La véracité de l'Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours est indissolublement liée à l'authenticité du Livre de Mormon. Ou bien celui-ci est véritablement le document historique qu'il affirme être, et dans ce cas ni Joseph Smith, ni personne d'autre, que ce soit au 19e siècle ou de nos jours, n'aurait pu en être l'auteur, ou bien c'est un faux, et alors il sera inévitablement démasqué par les progrès des connaissances scientifiques, et l'Eglise se révélera être une fausse église. Or, depuis une cinquantaine d'années, les indices en faveur de l'authenticité historique du Livre de Mormon n'ont cessé de se multiplier au point que quiconque veut mettre le Livre de Mormon (et l'Eglise) en doute ne peut plus – s'il est intellectuellement honnête – les ignorer. L'article suivant traite d'un de ces indices.

 

VOYAGES D’UN BOUT A L’AUTRE DE « L’ETROITE BANDE DE TERRE »

Par Matthew Roper

FARMS Update dans Insights, mai 2000, p. 2

  

Ces dernières années, un certain nombre de spécialistes du Livre de Mormon ont associé « l’étroite bande de terre » mentionnée par Mormon à l’isthme de Tehuantepec, au Mexique. Mormon dit que « la distance n’était que d’un jour et demi de voyage pour un Néphite, sur la ligne entre Abondance et le pays de Désolation, de la mer de l’est à la mer de l’ouest » (Alma 22:32). C’était la vitesse « pour un Néphite », ce qui veut dire qu’un groupe de personnes ou même un non-Néphite pourraient prendre plus de temps. De plus, étant donné que Mormon parlait d’une ligne de défense fortifiée le long de laquelle les communications seraient désirables, l’expression « pour un Néphite » peut désigner le temps qu’il faudrait à un messager ou à un courrier.

 

John L. Sorenson a donné des exemples de coureurs mexicains qui faisaient jusqu’à 150 km en un jour [1]. Nous ne devons cependant pas croire que le voyage tout entier se faisait forcément à pied. Plus de la moitié de cette distance pouvait être parcourue par voie fluviale, le long du fleuve Coatzacoalcos, ce qui accélérait considérablement le trajet. Ross Hassig, historien de l’Amérique Centrale, note que dans les voyages par mer de Veracruz à Coatzacoalcos, « on se servait de canoës pour remonter le Coatzacoalcos jusqu’à Antigua Malpaso, où l’on avait recours au transport par voie de terre pour les 12 lieues restantes jusqu’à Tehuantepec. Cet itinéraire était également utilisé pour voyager entre Mexico et Tehuantepec, parce que le transport par eau était plus facile que le voyage par voie de terre [2]. »

 

Au milieu du 19e siècle, « les produits du côté Pacifique destinés à la Côte du Golfe étaient tout d’abord amenés à cet endroit [Antigua Malpaso] pour y être embarqués ; de temps en temps, des chargements provenant de Vera Cruz remontaient le fleuve jusqu’à cet endroit, d’où ils étaient transportés vers les plaines du Pacifique à dos de mulet [3]. » Un itinéraire semblable utilisé à la même époque suivait cette route jusqu’à Suchil, à la source du Coatzacoalcos et de là descendait jusqu’à la ville de Tehuantepec le long de la côte du Pacifique [4].

 

Dans la région de Tehuantepec, on taille souvent dans des arbres des radeaux en bois de balsa léger et on les utilise pour le transport le long des voies d’eau locales. « La dextérité avec laquelle les Indiens manient ces balsas (souvent lourdement chargés), pour franchir de terribles rapides et des passages étroits remplis de rochers pointus, où il serait impossible même à un canoë de survivre, est vraiment étonnante [5]. » Kamar Al-Shimas note que l’on utilise aussi différentes espèces de canoës dans cette région : « Quand on remonte le fleuve, on maintient le canot à une longueur de bras de la rive et vingt-cinq kilomètres avec un canoë lourdement chargé ou cinquante kilomètres avec un canoë voyageant léger sont considérés comme une bonne journée de travail. Pour descendre le cours d’eau, on se sert de pagaies, on maintient le canoë au centre du cours d’eau pour profiter du courant, et l’on fait facilement quatre-vingt kilomètres entre le lever et le coucher du soleil [6]. »

 

Alors que le voyage durait un jour et demi le long de la ligne de défense « de la mer de l’est à la mer de l’ouest » (Alma 22:32), il ne fallait apparemment qu’un jour « de la mer de l’ouest à la mer de l’est » (Hélaman 4:7). Bien que d’autres interprétations soient possibles, ces deux passages auraient du sens si une partie du voyage se faisait par eau, puisque ceux qui allaient vers l’est descendraient le fleuve et pourraient sans doute avancer plus vite avec le courant que ceux qui remontaient le fleuve.

 

Traduit et publié avec la permission de FARMS

 


[1] Voir John L. Sorenson, The Geography of Book of Mormon Events : A Source Book, 1992, pp. 393-394.

[2] Ross Hassig, Trade, Tribute, and Transportation : The Sixteenth Century Political Economy of the Valley of Mexico, 1985, pp. 175-176 (carte comprise).

[3] J. J. Williams, The Isthmus of Tehuantepec, 1852, pp. 239-240.

[4] Voir Miguel Covarrubias, Mexico South : The Isthmus of Tehuantepec, 1947, p. 168.

[5]  Williams, The Isthmus of Tehuantepec, 1852, p. 247.

[6] Kamar Al-Shimas, The Mexican Southland, 1992, p. 149; italiques ajoutés.

 

 

 

 

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