encore pensent que les racines représentent les alliances associées à la maison d’Israël ; voir par exemple le manuel de l’étudiant du Livre de Mormon. Cette interprétation me semble trop réductrice.
11. Bruce Wilson de Provo (Utah) m’a donné cette idée (basée au moins en partie sur R. Wilson, p. 30) lors d’une conversation privée le 3août 1989.
12. Le traitement qui suit dans cette troisième section est une version légèrement modifiée de mon article « Explicating the Mystery of the Rejected Foundation Stone : The Allegory of the Olive Tree » BYU Studies 30, 1991, pp. 77-87.
13. Il y a deux aspects à cette question unique : Quand Zénos a-t-il composé l'allégorie originelle et quels sont les événements qui sont couverts dans cette histoire allégorique de la maison d’Israël ? La réponse à la deuxième question, quelle que soit celle donnée à la première, est nécessaire si l’on veut que l'allégorie soit plus qu'un exercice intellectuel pour le lecteur moderne. C’est pourquoi je ne traiterai que de la seconde question. Il y a des traitements de la première question ailleurs dans cet ouvrage.
14. On trouvera un traitement des débuts de la maison d’Israël avec Abraham, puis Isaac et Jacob dans Bruce R. McConkie, A New Witness for the Articles of Faith, Salt Lake City, Deseret Book, 1985, p. 503 : « L'histoire israélite commence non pas avec Jacob, qui est Israël, ni avec ses descendants tribaux, qui ont adopté son nom, mais avec Abraham, leur père. Dans le sens véritable et spirituel des termes, Abraham a été le premier Hébreu, le premier Israélite et le premier Juif. » Les critiques à qui j'ai donné le présent article ont trouvé que l’on pourrait comprendre que la création de la maison d’Israël au début de l'allégorie s’est produite avec Adam, avec Noé ou avec Moïse. Il me semble que l'allégorie ne traite que de la maison d’Israël et que par conséquent elle commence avec la fondation de la maison d’Israël. Indépendamment et antérieurement à ma première lecture de la citation ci-dessus de Bruce R. McConkie, sur la base des éléments internes de l'allégorie elle-même, j’en suis arrivé à la conclusion que la fondation de la maison d’Israël ne peut avoir trait qu’aux patriarches.
15. Bien que le « Bible Dictionary » de l'édition de l’Église de la Sainte Bible, p. 636, situe les patriarches au milieu de l'âge du bronze moyen, cette date ne fait pas l’unanimité parmi les savants. Cyrus Gordon, par exemple, fait remonter beaucoup d’événements des récits patriarcaux à l’âge du bronze récent (« Abraham and the Merchants of Ura », Journal of Near East Studies 17, 1958, p. 31). J'accepte cependant la possibilité que le pharaon de l'Exode ait été Ramsès II, qui a régné au milieu du treizième siècle av. J.-C. Cela situerait l'Exode au commencement même du bronze récent (en comptant, avec Genèse 15:13 et Exode 12:40, 400 à 430 ans pour le séjour en Égypte) et repousserait les patriarches à l'âge du bronze moyen. Voir aussi Nyman, An Ensign for All People, p. 24, qui situe le commencement de l'allégorie « vers 1800 av J.-C., quand les douze fils de Jacob vivaient à Canaan. » D'autres situent la plantation de l'olivier principal à d'autres siècles du début de l'histoire israélite.
16. On trouvera la même conclusion dans Jackson, « Nourished by the Good Word of God”, pp. 193-194. La destruction de la terre par le feu après le millénium est mentionnée au moins une fois dans les ouvrages canoniques : « Car le grand millénium dont j'ai parlé par la bouche de mes serviteurs viendra. Car Satan sera lié, et lorsqu'il sera de nouveau délié, il ne régnera que pour un peu de temps, et alors viendra la fin de la terre. Et celui qui vit dans la justice sera changé en un clin d'œil, et la terre passera comme par le feu. Et les méchants s'en iront dans un feu qui ne s'éteint pas, et nul homme sur terre ne connaît leur fin ni ne la connaîtra jamais, jusqu'à ce qu'ils viennent devant moi en jugement » (D&A 43:30-33). C’est probablement aussi de cela qu’il est question dans Matthieu 3:13. Voir aussi les fondements théologiques de la destruction de la terre par le feu dans Bruce R. McConkie, Mormon Doctrine, 2e éd., Salt Lake City, Bookcraft, 1966, p. 210 (voir également la p. 251), et les renvois qui s’y trouvent à Doctrine du salut, 1:72-89 ; et Parley P. Pratt, Une voix d'avertissement, chapitre 5. Si la destruction de la terre par le feu, mentionnée au verset 77, est une allusion à la destruction par le feu précédant le millénium (voir par exemple McConkie, Mormon Doctrine, pp. 692, 735), on pourrait en tirer la conclusion que la fin de l'allégorie coïncide avec le commencement du millénium. L’examen interne de l’allégorie montre que c’est peu probable. Comme je le démontre plus loin, les versets 75 et 76 ont trait au millénium. Par conséquent, le verset 77 doit avoir trait à la période qui suit le millénium.
17. Nyman divise, lui aussi, l'allégorie en sept périodes, mais nous ne sommes d’accord que sur trois des divisions. Il répartit l'allégorie sur les périodes de temps suivantes : (1) versets 3-14 : « De Jacob à la fin des prophètes » vers 1800-400 av. J.-C. (2) verset 15 : « Beaucoup de temps passa ». (3) versets 16-28 : « Le ministère de Jésus- Christ » vers 30-34 apr. J.-C. (4) verset 29 : « Beaucoup de temps passa ». (5) versets 30-75 : « Le Rétablissement, vers 1820 après J.-C. jusqu’au millénium ». (6) verset 76 : « Beaucoup de temps passa ». (7) verset 77 : « Fin de la terre. »
18. Le chiffre quatre cents à six cents ans peut découler de la différence entre le moment où l'olivier est cultivé pour la première fois à un moment donné de l’âge du bronze moyen et le commencement de la période suivante de l'allégorie, début de l'âge du fer, vers 1200 av. J.-C. Il semble vraisemblable que quatre cents à six cents ans soient plausibles d’après ce que l’on peut observer des oliviers de la Palestine actuelle. Comme les oliviers contemporains, il est vraisemblable que les oliviers anciens, correctement soignés, non seulement pouvaient vivre pendant des siècles (non des décennies comme c’est le cas de la plupart des arbres de culture), mais pouvaient également produire des récoltes précieuses pendant toute la vie de l'arbre. (On trouvera les aspects techniques de la culture de l'olivier dans les autres articles sur le sujet dans The Allegory of the Olive Tree, Stephen D. Ricks et John W. Welch, dir. de publ., Salt Lake City, Deseret Book et FARMS, 1994. Voir en outre Arthur Wallace, « The Allegory of the Tame and Wild Olive Trees Horticulturally Considered », dans Paul R. Cheesman et C. Wilfred Griggs, dir. de publ., Scriptures for the Modern World, Religious Studies Monograph Series 11, Provo, BYU Religious Studies Center, 1984, pp. 113-120.) Par conséquent, si l'olivier était « devenu vieux », cela ne se mesurerait pas par les décennies des arbres domestiques contemporains, mais par siècles.
19. Il y a beaucoup trop d'exemples de l'apostasie d'Israël au cours de cette période de temps pour que je les énumère ici. En plus des deux dont je traite dans le texte, réfléchissez aux exemples suivants.
Moïse savait, à l’époque de son appel, que l’Israël apostat essayerait de le rejeter comme prophète de Jéhovah (Exode 3:13-14). Le célèbre ultimatum de Josué, « Choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir » (Josué 24:15), n’était nécessaire que si les Israélites vacillaient, c.-à-d., flirtaient avec l'apostasie. Ézéchiel, au chapitre 16, parle en rétrospective en termes merveilleusement terre à terre de l’existence de l'apostasie d’Israël. On trouvera une merveilleuse explication d'Ézéchiel 16 et de sa relation avec l'apostasie en Israël, dans Joseph E. Coleson, « Israël's Life Cycle from Birth to Resurrection », dans Avraham Gileadi, dir. de publ., Israel's Apostasy and Restoration : Essays in Honor of Roland K. Harrison, Grand Rapids, MI, Baker Book, 1987, pp. 237-3 50. Et enfin, plus près de nous, voir Malachie 3:7 : « Depuis le temps de vos pères, vous vous êtes écartés de mes ordonnances, vous ne les avez point observées. »
20. 1 Rois 12:25-33 et 15:30, entre autres. Pour voir comment Jéroboam a influencé la suite de l'histoire israélite, voir 2 Rois 10:29-31.
21. Les réformes de Josias vers 620 av. J.-C. ont certainement dû être un ballon d'oxygène après les abominations de Manassé (2 Rois 22-24 ; voir aussi 2 Chroniques 33), mais c’était trop peu et c’était trop tard.
22. Conformément à leur politique étrangère, les Assyriens déportaient les sujets rebelles dans d’autres régions de leur empire qui avaient été précédemment partiellement dépeuplées parce que ces habitants-là avaient été rebelles (voir 2 Rois 17). La pratique de remplacer des sujets rebelles par d'autres sujets rebelles non apparentés avait pour but de les dissuader de se livrer à de nouvelles insurrections et de rendre toute nouvelle révolte difficile. D'autre part, les Babyloniens ne substituaient pas leurs sujets rebelles les uns aux autres, mais envoyaient plutôt toutes les populations déportées dans un endroit central, la Babylonie, laissant ainsi un vide dans les patries respectives, ce qui allait finalement permettre aux déportés de retourner chez eux après l’effondrement de l'empire babylonien. Pour cette raison et d’autres, les déportés du Royaume du Nord ne purent pas retourner dans leur patrie, mais les Juifs du Royaume du Sud purent revenir de la captivité babylonienne.
23. Par exemple, le calendrier babylonien est encore utilisé aujourd'hui par les Juifs.
24. Nous pouvons nous faire une idée de ce que représente « beaucoup de temps » en regardant le verset 76, où il est dit que pendant l’avant dernière période de l'allégorie, le Seigneur de la vigne allait rassembler du bon fruit « pendant longtemps ». Je vais montrer ci-dessous que cette période est le millénium. Si nous acceptons cette interprétation, cela indique que « beaucoup de temps » doit se mesurer en siècles et pas en décennies.
25. Certains exégètes de cette allégorie n’ont trouvé que trois branches transplantées, donnant comme raison le verset 39, où les premières, deuxièmes, et dernières branches naturelles sont mentionnées. Cette explication néglige les quatre branches clairement mises en évidence par « voici celles-ci » au verset 20, « regarde par ici » au verset 23, « regarde par ici » au verset 24 et « regarde par ici » au verset 25, et ignore la possibilité qu’il existe un mérisme polaire étendu au verset 39. On ne peut pas sauter le parallélisme distinct entre 20, 23, 24 et 25 parce que ces trois derniers versets sont les seuls versets des ouvrages canoniques qui contiennent l'expression « regarde par ici. » Supprimer le parallèle du verset 24 et le combiner au verset 25, ce serait faire violence à la structure poétique du passage. Il est possible, comme certains l’ont suggéré, qu'il y en ait quatre aux versets 20 à 25, mais seulement trois au verset 39, parce que deux des transplantations, les Léhites et les Mulékites, s’étaient entre-temps combinées. Toutefois, qu’il y ait trois ou quatre arbres transplantés, cela n’a rien à voir avec notre étude. Il est certain que la question du nombre de transplantations est liée à la question de savoir qui elles représentent.
26. Living Truths from the Book of Mormon, Salt Lake City, Deseret Sunday School Union, 1970, pp. 122-123.
27. Il y a ici une une légère contradiction dans le temps, si l’on considère l'allégorie comme strictement cohérente et chronologiquement rigoureuse. (R. Wilson, pp. 38-39, relève aussi cette incohérence apparente.) La période du Vieux Monde où l'arbre d’origine (auquel les Gentils ont été greffés) ne portait que du bon fruit doit être située entre 35 et 100 apr. J.-C. Il n’empêche que pendant cette période, la majorité des Juifs ont rejeté Jésus-Christ et son message. Cette même période de temps dans le Nouveau Monde verra tout le peuple « converti au Seigneur, sur toute la surface du pays » (4 Néphi 1:2). Cette contradiction n’existe que parce qu’avec l'avantage du recul, nous voulons imposer sur une allégorie venant du Proche-Orient notre formation occidentale qui tient absolument à des interprétations logiques, cohérentes et chronologiques. Le télescopage du temps et le champ de profondeur plutôt flou des versions reçues de la vision prophétique du futur devraient certainement nous permettre de considérer ces épisodes comme des caractérisations précises et générales des périodes historiques traitées. C’est ainsi que nous voyons dans l’histoire du Livre de Mormon de 600 av. J.-C. à 400 apr. J.-C. environ la division de cette branche transplantée de la maison d’Israël en cultures juste et apostate. (On trouvera la même interprétation dans Jackson, « Nourished by the Good Word of God », p. 192.) La seule exception à ceci est un bref intermède où les Néphites et les Lamanites deviennent un seul peuple uni approximativement entre 36 et 190 apr. J.-C. (4 Néphi 19-21), pendant 155 ans environ, et non les deux cents années traditionnelles souvent citées par des saints des derniers jours. D’autre part, le Nouveau Testament, si nous ignorons les Juifs et les Gentils qui ont rejeté le Christ et ses messagers, présente une communauté assez unie et juste d’Israélites et de Gentils, en dépit de clivages culturels et des premiers signes d’apostasie qui ont donné lieu à la polémique de Paul.
28. Si l’on veut prendre l'allégorie littéralement à tous les points de vue, ce ne serait pas la première fois que Dieu menace de détruire tous les habitants de la terre (Genèse 6:7) ni la totalité de son peuple élu (Exode 32:9-11)
29. Le conseil que le serviteur se permet ici de donner ne devrait pas être considéré comme déplacé. Un serviteur est censé donner des conseils. Il ne se justifierait cependant pas de déduire de cette section de l'allégorie que Dieu peut être dissuadé de ses desseins par du marchandage à la manière typique des marchés du Proche-Orient (cela s'applique aussi au marchandage auquel Abraham se livre avec Dieu à propos de Sodome et de Gomorrhe.) Dieu laisse une latitude à ses serviteurs à l’intérieur de ses desseins pour qu’ils pensent qu'ils marchandent, mais ses desseins sont déjà fixés et ce qu’ils croient être du marchandage a déjà été calculé dans les desseins.
30. On trouvera dans Alma 29:8 une autre manière d'exprimer cette sollicitude que Dieu a accordée au monde.
31. Ensign 16, mai 1986, p. 78.
32. Joseph Smith, Jr., The History of The Church of Jesus Christ of Latter-day Saints, B. H. Roberts, dir. de publ., 2e éd. révisée, 7 vols., Salt Lake City, Deseret Book, 1957, 2:118.
33. Ezra Taft Benson, The Teachings of Ezra Taft Benson, Salt Lake City, Bookcraft, 1988, p. 84.
34. Spencer W. Kimball a exprimé cette même idée : « L’apostasie s’est produite non pas à cause des persécutions, mais par l’abandon de la foi causé par la superposition d'une structure créé par l’homme au programme divin », comme cité dans Edward L. Kimball, dir. de publ., Teachings of Spencer W. Kimball, Salt Lake City, Bookcraft, 1982, p. 425.
35. Le processus est si simple et si facile que beaucoup refusent de laisser son influence les guérir. Voir 1 Néphi 17:41-42.



 

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