La véracité de l’Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours est indissolublement liée à l’authenticité du Livre de Mormon. Soit celui-ci est véritablement le document historique qu’il affirme être, et dans ce cas ni Joseph Smith, ni personne d’autre, que ce soit au 19ème siècle ou de nos jours, n’aurait pu en être l’auteur, soit le Livre de Mormon est un faux, et alors il sera inévitablement démasqué par les progrès des connaissances scientifiques, et l’Eglise se révélera être une fausse église. Or, depuis une cinquantaine d’années, les indices en faveur de l’authenticité historique du Livre de Mormon n’ont cessé de s'accumuler au point que quiconque veut mettre le Livre de Mormon et l’Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours en doute ne peut plus – s’il est intellectuellement honnête – les ignorer. L’article suivant traite d’un de ces indices.

 

LE PAYS DE JERUSALEM

 

Daniel C. Peterson, Matthew Roper et William J. Hamblin

 

Une des affirmations préférées des anti-mormons est que le Livre de Mormon situe la naissance de Jésus-Christ au mauvais endroit. « Le Livre de Mormon enseigne que Jésus est né à Jérusalem (Alma 7:10) », dit un ouvrage antimormon typique. « Naturellement, la Bible enseigne qu’il est né à Bethléhem » (Matthieu 2:1). Comme Bethléhem est à environs 10 kilomètres de Jérusalem et est une localité distincte, les détracteurs affirment que « il est clair qu’Alma 7:10 est une fausse prophétie[1] ».

 

Il est parfois difficile de voir ce que l’on veut démontrer par ce vieux poncif anti-mormon[2] Après tout, aucun Saint des Derniers Jours n’a jamais interprété ce passage du Livre de Mormon comme prétendant que Jésus est né à Jérusalem plutôt qu’à Bethléhem. Alma 7:10 ne parle même pas de la ville de Jérusalem. Le texte dit au contraire : « Et voici, il [Jésus] naîtra de Marie, à Jérusalem, qui est le pays de nos ancêtres. » La Jérusalem où Jésus devait naître est donc clairement appelée 'pays' et non 'ville'. Comme nous le démontrerons ci-après, ceci cadre parfaitement avec les pratiques bibliques et proche-orientales. Les Saints des Derniers Jours n’ont aucune difficulté à croire à la fois Alma et le Nouveau Testament et à les voir d’accord entre eux. Les faits sont largement de notre côté.

 

Considérations générales

 

Caractère relatif des repères géographiques

 

Vue de l’autre côté de l’océan, la distance entre Jérusalem et Bethléhem devait paraître minime à un Néphite[3].  Nous parlons tout naturellement, aux États-Unis, de gens qui vivent « dans la région de Chicago » ou « aux environs de Boston ». Quand il est au Proche-Orient ou en Europe (souvent même en Utah), l’un des auteurs répond tout naturellement « Los Angeles » quand on lui demande d’où il vient, bien que cette réponse soit littéralement fausse et que la réponse devrait être « Pasadena » (lieu de sa naissance) « San Gabriel » (son domicile pendant ses études secondaires), ou même « Whittier » (domicile de ses parents depuis la moitié des années 1970).

 

Pour donner un exemple plus proche de la  situation, un autre des auteurs a été temporairement affecté au Centre de BYU à Jérusalem pour les études du Proche-Orient. Si, à son retour aux États-Unis, il devait dire : « J’ai habité six mois à Ramat Eshkol », combien de personnes sauraient de quel endroit il parle ? Très peu. D’autre part, s’il disait : « J’ai habité six mois à Jérusalem », tout le monde comprendrait. Or, Ramat Eshkol est un faubourg de Jérusalem, à plusieurs kilomètres au nord et ne fait techniquement pas partie de la ville elle-même. Ainsi donc, pour ceux qui connaissent bien la micro géographie de Jérusalem et d’Israël, Ramat Eshkol serait un repère géographique qui voudrait dire quelque chose. Mais pour ceux qui n’ont qu’une connaissance vague d’Israël, Jérusalem aurait beaucoup plus de signification. Par conséquent, étant donné que ceux qui ne connaissent pas la micro géographie de Jérusalem sont de loin plus nombreux que ceux qui la connaissent (surtout en Amérique du Nord), il dira habituellement qu’il a habité à Jérusalem. Est-ce que cela fait de lui un menteur ? Pour être plus radical encore, devons-nous en déduire – pour imiter la méthode des détracteurs – que parce qu’il dit qu’il a habité à Jérusalem plutôt qu’à Ramat Eshkol, l'auteur n’a jamais habité en Israël du tout, ou mieux encore, qu’il n’existe même pas ?

 

Tout cela nous aide à comprendra pourquoi Alma ne donne pas d’emplacement plus précis de la naissance de Jésus. C’est probablement parce qu’il parlait à des gens éloignés de quelque cinq siècles de toute connaissance directe de la géographie de la Judée. Bethléhem n’est jamais mentionnée dans le Livre de Mormon et son emplacement exact aurait presque certainement été inconnu du Néphite moyen non érudit. En outre, il y a peu de chances pour que les exemplaires des Ecritures aient eu une grande diffusion parmi les gens du commun puisque, sans presse d’imprimerie, ils auraient tout simplement été trop coûteux. Il est donc plus que probable qu’une allusion prophétique à un petit village inconnu proche de Jérusalem n’aurait rien signifié pour les auditeurs d’Alma. Jérusalem, par contre, était bien connue et souvent mentionnée.

 

Le paradoxe de l’idiot-savant

 

Il est, en outre, illogique de prétendre que Joseph connaissait l’emplacement exact du baptême de Jésus par Jean (« à Béthabara, au-delà du Jourdain » (1 Néphi 10:9 ; cf Jean 1:28 dans la KJV), mais ne savait  absolument rien de la localité rendue célèbre par la naissance du Christ[4]. Il est hautement improbable que l’auteur ou les auteurs du Livre de Mormon se soient trompés sur l’un des faits les plus évidents de l’histoire la plus populaire de la Bible, quelque chose que connaissent tous les enfants et tous ceux qui chantent des cantiques de Noël[5]. Veulent-ils dire par là qu’un escroc assez habile pour écrire un livre exposant un éventail aussi vaste de traits culturels et littéraires subtils et authentiques propres au Proche-Orient et à la Bible, ait été en même temps assez stupide pour affirmer, devant un public familiarisé avec la Bible, que Jésus est né dans la ville de Jérusalem ? Comme l’a fait remarquer un auteur anti-mormon : « Tout écolier, toute écolière, sait que le Christ est né à Bethléhem[6]. » Et c'est vrai ! Il est par conséquent casi certain que l'affirmation d'Alma 7:10 était aussi étrange pour Joseph Smith que pour ses détracteurs anti-mormons. Il est très peu probable que Joseph Smith ait déformé l’histoire de Noël d’une manière aussi manifeste, qu’il ait brandi un drapeau rouge aussi visible, s’il essayait de se livrer à une duperie.

 

En fait, la prophétie du Livre de Mormon selon laquelle le Christ naîtrait « à Jérusalem, qui est le pays de nos pères cadre parfaitement avec ce que nous savons maintenant avoir été l’usage dans l’Antiquité[7]. Loin de jeter le doute sur l’authenticité du livre, Alma 7:10 représente au contraire une touche parfaitement authentique.

 

La terminologie géographique du Livre de Mormon

 

La manière la plus sûre de déterminer ce que signifie une expression donnée dans le Livre de Mormon est de regarder dans le Livre de Mormon. Cela tombe sous le sens: pour comprendre une expression difficile dans Shakespeare, nous devons d’abord étudier ses écrits. Ce n’est que si cela ne marche pas que nous chercherons dans d’autres textes.

 

Il ne faut pas oublier, quand on étudie cette question, qu’Alma écrivait au premier siècle avant Jésus-Christ. En d’autres termes, plus de cinq siècles séparaient son peuple et lui, et leur façon de parler, de leur patrie ancestrale et des tournures qui lui étaient propres. Cela fait beaucoup de temps pour que des changements linguistiques s’accumulent, comme en peut témoigner quiconque a essayé de lire les Contes de Canterbury, de Chaucer, dans son moyen-anglais original. La langue néphite semble ne pas avoir eu d’équivalents :

 

Et maintenant, voici, nous avons écrit ces annales selon notre connaissance, dans les caractères qui sont appelés parmi nous l’égyptien réformé, transmis et altérés par nous, selon notre manière de parler. Et si nos plaques avaient été suffisamment grandes, nous aurions écrit en hébreu; mais l’hébreu a été altéré aussi par nous; et si nous avions pu écrire en hébreu, voici, vous n’auriez eu aucune imperfection dans nos annales. Mais le Seigneur sait les choses que nous avons écrites, et aussi qu’aucun autre peuple ne connaît notre langue; et parce qu’aucun autre peuple ne connaît notre langue, il a préparé des moyens pour son interprétation (Mormon 9:32-34).

 

L’expression « pays de [+ nom de ville] » dans le Livre de Mormon

 

Le Livre de Mormon mentionne régulièrement des « pays » qui entourent et portent le nom de leur ville principale. Nous lisons, par exemple, qu’il est question des pays et des villes d’Ammonihah, Gédéon, Hélam, Jashon, Léhi, Léhi-Néphi, Manti, Morianton, Moroni, Mulek, Néhor, Néphihah, Noé, Shem, et Shilom[8].  Les villes et les pays d’Abondance et de Désolation jouent un rôle central dans l’histoire néphite[9]. Il en va de même de la ville et du pays de Néphi[10].  C’est ainsi qu’Amalickiah « marcha avec ses armées... sur le pays de Néphi, sur la ville de Néphi, qui était la ville principale » (Alma 47:20). Remarquez, en passant, qu’Alma a dû spécifier que sa prophétie dans Alma 7:10 désignait « Jérusalem, qui est le pays de nos ancêtres », puisque la ville et le pays ainsi nommés dans l’Ancien Monde avaient pour équivalents, dans le Nouveau Monde, un pays et une ville de Jérusalem (Alma 21:1-2 ; 24:1) que ses auditeurs connaissaient beaucoup mieux.

 

L’exemple qui est de loin le plus frappant est celui de Zarahemla. En fait, Zarahemla a probablement été la plus importante de toutes les villes néphites (Alma 60:1). Mais c’est aussi le nom d’un pays[11]. C’est ainsi que le roi de ceux qui se sont rebellés contre Pahoran fait alliance avec les Lamanites « de conserver la ville de Zarahemla, et il pense qu’en la conservant il permettra aux Lamanites de conquérir le reste du pays » (Alma 61:8). Et quand Moroni et Pahoran contre-attaquent, ils « descendirent avec leurs armées au pays de Zarahemla, et allèrent contre la ville » (Alma 62:7). Plus tard, les Lamanites revinrent « dans le centre du pays » et prirent « la capitale, qui était la ville de Zarahemla » (Hélaman 1:27). Ainsi donc, du point de vue du Livre de Mormon, toutes les grandes villes étaient entourées de leurs pays.

 

L’expression « pays de Jérusalem » dans le Livre de Mormon

 

Plusieurs cas montrent que les Néphites voyaient la Jérusalem de l’Ancien Monde exactement de la même manière que leurs villes et leurs pays. Parfois l’expression « pays de Jérusalem » semble avoir désigné la région entourant immédiatement la ville, ou peut-être la région de la Judée. Jésus parle par exemple « d’autres brebis qui ne sont pas de ce pays, ni du pays de Jérusalem, ni d’aucune partie du pays alentour où je suis allé exercer mon ministère » (3 Néphi 16:1).

 

Le groupe de Léhi et les Mulékites sont, nous dit-on, partis du « pays de Jérusalem »[12]. Léhi demeurait « à Jérusalem » (1 Néphi 1:4, 7), mais de toute évidence en dehors de la ville proprement dite (1 Néphi 3:16, 23-24). Par contre, en d’autres occasions, l’expression semble désigner la Judée et la Galilée et peut-être toute la Palestine. C’est ainsi qu’il fut dit aux Néphites que le Christ se montrerait au « pays de Jérusalem » (Hélaman 7:19). En outre, le Livre de Mormon dit que le Christ choisit ses disciples au « pays de Jérusalem » (Mormon 3:18-19), bien que le Nouveau Testament précise que plusieurs au moins des apôtres ont été appelés en Galilée. Dans l’usage néphite, « le pays de Jérusalem » est le pays de l’héritage eschatologique des Juifs, ou du moins la région dans laquelle ils retourneront après leur exil babylonien[13]. L’expression désigne donc clairement une région beaucoup plus vaste que le territoire urbain de la Jérusalem proprement dite.

 

Autres repères géographiques proche-orientaux dans le Livre de Mormon

 

Des mots tels que Juda, Judée, Galilée, Palestine, Israël et Samarie ne sont quasiment jamais utilisés dans un sens géographique dans les parties du Livre de Mormon qui ont été écrites dans le Nouveau Monde. Il est vrai que Juda apparaît de nombreuses fois. Mais la plupart de ces occurrences se trouvent dans des citations d’Esaïe, avec un cas (3 Néphi 24:4) provenant de Malachie 3:4. Il y a deux allusions aux « reins de Juda », le patriarche (2 Néphi 3:12). Les trois autres mentions désignent toutes « Sédécias, roi de Juda ». Deux sont des déclarations de Néphi (1 Néphi 1:4 ; 5:12), qui vivait lui-même en Judée sous le règne de Sédécias. La troisième, Omni 5, parle de Sédécias sur la base des traditions des Mulékites, qui devaient avoir une raison spéciale d’entretenir des traditions sur Sédécias, roi de Juda, puisque Mulek était fils de Sédécias et par conséquent théoriquement héritier du trône (Hélaman 6:10 ; 8:21). Toutefois, dans la tradition historiographique néphite du Nouveau Monde, il n’est pas question de Juda en tant que lieu géographique. La Judée [Judéa dans le texte français] est mentionnée cinq fois, et dans tous les cas il est question d’une ville portant ce nom dans le Nouveau Monde[14]. La Galilée est mentionnée une fois, tandis que la Palestine est citée deux fois, toutes dans des citations d’Ésaïe[15]. Le nom Israël apparaît de nombreuses fois dans le Livre de Mormon, mais toujours quand il est question d’Israël en tant que peuple, pas en tant que région géographique. Samarie apparaît sept fois, toutes dans 2 Néphi 17-20, qui ne fait que citer Ésaïe 7-10.

 

Autrement dit, les termes géographiques bibliques habituels pour la terre sainte n’existent pas dans les passages du Livre de Mormon qui ne sont pas des citations de la Bible. Qu’est-ce que cela signifie ? Le fait que tous ces termes soient cités dans le Livre de Mormon est la preuve évidente que Joseph Smith connaissait l’existence de ces noms géographiques. Pourtant ils ne sont jamais utilisés en tant que repères géographiques dans le cadre de la tradition néphite. Au lieu de cela, le terme ordinaire utilisé pour désigner la Judée est l’expression non biblique « pays de Jérusalem ». Ainsi donc, dans le contexte littéraire et linguistique du Livre de Mormon lui-même, l’affirmation que le Christ naîtra « à Jérusalem, qui est le pays de nos ancêtres » est tout simplement la manière néphite de dire que le Christ naîtra en Judée, ce qui est une déclaration parfaitement exacte.

 

Il vaut la peine de remarquer ici que les détails géographiques du Livre de Mormon relatifs à la Palestine et au Proche-Orient sont vagues et rares, tandis que ceux qui ont trait au Nouveau Monde sont complexes, précis, cohérents et détaillés[16]. Cela pose un problème aux détracteurs environnementalistes aussi bien fondamentalistes que profanes. Si le Livre de Mormon était effectivement un faux créé au 19ème siècle, nous pourrions nous attendre à ce que les termes relatifs à la géographie palestinienne et biblique, que Joseph Smith aurait pu plagier de la Bible, soient précis. Et nous nous attendrions, par contre, à ce que la géographie du Nouveau Monde, que Joseph Smith aurait inventé, soit vague. Or, en réalité, c’est exactement l'inverse qui se produit.

 

Terminologie géographique dans la Bible et dans le Proche-Orient antique

 

Traces prébibliques de l’expression « pays de [+ nom de pays] » au Proche-Orient.

 

K. A. Kitchen nous rappelle que « ville et état ont souvent le même nom dans l’Orient antique, même si ce sont des entités distinctes[17]. » C’est ainsi, par exemple, que Carkemisch, dans le nord de la Syrie, était à la fois ville et pays[18]. Les textes égyptiens de la XII dynastie (19ème siècle av. J.-C.) paraissent de même suggérer que la ville palestinienne antique de Sichem était entourée d’un pays du même nom.

 

Les lettres dites d’Amarna (14ème siècle av. J.-C.) utilisent également cette expression[19]. Les lettres d’Amarna font allusion à « une ville du pays de Jérusalem, appelée Bit-Nahmi », que W. F. Albright considérait comme « une allusion presque certaine au village de Bethléhem »[20]. C’est là un indice intéressant, qui ne manque pas de contribuer à confirmer le caractère plausible de la prophétie d’Alma, puisqu’il nous permet d’entrevoir un arrangement administratif ancien dans le voisinage de Jérusalem. Il montre, selon la façon de voir d’autrefois, qu’il était possible de concevoir les régions environnantes d’une grande ville, en y comprenant les villages qui en dépendaient, comme « le pays de » cette ville. Et cela démontre, en outre, que Bethléhem elle-même était considérée autrefois, en tout cas à un moment donné, comme faisant partie du pays de Jérusalem, exactement comme dans le Livre de Mormon.

 

Il y a toutefois un détracteur du Livre de Mormon qui prétend que les lettres d’Amarna sont bien trop anciennes pour avoir un rapport quelconque avec la Jérusalem du début du 6ème siècle. Selon lui, « ce serait comme utiliser une lettre du roi George III pour prouver que les États-Unis pourraient toujours à bon droit être qualifiés de colonie[21]. »  C’est exagéré, mais son invitation que nous examinions la Bible et les autres indices contemporains ne manque certainement pas de mérite[22].

 

McKeever prétend que « quand les tablettes d’Amarna ont été écrites, Jérusalem était une cité-état... Cela n’aurait aucun sens qu’Alma utilise cette expression 1300 ans plus tard, alors que la situation politique avait changé aussi radicalement depuis l’époque où les lettres d’Amarna avaient été écrites[23]. » Vu de manière superficielle, c’est plausible. Mais McKeever ne tient pas compte de plusieurs éléments importants. D’abord, comme nous l’avons démontré plus haut, l’utilisation, dans le Livre de Mormon, de l’expression « le pays de [+ nom d’une ville] » a une cohérence interne et est intelligible[24]. La validité de cette conclusion ne dépend ni des tablettes d’Amarna ni de la Bible. Deuxièmement, la construction grammaticale « le pays de [+ nom d’une ville] » est une expression idiomatique hébraïque parfaitement grammaticale, que l’on trouve dans la Bible.

 

La tournure « le pays de [+ nom d’une ville] » dans la Bible. 

 

Que nous apprend l’utilisation de cette expression au cours de la période biblique ? Les anti-mormons affirment, à juste titre, que l’expression exacte « pays de Jérusalem » n’apparaît nulle part dans la Bible[25]. Il est cependant quasi certain que ceci ne prouve rien[26]. Depuis le règne du roi David au 10ème siècle av. J.-C. jusqu’à la période de l’exil babylonien, c’est-à-dire, en gros, jusqu’à l’époque de Léhi et du départ des Mulékites, Jérusalem a joué un rôle administratif et politique central. Le roi Salomon, successeur de David, divisa son royaume en douze districts administratifs, principalement à des fins de taxation, chacun gouverné à partir d’un centre administratif[27]. L’un d’eux comprenait Bethléhem et Jérusalem, cette dernière étant la capitale du district[28]. Pendant le règne d’Ezéchias, entre 716 et 687 av. J.-C., les douze districts de Salomon furent regroupés en quatre, Jérusalem remplissant « la double fonction de capitale royale et de capitale de district[29]. »

 

Le prophète Jérémie, contemporain de Léhi, décrivant le siège de Jérusalem, dit que les armées de Nebucadnetsar « faisaient la guerre à Jérusalem et à toutes les villes qui en dépendaient » (Jérémie 34:1) par quoi il entend certainement les autres villes et villages de Juda (Jérémie 34:7). En cela, Jérémie s’exprime d’une manière tout à fait conforme à l’usage biblique ordinaire, selon lequel le nom de Jérusalem était souvent utilisé pour désigner le royaume du sud tout entier[30].

 

D’autres villes avaient aussi leur territoire qui les entourait et qui portait leur nom. Le nom Samarie, par exemple, était souvent utilisé pour désigner le royaume d’Israël, ou royaume du nord, tout entier, même si, strictement parlant, ce n’était que le nom de la ville royale fondée par Omri au début du 9ème siècle av. J.-C. (1 Rois 16:24). La Bible parle des « villes de Samarie »[31]. Ainsi, lorsqu’il est question de « Achab, roi de Samarie », nous devons voir  en lui le souverain de tout le royaume du nord, pas simplement le maire de son plus grand centre urbain. Jérémie 36:5 parle même des « montagnes de Samarie ».

 

De même, Ephraïm possédait la ville de « Tappuach », mais Manassé possédait le territoire du même nom (Josué 17:8), que l’Interpreter’s Dictionary of the Bible appelle très justement « le pays de Tappuach »[32]. La ville de « Tob » était entourée, dans la Bible, du « pays de Tob » (Juges 11:3)[33]. Et y avait une ville du  nom de Mitspa, aussi bien que le « pays de Mitspa » (Josué 11:31)[34].

 

Cet usage s’étendait au-delà des territoires occupés par les Hébreux. La grande ville syrienne de Damas, par exemple, semble avoir possédé un « désert » (1 Rois 19:15, « le désert de Damas » selon la KJV). De même, la ville cananéenne de Hatsor semble avoir été entourée d’un pays du même nom[35]. Théma, en Arabie, était à la fois pays et ville (Esaïe 21:14), comme l’était apparemment « Ur, en Chaldée »[36]. Jérémie, le grand contemporain de Léhi, connaît le « pays de Babylone » (Jérémie 50:28 ; 51:29), aussi bien que la ville célèbre à laquelle ce pays devait son nom. Et quand Abraham « fit un séjour à Guérar » (Genèse 20:1), nous assure un érudit éminent, c’était « de toute évidence dans le territoire de ce nom, et non dans la ville elle-même, qui était entourée de murailles[37]. » Sodome et Gomorrhe, les « villes de la plaine », sont connues de tous les lecteurs de la Bible. Et pourtant le Sauveur lui-même peut faire allusion au « pays de Sodome et de Gomorrhe » (Matthieu 10:15 ; cf. 11:24). Hamath étaient une ville importante sur l’Oronte, en Syrie. Ribla étaient aussi une ville syrienne antique. Néanmoins, en différents endroits de la Bible hébraïque, il est question de « Ribla dans le pays de Hamath », c’est-à-dire d’une ville dans « le pays d’ » une autre ville[38]. Cet usage va exactement dans le sens de ce que les saints des derniers jours prétendent, à savoir que, selon la façon de parler des Hébreux, on pourrait très bien dire de la ville de Bethléhem qu’elle était dans « le pays de » Jérusalem. En fait, l’expression « pays de leurs villes » (erets sha’aray-u) apparaît dans le texte hébreu de 1 Rois 8:37, 37 ce qui implique que les Hébreux la reconnaissaient comme une forme grammaticale.

 

Ainsi donc, même si l’expression exacte « pays de Jérusalem » ne se trouve pas dans la Bible, il est d’usage dans la Bible que la région qui entoure une grande ville, et qui comprend des localités plus petites, soit appelée « le pays de » cette ville[39].

 

La cité-état de Jérusalem et son « pays » au début du 6ème siècle av. J.-C.  A l'époque où commence l’histoire du Livre de Mormon (597 av. J.-C.), Jérusalem pouvait parfaitement être considérée comme rien de plus qu'une cité-état. L’ancien royaume de Juda avait été complètement conquis par les Babyloniens, le 16 mars 597 av. J.-C., après quoi Sédécias (Mattania) avait été mis sur le trône comme fantoche de Babylone. C’est ainsi que « la première année du règne de Sédécias, roi de Juda » (1 Néphi 1:4), quand s’ouvre l’histoire de Léhi, cette année était précisément l’année de l’effondrement du royaume de Juda et sa réduction à une cité-état vassale sous la domination babylonienne. Bien que toujours appelé techniquement « royaume de Juda », le territoire gouverné par Sédécias avait en réalité été réduit à la région entourant directement Jérusalem, à laquelle on pouvait très bien donner le nom de « pays de Jérusalem ». Comme le décrit John Bright, « certaines des villes principales [de Juda], telles que Lakisch et Debir, avaient été prises d’assaut et gravement endommagées. Son territoire était probablement restreint par le fait que le Néguev avait été soustrait à sa domination, son économie était ruinée et sa population radicalement réduite[40]. »

 

Les textes Babyloniens contemporains appellent Jérusalem « la ville » de Juda : « Au cours du mois de Kislimu, le roi d’Akkad réunit son armée, marcha contre la ville de Juda [Jérusalem] et s’empara de la ville[41]. » La terminologie administrative assyrienne utilisait généralement le nom de la capitale d’une province pour désigner l’intégralité de cette province[42] et cet usage semble avoir continué chez les Babyloniens[43]. Cette pratique devait donc être connue de Léhi[44].

 

Cependant, quelles qu’en soient les origines, l’habitude de donner à une région le nom de sa ville principale était de toute évidence généralisée dans le Proche-Orient antique. Et si les Babyloniens pouvaient donner à Jérusalem le nom de « la ville de Juda », serait-il déraisonnable de considérer la région de Juda commun étant « le pays de Jérusalem » ? Nous voyons ici, dans un document du Proche-Orient qui remonte exactement à l’époque de Néphi, précisément la même ambiguïté entre pays et capitale que l’on retrouve dans le Livre de Mormon.

 

Voici la situation politique que connaissait Néphi lorsqu’il quitta Jérusalem : Juda, qui avait précédemment été un royaume dominant la totalité d’Israël et une grande partie de la Syrie du temps de Salomon, avait été réduit à une situation beaucoup plus humble sous l’hégémonie babylonienne. Dans l’expérience personnelle de Néphi et, par conséquent, dans la tradition néphite ultérieure Juda n’était pas un royaume indépendant, mais une cité-état tributaire, dominant à peine le « pays de Jérusalem ».

 

« Pays de Jérusalem » dans les manuscrits de la mer Morte.

 

Un fragment tout récemment publié, provenant des grottes de Qumran, appelé le « Pseudo-Jérémie » (4Q385) qui est attribué à Jérémie, le grand prophète contemporain de Léhi révèle exactement cette situation. Il dit des Juifs qu’ils sont « emmenés captifs du pays de Jérusalem[45] ». Dans leur commentaire de ce texte, les professeurs Robert Eisenman et Michael Wise notent cette « mention intéressante du ‘pays de Jérusalem’ » et remarquent que « cela renforce considérablement l’historicité de l’ensemble, puisque Juda ou ‘Yehud’ (le nom de la région apparaissant sur les monnaies de la période perse) ne se composent maintenant de pas grand-chose de plus que Jérusalem et ses environs immédiats[46]. »

 

Cette expression nouvellement découverte dans les manuscrits de la mer Morte change considérablement les choses. Depuis un siècle et demi les détracteurs de l'Eglise n’ont cessé de prétendre qu’Alma 7:10 constitue une erreur grave qui démontre clairement que le Livre de Mormon est un faux composé au 19ème  siècle par Joseph Smith. Or, c’est justement cette expression que l’on a considérée comme étrangère à la Bible qui a été découverte dans les manuscrits de la mer Morte, les documents anciens les plus étroitement liés à l’hébreu biblique.

 

Conclusion

 

La prophétie d’Alma 7:10 est donc tout à fait valide. Et si, comme l’observent les professeurs Eisenman et Wise, une allusion au « pays de Jérusalem renforce considérablement l’historicité » du fragment « Pseudo-Jérémie » 4Q385, des termes semblables ne renforcent-ils pas considérablement l’historicité du Livre de Mormon ? Alma 7:10 n’est pas le genre de chose que Joseph Smith aurait pu inventer. Loin d’être une faiblesse grave du Livre de Mormon, le commentaire prophétique d’Alma sur la naissance du Messie est une indication que les annales néphites sont exactement ce qu’elles prétendent être : un texte historique authentiquement ancien ayant ses racines dans le Proche-Orient.


 


[1] John Ankerberg et John Weldon, Everything You Ever Wanted to Know about Mormonism [Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le Mormonisme], Eugene, Oregon, Harvest House, 1992, p. 364 ; cf. p. 353.

[2] Parley P. Pratt donnait déjà à cela une réponse marquée au coin du bon sens en 1838:  "Vous dites que cela contredit le fait qu’il est né à Bethléhem (une localité située à 10 km de Jérusalem), mais notez la différence dans les endroits où chacune des paroles a été prononcée. L’un des prophètes se trouve dans le voisinage du lieu où la chose s’est produite et indique la localité exacte (Bethléhem). L’autre se trouve de l’autre côté du globe par rapport à Jérusalem et s’adresse à un peuple qui ne sait pas grand-chose de l’emplacement des divers villages et villes de Judée. Le prophète parle en termes généraux de quelque chose qui va se produire au pays de Jérusalem, étant donné qu’ils ont une idée générale de la grande capitale et du pays dont ils sont originaires plutôt qu’une idée précise de tous ses villages. Ceci concorde parfaitement avec les circonstances dans lesquelles ils écrivaient, et c’est une grande preuve en faveur du Livre de Mormon, parce qu’un imposteur, inventant un livre, aurait dit Bethléhem, car tout écolier sait que c’est à Bethléhem que le Seigneur est né" (Pratt, Mormonism Unveiled… Sutherland Exposed…, 1838, p. 19).

[3] La précision géographique semble avoir été d’importance secondaire même pour certaines personnalités bibliques vivant en Palestine. Que l’on pense au cas de Cléopas, qui, avec un ami, fait, en compagnie du Christ, le chemin d’Emmaüs. "Es-tu le seul, demande-t-il à son compagnon anonyme, qui, séjournant à Jérusalem, ne sache pas ce qui y est arrivé ces jours-ci?" "Quoi?" demande le Sauveur. Cléopas et son ami répondent qu’ils font allusion à la condamnation et à la crucifixion de Jésus de Nazareth (voir Luc 24 :13-20). Mais le lieu de la crucifixion, le Calvaire ou le Golgotha, n’était pas dans la ville de Jérusalem. Il était, au contraire, à l’extérieur des murs (Jean 19:20).

[4] On objectera sans doute que si Bethléhem était trop obscure pour mériter d’être citée, Béthabara, encore plus obscure, devrait également être absente du Livre de Mormon. Nous supposons que la raison pour laquelle Béthabara est incluse vient du fait que la prophétie qui la mentionne est faite par Léhi, qui avait habité presque toute sa vie dans la région de Jérusalem (1 Néphi 1:4) et écrite par Néphi, qui était également natif de Judée, à une époque où le souvenir de la géographie de l’Ancien Monde était encore frais à la mémoire des deux hommes et de leur auditoire direct.

[5] On trouvera, dans Jerald et Sandra Tanner, Covering Up the Black Hole in the Book of Mormon (Salt Lake City, Utah, Lighthouse Ministry, 1990), une attaque récente contre le Livre de Mormon, dont l’argumentation repose lourdement sur la  thèse contestable que Joseph Smith avait une connaissance extraordinairement détaillée de la Bible. Il est difficile de réconcilier cette soi-disant maîtrise des détails bibliques avec l’erreur stupide que le prophète est censé avoir commise en ce qui concerne le lieu de la naissance du Christ. On trouvera une critique du livre des Tanner dans L. Ara Norwood, Review of Books on the Book of Mormon [dorénavant RBBM] 4, 1992, pp. 158-159, Matthew Roper, RBBM 4, pp. 170-187, John A . Tvedtnes, RBBM 4, 1992, pp. 188-230 et Tom Nibley, RBBM 5, 1993, pp. 273-89.

[6] Weldon Langfield, The Truth About Mormonism: A Former Adherent Analyzes the Church of Jesus Christ of Latter-day Saints’ Faith, Bakersfield, Weldon Langford Publications, 1991, p. 53. On trouvera une critique du livre de Lanfgfield dans Matthew Roper, RBBM 4, 1992, pp. 78-92.

[7] On trouvera des traitements de cette question faits précédemment par des saints des derniers jours dans B. H. Roberts, New Witnesses for God, Salt Lake City, Deseret News, 1909, 3:481-82; Sidney B. Sperry, Answers to Book of Mormon Questions, Salt Lake City, Bookcraft, 1967, pp. 131-36, 207-8; D. Kelly Ogden, "Why does the Book of Mormon say that Jesus would be born at Jerusalem?" Ensign 14, août 1984, pp. 51-52; Hugh W. Nibley, Lehi in the Desert; The World of the Jaredites; There Were Jaredites, vol. 5 dans The Collected Works of Hugh Nibley, Salt Lake City, Deseret Book et FARMS, 1988, pp. 6-7; Nibley, An Approach to the Book of Mormon, vol. 6 de The Collected Works of Hugh Nibley, Salt Lake City, Deseret Book et FARMS, 1988, pp.100-102; John W. Welch, Reexploring the Book of Mormon, Salt Lake City, Deseret Book et FARMS, 1992, pp. 170-72.

[8] Ammonihah, voir Alma 8:6-7, 18; 10:1; 14:23; 15:1, 15-16; 16:11; 25:2; 49:1. Pour Gédéon, voir Alma 6:7; 8:1; 17:1; 30:21, 30; 61:5; 62:3-4, 6; Hélaman 13:15. Pour Hélam, voir Mosiah 23:20, 25, 29, 35, 37-39; 27:16; Alma 24:1. Jashon est mentionnée dans Mormon 2:16-17. Pour Léhi, voir Alma 50:15, 25-27; 51:26; 62:30; Hélaman 6:10. Le lieu très distinct appelé Léhi-Néphi apparaît dans Mosiah 7:1-2, 4, 21; 9:6. Manti est citée dans Alma 16:6; 17:1; 43:22, 24, 32, 42; 56:14; 58:26; 59:6. Morianton apparaît dans Alma 50:25-26, 36; 51:26; 55:33; 59:5. Le pays et la ville de Moroni sont mentionnés dans Alma 50:13-14; 51:22-24; 59:5; 62:25, 32-34; 3 Néphi 8:9; 9:4. Pour Mulek, voir Alma 51:25-26; 52:2; Hélaman 6:10. Il est fait allusion à Néhor dans Ether 7:4, 9. Néphihah apparaît dans Alma 50:14; 62:14, 18, 30. Pour Noé, voir Alma 49:12-13, 15. Shem est brièvement mentionné dans Mormon 2:20-21. Shilom se trouve dans Mosiah 7:5, 21; 9:6, 14; 11:12-13; 24:1; Alma 23:12.

[9] Sur Abondance, voir Alma 22:29, 31; 27:22; 50:11, 32; 51:28, 30, 32; 52:15, 18, 39; 53:3; 63:5; Hélaman 1:29; 4:5-6; 3 Néphi 3:23; 11:1. Pour Désolation, consulter Alma 22:30-32; 46:17; 50:34; 63:5; 3 Néphi 3:23; Mormon 4:1-2; Ether 7:6.

[10] Omni 1:12, 27; Paroles de Mormon 1:13; Mosiah 7:6-7; 9:1, 14; 19:15, 19, 22, 24; 20:7; 21:21, 26; 23:35-38; 27:16; 28:1, 5; 29:3; Alma 2:24; 17:8; 18:9; 20:1-2; 22:1, 28, 34; 24 20; 25:13; 26:23; 27:1, 14, 20; 27:23; 28:8; 29:14; 46:29; 47:1; 49:10, 25; 50:8, 11; 53:6; 54:6; 56:3, 12; 58:38; Hélaman 4:12; 5:20.

[11]  Omni 1:12-13, 24, 28; Mosiah 1:1, 18; 2:4; 7.9, 13-14; 8:1, 5, 7-8, 14; 9:2; 21:24-26; 22:11, 13; 24:25; 25:5-6, 19, 23; 29:44; Alma 2:24; 3:20; 5:1; 8:1; 15:18; 16:1; 17:1, 7; 22:27- 28; 25:2; 26:1, 9, 23; 27:5, 14-15, 20; 28:1; 30:6, 29; 31:3; 35:14; 45:18; 46:33; 47:29; 48:6; 50:7, 11; 51:11; 52:12; 53:10, 12; 56:28, 57; 57:6, 11, 15-16, 28, 30; 58:3-4, 23-24; 59:4; 60:30; 62:6, 11, 14; 63:4; Hélaman 1:17-18, 23, 29; 3:3, 31; 4:5; 5:16, 19; 6:4; 7:1; 13:2; 3 Néphi 1:2; 2:9; 3:23; 6:25; Mormon 1:6.

[12] Voir chapeau de 1 Néphi; aussi 2:11; 3:9-10; 7:2, 7; 16:35; 17:14, 20, 22; 18:24; 2 Néphi 1:1, 3, 9, 30; Jacob 2:25, 31; Omni 1:6; Mosiah 1:11; 2:4; 7:20; 10:12; Alma 3:11; 9:22; 10:3; 22:9; 36:29; Hélaman 5:6; 7:7; 8:21; 3 Néphi 5:20.

[13] Voir, par exemple, 2 Néphi 25:11; 3 Néphi 20:29, 33, 46; Mormon 5:14.

[14] Alma 56:9, 15, 18, 57; 57:11.

[15] Galilée : 2 Néphi 19:1, citant Esaïe 9:1; Palestine : 2 Néphi 24, citant Esaïe 14.

[16] On trouvera une information générale sur la géographie du Livre de Mormon dans John L. Sorenson, An Ancient American Setting for the Book of Mormon, Salt Lake City, Deseret Book et FARMS, 1985 ; Sorenson, The Geography of Book of Mormon Events, Provo, Utah, FARMS, 1990 ; John Clark, "A Key for Evaluating Nephite Geographies", RBBM 1 (1989), pp. 20-70.

[17] K. A. Kitchen, Ancient Orient and Old Testament, Londres, The Tyndale Press, 1966, p. 68 n. 63.

[18] Idem.

[19] Voir Walter Harrelson, « Shechem in Extra-Biblical References », The Biblical Archaeologist 20, 1957, pp. 4, 6-7.

[20] Voir James B. Pritchard, éditeur, The Ancient Near East, Princeton, Princeton University Press, 1958, 1:274 ;  Yohanan Aharoni et Michael Avi-Yonah, éditeurs, The Macmillan Bible Atlas, édition révisée, New York, Macmillan, 1977, carte 39. Hugh Nibley a attiré notre attention, il y a des années, sur les lettres d’Amarna. Voir Nibley, An Approach to the Book of Mormon, pp. 100-102. Nibley renvoie aux letters d’Amarna, tablettes 287.25 = "le pays de la ville de Jérusalem ([a-]mur mat u-ru-sa-lim an-n[i-] ta)"; 46, 61, 63 = "pays [matat] de Jérusalem"; 290:15-16, qui parlent d’"une ville du pays de Jérusalem, du nom de bit- ninib." Samuel A. B. Mercer, The Tell el-Amarna Tablets, Toronto, Macmillan, 1939, p. 722 n. L16, pense qu’il serait possible de lire cela comme étant "Bethléhem." On peut trouver une translittération et une traduction pp. 710-11, 722 du livre de Mercer. On préfère maintenant la traduction de William L. Moran, The Amarna Letters, Baltimore, John Hopkins University Press, 1992.

[21] Bill McKeever, “Problems”, Mormonism Researched (hiver 1992), p. 4.  (Il a écrit, en 1992, un article plus long, non publié, sur le même sujet, avec le même titre, en collaboration avec un certain Eric Johnson. Quand nous mentionnerons cette version non publiée, nous la distinguerons de l’article publié par le nom de Johnson et la précision "Texte long".) L’affirmation de McKeever que Nibley a négligé de mentionner "des informations très pertinentes" concernant l’origine et la date des lettres d’Amarna (p. 3) est, soit dit en passant, manifestement  fausse. Nibley décrit avec précision la nature des lettres d’Amarna à la page 469, n. 16 de An Approach to the Book of Mormon, renvoyant à son traitement de la question p. 101: "Les lettres d’Amarna sont les documents réels de la correspondance officielle entre le gouvernement égyptien et les gouverneurs des diverses principautés de Palestine et de Syrie vers 1400 av. J.-C., au moment même où les Hébreux entraient en Palestine. On les a trouvés sur des tablettes à El-Amarna sur le Nil moyen en 1887." Dans ce passage, Nibley parle de tout ce que McKeever prétend qu’il "a négligé de mentionner", y compris la date, "1400 av. J.-C.", qu’ils venaient de "chefs palestiniens", qu’ils n’étaient "pas d’ascendance hébraïque" et qu’ils étaient écrits au "Pharaon d’Egypte" (voir McKeever, "Problems", p. 3). McKeever n’aurait peut-être pas dû "inviter [ses] lecteurs à vérifier dans [s]es sources l’exactitude du contexte" (p. 3). Il est certain qu’il n’a pas présenté le contexte de l’argument de Nibley.

[22] Néanmoins sa propre étude des indices bibliques n’a quasiment aucun mérite. En tout premier lieu, pour montrer que le terme "pays de Jérusalem" n’était pas courant à l’époque biblique, il doit examiner tous les textes et tout ce qui a été dit à cette époque. Mais la plupart des textes et quasiment toutes les paroles humaines disparaissent sans laisser de traces, même à l’époque moderne. Il doit donc prouver l’absence de quelque chose, mais étant donné que pratiquement aucun des éléments anciens en la matière n’a survécu, il ne peut en aucune façon parvenir à une certitude. De plus, quand il essaie de définir un schéma d’utilisation "biblique" de l’expression "à Jérusalem", ses cinq échantillons, statistiquement peu convaincants, vont du texte hébreu original de 1 Rois 12:27 à l’original grec de Jean 10:22, comme s’il y avait un style "scripturaire" d’utilisation des prépositions qui transcenderait les différences, non seulement de langues, mais de familles de langues, et qui resterait nécessairement immuable au cours de nombreux siècles. Voir McKeever et Johnson, "Problems in 'the land of’ Jerusalem” (texte long), p. 3. Aux pages 4-6, McKeever et Johnson montrent une capacité remarquable de faire dire ce qu’ils veulent à des passages du Livre de Mormon, en prenant un certain  nombre de textes comme s’ils confirmaient leur point de vue, alors que ce n’est absolument pas le cas.

[23] McKeever, "Problems", p. 4.

[24] Hugh Nibley avait déjà attiré l’attention là-dessus (An Approach to the Book of Mormon, p. 101), mais McKeever préfère l’ignorer. McKeever a l’habitude irritante, courante chez beaucoup d’anti-mormons, de donner les titres et les fonctions des auteurs avec lesquels il est d’accord et de déprécier ceux avec lesquels il est en désaccord en les qualifiant d’"apologistes mormons" (par ex. dans "Problems", p. 3). On se demande pourquoi il ne précise pas que Nibley a un doctorat de l’université de Californie à Berkeley et est professeur émérite d’histoire et d’Ecritures anciennes à l’université Brigham Young.

[25] Par exemple, McKeever, "Problems", pp. 3-4.

[26] Les anti-mormons prétendent souvent que le Livre de Mormon est un plagiat de la Bible chaque fois qu’il utilise la phraséologie biblique – c’est là une des thèses fondamentales du livre des Tanner, Covering Up the Black Hole in the Book of Mormon – mais déclarent ensuite que chaque fois qu’il utilise une phraséologie qui n’a pas de parallèle biblique, il fait la preuve qu’il n’est pas un document ancien. Avec une méthodologie aussi défectueuse, il est tout à fait impossible de tester véritablement l’authenticité du livre, puisque les questions sont conçues de manière à garantir une conclusion négative.

[27] John Bright, A History of Israel, 3e éd., Philadelphie, Westminster Press, 1981, pp. 221-22; Yohanan Aharoni, The Archaeology of the Land of Israel, Philadelphia, Westminster, 1982, pp. 258-59.

[28] Voir A. F. Rainey, "The Biblical Shephelah of Judah", Bulletin of the American Schools of Oriental Research 251 (été 1983), p. 8.

[29] Aharoni, The Archaeology of the Land of Israel, p. 259.

[30] Voir, par exemple, 2 Rois 21:13; Esaïe 10:10-11; Ezéchiel 23:4; Michée 1:1, 5.

[31] Voir 1 Rois 13:32; 2 Rois 17:24, 26; 23:19; Esdras 4:16.

[32] George Arthur Buttrick, éd., The Interpreter’s Dictionary of the Bible [dorénavant IDB], 4 vols. et supplément, Nashville, Abingdon, 1962-1976, 4:517; cf. Paul J. Achtemeier, éd., Harper’s Bible Dictionary [dorénavant HBD], San Francisco, Harper and Row, 1985, p. 1017.

[33] IDB, 4:657.

[34] IDB, 3:407

[35] Kitchen, Ancient Orient and Old Testament, p. 68.

[36] IDB, 4:533; à propos d’"Ur", voir John A. Tvedtnes et Ross T. Christensen, Ur of the Chaldeans: Increasing Evidence on the Birthplace of Abraham and the Original Homeland of the Hebrews, Provo, Utah, Society for Early Historic Archaeology, 1985, pp. 8-9.

[37] Kitchen, Ancient Orient and Old Testament, p. 68 n. 63. »

[38] 2 Rois 23:33; 25:21; Jérémie 39:5; 52:9, 27; IDB, 2:516; 4:78; HBD, 369, 871.

[39] Il est clair que l’affirmation de Bill McKeever que "à part quelques mentions de cités-états, il n’y a qu’une seule ville possible [Babylone] citée en même temps que l’expression ‘pays de’" ("Problems", p. 4) est erronée. De même, son affirmation que "l’expression ‘pays de la ville de’ est une expression hittite" (p. 3, citant William S. LaSor) est à la fois contestée et à côté de la question. Le fait qu’une certaine forme grammaticale dans les textes akkadiens des lettres d’Amarna ait pu dériver à la longue du hittite n’a rien à voir puisque l’expression apparaît indépendamment dans la Bible et est donc légitimement une expression grammaticale hébraïque.

[40] Bright, A History of Israel, pp. 326-31. Le parallèle historique le plus évident avec cette situation est la chute de Constantinople au 15e s. de notre ère. En dépit du fait que la puissance effective des empereurs byzantins était réduite, depuis des décennies, à la ville et à la région de Constantinople, les chroniques impériales continuent à décrire l’Etat comme étant "l’Empire romain". Voir Steven Runciman, The Fall of Constantinople 1453, Cambridge, Cambridge University Press, 1969, p. 15. Le fait de qualifier Juda de “royaume” en 597 av. J.-C. est un anachronisme du même genre.

[41] Pritchard, The Ancient Near East, 1:203; cf. James B. Pritchard, éd., Ancient Near Eastern Texts Relating to the Old Testament, 3e éd., Princeton, Princeton University Press, 1969, p. 564. Ceci se produisit en l’an 7 de Nebucadnetsar (= 598-597 B.C.). On trouvera le texte originel dans A. K Grayson, Assyrian and Babylonian Chronicles, Locust Valley, NY, J. J. Augustin, 1975, p. 102, ligne 12.

[42] Yohanan Aharoni, The Land of the Bible: A Historical Geography, 2e éd., traduction anglaise, A. F. Rainey, Philadelphie, Westminster, 1979, pp. 374-77, avec des références supplémentaires provenant des notes d’Aharoni.

[43] Aharoni, The Land of the Bible, 408-11.

[44] Nous ne savons pas quel âge avait Léhi "la première année du règne de Sédécias" (1 Néphi 14 = 597 av. J.-C.; voir Edwin R. Thiele, The Mysterious Numbers of the Hebrew Kings, 2e éd., Grand Rapids, Mich., Academie/Zondervan, 1983, pp. 190-91). Mais puisqu’il avait plusieurs fils adultes à ce moment-là, nous pouvons probablement en conclure qu’il était au moins à la fin de la trentaine. Cela situerait sa naissance au plus tard vers 640 av. J.-C. et probablement beaucoup plus tôt. La puissance assyrienne en Palestine et en Syrie s’effondra vers 616 av. J.-C., ce qui signifie que Léhi, adulte ayant au moins vingt-cinq ans au moment de la chute de l’Assyrie, connaissait les usages de cette période

[45] On peut trouver le texte hébreu original et une traduction anglaise de 4Q385 dans Robert Eisenman et Michael Wise, The Dead Sea Scrolls Uncovered, Rockport, Mass., Element, 1992, pp. 57-58. Nous remercions Gordon C. Thomasson d’avoir attiré notre attention sur cet exemple.

[46] Eisenman et Wise, The Dead Sea Scrolls Uncovered, p. 57. dans ce que l’on appelle "la règle de Damas" ou "Document zadokite", qui fait partie des manuscrits de la mer Morte, il est deux fois question du "pays de Damas". Geza Vermes, The Dead Sea Scrolls in English, 2e éd., Harmondsworth, Penguin, 1975, 6:102-3.

 

 

 

 

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