L’ESPRIT COSMIQUE – AVANT-PROJET DE NOTRE POTENTIEL
 

Par James T. Summerhays
© BYU Studies
 

Un point de doctrine essentiel chez les saints des derniers jours est l’enseignement que Dieu a un corps de chair et d’os « aussi tangible que celui de l’homme » (D&A 130:22). Pour les saints des derniers jours, l’idée d’un Dieu corporel vivifie la foi et apaise le doute ; quand les saints prient, ils prient non pas une entité mystérieuse, mais un Homme qui n’hésite pas à traiter avec eux à un niveau personnel. L’idée que Dieu est un homme exalté a une application universelle dans la croyance des saints des derniers jours ; c’est le concept fondamental qui imprègne le moindre recoin de leur identité.


Je me concentrerai sur deux petits éléments seulement de ce concept : le cerveau de l’homme et l’esprit de Dieu. Si je réussis à donner un aperçu de l’esprit de Dieu, cela nous permettra tout naturellement d’avoir un aperçu de nous-mêmes. C’est dans cet espoir que j’écris. Comme Joseph Smith l’a dit : « Si les hommes ne comprennent pas la personnalité de Dieu, ils ne se comprennent pas eux-mêmes [1]. »


La valeur de la simplicité


Au quatorzième siècle, William d’Ockham a proposé un principe appelé aujourd’hui le Rasoir d’Ockham. Ce principe dit : « On ne doit pas multiplier inutilement les entités. » En d’autres termes, la meilleure manière de parvenir à la vérité est de bâtir sur une idée centrale parfaitement simple.


Parvenir à la simplicité n’est pas toujours chose facile comme le dit le proverbe : La simplicité parfaite ne coûte rien moins que tout. Que ce soit dans les arts, dans les sciences ou même dans la vie quotidienne, il faut des sacrifices et du courage pour parvenir à un état de simplicité parfaite ; nous avons donc parfois tendance à nous cacher derrière la sécurité des choses complexes.


L’appétit pour des choses complexes se retrouve aussi dans la pensée religieuse. Quand on jette un coup d’œil sur les credo chrétiens anciens au sujet de la Trinité — un Dieu dans la Trinité et la Trinité dans l'Unité, sans confondre les Personnes ni diviser la substance — on a l’impression d’être en présence de l’exemple type de la futilité dans la logique.


Par contre, on trouve le Rasoir d’Ockham dans toutes les révélations données à Joseph Smith. La conclusion la plus simple concernant la nature de Dieu est qu’il a un corps tangible. Après tout, l’homme, la femme et toutes les espèces intelligentes connues ont un corps tangible ; la conclusion la plus simple est donc que Dieu en a un aussi.


Pour continuer avec le Rasoir d’Ockham, si Dieu a un corps de chair et d’os ressemblant au corps humain, la conclusion la plus évidente est qu’il a également des organes internes utiles et une anatomie extérieure qui est comparable à celle des humains. Dieu doit avoir des yeux qui voient, des poumons qui respirent, un cœur qui bat et un esprit qui pense.


Quand le Seigneur ressuscité est apparu à ses disciples, il leur a dit de le toucher et de voir qu’il était comme eux, un corps de chair et d’os (Luc 24:39). Mais cette preuve ne suffisait pas ; il a donc demandé de la nourriture et a mangé du poisson et un rayon de miel en leur présence (Luc 24:41-43).


Pourquoi ceci était-il nécessaire ? Il l’a fait pour démontrer que jusqu’au moindre détail, il était exactement comme eux, avec des organes internes qui fonctionnaient et qui pouvaient digérer la nourriture. Jésus s’est donné beaucoup de mal pour s’assurer que ses témoins comprennent qu’il était littéralement physique. À la lumière de ceci, des expressions scripturaires telles que « la pensée du Seigneur » et « la pensée de Dieu » peuvent également être prises littéralement : que Dieu a un cerveau physique (Rm. 11:34 ; Moï 4:6).


L’univers de l’esprit


Les scientifiques pensaient autrefois que le cerveau était très limité ; tout ce dont nous disposions, c’était de quelque 50 milliards de cellules (neurones), chacune ayant un millier de connexions avec d’autres cellules. Carl Sagan, un astronome doté d’un fort penchant pour la philosophie, s’est demandé si l’homme pourrait jamais appréhender l’univers ; en 1979 encore, il prétendait qu’avec des ressources aussi limitées, le cerveau humain ne pourrait jamais appréhender ne serait-ce que les atomes d’un grain de sel [2].


De nouvelles découvertes ont prouvé que le nombre total de chemins et de connexions possibles est infiniment plus varié que cela. On estime aujourd’hui que le cerveau d’humain parcourt continuellement quelque 100 milliards de neurones et 60 mille milliards de synapses. Les synapses sont des connexions ou des chemins par lesquels les messages sont envoyés entre les cellules du cerveau. Le message peut être une pensée, un souvenir, un sentiment ou une connaissance.


Quasiment tout le monde croit maintenant que de nouvelles connexions se créent en réponse aux stimulus que reçoit notre cerveau — chaque fois que nous apprenons quelque chose ou que nous éprouvons une émotion, des synapses se créent ou se fortifient. Ces synapses et ces connexions sont si denses que le cerveau est considéré comme le système le plus complexe de l’univers [3].


Mais le fait qu’il y ait plus de neurones et de synapses et qu’ils sont plus adaptables qu’on ne le pensait précédemment n’est rien comparé à ce que l’on vient de trouver sur les cellules gliales. Glia est un mot grec qui signifie colle. Les cellules gliales ont reçu leur nom du fait que l’on pensait précédemment qu’elles n’étaient qu’un support ou colle, pour les neurones expéditeurs de messages. Elles devaient isoler et refroidir les synapses qui risquaient la surchauffe à cause des impulsions électriques constantes qu’elles subissaient, mais elles n’étaient pas des transmetteurs.


Les nouvelles découvertes ont amené les spécialistes des neurosciences à croire que certains types de cellules gliales ont en fait la capacité de coder et de transmettre des informations. Ceci est important parce que notre cerveau compte jusqu’à vingt fois plus de cellules gliales que de neurones [4]. Quand on a étudié le cerveau d’Einstein, on a conclu que pour ce qui était des neurones, il avait un cerveau moyen. La source de son intelligence aurait pu rester un mystère si l’on n’avait pas constaté qu’il avait beaucoup plus de cellules gliales par neurone que la moyenne [5].


Ce que nous voulons démontrer, c’est le nombre de connexions et d’interactions qui sont possibles dans le cerveau. Certaines estimations évaluent le nombre de structures possibles à 10 exposant 800. C’est un nombre d’une grandeur inimaginable. Nous avons un univers dans notre esprit. Un spécialiste célèbre des neurosciences résume comme suit ce qui constitue actuellement la croyance courante au sujet de la capacité mégacosmique de notre cerveau : « Le nombre d’éléments impliqués dans le transfert des informations, avec leurs interactions, représente un nombre véritablement inconcevable, de loin plus grand que le nombre de particules de l’univers connu [6]. »


Comment Dieu appréhende-t-il l’univers ?


La citation ci-dessus au sujet de la capacité du cerveau m’amène à une conclusion irrésistible concernant la façon dont Dieu appréhende l’univers : il utilise son cerveau. Cette conclusion pourrait sembler trop simpliste même pour le Rasoir d’Ockham, s’il n’y avait le fait que le cerveau est si expansible.


D&A 88, en particulier les versets 6-13 et 41-44, offrent une perspective profonde sur la grandeur de l’esprit de Dieu. Ces versets doivent être lus et relus soigneusement ; ils contiennent la clef qui nous permet de comprendre comment Dieu appréhende l’univers. Les passages commencent par expliquer que tout est animé par la « lumière du Christ ». La lumière du Christ est un champ d’énergie universel, « la lumière qui est en tout, qui donne la vie à tout, qui est la loi par laquelle tout est gouverné » (D&A 88:13). Citez n’importe quel objet dans le vaste univers, cette lumière le pénètre ; rien ne peut s’y soustraire, parce qu’elle est partout (D&A 88:12).


Maintenant la clef : « Et la lumière qui brille, qui vous donne la lumière, vient par l'intermédiaire de celui qui illumine vos yeux, qui est la même lumière qui vivifie votre intelligence » (D&A 88:13). Pour formuler la révélation en d’autres termes, « le cerveau fonctionne au moyen de la lumière ».


Cette révélation était loin en avance sur son temps. N’est-ce pas intéressant qu’aujourd’hui les spécialistes des neurosciences disent que le cerveau fonctionne par des impulsions électriques, comme une succession d’éclairs sans fin. Le cerveau est un centre de commande qui émet continuellement des impulsions lumineuses. C’est ainsi que le véhicule de la capacité mentale infinie de Dieu est la lumière, parce que la « lumière sort de la présence de Dieu pour remplir l'immensité de l'espace » (D&A 88:12).


Je me suis créé une image mentale en lisant la section 88 : le Père, glorieux et beau, plein d’énergie, de feu et d’électricité, son visage comme l’éclair, demeurant sur la planète polaire autour de laquelle orbitent tous les astres qu’il a créés, est assis sur son trône dans le sein de l’éternité. Une lumière jaillit de son esprit, remplissant son corps tout entier de lumière ; la lumière qui sort de lui s’étend dans toutes les directions et remplit et pénètre tout dans l’étendue cosmique. Comme la lumière est reliée à jamais à son esprit et parce que son esprit a une quantité astronomique de connexions transmetteuses de lumière que nous appelons ici-bas des neurones, des cellules gliales et des synapses, il peut appréhender toutes choses.


La sphère de Dieu, l’esprit de l’homme


La conclusion inévitable suivante est celle-ci : Si Dieu a un esprit qui peut appréhender l’univers et si le cerveau humain a plus de structures neurotransmetteuses possibles que tous les atomes de l’univers connu, cela veut dire que l’homme pourra, lui aussi, un jour appréhender toutes choses et devenir comme Dieu. Cette conclusion s’aligne sur une vérité précieuse enseignée par Joseph Smith.


« C’est donc ici qu’est la vie éternelle: connaître le seul Dieu sage et vrai; et il faut que vous appreniez comment être vous-mêmes des dieux, et être rois et prêtres de Dieu exactement comme tous les dieux l’ont fait avant vous, à savoir en passant d’un petit degré à l’autre et d’une petite capacité à une plus grande; de grâce en grâce, d’exaltation en exaltation, jusqu’à ce que vous parveniez à la résurrection des morts et soyez capables de demeurer dans les embrasements éternels et de siéger en gloire, comme le font ceux qui sont assis sur leurs trônes dans la puissance éternelle [7]. »

 
Quand Joseph Smith a présenté l’idée que l’homme peut devenir comme Dieu, beaucoup de chrétiens traditionnels ont condamné la doctrine comme blasphématoire. On considérait qu’elle abaissait Dieu au niveau misérable de l’homme et plaçait l’homme dans une sphère où il n’avait tout simplement rien à faire. Mais maintenant nous avons la preuve biologique que l’homme a effectivement sa place dans cette sphère ; le miraculeux esprit humain est un passeport potentiel vers la sphère des Dieux.


Les embrasements éternels et l’esprit


Il y a, il est vrai, des limites sérieuses au cerveau humain dans son état actuel. Pour illustrer, si tous les neurones et toutes les synapses devaient fonctionner en même temps, le cerveau surchaufferait et serait détruit. Il y a des limites physiologiques strictes étant donné que la chair humaine n’est pas conçue pour résister aux courants intenses de chaleur, de lumière ou de transfert électrique. Mais si la chair n’avait pas ces limites ?


C’est ce qui est si brillant dans la doctrine mormone d’une résurrection glorieuse ; quand les hommes et les femmes sortent du tombeau, leurs corps ressuscitent à divers degrés de gloire et de lumière (D&A 76:50-98). Les vieilles limites concernant la chaleur et la lumière disparaissent. Avec une chair incorruptible conçue spécifiquement pour résister à la lumière et à la chaleur, les synapses et les autres chemins dans le cerveau seraient capables d’une quantité intense de transfert d’énergie.


C’est ainsi que l’Ecriture dit : « Ce corps qui est rempli de lumière comprend tout » (D&A 88:67). Ce n’est pas possible dans notre cerveau actuel, mais le réseau infini du cerveau est déjà en place, attendant le jour où les circonstances seront plus propices. Tout comme notre corps est le temple de Dieu, notre cerveau est l’avant-projet d’un potentiel divin.


Ce projet peut être observé biologiquement. C’est une preuve de plus qui aide à répondre à ce qui devrait être considéré comme la question la plus cruciale de tous les temps : Le genre humain est-il la progéniture littérale de Dieu ou pas ? Si nous sommes en fin de compte les enfants de Dieu, nous pouvons nous développer jusqu’à devenir comme lui. Pendant tout ce temps, la preuve que les humains sont des dieux en embryon n’était même pas sous notre nez, elle était plus proche que cela, elle était derrière nos yeux et entre nos oreilles !


Les points de doctrine simples que Joseph Smith a enseignés sont brillants et pleins de génie. Ils réussissent le test du Rasoir d’Ockham. L’idée toute simple — Dieu a un esprit — est un véritable révélateur de la place de l’humanité dans l’œuvre éternelle du salut. Pour moi, l’élégance même de la révélation moderne est telle qu’elle fait presque peur. J’ai l’esprit rempli d’étonnement — et ce n’est pas peu dire quand on sait que l’esprit a le potentiel d’appréhender l’univers.


NOTES

[1] Joseph Fielding Smith, comp., Enseignements du prophète Joseph Smith, p. 278.
[2] Carl Sagan, « Can We Know the Universe? Reflections on a Grain of Salt » dans Broca's Brain: Reflections on the Romance of Science, New York, Random House, 1979, pp. 13-18.
[3] Richard Restak, Mysteries of the Mind, Washington, D.C., National Geographic, 2000, pp. 11-12.
[4] Richard Restak, Brainscapes: An Introduction to What Neuroscience Has Learned about the Structure, Function, and Abilities of the Brain, New York, Hyperion, 1995, pp. 39-41.
[5] Marian C. Diamond, Why Einstein’s Brain? Discours prononcé à la Doe Library à Berkeley, Californie, le 8 janvier 1999. Texte accessible sur http://www.newhorizons.org/neuro/diamond_einstein.htm, consulté en août 2006).
[6] Restak, Mysteries of the Mind, p. 12.
[7] Joseph Fielding Smith, comp., Enseignements du prophète Joseph Smith, p. 280.


 

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