La véracité de l’Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours est indissolublement liée à l’authenticité du Livre de Mormon. Ou bien celui-ci est véritablement le document historique qu’il affirme être, et dans ce cas ni Joseph Smith, ni personne d’autre, que ce soit au 19e siècle ou de nos jours, n’aurait pu en être l’auteur, ou bien c’est un faux, et alors il sera inévitablement démasqué par les progrès des connaissances scientifiques, et l’Eglise se révélera être une fausse église. Or, depuis une cinquantaine d’années, les indices en faveur de l’authenticité historique du Livre de Mormon n’ont cessé de se multiplier au point que quiconque veut mettre le Livre de Mormon (et l’Eglise) en doute ne peut plus – s’il est intellectuellement honnête – les ignorer. L’article suivant traite d’un de ces indices.

 

L’exécution de Zemnarihah

 

Basé sur des recherches de John W. Welch

Novembre 1984

Reexploring the Book of Mormon, pp. 250-252

 

 

3 Néphi 4:28 : « Leur chef, Zemnarihah, fut pris et pendu à un arbre, oui, à son sommet. »

 

3 Néphi 4:28-33 raconte d’une manière détaillée l’exécution de Zemnarihah, le chef des brigands de Gadiaton battus, après sa capture. Il a été récemment suggéré que cette exécution publique se faisait selon le cérémonial et la loi antiques. Voici le texte :

 

« Et leur chef, Zemnarihah, fut pris et pendu à un arbre, oui, à son sommet, jusqu'à ce qu'il fût mort. Et lorsqu'ils l'eurent pendu jusqu'à ce qu'il fût mort, ils abattirent l'arbre et crièrent d'une voix forte, disant : Que le Seigneur préserve son peuple dans la justice et dans la sainteté de cœur, afin qu'il puisse faire abattre tous ceux qui chercheront à le tuer pour le pouvoir et à cause des combinaisons secrètes, tout comme cet homme a été abattu » (3 Néphi 4:28-29).

 

Après avoir abattu l’arbre auquel Zemnarihah avait été pendu, les Néphites crièrent tous « d’une seule voix » que Dieu les protège. Ensuite, ils chantèrent « tous, comme un seul homme » en louanges à leur Dieu (3 Néphi 4:30-33). Ceci veut-il dire que l’on respectait une sorte de rituel ? Plusieurs indices tendent à montrer que cette exécution se situait dans un contexte antique. Voyez les quelques points qui suivent.

 

Remarquez tout d’abord que l’arbre auquel Zemnarihah a été pendu est ensuite abattu. Cela se faisait-il dans l’Antiquité ? Apparemment oui. La pratique israélite exigeait que l’arbre auquel le coupable était pendu soit enterré avec le corps. Il fallait donc l’abattre. Comme les rabbins considéraient que cet enterrement devait avoir lieu immédiatement, le Talmud recommande que l’on pende le coupable à un arbre déjà coupé ou à un  poteau pour que, pour employer les termes de Maïmonide, « on n’ait pas besoin d’abattage[1]. »

 

Remarquez ensuite pourquoi l’on abattait et enterrait l’arbre. Comme l’explique Maïmonide, « Pour qu’il ne constitue pas un triste souvenir, les gens disant : ‘C’est l’arbre auquel on a pendu Untel’[2]. » De cette façon, on associait l’arbre à la personne que l’on exécutait ; il finit par symboliser le coupable et le désir de l’oublier. Comparons : Les Néphites identifient l’arbre à Zemnarihah et à tous ses pareils, afin que leur infamie ne soit pas oubliée, quand ils s’écrient : « Que le Seigneur [fasse] abattre tous ceux qui chercheront à le tuer… tout comme cet homme a été abattu. »

 

Troisièmement, le texte donne à penser que les Néphites comprenaient que Deutéronome 21:22 autorisait l’exécution par pendaison – une lecture que les rabbins considéraient comme possible. Tout en considérant d’une manière générale la pendaison comme un simple moyen d’exposer le cadavre après sa lapidation, ils connaissaient l’existence d’une sentence juive à la « pendaison jusqu’à ce que mort s’ensuive ». Par exemple, il y avait de rares cas de pendaisons juives : soixante-dix femmes furent pendues à Ascalon. Huit cents pharisiens furent crucifiés par Alexandre Jannée, le grand prêtre[3], mais les rabbins regrettaient ce mode d’exécution, puisque c’était « comme le fait le gouvernement[4] » et les rabbins de l’époque voulaient conserver un maximum de distance entre les pratiques juives et romaines.

 

Quatrièmement, remarquez que l’idée ancienne de façonner un châtiment adapté au délit a été mise en application ici. Par exemple, si un voleur s’introduisait dans une maison, il devait être mis à mort et « pendu en face de l’endroit où il s’était introduit[5] ». Les châtiments anciens étaient souvent liés symboliquement au délit. De même, le châtiment pour celui qui lançait une fausse accusation était de lui faire subir ce qui aurait pu arriver à la personne accusée à tort (voir Deutéronome 19:19). Dans le cas de Zemnarihah, il fut pendu en face de la nation même qu’il avait essayé de détruire et il fut abattu et précipité sur le sol comme il avait essayé d’abattre cette nation.

 

Finalement, le peuple se mit à crier d’une voix forte, proclamant la méchanceté de Zemnarihah, ce qui peut rappeler la pratique antique de proclamer une exécution notoire. Deutéronome 19:20 dit que « Les autres entendront et craindront, et l'on ne commettra plus un acte aussi criminel au milieu de toi. » Comment fallait-il s’y prendre ? Rabbi Jehudah explique : « Je dis qu’il est exécuté immédiatement et que des messagers sont envoyés avertir le peuple[6]. » Il fallait, en effet, proclamer les affaires publiques comme l’exécution d’un juge en rébellion (voir 3 Néphi 6:22-28)[7]. Un exemple encore plus clair de proclamation dans le Livre de Mormon se trouve dans Alma 30:57, où les résultats de l’affaire Korihor sont proclamés partout. Dans ces deux cas, l’obligation manifeste de rendre publique la méchanceté du coupable était satisfaite, de sorte que tous ceux qui restaient entendraient et craindraient et que le mal serait ôté de parmi le peuple de Dieu.

 

   

 


[1] Maïmonide, Sanhédrin, XV, p. 9 ; voir aussi Talmud babylonien, Sanhédrin, VI, p. 6.

[2] Maïmonide, Sanhédrin, XV, p. 9.

[3] Josèphe, Guerre, I, p. 97.

[4] TB Sanhédrin, VI, pp. 5-6.

[5] Code d’Hammourabi, section 21.

[6] TB, Sanhédrin, X, p. 6.

[7] Id.

 

 

 

 

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