B. H. Roberts et le Livre de Mormon

 

En 1921-22, B. H. Roberts, membre du premier conseil des soixante-dix et personnalité éminente dans l’Église, écrivit, à l’intention de la Première Présidence et du Conseil des Douze, une étude dont le but était de dresser un inventaire de toutes les objections que l’on pourrait opposer au Livre de Mormon. Il pensait que si un comité pouvait se pencher là-dessus et voir dans quelle mesure on pouvait y répondre, ce serait une aide précieuse pour les missionnaires et les membres de l’Église. Pour être aussi complet que possible, il dépeça littéralement le Livre de Mormon, incluant dans sa liste même les arguments les plus ténus. Les parallèles éventuels avec le livre View of the Hebrews, d’Ethan Smith, encore régulièrement brandi par les antimormons comme source du Livre de Mormon, figuraient aussi dans sa liste d’objections possibles. Le travail de Roberts n’était pas destiné à la publication, mais les antimormons s’en sont saisis et l’ont publié, sans la lettre d’accompagnement dans laquelle il exprimait ses vues personnelles sur la question, et ont clamé que le grand Roberts avait perdu la foi au Livre de Mormon. À son époque, Roberts disposait de peu de moyens pour répondre à ses propres questions. Les choses ont bien changé depuis lors. En 1985, John Welch s’est penché sur les questions de Roberts et y a répondu en fonction de l’état des connaissances du moment. Bien d’autres progrès ont été faits depuis lors, mais l’article qui suit n’en reste pas moins un apport important.

 

Réponses aux questions de B. H. Roberts

 

John W. Welch[1]

 

Préface

 

Au cours de l’automne de 1985, les Presses de l’université d’Illinois ont publié, sous le titre collectif Studies of the Book of Mormon, trois études écrites par B. H. Roberts en 1921-1922. L’ouvrage proposait aussi des essais introductifs et bibliographiques et réimprimait une correspondance sur le sujet.

 

Dans ses trois études, B. H. Roberts examine certains « problèmes » relatifs au Livre de Mormon. Le livre a suscité un regain d’intérêt pour de vieilles questions. Le présent mémorandum[2] traite des thèmes suivants abordés dans ces études de Roberts :

 

 1. Origines indiennes. Roberts a constaté que la plupart des auteurs de son époque avaient une autre conception que lui des origines des Indiens américains. Il a recueilli un grand nombre de ces opinions et a posé un certain nombre de questions sur l’histoire antique de l’Amérique et ses rapports avec le Livre de Mormon. Il n’a pas toujours pu réconcilier ces opinions avec ses croyances concernant le Livre de Mormon, pourtant il a apparemment continué à approuver ces vieilles idées sur les origines indiennes (comme il l’a fait en modifiant et en utilisant dans son champ de mission un exposé avec diapositives sur la biologie américaine par Gustive O. Larson[3]. Entre-temps, il attendait « raisonnablement mais aussi très impatiemment l’évolution des connaissances qui nous permettront de donner une réponse raisonnable à ceux qui nous interrogent à ce sujet » (p. 143). Cette évolution s’est-elle produite au cours des quelque soixante dernières années ? Comme le montre le traité suivant, il y a maintenant des explications logiques et plausibles à quasiment toutes les questions de Roberts.

 

2. Archéologie. On a demandé à Roberts de répondre aux questions posées à l’Église sur l’archéologie précolombienne. Il n’avait pas beaucoup de réponses à sa disposition immédiate. Mais aujourd’hui nous disposons de mille fois plus de données qui répondent à beaucoup de ces questions et fournissent des indices précieux sur le reste.

 

3. Absurdités. Roberts a découvert dans le Livre de Mormon des choses qui paraissaient absurdes et erronées. Quand on les examine de plus près il n’y en a plus beaucoup qui constituent un problème ; en fait, beaucoup de ces bizarreries ont fini par renforcer l’argumentation en faveur du Livre de Mormon.

 

4. Un parallèle ? Roberts relève plusieurs ressemblances générales et quelques parallèles spécifiques entre le Livre de Mormon et la deuxième édition (1825) de View of the Hebrews (VH), d’Ethan Smith. Il attire aussi l’attention sur certaines ressemblances entre des récits de conversion du début du 19e siècle et des passages du Livre de Mormon. Toutefois, ces parallèles ne sont ni aussi précis ni aussi significatifs que certains ont voulu le faire croire. Nous montrerons, en fait, que le Livre de Mormon contient beaucoup plus de différences que de ressemblances par rapport à VH, de sorte qu’il est difficile de croire que Joseph Smith s’est inspiré de VH.

 

Le présent mémorandum va donc traiter de chacun de ces types de problèmes et esquisser des réponses dans la mesure où elles peuvent être données. Nous indiquons aussi la source que l’on peut consulter dans les documents de recherche rédigés depuis le temps de Roberts si l’on veut trouver des renseignements et des éclaircissements, mais ici, nous ne faisons que résumer ces recherches récentes. Nous espérons que cela permettra à toute personne intéressée par ces problèmes de trouver les recherches faites en la matière et de traiter les questions en connaissance de cause.

 

Dans la mesure où les « problèmes » de B. H. Roberts n’en sont plus, le fait de publier ce travail inachevé autant d’années plus tard ne rime à rien si on ne l’accompagne pas de commentaires modernes compétents. Étant donné que ces vieilles théories et ces tentatives exploratoires de recherche ont été supplantées par les générations de chercheurs qui ont suivi, certains peuvent considérer que c’est  de l’ironie que de les publier, puisque Roberts lui-même reconnaissait la stupidité de « citer les recherches et les conclusions » d’auteurs dépassés (p. 91). Comme le montrera la présentée étude, les recherches sur le Livre de Mormon ont en effet progressé bien au-delà des questions posées par B. H. Roberts et bien au-delà des sources secondaires maintenant vieillies qu’il a copieusement citées. Un des meilleurs usages que l’on peut faire aujourd’hui de ces études de Roberts, c’est une rétrospective des 63 dernières années pour voir le chemin parcouru par la recherche sur le Livre de Mormon.

 

Il va de soi que les questions de Roberts resteront toujours intéressantes pour les personnes qui  écrivent une biographie de Roberts ou l’histoire intellectuelle de son époque. Si la publication de telles études est la bienvenue à de telles fins, le lecteur ne doit pas aller penser que ces études constituent le dernier cri. L’essai bibliographique du livre décrit d’une manière générale l’état des recherches ultérieures sur l’affaire Ethan Smith et reconnaît sans équivoque que la publication « ne serait pas complète sans déclaration sur les articles et les livres récents sur le sujet » (pp. 354-355). Ce que les éditeurs disent sur ce sujet particulier aurait dû les faire également  réfléchir à une foule d’autres points, car il est tout aussi vrai que le livre est gravement défectueux parce qu’il s’abstient de faire l’état des lieux des recherches accomplies ultérieurement sur toutes les autres questions soulevées par les études de Roberts. Bien entendu, il aurait fallu, pour cela, un véritable traité digne du titre Études sur le Livre de Mormon, quelque chose qui doit encore être écrit, et une tâche que les éditeurs considéraient comme se situant au-delà des ambitions de leur ouvrage.

 

Un sujet distinct : qu’est-ce que Roberts lui-même croyait ? est traité dans une étude séparée en trois parties: « Did B. H. Roberts Lose Faith in the Book of Mormon? » [Roberts a-t-il perdu la foi au Livre de Mormon ?], par John W. Welch et Truman G. Madsen. Dans l’Étude, Roberts relève et énonce implacablement les problèmes mentionnés ci-dessus. Il fait le procès du Livre de Mormon avec toute la force et toute la pugnacité dont il est capable, habituellement sans proposer  quoi que ce soit pour traiter ces problèmes. Pourquoi y est-il allé si fort ? Certains avancent la théorie qu’il avait perdu la foi au Livre de Mormon, mais ceux qui pensent cela auront du mal à expliquer l’utilisation quasi obsessionnelle que Roberts a faite du Livre de Mormon dans son ministère jusqu’au jour de sa mort.. Il ne suffit pas de prétendre qu’il doutait en privé et qu’il avait une façade orthodoxe en public. S’il y avait une chose qui caractérisait Roberts, c’était bien son honnêteté intellectuelle et son franc-parler. En outre, ceux qui ont cette perception de l’homme ne peuvent pas expliquer les feuillets,  les articles, les discours et les textes historiques, militant en faveur du Livre de Mormon, qu’il a écrits à la fin des années 1920, longtemps après que ces notes rudimentaires ont été jetées sur papier pour un usage entièrement privé.

 

Alors pourquoi y est-il allé si fort ? Pour le comprendre, il faut savoir que Roberts était quelqu’un qui adorait les débats et qui savait argumenter sur un cas sans la moindre complaisance. Il croyait  fermement qu’un débat pouvait faire beaucoup de bien. Ce n’est jamais Roberts qui aurait présenté les problèmes du Livre de Mormon d’une manière moins percutante. Il ne se faisait pas l’avocat du diable pour le plaisir. Ce n’était pas son genre.

 

Roberts croyait-il au Livre de Mormon ? Oui. Avait-il toutes les réponses ? Non. A-t-il « prié très humblement » (p. 143) pour qu’une solution à tous ces problèmes apparaisse ? Oui. Voulait-il que ce document soit publié et qu’il constitue même la formulation définitive de ce qu’il croyait ? Non. Avons-nous maintenant la réponse à toutes ces questions ? Le guide ci-dessous des recherches récentes sur le Livre de Mormon portant sur les questions de B. H. Roberts montre que nous les avons probablement.

 

Je voudrais tout d’abord parler des « Difficultés » de Roberts, ensuite de ses « Absurdités » et enfin de son « Parallèle » avec View of the Hebrews.

 

Première partie

 

Les difficultés que Roberts trouve dans le Livre de Mormon (pp. 61-148).

 

A. Le problème de l’origine des Indiens

 

Tous les Indiens américains sont-ils apparentés à Léhi, à Ismaël ou à Zoram ? Comme Roberts le montre, on se heurte à beaucoup d’impasses et à des situations peu plausibles si l’on croit que tous les habitants du continent américain descendent uniquement de Léhi, d’Ismaël et de Zoram, qui vivaient vers 600 av. J.-C.. La diversité indéniable des familles de langues indiennes (pp. 63-64, 84) et les preuves irréfutables de ce que le continent américain était occupé depuis des millénaires (pp. 79-81) posent des problèmes insurmontables pour cette conception des choses, comme pour  l’idée similaire (courante dans la littérature populaire des 18e et 19e siècles, que le Livre de Mormon n’avance pas, mais que Roberts passe beaucoup de temps à réfuter) que les Indiens américains descendaient des dix tribus perdues d’Israël.

 

Or la réponse est simple. Le Livre de Mormon n’avance ni ne requiert nulle part pareille affirmation. Il découle très clairement des textes du Livre de Mormon lui-même que les Néphites occupaient un  tout petit coin d’une partie du continent américain, comme l’explique très bien John L. Sorenson[4]. Par exemple, le texte décrit des distances entre les pays du Livre de Mormon qui se mesurent en jours et probablement en centaines et non en milliers de kilomètres. On pouvait notamment se rendre du pays de Néphi à la ville de Zarahemla en quelque vingt et un jours de déplacement lent (Mosiah 23:3 dit que son groupe a voyagé pendant huit jours des eaux de Mormon au pays d’Hélam ; selon Mosiah 24:20, il y a un jour d’Hélam à la vallée d’Alma et Mosiah 24:25 ajoute douze jours de la vallée d’Alma à Zarahemla) ; la plupart des événements du Livre de Mormon se déroulent autour de cet axe Néphi-Zarahemla et le pays d’Abondance, qui n’est pas loin au-delà. À l’exception des statistiques de bataille peut-être hyperboliques du livre d’Éther (Éther 15:2), le Livre de Mormon parle de populations fort petites. Par exemple, Benjamin peut rassembler les Néphites et tous les Mulékites (Mosiah 1:10) autour du temple de Zarahemla ; il suffit de 4000 dissidents, dans Alma 51, pour causer des problèmes graves à Zarahemla ; la multitude à Abondance se compose de 2500 hommes, femmes et enfants (3 Néphi 17:25, soit environ 700 familles). Il y avait donc largement de la place dans le Nouveau Monde pour des groupes, existant séparément, de Jarédites, de Lamanites et certainement aussi de beaucoup d’autres immigrants venus par terre et par mer. La présence de ces autres groupes explique facilement les problèmes de diversité ethnique et de chronologie qui faisaient sécher Roberts.

 

Nous ne voulons pas dire par là que pareille solution ne s’est pas présentée à l’esprit de Roberts. En effet, il la propose comme première solution pour sortir de cette difficulté (p. 92). Pourquoi hésite-t-il à adopter le point de vue de « la région restreinte ? » Il donne trois raisons dont aucune n’est convaincante:

 

Premièrement, l’argument basé sur le silence: S’il y avait, en Amérique, d’autres peuples connus des Néphites, pourquoi le Livre de Mormon n’en parle-t-il pas ? Comme le dit Sorenson, ceux qui ont composé ces annales n’auront pas vu l’intérêt qu’il pouvait y avoir à mentionner les gens de l’extérieur, puisqu’ils rapportaient l’histoire interne de la lignée de Néphi. L’histoire des autres groupes, même celle des Lamanites, des Zoramites et des Mulékites, qui leur sont étroitement apparentés, est relativement peu importante pour ces annales, si ce n’est dans la mesure où elle a une répercussion directe sur les affaires internes des Néphites. Quant aux Jarédites, le récit condensé d’Éther fournit trop peu de renseignements sur l’histoire jarédite pour nous dire avec qui ils ont pu avoir ou non des contacts.

 

En outre, il se peut qu’il y ait, dans le Livre de Mormon, davantage d’indices de contacts avec d’autres peuples qu’on ne l’a remarqué jusqu’ici. Par exemple, le fait que les Lamanites acquièrent rapidement les traits de caractère et le mode de vie des natifs (Jarom v. 20), ainsi que l’accroissement de leur nombre est une indication indirecte de mariages mixtes avec des populations indigènes et peut-être de domination de ces populations. C’est peut-être de là que vient leur peau plus sombre et pourquoi la couleur de la peau était importante pour les Néphites, qui, comme leurs ancêtres Israélites, préféraient conserver la pureté tribale en évitant de se marier en dehors de la nation. Le rituel zoramite dans Alma 30:31 peut de même être un indice d’influences provenant d’autres cultures. De plus, la tentation d’aller s’installer dans le pays « situé du côté du nord », où les gens (au contraire des Néphites de Zarahemla) savaient construire à l’aide de ciment (Hélaman 37:11), est probablement l’indication que d’autres civilisations existaient là-bas. Cet attrait était si puissant que les Néphites ont dû faire usage de la force armée pour empêcher le peuple de Morianton de déserter vers le nord (Alma 50:29-36). D’autres s’en vont « dans le pays qui est situé du côté du nord » ( Alma 63:9). Il est tout à fait possible qu’ils partent vers le nord parce qu’ils sont attirés par l’économie et le mode de vie d’autres populations qui vivent là-bas[5].

 

Enfin, l’argument basé sur le silence n’est rien de plus que cela : un argument basé sur le silence : Cela ne prouve rien, ni dans un sens ni dans un autre.

 

Deuxièmement, l’argument tiré d’Éther 2:5. Ce verset dit que les Jarédites allèrent « dans cette contrée où il n’y avait jamais eu d’homme ». Roberts dit que cela exclut probablement toute « possession plus ancienne du continent américain » (p. 93). Mais la réponse ici est claire. La manière la plus logique de lire Éther 2:5 est d’y voir le pays dans lequel les Jarédites sont entrés en quittant la grande Tour et où ils ont passé quatre années avant de traverses la grande mer (Éther 2:13). Roberts lui-même reconnaît que cette façon de voir peut résoudre complètement le problème. Il dit : « On peut se demander si le commandement donné par le Seigneur à la colonie de Jared d’aller dans un pays inhabité… était une allusion à leur destination finale dans la terre promise, le continent américain, ou dans une terre en chemin dans laquelle ils sont immédiatement entrés. Quoi qu’il en soit... » (pp. 116-117). Roberts mentionne aussi cette théorie comme explication possible dans sa lettre du 6 février 1922 à William Ritter (Studies, pp. 53-54). Alors quelle raison y a-t-il de croire que Roberts n’aurait pas cette lecture aujourd’hui, compte tenu, en particulier, des indices maintenant abondants de ce que virtuellement où que l’on aille en Amérique en 600 av. J.-C. et dans beaucoup d’endroits même avant 2000 av. J.-C., on trouve des gens qui y vivent[6].

 

Troisièmement, l’argument tiré des statistiques de population: Roberts se demande comment des millions de personnes auraient pu vivre et errer depuis le Yucatan jusqu’à Cumorah [New York] sans rencontrer d’autres peuples. Comme Sorenson le montre en détail, la colline jarédite de Ramah, également connue comme étant la colline néphite de Cumorah, était proche de l’étroite bande de terre, selon les indices indirects et cumulatifs raisonnables donnés dans le Livre de Mormon[7]. Il est donc très improbable que la colline située dans l’État de New York, qui n’avait pas de nom avant 1820, soit la même colline que la colline néphite de Cumorah. La colline de New York a simplement reçu le nom de son prédécesseur du sud. Par conséquent, la supposition que les Jarédites ont erré du Mexique à New York n’est pas fondée. De plus, les statistiques de population pour les Néphites lors de leur bataille finale ne donnent que 230.000 hommes valides (Mormon 6:11-14). (Le nombre était probablement beaucoup plus petit, puisqu’il est douteux que les 23 « dix mille » aient été des armées complètement équipées en hommes). Comme nous le disions plus haut, les « millions » des Jarédites ne sont pas nécessairement une statistique à laquelle on peut absolument se fier. D’autres analyses des statistiques de population et de la démographie du Livre de Mormon conduisent à la conclusion que Roberts a surestimé l’ampleur de la civilisation néphite.

 

Après avoir examiné les trois objections de Roberts contre la théorie de la géographie limitée et avoir constaté qu’elles ne sont pas convaincantes, nous ne pouvons que supposer que Roberts lui-même, s’il avait pu prendre connaissance des éléments qui sont maintenant plus complètement développés que de son temps, aurait fait ce qu’il a dit et les aurait accueillis avec une très grande satisfaction (voir p. 94). La présence d’autres populations en Amérique à l’époque du Livre de Mormon explique facilement la diversité des langues et les longues périodes d’occupation qu’on y a trouvées.

 

Roberts soulève aussi quelques autres points qu’il vaut la peine de relever dans cette section (pp. 63-94):

 

Le niveau d’alphabétisation. Le Livre de Mormon laisse-t-il entendre – contrairement aux preuves archéologiques – que tous ceux qui vivaient il y a 2000 ans en Amérique savaient lire et écrire ? Roberts part de l’idée que le Livre de Mormon nous oblige à croire qu’ils étaient tous capables de le faire, et cite à l’appui (p. 64) des passages du Livre de Mormon qui parlent des nombreux grands livres et annales « tenus principalement par les Néphites » (Hélaman 3:15). Mais le Livre de Mormon ne prétend pas que tout le monde savait lire et écrire. Les rois s’écrivaient des lettres (Alma 59-60 ; Mormon 6:2), une pratique suffisamment remarquable pour être expressément  mentionnée. Les annales étaient soigneusement transmises et confiées aux rois et aux gouverneurs de ces peuples, strictement de père en fils dans certaines lignées (par exemple, les descendants de Jacob d’Énos à Amaléki). Ces pères prenaient soin d’enseigner la langue à leurs fils (Mosiah 1:2) et cela implique que c’était plutôt exceptionnel. Benjamin fournit une version écrite de son discours à l'ensemble de la population de Zarahemla, mais il ne le fait qu’après ce qui a dû être une tâche d'envergure : essayer d'enseigner la langue néphite aux Mulékites illettrés. Leurs aptitudes linguistiques valurent aux prêtres de Noé une distinction tellement unique qu’ils furent désignés pour être les instructeurs des Lamanites, de sorte que « la langue de Néphi commença à être enseignée parmi tous le peuple des Lamanites » (Mosiah 24:4) ; cet exercice a dû être de courte durée, car ces prêtres de Noé ne tardèrent pas à perdre la faveur de leur clientèle lamanite (Alma25:8). Il serait instructif de faire une étude plus approfondie des indices d'alphabétisation et d'analphabétisme parmi les populations du Livre de Mormon, mais ce que nous voulons montrer pour le moment, c’est simplement ceci : à l'intérieur du Livre de Mormon, c'est parmi les classes sacerdotale et royale que le niveau d'alphabétisation est le plus élevé ; cela ne nous oblige pas à croire que tous les peuples du Livre de Mormon – et encore moins tous les habitants du continent américain – savaient lire et écrire.

 

L'homogénéité. Roberts suppose que les Mulékites et les Néphites ont fusionné pour former « un seul peuple » (p. 65) et que les Néphites et les Lamanites étaient des groupes relativement homogènes et uniformes. Ce stéréotype ne permet pas d'expliquer la structure tribale extrêmement fragmentée de la société néphite. Sept groupes tribaux au moins conservèrent leur identité distincte au cours des 1000 années d'histoire néphite (comparez avec Jacob 1:13; 3 Néphi 7:2; 4 Néphi 37-38; Mormon 1:8). En outre, la population mulékite était plus grande que la population néphite (Mosiah 25:2) et il semble que les Mulékites soient restés un groupe social et ethnique séparé, responsable des guerres civiles menées au pays de Zarahemla par Amlici (Alma 2-4) et Zérahemnah (Alma 43-44), qui semblent tous deux avoir des noms et un soutien mulékite. En d'autres termes, la structure et les caractéristiques sociales à l'intérieur du Livre de Mormon ne sont pas aussi homogènes que Roberts les représente. D'autres recherches sur les affiliations tribales dans le Livre de Mormon sont actuellement en cours.

 

Roberts cite de longs passages de divers auteurs qui discréditent l'idée que tous les Indiens américains ont une origine hébraïque. Comme nous l'avons vu plus haut, ces textes ne vont pas à l'encontre du Livre de Mormon. Les Indiens ont pu venir d'ailleurs. Bien entendu, la théorie des dix tribus perdues ne joue aucun rôle là-dedans (et ce n'est en tout cas pas la théorie du Livre de Mormon, comme Roberts le souligne en 1932 dans sa lettre à Elizabeth Skolfield), mais si elle doit être rejetée, cela ne doit pas être sur la base qu’un voyage transocéanique était « une impossibilité » ou que les précolombiens étaient « tout à fait barbares » (p. 71) comme le prétendait avec extravagance Baldwin. Les longs voyages dans l'Antiquité sont maintenant bien acceptés (comme les voyages de routine des Phéniciens dans l'Atlantique jusqu'aux îles Britanniques et la circumnavigation de l'Afrique, et la possibilité que Sindbad le marin ait fait le voyage en bateau d'Arabie jusqu’en Chine et retour) ; et le niveau élevé de certaines civilisations de l'Amérique ancienne ne fait maintenant plus aucun doute[8].

 

Il faut également relever des incohérences dans l’utilisation que Roberts fait de ses sources. Il les utilise tantôt pour montrer que la culture et la langue indiennes étaient extrêmement divergentes et hétérogènes, tantôt pour argumenter le fait que « plus on étudie les Amérindiens, plus on les trouve homogènes » ( p. 73). Ce serait aujourd'hui de la sottise que de baser son opinion sur les cultures ou les langues indiennes sur les théories non scientifiques et naïves du 19e et du début du 20e siècle utilisées par Roberts. Comme nous l'avons vu plus haut, la plupart de ces documents n'ont de toute façon rien à voir avec la problématique du Livre de Mormon, mais, dans la mesure où elles peuvent faire office d’éléments de preuve, ce sont les données sérieuses et récentes qu'il faut consulter.

 

La linguistique. Des linguistes compétents peuvent répondre aujourd’hui aux questions de Roberts concernant la rapidité avec laquelle les langues peuvent changer ou disparaître. Il suffit de jeter un coup d'œil sur les études faites sur les Étrusques, l'écriture linéaire minoenne B et la disparition totale et brutale de l'ugaritique et de l'éblaïte, pour nous rappeler que des langues et des cultures ont disparu rapidement et totalement dans d'autres parties du monde. De la même façon, la langue et l'écriture néphites ont pu disparaître sans laisser de traces.

 

Il est bien entendu possible que certaines traces soient restées. Roberts cite un certain Dellenbaugh qui prétend que « l'on n’a trouvé jusqu'à présent aucune trace authentique d'aucune langue du vieux monde sur le continent américain » (page 87). Mais les éléments qui existent n'ont pas encore été sérieusement examinés dans ce domaine. Comme l'a récemment montré la comparaison détaillée de l'hébreu avec l'uto-aztèque faite par Brian Stubbs, ces études sont tout à fait possibles et peuvent proposer plusieurs facteurs linguistiquement importants. Otto Sadovsky, professeur à l'université de Californie à Riverside, a identifié un groupe important de mots apparentés entre la famille des langues pénutiennes, sur la côte californienne, et la branche ob-ougrique de l'ouralique de la Sibérie occidentale, bien qu'il faille attendre d'autres rapports pour confirmer l'existence de ce lien linguistique (des experts tels que Raimo Antilla et Werner Wenter se félicitent déjà de l'œuvre de Sadovsky).

 

Culture du Proche-Orient. L’affirmation que « les détails utilisés pour montrer que les Amérindiens ressemblent à un peuple quelconque du vieux monde sont insignifiants » (page 80 ou 8) est réfutée dans l'article de John L. Sorenson, « The Significance of an Apparent Relationship Between  the Ancient Near East and Mesoamerica »[9]. Il propose une liste importante de parallèles culturels précis et attestés entre la Mésoamérique et le Proche-Orient, précédée par un traitement théorique rigoureux des méthodes scientifiques que l'on doit avoir la précaution de ne pas oublier quand on interprète ces données.

 

B. Le Livre de Mormon mentionne-t-il des choses qui ne se trouvaient pas sur le continent américain avant Colomb ?

 

Roberts pose ensuite la question (pp. 96-115) de savoir s’il y avait des animaux domestiques tels que le cheval, l’âne, le bœuf, la vache, le mouton, la chèvre et le porc, ainsi que le blé, l'orge, la soie, le coton et des véhicules sur roues sur le continent américain avant Colomb. Le texte du Livre de Mormon semble l'affirmer. De même, peut-on faire remonter l’arc et le cimeterre d'acier jusqu'à l'époque de Léhi au 7e siècle av. J.-C. ? Dans beaucoup de ces cas, il existe maintenant de bons éléments permettant de dire que le Livre de Mormon ne fait pas d'anachronisme quand il signale la présence de telles choses dans l'Amérique précolombienne. Dans les autres cas où des éléments concluants manquent, il est possible de croire que l'inventaire archéologique est simplement incomplet ou alors le problème peut être expliqué d'une autre façon[10].

 

Les animaux. Ils sont traités dans le détail dans Sorenson, pp. 288-299[11]. Par exemple, à propos du cheval, le site postclassique de Mayapan, fouillé en 1957, a permis de découvrir les restes de chevaux à une profondeur de 2 m ; le zoologue qui les a étudiés les considère comme précolombiens[12]. On n'est pas toujours certain de ce que l'on peut déduire de ce genre d'élément, mais vue par Roberts, la simple présence de ces données fragmentaires aurait certainement amélioré considérablement son évaluation pessimiste des perspectives telles qu'il les voyait.

 

Nous avons également intérêt à éviter de faire dire au Livre de Mormon ce qu'il ne dit pas. Par exemple, les chevaux ne sont pas mentionnés très souvent dans le Livre de Mormon : et des chevaux domestiques (?) ne sont mentionnés que dans Énos 21 (au pays de Néphi) et dans Alma 18:20 (au  pays de Néphi, et appartenant uniquement au roi). Dans  3 Néphi 3:22, 4:4 et 6:1, les chevaux sont mentionnés dans les provisions du peuple (peut-être même comme animal utilisé pour sa viande) , mais on ne les montait apparemment pas (puisque les gens qui se déplaçaient avec ces animaux marchaient, 3 Néphi 3:22). Il est curieux que dans Éther 9:19 (une allusion faite au passage par Moroni dans son résumé de l'histoire jarédite, à laquelle on ne doit pas forcément se fier historiquement – qu'est-ce que Moroni savait des animaux jarédites ?), on nous dit que le cheval était moins utile que l’éléphant ou que le curelom et le cumom ! Se pourrait-il donc que ces « chevaux »  aient été une autre espèce de cheval que les animaux extrêmement utiles que nous connaissons aujourd'hui ? Et même s'ils avaient des chevaux tels que nous les connaissons, ils ne savaient apparemment pas très bien comment les utiliser (ce qui, soit dit en passant, est comparable à ce qui s'est passé en Europe, où ce n'est qu'après le moyen âge que les hommes ont finalement trouvé le moyen de fabriquer un harnais de labour pour un cheval, qui n'étrangle pas l'animal. Les seules autres mentions de chevaux dans le Livre de Mormon se trouvent dans les textes d’Ésaïe (Ésaïe 2:7; 5:28), ou dans les textes prophétiques (3 Néphi 21:14). Il y a une unique mention de chevaux sauvages (1 Néphi 18:25).

 

Les plantes. Ce sujet est traité dans Sorenson, pp. 184-186. En outre, notez en particulier F.A.R.M.S. Update de décembre 1984, « Barley in Ancient America ». Cet article signale la découverte récente par l'archéologie de ce qui est apparemment de l'orge cultivé par les précolombiens, provenant  des sites hohokam d'Arizona. Cette découverte importante est également signalée dans Science 83.

 

Un autre exemple frappant est le terme obscur shéum, que l'on trouve dans Mosiah 9:9, et qui est présenté comme le nom d’une espèce de plante comestible. Qu’aurait dit Roberts s'il avait su que shéum est justement le nom de céréale le plus répandu dans la Mésopotamie ancienne[13] ?

 

La technologie. Roberts pose aussi des questions sur les métaux en Mésoamérique, le cimeterre, la roue et le gouvernail. À propos de la roue, voir Sorenson, « Wheeled Figurines in Ancient America »[14]. Notez de nouveau ici que le Livre de Mormon ne mentionne jamais le mot « roue ». Il n’est question que de « chars » et même ceux-ci sont mentionnés rarement, dans Alma 18-20 (et appartenant  au roi) et dans 3 Néphi 3:22 (où le peuple « marche » quand même). Étant donné que le mot qui désigne le « char » est, en hébreu, merkavah, ce qui ne signifie littéralement rien d'autre que « véhicule », il est possible que le char néphite ait tout simplement été une espèce quelconque de véhicule (pas nécessairement muni de roues). En outre, il se peut que nous ayons simplement affaire à l’un de ces cas de technologie perdue[15]. Par exemple, la connaissance de la roue s’est perdue en Arabie au cours du moyen âge[16]. À propos de la roue de potier, en plus de F.A.R.M.S. Update de juillet 1985, l'étude attentive de poteries anciennes par les artisans qui ont accompagné la visite de F.A.R.M.S. au Mexique et au Guatemala en 1984 en a amené certains à la conclusion que les pots avaient été façonnés à l'aide de roues de potier.

 

Pour ce qui est du cimeterre, ou  sabre recourbé, un rapport récent de recherche par William Hamblin sur la guerre et les armes dans le Livre de Mormon atteste et illustre à fond plusieurs de ces armes recourbées au Proche-Orient, dans l’Égypte et la Mésoamérique anciennes, remontant à une époque antérieure à celle du Livre de Mormon[17].

 

Pour l’acier, voir Sorenson, pp. 278-288[18]. On a beaucoup écrit sur le fer carburé (l’acier) dans le Proche-Orient antique[19]. Les études faites au Proche-Orient montrent que l’acier était effectivement bien connu dans la région, au point que l'on peut considérer le terme « âge du fer » comme erroné : en fait c'était un âge de l’acier. On a effectivement trouvé un beau poignard à lame de fer avec un manche incrusté d’or (ce qui correspond à la description générale de l'épée de Laban) dans la tombe du pharaon Toutankhamon.

 

Mais ici encore nous devons nous garder de supposer qu’il y a eu un degré plus élevé de compétence ou une utilisation plus générale des métaux que ne l'autorise le Livre de Mormon. Par exemple, les Lamanites utilisaient beaucoup moins souvent les métaux que les Néphites. À part les mentions qui se trouvent dans Ésaïe et l'expression « barre de fer » (que l'on ne trouve que dans les récits de Néphi dans le vieux monde), le fer n’est mentionné que dans 2 Néphi 5 (au pays de Néphi), dans Jarom 8 (au pays de Néphi), dans Mosiah 11 (au pays de Néphi) et par Moroni dans Éther 10 (qui attribue l'utilisation du fer aux Jarédites). Le fer est donc essentiellement localisé au pays de Néphi. L’acier est presque exclusivement un objet du vieux monde dans le Livre de Mormon (l'arc d'acier de Néphi et l’épée d'acier de Laban viennent du vieux monde). On peut très bien avancer la théorie que peu de temps après que Néphi eut enseigné à son peuple la technique secrète de la métallurgie[20], cette technologie s'est perdue. (Jarom 8 date d'environ 387 av. J.-C. et non de 200 av. J.-C. comme Roberts l'estime, p. 108). L’acier n'est plus jamais mentionné dans la culture néphite après le passage de Jarom 8. Il n’est mentionné que de manière elliptique par Moroni dans Éther 7:9. Ainsi donc, Roberts va au-delà du texte quand il affirme que « pendant toute la période néphite, ainsi que pendant toute la période jarédite, on trouve une culture du fer et de l’acier » (p. 122).

 

Pour ce qui est du gouvernail, je ne connais aucun élément archéologique qui confirme la connaissance du gouvernail, mais la notion est suffisamment simple pour que l’on ne rejette pas l'idée qu'il était vraisemblablement connu puisque de longs voyages se faisaient. Encore une fois, le texte n'implique pas nécessairement que l'on ait connu le gouvernail, simplement le fait que l'on se rendait compte que le navire dépourvu de système pour le diriger se trouvait en situation précaire. Si ces gens n'avaient pas une grande connaissance de la construction des bateaux, ils devaient considérer un navire, « n’ayant rien pour le diriger », comme en perdition. Les barques jarédites n'avaient apparemment pas de gouvernail ; on peut se demander quel genre de souvenirs familiaux dans le domaine de la navigation a été transmis parmi les Néphites, même après qu'ils ont perdu tout contact avec la mer.

 

On pourrait répondre à d’autres points du même genre, mais étant donné que beaucoup de citations de Roberts font double emploi, il n'est pas nécessaire de répéter les réponses.

 

Deuxième partie

 

Examen des éléments internes tendant à montrer que le Livre de Mormon est d'origine humaine (pp. 251-319)

 

Cette section du livre présente les préoccupations de Roberts à propos de ce qu'il considérait comme des gaffes ou des absurdités dans le Livre de Mormon. Il faut les examiner à plusieurs niveaux. La première question à se poser est de savoir s'il s'agit effectivement de gaffes ou d'absurdités. Souvent ce qui semble à première vue être une erreur se révèle être parfaitement exact. Deuxièmement , il faut se poser la question : « Et alors ? » même s'il devait y avoir des erreurs textuelles ou autres. Mormon, Néphi et Moroni ne s'attendaient-ils pas à ce qu'il y ait des erreurs ? Tous les livres contiennent des erreurs typographiques et d'autres fautes mineures. Studies lui-même ne fait pas exception. Le Livre de Mormon reconnaît très volontiers que les défauts sont « les erreurs des hommes ».

 

En outre, ces erreurs ont pu entrer dans le texte à différentes étapes : Mormon lui-même a pu copier incorrectement un mot, que Joseph a traduit fidèlement tel quel ; à d'autres occasions, Joseph a pu paraphraser ou traduire librement un passage. Comme Roberts le souligne ailleurs[21],  Joseph Smith disposait certainement d'une grande liberté dans le choix des expressions ou des mots appartenant à son vocabulaire personnel pour rendre les idées qui lui venaient au cours du processus de traduction[22]. Il faudra faire une étude beaucoup plus approfondie du texte avant de pouvoir traiter intelligemment de plusieurs questions sur la nature de la traduction du Livre de Mormon. Au-delà de ce que cette recherche pourra découvrir, on doit en fin de compte se poser la question : Si cinq « erreurs » prouvent que le livre est entièrement d'origine humaine, que prouvent cinq « exactitudes » anciennes précises inconnues du monde en 1830 ?

 

Comme le montre le traitement qui suit, les gaffes que Roberts nous demande de manière rhétorique d'examiner font peu de tort à la crédibilité du texte et, dans plusieurs cas, elles ont exactement l’effet inverse.

 

Chapitre 1. Y a-t-il un manque de perspective dans les récits de voyage du Livre de Mormon ?

 

De Jérusalem à la mer Rouge. Roberts se demande s'il est possible de voyager en trois jours de Jérusalem jusqu'à proximité des rivages de la mer Rouge. (p. 251). Comme il le fait remarquer, il y a 270 km de Jérusalem au golfe d'Akaba. C’est un long chemin à parcourir pour la famille de Léhi, surtout si l'on suppose (comme le fait Roberts) qu'elle a voyagé à pied (p. 251). Mais il n'y a aucune raison de penser qu'elle n'avait pas de chameaux[23]. En outre, Léhi s’enfuyait pour sauver sa vie et a certainement dû se déplacer rapidement, poussant peut-être ses animaux jour et nuit, davantage que dans une situation normale.

 

Mais il y a plus que cela : le texte ne dit pas nécessairement que son voyage était de trois jours de Jérusalem à la mer Rouge, comme le suppose Roberts. Le voyage a commencé à la maison de Léhi (1 Néphi 2:4) qui, par rapport à Jérusalem, était plus bas dans un autre pays appelé le pays de l'héritage de la famille (1 Néphi 3:22), lequel pouvait se trouver à une certaine distance au sud de la ville de Jérusalem. De là, la famille est entrée « dans le désert » (1 Néphi 2:4) et c'est à partir de là qu'elle a voyagé « trois jours dans le désert » (1 Néphi 2:6). Dans l'Israël antique, on faisait une distinction importante entre terres habitées, terres légales, la « terre promise » ou terre de Yahvé et le « désert »[24]. Ainsi, ces trois jours passés par Léhi « dans le désert » peuvent n'avoir commencé que quand il a quitté la juridiction du Royaume de Juda ou de la Terre promise, à l’endroit, quel qu’il ait été, où l'on considérait que se trouvait cette frontière. Étant donné que les Israélites craignaient et respectaient le « désert », on peut s'attendre à ce que Léhi ait pris particulièrement note de son entrée dans ce territoire et de la distance qu'il y a parcourue. La distance couverte au cours de ces trois jours devient ainsi tout à fait raisonnable, que nous envisagions un voyage de trois jours fermes à dos de chameau depuis les collines de Juda jusqu'à Akaba, sur la mer Rouge, ou en direction du sud à partir d'Akaba en entrant en Arabie le long de l’itinéraire côtier.

 

Puisqu’il s'intéressait manifestement à la géographie du Proche-Orient et à ses rapports avec les déplacements de Léhi, Roberts aurait certainement considéré deux publications récentes comme ayant un intérêt considérable. Ces ouvrages déduisent du Livre de Mormon des détails précis sur l’Arabie – une des « régions les moins connues du monde » – que « personne ne connaissait dans les années 1820 » (j’ajouterais même : que peu de personnes connaissaient même dans les années 1920)[25]. Le Livre de Mormon n’est pas dépourvu de la notion des distances dans les voyages : il s'en sort même très bien.

 

Roberts se demandait si le groupe de Léhi était trop petit pour transporter toutes ses tentes, ses provisions et son matériel (p. 252). Bien entendu, il suit toujours son idée qu'ils étaient à pied, chose qui, nous l'avons montré, ne se justifie pas.

 

Les animaux domestiques trouvés à leur arrivée. Roberts est perturbé par le fait que le groupe de Léhi découvrit « des bêtes de toutes sortes dans les forêts, la vache et le bœuf, et l'âne et le cheval, et la chèvre et la chèvre sauvage, et toutes sortes d'animaux sauvages » (1 Néphi 18:25). S'ils ont trouvé des animaux domestiqués en Amérique, d'où venaient-ils ? (p. 252). Pour Roberts, ces animaux  n'auraient pas pu venir de l'époque jarédite, parce que Léhi avait abordé au Chili et que les Jarédites étaient plus loin au nord. Avec plus d'éléments et de meilleurs outils, John Sorenson propose une argumentation plausible selon laquelle le lieu de débarquement de Léhi était relativement proche du territoire jarédite et accepte le fait archéologique indéniable qu'il y avait en fait des habitants sur tout le continent américain quasiment partout où l'on pouvait aller en 580 av. J.-C. Ainsi donc, il a pu y avoir, dans le pays, toutes sortes d'animaux, domestiques et que l’on pouvait domestiquer. En outre, Néphi ne dit pas que ces animaux étaient domestiqués quand ils les ont trouvés à leur arrivée.

 

Parallèles néphites et jarédites. Roberts voit une autre « absurdité » possible dans les parallèles entre les récits des migrations néphites et jarédites et de leur destruction. Cela peut facilement s'expliquer de plusieurs manières : premièrement, nous devons nous rappeler que c'est Moroni qui a écrit le livre d’Éther. Il n’a pas fait le récit complet de l'histoire des Jarédites (Éther 1:5), il a simplement sélectionné certains éléments spécifiques en faisant la rétrospective du destin de ce peuple et du sien. Ce qui était arrivé aux Jarédites était maintenant arrivé à son propre peuple et il avait tout naturellement tendance à mettre l'accent sur les points de ressemblance (et il a peut-être pris la responsabilité d'en ajouter ou d’en façonner quelques-uns). En outre, Moroni travaillait à partir de la traduction du roi Mosiah. Il n'y a aucune indication que Moroni ait retraduit les vingt-quatre plaques d'or d’Éther[26]. Il est possible que Mosiah ait introduit certains éléments « néphites » dans ces annales quand il les a traduites en langue néphite pour son peuple, puisqu'il a immédiatement utilisé le texte à des fins politiques.

 

Pour ce qui est de la suggestion de Roberts que les Guerres avec les brigands du Livre de Mormon sont superficielles, voyez le rapport détaillé des lois et des pratiques concernant les bandes de brigands dans l’Antiquité, étonnamment bien représentées dans le Livre de Mormon, dans John Welch, « Vol et brigandage dans le Livre de Mormon et dans la législation du Proche-Orient antique »[27].

 

Deuxièmement, les parallèles entre l'histoire jarédite et l'histoire néphite ne sont pas si étroits que cela. Roberts suggère, par exemple, qu’il pourrait y avoir un lien entre le Liahona et les seize pierres lumineuses. Mais le Liahona était un compas, les pierres ne servaient qu'à donner de la lumière[28]. Il est certain que l'interdiction d'allumer du feu dans le désert n'a aucun lien concevable avec la situation inimaginable de faire des feux de camp à l'intérieur des barques jarédites, qui étaient « étanches ». Le fait général que les deux transportaient des semences et des animaux n’a rien voir avec cela.

 

Le voyage jarédite a-t-il été trop long ? Il a duré 344 jours, ce qui se situe dans les limites connues de dérives transpacifiques sans voiles. Étant donné que nous n'avons aucune idée des courants océaniques qui ont été suivis ou s’il y a eu des retards en chemin, il est impossible de vérifier ce chiffre de manière plus approfondie. Pour ce qui est du fait que les barques jarédites ont été « une anecdote ridiculisée par presque tous ceux qui ont écrit contre le Livre de Mormon », Roberts a donné sa réponse dans New Witnesses for God, volume 3 pp. 543-549.

 

Y avait-il des éléphants dans les barques ? Roberts affirme que « il n'y a aucune raison de les exclure » (p. 258 ). Pourtant les éléphants ne sont pas mentionnés avant Éther 9:19, cinq longues générations après l'arrivée des Jarédites. On peut par conséquent considérer que les Jarédites ont trouvé les éléphants dans le pays après leur arrivée plutôt que de les avoir amenés[29].

 

Chapitre 2. Y a-t-il des absurdités dans l'histoire ultérieure des Néphites et des Jarédites ?

 

Construction de temples. Roberts soulève une question concernant la capacité des Néphites de construire un temple « à la manière du temple de Salomon » peu après leur arrivée dans leur terre promise (2 Néphi 5:16). Il estime que le groupe a dû être trop petit pour construire un temple (pp. 259 et suivantes). Après tout, il a fallu plusieurs années et la richesse du royaume israélite tout entier pour construire le temple de Salomon à Jérusalem, comme le dit Roberts lui-même dans New Witness, 1909, vol. 3, p. 522-523. Cela ne l'empêche pas d'aller dans le détail dans les études de 1922 pour rappeler aux lecteurs les dimensions et l'opulence de ce temple. Mais rien dans le Livre de Mormon ne nous oblige à croire que le temple de Néphi avait la même taille que le temple de Jérusalem. Le texte dit simplement qu'il a été construit « à la manière » de ce temple. Les archéologues ont effectivement découvert récemment, dans des sites anciens de Palestine, plusieurs petits temples israélites construits « à la manière » du temple de Jérusalem. Un qui est presque à l'échelle, mais plus petit, se trouve à Tel Arad et était contemporain du temple de Salomon. Un autre se trouve à Beer-Schéba ; deux autres se trouvent à Léontopolis et à Éléphantine, en Égypte. On pensait autrefois que le seul temple légitime reconnu dans l'Israël antique était celui de Jérusalem (et l’on pensait donc que la construction du temple néphite était illégale et inopportune). Nous savons maintenant que c'est tout à fait le contraire qui était le cas : la construction d'un mini-temple ressemblant fonctionnellement et structurellement au temple de Salomon était effectivement acceptable dans la tradition juive, quelque chose que Joseph Smith n'aurait pas pu savoir.

 

Naturellement, le temple néphite n'était pas aussi opulent que celui de Salomon. L'explication semble cependant perturber Roberts, car tout de suite après avoir signalé que le fer, le cuivre, l’airain, l’acier, l’or, l'argent et les minerais précieux existaient en grande abondance (2 Néphi 5:15), le texte dit (v. 16) que le temple néphite « n'était pas construit d'autant de choses précieuses ; car on ne les trouvait pas dans le pays » ( p. 260 ). Cela pose-t-il un problème ? Certainement pas. Il suffit de lire Exode 35-39 pour voir le genre de richesse qui est entré dans le tabernacle ; une richesse encore plus grande a été utilisée pour le temple de Salomon : 29 talents, 730 sicles d'or, 100 talents, 1785 sicles d'argent (Exode 38:24-25). Il est certain que Néphi a pu découvrir du minerai en grande abondance sans trouver une quantité d'or et d'argent aussi grande que Salomon. De plus, quand les listes de tribut du Proche-Orient ancien parlent d’or, d'argent et de « choses précieuses », cette dernière expression désigne souvent des « gemmes précieuses ». De sorte que quand Néphi dit que son temple n'a pas été construit avec « autant de choses précieuses », il dit peut-être tout simplement qu'il ne pouvait pas trouver autant de « pierres précieuses ». Lors de la construction du tabernacle, les pierres suivantes ont été utilisées : onyx (Exode 35:27) sardoine, topaze, émeraude, escarboucle, saphir, diamant, opale, agathe, améthyste, chrysolite, onyx et jaspe (Exode 39:10-13). L'affirmation de Néphi est donc tout à fait acceptable, comme le conclut Roberts lui-même en 1909 pour des raisons similaires[30].

 

La Royauté. Les Néphites et les Jarédites éprouvent le besoin d'avoir un roi en dépit du fait que les groupes sont encore très petits. Est-ce raisonnable ? Oui, à la lumière de l'importance de la royauté dans le monde antique. La société antique était sacrale et la fonction du roi dans ce monde était centrale[31]. Une société dans l'Antiquité avait besoin d'un roi pour remplir les fonctions et les exigences religieuses aussi bien que politiques, ordinaires et importantes, quelque petite que fût cette société..

 

Il est vrai que Néphi et les fils du frère de Jared étaient réticents à être rois. Néphi avait ses propres raisons, qui peuvent être le reflet des sentiments antimonarchiques bien connus de l'Israël ancien[32] ou peuvent aussi être le reflet de son attitude personnelle vis-à-vis des rois qu'il avait connus à Jérusalem (Jojakim et Sédécias), qui s'étaient opposés à Léhi, à Jérémie et à des prophètes comme Urie (Jérémie 26). L'opposition jarédite à la royauté peut être le reflet d'une réaction hostile au roi mésopotamien sous le règne duquel cette société s'était effondrée, et il se peut que nous voyions se refléter ici l'influence du roi Mosiah comme traducteur des 24 plaques, car nous savons que Mosiah était opposé à la royauté à cause du fait qu'elle conduit à « la servitude » (Mosiah 29:17-20), ce qui est le même argument que celui du frère de Jared : « Assurément, cela conduit à la captivité » (Éther 6:23). Il se peut que Mosiah ait trouvé du soutien pour son attitude dans le texte jarédite ; peut-être a-t-il été influencé par ce texte ; peut-être a-t-il laissé ses propres sentiments transparaître (consciemment ou inconsciemment) lorsqu'il a traduit le texte.

 

Chapitre 3. Les ressemblances entre Shérem, Néhor et Korihor sont-elles trop grandes ?

 

Le Livre de Mormon accorde une attention particulière à ces trois personnages adversaires de l'institution néphite : Shérem (Jacob 7), Néhor (Alma), Korihor (Alma 30). Ce qui les caractérise, c'est qu'ils sont érudits dans la langue, nient le Christ, lancent des accusations contre les dirigeants religieux néphites, égarent le peuple, mettent en doute le fait que l'on puisse connaître l'avenir, nient les Écritures, s'entendent demander : « Crois-tu aux Écritures ? », hésitent à répondre (le dirigeant néphite hésite à invoquer la puissance de Dieu quand son adversaire exige qu’il lui montre un signe), sont accusés de blasphème, finissent par se confesser, subissent une mort ignominieuse, après quoi le peuple retourne à la justice. Ce qui préoccupe Roberts, c'est que « l’on pourrait évidemment prétendre » que « le même amateurisme » caractérise ces récits (pp. 266-267 ; Roberts a écrit les mots en italiques à la main sur le manuscrit mais, à la suite d'une erreur, ils n'apparaissent pas dans la version imprimée). « Ne retrouve-t-on pas ici, demande-t-il, la preuve que c'est l'œuvre d’un jeune homme pieux traitant les arguments classiques très courants qu’il a assemblés de manière maladroite ? » (p. 271). Roberts aurait dû ajouter Zeezrom à cette liste (Alma 11-14).

 

Les ressemblances entre les arguments de Néhor, Zeezrom et Korihor sont cependant faciles à expliquer. Néhor fonde un ordre religieux qui paraît avoir beaucoup de succès chez les Mulékites. Il semble que son fief politique ait été Ammonihah, car, lorsqu'elle est détruite, dans Alma 16, elle prend le nom de Désolation des Néhors. Zeezrom était « selon l'ordre et la foi de Néhor » (Alma 14:16) ; et nous savons qu'il y avait également à Ammonihah des docteurs de la loi, des juges, des prêtres et des instructeurs, qui étaient de la confession de Néhor (voir Alma 14:18). On ne dit jamais expressément que Korihor appartient à cet ordre, mais il semble tout à fait évident que c'était le cas ; son nom peut être révélateur d'une connexion mulékite, et quand il se moque des traditions néphites, il ne les appelle pas les traditions de « nos pères » mais de « vos » ou de « leurs pères » (Alma 30:27, 31). Il entre aussi au pays de Zarahemla (30:6) et essaie de convertir les Ammonites (30:19), un peuple avec lequel les Néhors avaient déjà eu à faire (24:29). Ainsi donc, ces trois hommes parlent de la même façon parce qu'ils sont de la même confession et qu'ils ont la même formation.

 

Les arguments de Korihor ne sont pas superficiels: au contraire, ils exprimaient virtuellement tous les principaux arguments philosophiques, épistémologiques, humanistes économiques, psychologiques et d’autres du même genre généralement soulevés en opposition à la religion. Son plaidoyer était en fait bien monté et puissamment argumenté[33].

 

Par contre, l'intérêt de Shérem est très différent: il n'est pas opposé à la religion. C’est un puriste. Il souhaite pratiquer la loi de Moïse « qui est la bonne voie » et résiste à l'insertion du culte du messie futur dans la religion (Jacob 7:7). C'est Shérem qui accuse Jacob de blasphème (7:7), ce n'est pas Shérem (au contraire de Korihor) qui est accusé. En fait, Shérem subit le jugement de Dieu pour avoir accusé Jacob à tort. En vertu de la loi israélite, celui qui accusait à tort devait subir ce que la personne accusée aurait dû subir si l'accusation avait été valable (Deutéronome 19:16-21). Ce sont ces différences et plusieurs autres qui rendent le cas de Shérem non seulement plus facile à distinguer, mais aussi plus compréhensible. Les notions juridiques anciennes qui sous-tendent ces procès et d'autres passages du Livre de Mormon montrent des domaines subtils et importants dans lesquels le Livre de Mormon est le reflet de la culture du Proche-Orient ancien – des choses auxquelles on ne s'attendrait pas si le livre était simplement « le fait d'un amateur ».

 

Beaucoup de ressemblances de procédure entre ces affaires peuvent être attribuées à la législation israélite. Par exemple, il était normal que le tribunal, avant d'exécuter le coupable, demande une confession, qu’elle soit volontaire (comme dans le cas de Shérem et celui de Korihor) ou involontaire (comme dans le cas de Néhor). La publication des résultats du procès par une annonce publique du jugement (par exemple, Alma 30:57) était également un procédé juridique classique chez les anciens. Ces détails et d'autres seront traités ailleurs, mais ils montrent les différences aussi bien que les éléments anciens présents dans ces procès.

 

Bien entendu, il se fait aussi que les récits anciens rapportaient les événements selon des formes, des typologies et des formules. Hérodote et Plutarque le font souvent. On ne peut pas s'attendre à ce que le Livre de Mormon soit à la fois un texte antique et une histoire répondant à toutes les règles de l'art d'aujourd'hui.

 

Chapitre 4. Autres absurdités du Livre de Mormon

 

Scènes de bataille. Les récits de batailles du Livre de Mormon sont-elles répétitives ? Il faut dire qu'il y a des répétitions tout aussi flagrantes dans les récits de batailles de l'Iliade. Ce qui est plus important, c'est que les récits de batailles du Livre de Mormon sont bien dans la ligne des pratiques militaires du Proche-Orient antique[34].

 

N'est-ce rien d'autre qu’un « conte de fées » qu'aucun des jeunes guerriers néphites de l'armée de 2060 jeunes d’Hélaman n’ait été tué, bien que beaucoup d’entre eux aient été blessés ? Il faut au moins remarquer qu'il y avait chez les militaires israélites une préférence pour combattre par petits groupes d'hommes choisis, dans un état de pureté rituelle, croyant que Dieu marcherait à la tête d'une telle avant-garde[35]. Ces petites armées de l'ancien Israël passent souvent pour avoir remporté la bataille sans beaucoup de pertes, pour ne pas dire sans pertes du tout (Juges 18:11, 1 Samuel 14:1-23).

 

Expressions bizarres. Il y a des expressions que Roberts considérait comme très bizarres (p. 253) : Les « capitaines en chef, tous ceux qui n'avaient pas été tués (!), s'avancèrent ». Il « rassembla... tous ses biens, à l'exception de ses terres (!), en un seul lieu » (3 Néphi 3:13). « Ils rassemblèrent... tout le peuple qui n'avait pas été tué (!) » (Éther 15:12). Ils disent que « si le vin empoisonnait un Lamanite, il empoisonnerait aussi un Néphite » (Alma 55). Ces exemples nécessitent-ils un commentaire[36] ?

 

Comment Moroni pouvait-il écrire aux dirigeants d'une république et les accuser de rester oisifs sur leurs trônes (Alma 60) ? La réponse, c’est que la « république » néphite (elle n'est jamais appelée comme cela dans le Livre de Mormon) n'était pas une république au sens moderne du terme[37]. Le chef de la nation néphite s'asseyait toujours sur un siège du jugement, était toujours gouverneur et, sans aucun doute, avait toujours un trône sur lequel s'asseoir quand il remplissait les fonctions de son office.

 

En ce qui concerne l’épisode d’Alma 46, où Moroni déchire son manteau et écrit dessus un étendard de combat appelé l'étendard de la liberté, ce qui gêne Roberts, c'est que l’édition de 1830 du Livre de Mormon (et nous pouvons ajouter aussi le manuscrit de l’imprimeur – il y a une lacune dans le manuscrit originel où cette expression apparaît) dit que Moroni s'en alla agitant « la déchirure de son manteau ». Roberts y voit une absurdité, puisqu'en anglais on ne peut pas agiter « la déchirure » elle-même mais simplement une partie déchirée. En anglais, « déchirure » ne s’utilise tout simplement pas de cette façon. Ce qu'il fallait ici à Roberts, c'était une simple leçon d’hébreu. Dans un commentaire sur ce verset, John Tvedtnes explique: « Dans ce cas-ci, l’hébreu n'utiliserait qu'un seul mot [c'est-à-dire « déchirure », pas « partie déchirée »], gera', « (partie) déchirée », venant de gara' « « il déchira », car les noms en hébreu dérivent de racines – comme les verbes hébreux – par l'ajout de certains systèmes de voyelles, qui les distinguent des autres parties du discours[38]. En d'autres termes, on ne peut pas dire en hébreu « partie déchirée », on forme tout simplement un nom à partir de la racine « déchiré » exactement comme cela se fait dans Alma 46. Dans la bible hébraïque, le mot geracim (qui signifie « partie déchirée », « lambeau » « vêtement déchiré ») apparaît quatre fois de cette manière: dans 1 Rois 11:30-31 et 2 Rois 2:12. Il est traduit par « morceaux » et dans Proverbes 23:21 par « haillons ». Dans la Version du roi Jacques,  « déchirure » apparaît dans Ésaïe 3:24, mais le mot hébreu (niqepa, « corde », ochionio dans la Version des Septante) est différent. En outre, Joseph Smith ne devait certainement pas connaître la signification du mot « déchirure[39] » (tel qu'il apparaît dans Alma 46) grâce à une expression biblique qui lui aurait été accessible. En fait ce « problème » se transforme, selon Tvedtnes, en « élément de preuve en faveur de l'authenticité de la traduction ». (De plus, le récit d'Alma 46 semble mettre droit dans le mille quand il associe ce vêtement déchiré au vêtement de Joseph que nous appelons « la tunique de plusieurs couleurs » mais qui, en hébreu, serait sans doute appelée « la tunique de plusieurs pièces »[40].

 

Roberts, dans son analyse du pire des cas, considère le fait que Moroni déchire son manteau comme « suffisamment spectaculairement héroïque pour satisfaire le désir le plus extravagant d'un garçon qui a l'imagination fervente ». C'est sans aucun doute spectaculaire, comme on pourrait s'y attendre dans un récit écrit par un général, le général Mormon, à propos de son héros, le capitaine Moroni, que Mormon idéalisait comme étant le plus grand dirigeant néphite jamais connu et dont il avait donné le nom à son fils. Toutefois, ce qui manque à Roberts pour son analyse, ce sont des informations sur la manière dont on faisait la guerre autrefois dans le Proche-Orient et chez les Israélites. Le procédé utilisé par Moroni de déchirer son manteau et d'exiger de ses soldats qu’ils fassent serment de loyauté avec comme châtiment que s'ils ne se battent pas bien ils seront déchirés comme le manteau l’a été, était, selon de Vaux, une pratique militaire courante dans le Proche-Orient[41]. Saül fait quelques chose de semblable quand il découpe symboliquement une paire de bœufs et en envoie des morceaux à toutes les villes israélites avec la menace: quiconque ne marchera pas à la suite de Saül et de Samuel aura ses bœufs traités de la même manière[42] » (1 Samuel 11:7). L'utilisation de la perche par Moroni ressemble au nes ou perche de combat du Proche-Orient[43] et l’utilisation de bannières ou de drapeaux de bataille avec un sens religieux est confirmée depuis longtemps en Israël grâce aux manuscrits de la mer Morte[44]. Pour ce qui est des « erreurs de détail de grammaire et l'usage fautif des mots » en général, Roberts, en 1909, attribue facilement ce problème à Joseph Smith et pas à Dieu[45].

 

Parallèles bibliques. Roberts mentionne aussi très brièvement le fait que certains récits du Livre de Mormon ressemblent à des textes bibliques. Par exemple, l’étoile de Mathieu lors de la naissance de Jésus, le « jour qui ne sera ni jour ni nuit » de Zacharie, le « demeure jusqu'à ce que je vienne » de Jean, la « foi comme un grain de sénevé » de Mathieu et le « départ » de Moïse : on trouve une variante de chacun d’eux dans le texte du Livre de Mormon. Il est certain que l'utilisation par Joseph Smith de mots, d'expressions, d’images, de types et de péricopes bibliques dans sa traduction du Livre de Mormon mérite étude. Cette tâche est immense, en partie parce qu'il y a littéralement des milliers d'expressions bibliques qui apparaissent dans tout le Livre de Mormon. Elles étaient apparemment un élément inséparable du vocabulaire quotidien de Joseph Smith. Ce que cela signifie individuellement ou collectivement doit encore être déterminé.

 

Une prophétie ridicule ? Roberts semble embarrassé par la prophétie du Livre de Mormon que les Indiens ou « reste de Jacob » seront comme un lion au milieu des Gentils. Certains pourraient dire que les gens du 19e siècle auraient pu y croire, suggère Roberts, « mais il est aujourd'hui impossible d'entretenir de telles idées sur la terreur que pourrait inspirer la race autochtone, sur son triomphe et sa domination sur la nation gentile des États-Unis » (p. 182). Outre le fait que la prophétie peut très bien signifier quelque chose d'autre qui se produira un jour, ceci (ou n’importe lequel de ces nombreux arguments) représentait-il l'opinion de Roberts ? Ce n'était certainement pas le cas, comme le montre tout d'abord son affirmation que cet argument pourrait être avancé « par quelqu’un qui est disposé à critiquer le Livre de Mormon » (p. 182) et deuxièmement par la conviction profonde qu'il avait que le Livre de Mormon avait prophétisé puissamment sur l'avenir de l'Amérique. Voyez dans ce sens son discours de conférence d'avril 1933, prononcé cinq mois seulement avant sa mort.

 

Chapitres 5-6. Les récits de conversion du 19e siècle

 

Roberts émet l'objection que la vision de Léhi dans 1 Néphi 1 ressemble aux récits de conversion du 19e siècle (p. 284). On peut comprendre pourquoi Roberts n'a pas pu reconnaître la forme ancienne de la « théophanie du trône » et du « mandat prophétique » que l'on trouve maintenant de manière si régulière dans les Apocryphes et les Pseudépigraphes, puisqu'une grande partie de cette littérature  n’a été redécouverte que récemment[46]. Ces visions anciennes correspondent beaucoup mieux à la vision de Léhi que les récits de conversion du 19e siècle. Roberts aurait toutefois dû prendre note du contenu d'Ésaïe 6 et d’Ézéchiel 1-11, qui sont plus étroitement apparentés à 1 Néphi 1 que les récits de conversion du 19e siècle.

 

Roberts relève, dans ces conversions, deux éléments généraux qu'il trouve particulièrement frappants. Il y a d'abord le fait que les convertis étaient accablés par l'expérience divine et tombaient sur le sol au 19e siècle, comme le font certains personnages du Livre de Mormon. Il est clair que c'est quelque chose qui se passait aussi autrefois, comme l'illustre très bien Ézéchiel 3:23, 9:8, 11:13. Le fait de tomber rituellement par terre dans le discours du roi Benjamin semble étroitement apparenté aux pratiques des fêtes du nouvel an israélite dans l’Antiquité[47].

 

Deuxièmement, il y a le fait que les convertis étaient préoccupés par leur état pécheur et poussaient des exclamations à ce sujet au 19e siècle, comme certains personnages du Livre de Mormon (mais pas Léhi). Mais cela n'est-il pas aussi antique et biblique ? Dans Ésaïe 6:5-7, on trouve une réaction semblable dans un contexte biblique : « Malheur à moi! je suis perdu, car je suis un homme dont les lèvres sont impures… Ceci a touché tes lèvres; ton iniquité est enlevée, et ton péché est expié ». On peut facilement donner d'autres exemples.

 

Outre le fait que l'on peut constater que ces deux éléments sont tout à fait à leur place dans le monde antique, il conviendrait de franchir deux étapes de plus que les réflexions superficielles de Roberts. L'une d'elles est de se demander s’il y a, dans les conversions du Livre de Mormon, des éléments qui diffèrent des récits du 19e siècle. La réponse à cette question est positive. Les conversions et les  mandats prophétiques de Léhi, d’Énos et d'autres découlent de leurs prières d'intercession –  puisqu'ils prient en faveur de leur peuple, ne recherchant même pas la conversion. Alma le Jeune ne demandait même rien du tout et a été visité par « l'ange du Seigneur » (une appellation préexilique). Ces différences affaiblissent considérablement les parallèles proposés.

 

L'autre question consiste à se demander si ces différences n’ont pas des parallèles dans les textes récemment découverts, comme dans les Pseudépigraphes. Par exemple, la prière d'intercession est une partie habituelle du motif de l'appel prophétique, un motif qui est maintenant bien compris[48]. De toute évidence il y a fatalement des ressemblances entre les expériences spirituelles anciennes et modernes ; cela peut expliquer certains éléments de base communs entre ce que Roberts a découvert au 19e siècle et ce qui se passe dans le Livre de Mormon. Mais cela ne met pas le Livre de Mormon en cause.

 

Aucune des autres observations de Roberts ne semble justifiée. Il attire l'attention sur le fait que les conversions du 19e siècle étaient extrêmement émotionnelles, faisant allusion à « cette sorte de conversion hystérique » dont il suppose (peut-être à tort) qu’elle est « si courante à l’époque et à l’endroit de la parution du Livre de Mormon » (p. 291). Le lecteur peut s'en contenter, mais je vois peu de choses dans le Livre de Mormon que l'on puisse qualifier de « conversion hystérique » ou même de prophétie extatique (qui était effectivement connue dans l'Israël ancien[49]). En outre, ce n'est pas comme si Joseph Smith approuvait les excès spirituels de ce genre, car il ne les a pas tolérés en 1831 à Kirtland. Voyez, par exemple, D&A 43. Le discours de Benjamin est liturgique, pas « hystérique » ; la conversion de Lamoni est poignante, intense, mais pas « hystérique ». Bien que le peuple réagisse de manière émotionnelle lorsque l’étoile annonçant la naissance de Jésus apparaît et qu'il fond effectivement en larmes (3 Néphi 4:31-33) quand il exécute Zemnarihah (le chef des brigands de Gadianton), néanmoins ce ne sont pas là des histoires de conversion, mais des récits de délivrance par rapport à une agression physique imminente. Les détails précis des traditions israélites anciennes en matière d'exécution des chefs de bande de bandits de grand chemin ou de brigands qui harcelaient les civilisations anciennes montrent que ces récits du Livre de Mormon s’inscrivent d'une manière beaucoup plus exacte dans le contexte de l'Antiquité[50].

 

Des expressions extatiques telles que « Hosanna au Dieu Très-Haut. Béni soit le nom du Seigneur Dieu Tout-Puissant, le Dieu Très-Haut » (3 Néphi 4:32) ne sont-elles pas à leur place dans le monde antique ? « Ils criaient l'un à l'autre, et disaient : Saint, saint, saint est l'Éternel des armées » (Ésaïe 6:3). En fait, la bénédiction psalmodiée dans 3 Néphi 4 était dite rituellement à la louange de Dieu pour avoir délivré son peuple de ses ennemis. Le parallèle le plus proche ici – bien plus apparenté que les sources du 19e siècle – est sans doute la bénédiction de Melchisédek : « Béni soit le Dieu Très-Haut, qui a livré tes ennemis entre tes mains » (Genèse 14:20).

 

Le fait de reconnaître la grâce de Dieu est-il uniquement une notion protestante ? Certainement pas. L’hébreu hesed se traduit habituellement par « miséricorde », mais il « peut souvent être rendu par 'grâce' », comme le démontre par exemple amplement le chapitre de Wheeler Robinson sur la grâce et le repentir dans l'Ancien Testament[51]. Selon l'Ancien Testament, la miséricorde de Dieu et sa droiture (sa grâce et sa justice) étaient des vertus absolues manifestées toutes deux  simultanément par lui (voir, par exemple, Osée 2:19-20 ). De même, le Livre de Mormon considère Dieu comme étant à la fois juste et miséricordieux, comme sauvant par la grâce (la miséricorde) « après tout ce que nous pouvons faire » (la justice), etc. Par contre, les conversions typiques du 19e siècle mentionnées par Roberts sont précisément dépourvues de ce genre d'équilibre, mettant presque exclusivement l'accent sur la grâce de Dieu.

 

Les parallèles que Roberts cite entre les expériences de Joseph Smith et de la jeune Église dans les années 1830 peuvent être tout aussi insignifiants, mais il n'entre pas dans notre propos de commenter là-dessus puisqu’ils n’ont aucun rapport direct avec ce qui se trouve dans le Livre de Mormon lui-même.

 

Troisième partie

 

La comparaison de Roberts entre le Livre de Mormon et View of the Hebrews d’Ethan Smith

 

La plus grande partie de Studies (pp. 149-250, 321-344) est constituée du traitement par Roberts des parallèles entre View of the Hebrews (VH), publié par Ethan Smith en 1823, et le Livre de Mormon. Dans cette étude, Roberts construit implacablement et sans ménagement la thèse que le Livre de Mormon s’est inspiré de VH, sur la base de 26 ressemblances entre les deux livres. Il ne fait aucun effort pour mitiger leur impact, mais le monte en épingle en faisant fréquemment allusion à l’effet cumulatif de ces points.

 

Le raisonnement de Roberts appelle plusieurs commentaires :

 

1) Si nous devons croire que Joseph Smith connaissait suffisamment bien VH pour le suivre dans des détails aussi poussés que le suggère Roberts et si nous devons croire que Joseph Smith a accepté VH comme faisant suffisamment autorité pour l’utiliser comme guide fondamental pour l’élaboration de la structure du Livre de Mormon, comment se fait-il que le Livre de Mormon contredise ou ignore un aussi grand nombre de ses détails les plus importants ? En d’autres termes, si 26 ressemblances vagues prouvent qu’il y a eu dépendance, que prouvent plus de 80 différences flagrantes ?

 

2) Au fait, à quel point les parallèles sont-ils significatifs ? Sont-ils précis ou généraux ? S’ils sont généraux, avons-nous une raison quelconque de croire que c’est justement à Ethan Smith que Joseph Smith les a empruntés ? Pourquoi pas aux nombreux autres auteurs des années 1820 qui publiaient à ce moment-là des déclarations générales du même genre ? En fait, beaucoup de personnes entretenaient certaines des croyances exprimées dans VH longtemps avant, pendant et après les années 1820. En outre, attendu que les ressemblances se révèlent être très générales, on peut facilement considérer qu’il ne les a empruntées à personne.

 

Les deux arguments ci-dessus seront développés et démontrés plus loin. Comme cela a été montré par ailleurs, d’autres approches sont possibles.

 

3) Il faut se demander quelle est la probabilité réelle que Joseph Smith se soit vraiment inspiré de VH. Il n’existe pas de preuve concrète que Joseph Smith ait jamais lu VH ni qu’un de ses collaborateurs en ait eu un exemplaire ou ait connu l’ouvrage ou ait vu un lien quelconque entre lui (ou des écrits semblables) et le Livre de Mormon (bien que le bruit ait couru récemment qu’il existe un exemplaire de VH contenant le nom d’Oliver Cowdery). L’affirmation de Roberts que VH existait depuis « cinq à sept ans » avant la parution du Livre de Mormon est exagérée, car la traduction du Livre de Mormon a commencé en 1828 et a été terminée en juillet 1829. Par conséquent la période de temps au cours de laquelle le lien doit être établi est plus courte que ce que prétend Roberts.

 

4) Il n’y a aucune indication non plus que des contemporains de Joseph et d’Ethan Smith aient vu une dépendance de l’un par rapport à l’autre. Gordon Thomasson a récemment fait observer qu’en dépit de la notoriété immédiate de Joseph Smith, qui a incité des personnes telles que Charles Anthon à se dissocier publiquement du mouvement de Joseph, Ethan Smith n’a rien fait de la sorte. Pourtant il y a autant de chances (et même davantage) qu’Ethan Smith ait connu l’existence du Livre de Mormon après sa publication, qu’il y en a que Joseph ait connu l’existence de VH. En outre, 23 ecclésiastiques protestants éminents auraient-ils donné leur caution, en 1833, au livre d’Ethan Smith dans une publication à grande diffusion[52], s’ils pensaient qu’il y avait eu des liens avec le mormonisme naissant ou qu’il avait été exploité si peu que ce soit par celui-ci ? Auraient-ils gardé le silence s’ils avaient vu une ressemblance crédible entre les deux livres ?

 

5) On peut contester fondamentalement la méthode comparative[53]. Bien entendu, Roberts lui-même se rendait compte que beaucoup de ses « parallèles » étaient extrêmement faibles. À propos de la suggestion que le nom Éther dans le Livre de Mormon pourrait venir du nom « Ethan Smith (!) »,  il fait lui-même cette mise en garde : « Ne prenez pas cette idée trop au sérieux » (p. 187). Il écrit : « Ce que nous recherchons dans cette étude n’est pas une identité absolue des événements, ni des parallèles absolus entre les conditions et les circonstances, mais une chose ici, une autre là, qui peuvent en suggérer une autre du même genre, de façon à faire de l’une le produit de l’autre » (p. 187). C’est déjà en soi de l’aveu d’une méthodologie très boiteuse.

 

6) Une autre façon d’aborder la question pourrait être d’énumérer les centaines de différences entre le Livre de Mormon et VH. VH n’est qu’un livre qui présente des rapports en faveur de l’idée que les Indiens étaient les descendants des dix tribus perdues d’Israël. Il ne contient pas d’histoire, pas de récits, pas de visions, pas de révélations, pas de personnalités, pas de textes écrits par ces gens eux-mêmes. Il y a donc un nombre énorme de choses que le Livre de Mormon contient que l’on ne trouve pas dans VH. Le lecteur peut se faire une bonne idée du maigre contenu de VH en lisant le résumé ci-après de ses points principaux. Tout ce qui est en plus est de la matière nouvelle ajoutée par le Livre de Mormon. Donc, même si l’on avance VH comme explication d’une partie du Livre de Mormon, il n’explique pas grand-chose.

 

7) Le test final consiste à lire VH soi-même. C’est un ouvrage ennuyeux, répétitif et ampoulé. Un petit nombre de ses sources principales est constamment cité et l’auteur est raisonneur et tire des conclusions hâtives. Pour le lecteur moderne, il semble très naïf ; même ses lecteurs contemporains ne considéraient pas ses arguments comme persuasifs. Comme le montre la critique commentée dans l’édition de 1825 (p. 279), le critique n’avait trouvé « rien de concluant dans tout cela ». Il n’avait pas été impressionné : « Nous n’avons aucune preuve que les coutumes et les institutions des Hébreux... étaient propres à ce peuple. »

 

Il faut aussi relever le fait que Roberts n’avançait pas ici une thèse qui lui était propre. I. Woodbridge Riley[54], dont Roberts connaissait bien le livre, fut apparemment le premier à parler du parallèle entre VH et le Livre de Mormon[55]. Ainsi donc, en avançant sa théorie, Roberts savait qu’il exprimait les idées d’adversaires du Livre de Mormon et qu’il n’énonçait pas de « conclusions » à lui, comme il le dit lui-même dans sa lettre (non envoyée) à Heber J. Grant[56].

 

« Un non-parallèle »

 

La question qui se pose est celle-ci : Devons nous tirer la conclusion que Joseph Smith a puisé expressément les éléments principaux de la structure du Livre de Mormon dans VH ? Pour pouvoir le dire, il faut montrer qu’il connaissait bien VH et le respectait profondément. Si c’est le cas, il aurait dû le suivre – ou du moins n’aurait pas dû le contredire – dans ses points principaux. Or, pour ce qui est de le contredire, il le contredit maintes et maintes fois. Puisque Roberts a attiré l’attention sur certains « parallèles », considérons, dans cet ordre d’idées, les « non-parallèles » suivants.

 

1. VH commence par un chapitre (pp. 2-46) sur la destruction de Jérusalem. Ce chapitre n’a cependant rien à dire concernant la destruction de 587/586 av. J.-C. par les BabyIoniens, mais donne de nombreux détails sur la destruction totale de Jérusalem par les Romains en 70 apr. J.-C. La Jérusalem décrite par VH est celle de l’époque du Christ, avec un palais, des tours sur ses trois murailles, un fort, etc. (p. 16). S’il avait suivi cette description, Joseph Smith aurait involontairement attribué ces détails à la Jérusalem de l’époque de Léhi. De plus, David Whitmer se rappelle avoir entendu Joseph dire qu’il ne savait pas que Jérusalem avait des murailles avant d’avoir traduit 1 Néphi, qui y fait allusion[57].

 

2. Des signes célestes précis marquèrent la destruction de Jérusalem : un météore resta suspendu dans le ciel au-dessus de la ville pendant une année (p. 24); une jument donna naissance à un agneau (p. 25); des chars et des hommes armés apparurent dans les airs au-dessus de Jérusalem (p. 25); un homme courut librement les rues, proclamant sept ans de malheurs (p. 26); il y a une description de famines, d’horreurs, de suicides collectifs et de prisonniers mourant de faim (p. 34). Pourquoi Joseph Smith ne prête-t-il aucune attention à des détails aussi singuliers et aussi mémorables ?

 

3. Le chapitre 2 (pp. 47-66) décrit « Le rétablissement certain de Juda et d’Israël ». Il faut noter d’emblée que le mot « rétablissement » signifie quelque chose de tout à fait différent pour Joseph Smith que dans VH, à savoir le rétablissement de toutes choses dans une dispensation finale.

 

4. On trouve dans VH de nombreuses prophéties concernant le rétablissement d’Israël, notamment Deutéronome 30; Ésaïe 11, 18, 60, 65 ; Jérémie 16, 23, 30-31, 35-37 ; Sophonie 3; Amos 9; Osée, Joël. Le texte rattache aussi la vallée d’ossements desséchés d’Ézéchiel au rétablissement des dix tribus. Ces passages sont traités en détail et avec enthousiasme comme étant la preuve importante et indéniable que le rétablissement des tribus perdues aura lieu. C’est, dans la logique de VH, un élément essentiel ; pourtant, à l’exception d’Ésaïe 11, aucune de ces écritures n’apparaît dans le Livre de Mormon. Ézéchiel 37:16-20 peut se rattacher à 2 Néphi 3:12, mais ce dernier passage dit simplement que les écrits des reins de Juda et des reins de Joseph « se rejoindr[ont] pour confondre les fausses doctrines ». Attendu que le mot « bois » n’apparaît qu’une seule fois dans le Livre de Mormon (1 Néphi 16:23)[58], G. Smith exagère quand il prétend que « VH et le Livre de Mormon identifient les Indiens américains comme étant le ‘bois de Joseph ou Éphraïm’ »[59].

 

5. VH décrit avec des détails précis les frontières de la Terre Sainte (de l’Égypte à la Mésopotamie) qui devra un jour être rendue pour toujours aux tribus d’Israël pour que les prophéties de Dieu s’accomplissent (pp. 49-50). Le Livre de Mormon ne donne aucune précision quant aux pays d’héritage qui seront occupés par les Israélites rassemblés.

 

6. Le chapitre 3 (pp. 67-225) constitue la plus grande partie du livre. Il avance des éléments montrant que les Indiens américains sont les dix tribus perdues d’Israël. Il donne de nombreux détails qui,  de l’avis d’Ethan Smith, sont des « hébraïsmes distingués » et des caractéristiques données à l’Israël d’autrefois « et visant à le distinguer de toutes autres nations » (p. 154). La plupart de ces détails « distingués », qui paraissaient si évidents à Ethan Smith, ne se retrouvent pas dans le Livre de Mormon, comme on pourrait s’attendre à les y trouver si Joseph Smith utilisait VH ou essayait de rendre son livre persuasif. Par exemple :

 

7. VH s’attend à ce que deux groupes, les Juifs et les Indiens américains, soient rétablis (p. 71). Le Livre de Mormon s’attend à ce que trois groupes – les Juifs, les Néphites et les dix tribus – soient rétablis (2 Néphi 29:13). Où que soient les dix tribus, elles ne sont pas les mêmes que les Indiens américains pour le Livre de Mormon (3 Néphi 17:4). C’est le rejet fondamental de l’unique thèse de VH.

 

8. VH s’attarde sur Osée 4:16, qui dit que le Seigneur fera paître les tribus « comme un agneau dans de vastes plaines ». Pour VH, c’est là une preuve importante qu’elles se trouvent dans un vaste territoire (p. 72). Cette prophétie n’est utilisée nulle part dans le Livre de Mormon.

 

9. VH ne cesse de répéter que les dix tribus sont allées en Amérique par le « Détroit de Beering » (sic), qu’elles ont traversé « à pied sec » (pp. 76-78; voir aussi pp; 114, 153, 159, 168 etc.). Selon VH, cette opinion est incontestable, étayée qu’elle est par Jarvis, Sewall, Israel, Adair et Boudinot (de la société biblique américaine). « Elles se sont certainement rendues par là et sans aucun doute par le détroit de Beering depuis le nord jusqu’à l’est de l’Asie » (p. 168). Et cependant le Livre de Mormon est carrément et d’une manière flagrante en conflit avec ce récit « érudit » et, à l’époque, accepté comme faisant autorité.

 

10. D’après VH, les Indiens se sont répandus dans le pays depuis le nord vers l’est et depuis le nord vers le sud. Ceci est confirmé par plusieurs récits indiens et mentionné à diverses reprises dans VH (voir pp. 81-83, 146, 182). C’est un point capital, puisque Amos 8:11-12 prophétise qu’elles iront du nord à l’est, alors que les migrations importantes de population dans le Livre de Mormon se déplacent toujours du sud vers le nord.

 

11. Les Indiens sont Israélites parce qu’ils utilisent le mot « Alléluia » (p. 87 et à plusieurs autres reprises). Nous avons ici une des preuves préférées de VH, l’évidence même que les Indiens sont Israélites. Pourtant le mot n’est jamais utilisé dans le Livre de Mormon.

 

12. Les Indiens sont Israélites parce qu’ils font des sacrifices et jeûnent quand ils se préparent pour la guerre et se purifient pour le combat. Ils s’abstiennent aussi « de toutes relations matrimoniales trois jours avant d’aller à la guerre... et trois jours après le retour » (p. 123). De telles pratiques ne se produisent jamais dans le Livre de Mormon. Au contraire, les peuples du Livre de Mormon jeûnent après leurs batailles en signent de deuil pour leurs morts, ce qui est un trait préexilique authentique[60].

 

13. Les Indiens sont Israélites parce que les mots indiens ressemblent à l’hébreu. Un tableau donnant 34 mots ou membres de phrases indiens avec les équivalents hébreux apparaît aux pp. 90-91. Aucun lecteur du livre ne pourrait passer à côté de ce tableau. VH dit aussi que le mot indien qui signifie « esprit » est manito (p. 146). Si Joseph Smith avait voulu inventer, pour les utiliser dans le Livre de Mormon, des noms qui confirmeraient son affirmation que c’étaient là des mots hébreux authentiques du continent américain, il aurait sauté sur une liste toute faite comme celle-là ! Et pourtant aucun – pas un seul – de ces 34 mots hébreux et indiens n’a ne serait-ce que la moindre ressemblance avec l’un des 175 noms qui apparaissent pour la première fois dans le Livre de Mormon. Si Joseph Smith avait accordé la moindre crédibilité à VH, les noms qu’il aurait inventés pour son propre livre auraient indubitablement ressemblé à ces mots de VH, par exemple: Keah, Lani, Uwoh, Phale, Kurbet, etc.

 

14. Les Indiens sont Israélites parce qu’ils connaissent l’histoire du déluge et appellent les hautes montagnes « ararat « (pp. 91, 115, 170, etc.). Puisque VH mentionne ce facteur à plusieurs reprises, c’est que c’était une preuve importante pour Ethan Smith. Mais l’histoire du déluge n’est jamais racontée dans le Livre de Mormon (Noé est mentionné une fois). En outre, VH prétend que les Indiens parlent de la création de la femme à partir des côtes de deux hommes (p. 143), et pourtant il n’est jamais question de côtes dans le Livre de Mormon.

 

15. Les Indiens sont Israélites parce qu’ils ont des danses religieuses avant d’aller à la guerre (pp. 92, 165). Outre le fait que le Livre de Mormon ne parle jamais de danse (à l’exception des jeunes filles qui dansent dans Mosiah 20:5 – ce qui se révèle être la célébration de la fête préexilique  du 15 Ab[61]), on ne voit pas bien dans les sources bibliques que les Israélites dansaient pour se préparer à la guerre.

 

16. Les Indiens sont Israélites parce qu’ils appellent Dieu « Jah », et que cela est « exclusivement hébreu » (p. 92). Ils psalmodiaient « hal, hal, hal; le, le, le; lo, lo, lo; yah, yah, yah » (Studies, p. 237). Alors pourquoi Joseph Smith n’appelle-t-il pas Dieu « Jah », ne serait-ce qu’une fois dans le Livre de Mormon ? Ou n’utilise-t-il pas le mot Alleluia? Jéhovah n’apparaît que dans 2 Néphi 22:2 et Moroni 10:34.

 

17. VH donne Abbazmocko, un nom indien, comme exemple de nom hébreu, « Abba » signifiant « père » en hébreu (p. 94). Mais si Joseph Smith s’était inspiré de cette mauvaise analyse, il aurait fait une bêtise. L’hébreu « Abba- » n’apparaît pas comme préfixe dans l’onomastique israélite. Quand « père » est utilisé comme préfixe dans un nom hébreu, sa forme est simplement « Ab- », comme dans Ab-raham. Le Livre de Mormon reproduit correctement cet usage, comme dans les noms Abinadi et Abinadom.

 

18. Les Indiens adoraient le soleil (p. 95) et « saluaient l’aube chaque matin » (p. 157), montrant qu’ils étaient pieux et croyants comme les Israélites. C’est quelque chose qui n’est jamais toléré dans le Livre de Mormon, sans aucun doute parce que c’était là l’une des hérésies mêmes que Léhi a dû combattre, comme le montre bien Ézéchiel 8:15-16: « Tu verras encore d’autres abominations plus grandes que celles-là… ils se prosternaient à l’orient devant le soleil. »

 

19. Les Indiens sont Israélites parce qu’ils emportaient des petites boîtes au combat. Celles-ci les protégeaient contre les blessures. Ce sont des signes certains que les ancêtres des Indiens connaissaient l’arche d’alliance ! (pp. 95-96, 141, 162). Comment Joseph Smith a-t-il pu passer à côté d’un hébraïsme aussi distingué et si souvent attesté que celui-là ? Pourtant dans toutes les scènes de combat du Livre de Mormon, il n’y a pas la moindre allusion à une arche, boîte ou sac servant de fétiche militaire ou d’objet de cérémonie.

 

20. Les Indiens sont Israélites parce qu’ils circoncisent leurs garçons (pp. 97, 170). Un Indien en particulier se souvenait avoir été maintenu pendant que son père accomplissait ce rite sur lui. Si Joseph Smith avait compris que cette pratique israélite avait persisté jusqu’à son époque sur le continent américain, pourquoi alors met-il fin à la pratique dans Moroni 8:8 (« la loi de la circoncision est abolie ») chez les Néphites ? Il ne laisse aucun indice de ce que les méchants Lamanites aient continué une telle pratique.

 

21. Les Indiens sont Israélites parce qu’ils croient que l’air est rempli de bons et de mauvais esprits (pp. 99, 156), de même que les Hébreux croyaient en de bons et en de mauvais anges. Ceci n’est en aucune façon l’angélologie du Livre de Mormon. Au contraire, le Livre de Mormon n’en contient que peu ; il parle de « l’ange du Seigneur », mais pas de grand-chose d’autre. Les bons et les mauvais anges, qui sont courants dans VH, n’entrent dans la théologie hébraïque qu’après l’exil babylonien, après que les dix tribus de VH et le Léhi du Livre de Mormon ont, les uns et les autres, quitté la Palestine. Non seulement le Livre de Mormon n’est pas d’accord là-dessus avec VH, mais VH lui-même est à côté du sujet.

 

22. Les Indiens sont Israélites parce qu’ils sont « enflés d’orgueil religieux » et qualifient tous les autres de « maudits » et cependant se considèrent comme le peuple élu de Dieu (p. 96). Outre que cette affirmation contredit les nombreux éléments que VH met plus loin en avant pour prouver que les Indiens sont Israélites parce qu’ils sont hospitaliers et bons (pp. 174-177), ce n’est absolument pas l’attitude que le Livre de Mormon attribue à ses survivants Lamanites.

 

23. Les Indiens sont Israélites parce qu’ils appellent Dieu « Providence » (p. 57), le « Grand Père principal » (p. 100), le « Grand Homme là-haut » (p. 107),  « Celui qui tonne » (p. 159), « l’Essence suprême » et la « fontaine de la médecine mystique » (p. 159). Le Livre de Mormon ne donne à Dieu aucun de ces noms distinctifs, bien que le Lamanite Lamoni s’en rapproche.

 

24. Tout en disant, à certains endroits, que les Indiens sont Israélites parce qu’ils ont « l’idée qu’il n’y a qu’un seul grand Dieu véritable » (p. 102), VH parle aussi des Indiens qui croient que Dieu est dans le bison, le loup, l’ours, un oiseau ou un serpent à sonnettes (p. 102) et d’Indiens qui croient en 37 dieux (p. 106). Qu’est-ce que tout cela a à voir avec la théologie du Livre de Mormon ?

 

25. Les Indiens sont Israélites parce qu’ils croient que les dieux contrôlent la destinée de l’homme (p. 106). On a davantage l’impression que VH introduit un peu de calvinisme dans les traditions indiennes. Le Livre de Mormon ne connaît rien de cette histoire de destinée.

 

26. Les Indiens sont Israélites à cause de « leur habillement et leurs colifichets, aussi évidents que ceux de l’Israël ancien ; leurs boucles d’oreilles, bijoux pour le nez, bracelets aux bras et aux jambes, anneaux », etc. (p. 108). Les bijoux sont rarement mentionnés dans le Livre de Mormon (les Zoramites avaient des annelets, des bracelets et des ornements d’or, Alma 31:28), alors que VH aurait incité Joseph Smith à croire que c’était une caractéristique israélite importante. Ce qui était plus important pour le Livre de Mormon, c’étaient les « vêtements précieux » qui sont souvent mentionnés.

 

27. Les Indiens sont Israélites parce que la tribu Mohawk était une tribu pour laquelle toutes les autres avaient beaucoup de respect, à laquelle elles ont payé le tribut (p. 109). Il serait évident (!) que les Mohawks sont les vestiges de la tribu de Lévi, la tribu d’Israël qui détenait le sacerdoce. Si Joseph Smith croyait qu’une telle tribu ou reste sacerdotal avait survécu jusqu’à son époque, il a oublié de dire quoi que ce soit dans ce sens dans le Livre de Mormon.

 

28. Les Indiens sont Israélites parce que leurs tribus avaient des « emblèmes d’animaux » (p. 111). De la même manière, Dan était symbolisé par le serpent, Benjamin par le loup. Le Livre de Mormon ne mentionne rien de tel ; en fait, Genèse 49 (où Jacob bénit ses fils et mentionne ces animaux) n’associe des animaux qu’à certaines des tribus, contrairement à ce que dit VH.

 

29. Les Indiens sont Israélites parce qu’ils avaient des villes de refuge (p. 112). On ne versait jamais le sang dans ces villes et les prisonniers indiens étaient autorisés à fuir dans ces villes de refuge (p. 167). Il est vrai que la loi israélite ancienne prévoyait des villes de refuge (Exode 21:13 ; Nombres 35 ; Deutéronome 19), mais le Livre de Mormon n’en parle nulle part. Or les nombreux meurtres dont il est question dans le Livre de Mormon (par exemple, celui de Gédéon par Néhor) constituent des occasions en or, pour un écrivain qui suivrait VH, d’insérer la mention d’un lieu de refuge. La réponse réside probablement dans l’idée que les villes de refuge étaient propres à la Terre sainte de Palestine, qui devait tout particulièrement rester pure de la culpabilité du sang (à ma connaissance, il n’existe pas de ville de refuge en dehors de la Palestine dans la Diaspora). La loi mosaïque avait fixé les six villes de refuge avec précision dans certaines localités israélites. Il aurait sans doute été considéré comme inconvenant de supplanter ces villes par des localités dans le Nouveau Monde. Les postes de refuge ne sont, bien entendu, pas mentionnés non plus dans le Livre de Mormon.

 

30. Les Indiens sont Israélites parce qu’ils choisissaient des jeunes gens sages qui devaient mémoriser soigneusement leurs traditions (p. 113). Si Joseph Smith avait été un fervent de VH, le choix de ces jeunes gens aurait été décrit dans le Livre de Mormon, mais au lieu de cela, tous ceux qui transmirent les annales néphites, de Jacob à Amaléki, de Mosiah à Mosiah II et d’Alma le Jeune à Ammaron (4 Néphi, v. 49) étaient pères et fils. Le processus était essentiellement patriarcal et généalogique.

 

31. Les Indiens sont Israélites parce qu’ils avaient des traditions concernant des ancêtres qui avaient vécu « jusqu’à ce que leurs pieds soient usés » (p. 115). Or les patriarches de la Genèse ne sont pas décrits de cette façon dans le Livre de Mormon. Au contraire, « l’âge de l’homme », dans 3 Néphi 28:2, est typiquement ancien[62].

 

32. Les Indiens sont Israélites parce qu’ils ont une tradition qui parle d’un ancêtre ayant douze fils (p. 116). Il n’est jamais question de cela dans le Livre de Mormon, alors qu’il aurait été facile de faire allusion aux douze tribus ou aux douze fils de Jacob.

 

33. Les Indiens sont Israélites parce qu’ils ont une tradition concernant une verge portant des bourgeons (p. 116), un parallèle évident avec la verge d’Aaron. La seule allusion du même genre, dans le Livre de Mormon, est une barre de fer[63].

 

34. S’il avait puisé ses idées concernant les fêtes juives dans VH, l’auteur du Livre de Mormon aurait envisagé la Pentecôte dans les termes suivants : « Le Dr Beatty nous informe sur leur fête, appelée fête du chasseur, correspondant, pense-t-il, à la Pentecôte de l’Israël d’autrefois. Il la décrit comme suit : Ils choisissent douze hommes, qui fournissent douze cervidés. Chacun des douze hommes coupe un arbuste. Avec cela ils construisent une tente fermée par des couvertures. Ils choisissent douze pierres pour faire un autel. » Ces pratiques n’ont rien à voir avec la Pentecôte de l’Israël d’autrefois. Par contraste, le récit d’Abinadi dans Mosiah 11-17, décrit une Pentecôte israélite ancienne avec une précision étonnante dans son langage et son symbolisme liturgiques[64]. Comment l’imitation de VH a-t-elle pu produire une chose pareille ?

 

35. VH mentionne souvent une fête indienne « dans laquelle aucun os de leur sacrifice ne peut être brisé », ce qui est une allusion à une caractéristique centrale de la pâque (p. 117). Néanmoins, cette idée, que ce soit en rapport avec la pâque ou avec Jésus, est absente dans le Livre de Mormon. De même, l’idée de boire des liquides amers (pp. 120, 143), que VH associe à la pâque, est absente dans le Livre de Mormon. Par contre, il y a d’abondantes indications de pratiques subtiles et intimes de la pâque en deux endroits du Livre de Mormon ; les pratiques du Livre de Mormon semblent avoir été inconnues des non-mormons dans les années 1820[65].

 

36. VH conclut que les Indiens sont Israélites parce qu’ils sacrifient leurs « prémices » à Dieu (pp. 118, 145). Or, à part un seul endroit qui mentionne les « premiers-nés » (Mosiah 2:3), l’idée de sacrifice des « prémices » par le peuple dans une célébration de la moisson est absente dans le Livre de Mormon. Seuls Jésus (2 Néphi 2:9, Jacob 4:11) et les fruits du repentir (Moroni 8:25) sont appelés « prémices ». De plus, la fête indienne typique décrite aux pp. 142-143, ne correspond à aucune fête célébrée dans le Livre de Mormon.

 

37. VH affirme que les Indiens « n’ont jamais été connus pour offrir des sacrifices à un dieu de main d’homme » (p. 105). Mais c’est de ce péché même que les Lamanites se rendent coupables dans le Livre de Mormon (Mormon 4:14).

 

38. Les Indiens sont Israélites parce qu’ils faisaient un sacrifice quotidien de graisse dans le feu et faisaient passer leur venaison par la flamme, et la coupaient en douze morceaux (p. 119). Ce grand indicateur « d’israélicité » est également absent dans le Livre de Mormon.

 

39. Les Indiens sont Israélites parce que leurs prêtres portaient des boutons, des coquillages, des bois de cerf, des plumes, des clochettes, des mocassins et des crécelles faites d’éperons de dinde séchés (p. 121) et des aiguilles de porc-épic (p. 166), vêtements que VH rattache aux vêtements du grand-prêtre décrits dans la bible hébraïque. Outre qu’il est douteux que de tels vêtements aient quoi que ce soit à voir avec les vêtements sacerdotaux israélites anciens ou avec Joseph Smith, on doit également noter que le Livre de Mormon ne décrit jamais les vêtements portés par aucun prêtre. De même, le mot « pectoral » apparaît dans VH, mais ne contribue pas beaucoup, dans ce contexte, à établir un rapport avec l’Ancien Testament ou avec le Livre de Mormon.

 

40. Les Indiens sont Israélites parce qu’ils considéraient que leur pays était un pays où « coulaient le lait et le miel » (p. 121). Dans toutes les descriptions que le Livre de Mormon fait de la terre promise des Néphites, cette expression singulière n’est jamais utilisée.

 

41. Les Indiens sont Israélites parce que leurs temples avaient « un saint des saints » (p. 124). Le Livre de Mormon est silencieux sur ce détail important.

 

42. Les Indiens sont Israélites parce qu’ils avaient des règles alimentaires. Par exemple, ils « ne mangeaient jamais le creux de la cuisse des animaux qu’ils tuaient », avaient une manière d’utiliser les couteaux et ne brisaient pas les os des animaux qu’ils mangeaient. Le Livre de Mormon ne mentionne nulle part de telles pratiques, encore moins les lois alimentaires juives, peut-être parce que ces règles n’acquirent une importance fondamentale dans la théologie juive qu’après le départ de Léhi.

 

43. Les Indiens sont Israélites parce que, comme les Hébreux, ils pleuraient leurs morts (p. 124). Bien entendu, les peuples du Livre de Mormon (et tous les peuples) pleurent aussi leurs morts ; mais VH raconte que les Indiens engageaient des pleureuses professionnelles. On ne trouve rien de cela dans le Livre de Mormon.

 

44. VH dit que les Indiens, comme les Hébreux, enterraient du mobilier avec leurs morts (p. 125), une notion qui n’existe pas dans le Livre de Mormon.

 

45. VH dit que les Indiens connaissaient « un hébraïsme distingué », à savoir « pose la main sur la bouche et la bouche dans la poussière ». On ne trouve aucune mention de ce signe certain « d’hébraïcité » dans le Livre de Mormon.

 

46. Les Indiens sont Israélites parce qu’ils pratiquaient le mariage lévirat (p. 125). Vrai ou pas, cela n’est jamais mentionné dans le Livre de Mormon.

 

47. VH affirme que les Indiens sont Israélites parce que les femmes s’isolaient pendant leurs périodes de menstruation et se purifiaient après (pp. 126, 143). Aucune règle de ce genre n’est mentionnée dans le Livre de Mormon.

 

48. Le Livre de Mormon a-t-il découvert l’idée que le mariage monogame était une bonne chose parce que VH mentionne la conception indienne que « prendre un certain nombre de femmes à la fois et les répudier à volonté » était une mauvaise chose ? Cela paraît peu probable. Le Livre de Mormon laisse la porte ouverte à la possibilité de la polygamie, comme c’était le cas dans l’Israël ancien, contrairement à VH. Le Livre de Mormon ne signale nulle part de cas où des hommes ont répudié leurs femmes à volonté ; il parle plutôt beaucoup de prostituées et de concubines.

 

49. Les Indiens sont Israélites parce qu’ils entretiennent une flamme éternelle dans leurs temples (p. 134) et parce qu’ils brûlent des lampes toute la nuit avant une nouvelle lune (p. 164). On ne trouve pas ces détails dans le Livre de Mormon.

 

50. Les Indiens sont Israélites parce qu’ils adorent un Dieu qui contrôle la nature et, pour être précis, « faisait briller le soleil et dispersait les nuages sombres » (p. 135). Cette caractéristique de Dieu n’est jamais mentionnée dans le Livre de Mormon.

 

51. Comme les Hébreux, qui utilisaient l’encens, les Indiens utilisent un sauna et brûlent du tabac au cours de leurs prières (p. 136). Il aurait été facile à Joseph Smith d’intégrer de telles pratiques, par exemple, dans les rites pervers des Zoramites, mais il ne l’a pas fait.

 

52. Les Indiens sont Israélites parce qu’ils priaient Dieu afin d’être « ramenés sains et saufs chez eux auprès de leurs femmes et de leurs enfants » quand ils partaient pour leurs longs voyages (p. 138). La prière d’Alma dans Alma 31:26-35 convient idéalement pour introduire une telle expression, mais on de la trouve pas ni rien qui y ressemble.

 

53. Les Indiens sont Israélites parce que, d’une manière qui est « manifestement hébraïque », ils étaient fort sur leurs gardes contre le mal et commençaient toutes leurs réunions de conseil en fumant le calumet de la paix et en choisissant un orateur pour exprimer leurs idées (p. 144). Ce n’est  pas de cette façon que les négociations ont lieu dans le Livre de Mormon. Voir Mosiah 9:6-7, qui signale une réunion de ce genre, une réunion qui suit les pratiques tribales du Proche-Orient.

 

54. VH considère qu’il est significatif que les Indiens « calculent le temps à la manière des Hébreux. Ils divisent l’année en printemps, été, automne et hiver. Ils calculent leurs années à partir de n’importe laquelle de ces quatre périodes, car ils n’ont pas de nom pour l’année, et ils subdivisent ces périodes et calculent l’année par mois lunaires, comme les Israélites, qui comptaient par lunes » (p. 149). Si Joseph Smith avait suivi cela, il aurait commis une erreur. Le Livre de Mormon, au contraire, calcule les années selon des années de règne et énumère les mois à la manière de l’Israël préexilique[66]. De plus, VH considère comme signe d’érudition indienne le fait qu’ils intercalaient leur calendrier tous les 104 ans (p. 178). Pareille pratique n’existe pas dans le Livre de Mormon.

 

55. VH affirme que les Indiens connaissaient le tétragramme hébreu ou grand nom en quatre lettres YHWH (p. 151). Le Livre de Mormon n’attire jamais l’attention sur ce nom de Dieu.

 

56. Les Indiens sont Israélites parce qu’ils travaillaient pour gagner leurs épouses, comme l’a fait Jacob (p. 155). Cela n’est cependant pas la façon dont Néphi et ses frères prennent femme.

 

57. Les Indiens sont Israélites parce qu’ils pouvaient facilement répudier leurs femmes, comme sous la loi de Moïse (p. 155). Mais le Livre de Mormon est opposé au divorce et invite à la fidélité conjugale.

 

58. VH parle de la pratique indienne d’interpréter les songes et d’interroger l’avenir tandis que leurs prêtres étaient occupés à guérir les maladies ou les blessures (p. 155). Une maladie précise n’est mentionnée qu’une seule fois dans le Livre de Mormon (les fièvres, dans Alma 46:40) ; la médecine n’est jamais associée à la prophétie ni au spiritisme.

 

59. VH associe la médecine et la purification du cœur à la conclusion de traités (p. 157). Les serments des traités dans le Livre de Mormon suivent avec une grande précision les pratiques du Proche-Orient du 8e siècle av. J.-C.[67].

 

60. Les Indiens sont Israélites parce qu’ils rassemblent rituellement trois touffes d’herbe, ont des peintures sacrées, et dix rêveurs (pp. 157-158). Les peintures sont « des onctions et des purifications » et chaque fois que VH trouve le chiffre trois, il est associé à la Trinité ; chaque fois qu’il trouve le nombre 10, il est associé aux dix tribus. Outre que ces idées sont incroyablement naïves, elles n’ont rien à voir avec le Livre de Mormon, qui ne donne jamais expressément le nombre 10 à quoi que ce soit sauf à l’âge de Mormon.

 

61. Les Indiens sont Israélites parce qu’ils font jeûner leurs jeunes garçons sur une colline et les font se rouler dans de l’argile blanche, tout en fredonnant (p. 161). Cela, prétend VH, est l’héritage « de la poussière et des cendres » israélites. Si Joseph Smith avait cru cela, pourquoi le Livre de Mormon est-il silencieux sur ces aspects de la « poussière », du « sac » et de la « cendre » ?

 

62. Les Indiens sont Israélites parce qu’ils avaient des lieux sacrés (des rochers, des arbres, des sources, etc.) où ils tenaient leurs assemblées (p. 165). Bien que le Livre de Mormon parle de plusieurs assemblées officielles, elles ont toujours lieu dans un temple, dans une synagogue ou dans une église ; « les eaux de Mormon » ne sont qu’un lieu d’assemblée de fortune.

 

63. Les Indiens sont Israélites parce qu’ils n’autorisaient que les parents du mort à en obtenir la vengeance par le sang (p. 166). Mais quand on examine soigneusement la vengeance par le sang dans le Livre de Mormon, on constate qu’elle est en rapport direct avec les idées de l’Ancien Testament et n’a rien à voir avec VH[68]. En effet, la pratique indienne paraît étrangère au récit que l’on trouve dans Alma 1 à propos du meurtre de Gédéon par Néhor.

 

64. Les Indiens sont Israélites parce qu’ils connaissaient la fabrication de la brique, la poterie, la sculpture, les outils de fer (p. 172), les peintures, les bâtiments de pierre et la gravure sur bois et sur pierre (pp. 182, 186). Les Israélites ont appris la fabrication de la brique pendant leur esclavage en Égypte – une période de captivité souvent mentionnée dans le Livre de Mormon – mais il n’y est jamais question de la fabrication de la brique, pas plus que de la poterie, de la sculpture, de la peinture, de la gravure sur bois, etc. En effet, les Israélites évitaient « les images taillées », bien que les Lamanites, et les récidivistes eussent des « idoles ».

 

65. La destruction des Israélites à l’orientation plus technique a été la manière de Dieu de mettre les Israélites dans un « état d’exclusion » pour accomplir une prophétie déterminée (p. 172). Il n’est jamais fait allusion à cette prophétie dans le Livre de Mormon.

 

66. Selon VH, les Indiens perdirent rapidement la connaissance qu’ils provenaient tous de la même famille (p. 173). Le Livre de Mormon dit que les affiliations familiales et tribales furent conservées pendant près de mille ans[69].

 

67. Selon VH, même les meilleurs Israélites n’étaient que « partiellement civilisés » (p. 173). Les Néphites du Livre de Mormon étaient pleinement civilisés.

 

68. Les Indiens sont Israélites parce qu’ils savaient construire des digues, des canaux et d’immenses pyramides (p. 179). Aucun canal, digue ou pyramide n’est expressément mentionné dans le Livre de Mormon.

 

69. Quand VH dit que le gouvernement des Indiens était théocratique, cela veut dire quelque chose de différent de ce que veut dire le Livre de Mormon. Pour VH, le gouvernement a été créé par un fondateur mystérieux ancien (comprenez « Moïse ») et est par conséquent théocratique. Ce gouvernement était un « despotisme caché sous l’apparence d’un gouvernement bon et patriarcal » (p. 180). Comparez cette généralité facile à la description précise que fait Benjamin du rôle du roi en Israël (Mosiah 2) et sa paraphrase profonde du paragraphe du roi dans Deutéronome 17[70].

 

70. Les Indiens sont Israélites parce que les Indiens  et les rabbins appelaient leurs prêtres auxiliaires « sagan » (p. 181). Non seulement le Livre de Mormon ne mentionne jamais ce nom, mais il ne parle pas non plus de prêtres auxiliaires.

 

71. VH affirme que les Indiens avaient une « constitution « (pp. 181-182). Aucun document de ce genre n’est jamais mentionné dans le Livre de Mormon en dépit de cette invitation flagrante. La « république » néphite a toujours été loin d’être une république moderne[71].

 

72. VH affirme formellement que les premiers colons qui descendirent du nord vers le sud (le Mexique) y émigrèrent en 648 apr. J.-C. « Tous paraissent d’accord », prétend VH (p. 183). Face à des affirmations aussi généralisées et aussi formelles, quel est le fervent de cet ouvrage qui oserait situer des habitants dans le pays du sud des centaines et des milliers d’années avant cette époque ?

 

73. VH dit que les premiers missionnaires chrétiens étaient convaincus que « à une époque très reculée, l’Évangile avait déjà été prêché en Amérique » (p. 187). Ils n’ont cependant tiré cette conclusion que d’après « les rites de leur religion », leur « rituel » et leur « mythologie ». (p. 187). Il n’est affirmé nulle part, dans VH, qu’ils connaissaient l’existence du Christ.

 

74. VH affirme que les Indiens justes ont été actifs « longtemps » et jusqu’à une époque récente et que leur destruction se produisit vers 1400 apr. J.-C., comme le prouvent les anneaux des arbres près de certains tertres et fortifications (p. 188). Le Livre de Mormon rejette implicitement cette idée en signalant la destruction des Néphites au 4e siècle de notre ère.

 

75. VH décrit une vaste civilisation partout dans la vallée du Mississipi et dans l’est des États-Unis, avec des ouvrages militaires, des murs, des fossés, des forts, des cimetières, des temples, des autels, des camps, plus de 5000 villes ou villages, des terrains de course, des lieux d’amusement, des habitations de chefs, des tours de garde, des monuments et des hauts lieux partout (p. 189). Quand on considère l’ensemble, ces nombreux détails ne constituent qu’un parallèle très faible avec la tour de garde isolée, dont parle Roberts, que les Néphites construisirent au pays de Néphi.

 

76. Les Indiens sont Israélites parce qu’ils savent utiliser l’équerre, le compas, l’octogone et les lignes parallèles (p. 190). On ne trouve aucune indication de géométrie dans le Livre de Mormon.

 

77. Les Indiens sont Israélites parce qu’ils avaient des puits, comme le puits de Jacob, avec une margelle de pierre (p. 190). Aucun puits n’est mentionné dans le Livre de Mormon.

 

78. Les Indiens sont Israélites parce que l’on a trouvé dans leurs tombeaux des miroirs, des haches de pierre, des pectoraux, des creusets et des gaines d’épées (pp. 192-197). La plupart de ces objets ne sont mentionnés nulle part et aucun d’entre eux en liaison avec un enterrement dans le Livre de Mormon.

 

79. Les Indiens sont Israélites parce qu’ils connaissaient les légendes de Quetzalcoatl (pp. 204-208). Mais la surprise pour le lecteur moderne est ici que VH prouve sans l’ombre d’un doute que Quetzalcoatl n’était autre que – non pas Jésus – mais Moïse! « Qui cela pouvait-il être si ce n’est Moïse, l’ancien législateur d’Israël ? » (p. 206, italiques dans l’original). Il était blanc, il donna des lois, exigea la pénitence (l’obéissance stricte), avait un serpent avec un plumage vert (le serpent d’airain dans le désert), et les oreilles percées (comme certains esclaves selon la loi de Moïse), apaisait la colère de Dieu (par des sacrifices), était associé à une grande famine (en Égypte), parlait du haut d’un volcan (Sinaï), marchait pieds nus (ôtait ses chaussures), donna naissance à un âge d’or (sept années d’abondance en Égypte – ce qui n’a rien à voir avec Moïse, soit dit en passant), etc. Si VH avait été la source d’inspiration du Livre de Mormon, il n’a pas été la source de grand chose. Outre le fait que l’explication de VH que Quetzalcoatl était Moïse ne correspond pas à ce que dit le Livre de Mormon, aucun des détails caractéristiques associés, selon VH, à Quetzalcoatl (marcher pieds nus, parler du haut d’une montagne, avoir des plumes, etc.) n’est incorporé à l’histoire du Christ dans 3 Néphi.

 

80. Les Indiens sont Israélites parce que l’on a découvert un phylactère juif enveloppé dans du cuir vert près de Pittsburgh (pp. 217-225). Pourtant, ces prières des Juifs ne sont ni mentionnées, ni paraphrasées, ni incluses d’une autre manière dans le Livre de Mormon. En outre, il est douteux que les Israélites du royaume du Nord aient porté des phylactères avant l’époque de leur destruction par les Assyriens en 722 av. J.-C., comme le prétend VH (p. 224).

 

81. Le chapitre final (pp. 227-252) de VH est intitulé « Discours du prophète Ésaïe concernant le rétablissement de son peuple ». Après avoir répété la plus grande partie des prophéties concernant le rétablissement traitées ci-dessus, VH propose une exégèse détaillée d’Ésaïe 18 pour prouver que celui-ci a vu les dix tribus sur le continent américain. Ce chapitre devient la prophétie la plus puissante de l’arsenal de VH. Bien que le Livre de Mormon puise, lui aussi, fortement dans Ésaïe, toute comparaison est impossible puisque l’on ne trouve pas la moindre parcelle de ce chapitre dans le Livre de Mormon[72].

 

82. Les Indiens sont Israélites parce que, comme les Juifs, ils avaient des harpes (p. 184). Or la technologie des Indiens américains ne fournit aucun indice de la présence d’un tel instrument à l’époque précolombienne. Aucune harpe n’est mentionnée dans le Livre de Mormon.

 

83. VH parle de hiéroglyphes. Le Livre de Mormon, quant à lui, ne parle que d’ « égyptien réformé », ce qui semble être une bonne allusion au hiératique ou au démotique[73].

 

84. Contrairement au Livre de Mormon, VH mentionne de nombreuses idées et de nombreux mots typiquement bibliques, comme « Gog » (p. 54), « Euphrate » (p. 89) ou « Beelzebub » (p. 99). Bien que le Livre de Mormon utilise plusieurs noms bibliques, ils sont différents de ceux qui apparaissent dans VH et révèlent beaucoup de détails intéressants sur la langue et la mentalité des Néphites quand on les étudie collectivement et attentivement.

 

D’autres auteurs ont traité de différences supplémentaires entre le Livre de Mormon et VH[74].

 

Pour nous résumer, voyons ce que Roberts nous demande d’examiner. C’est ceci : Joseph Smith connaissait VH et a puisé dans certaines sections (dispersées un peu partout dans le livre) pour en faire les idées de base de la structure du Livre de Mormon. Quiconque adopte ce point de vue devrait croire que Joseph Smith connaissait la totalité des traits hébraïques « puissants » et « distinctifs » ci-dessus, dont il a été démontré qu’ils existent parmi les Indiens, mais que, pour une raison ou pour une autre, il a décidé de n’en utiliser aucun. Au lieu de cela, il a délibérément décidé de prouver les origines hébraïques de ses peuples du Livre de Mormon en disant qu’ils connaissaient des caractéristiques (manifestement!) distinctives telles que « la connaissance d’un seul dieu », « le fer », « la navigation » et « l’écriture » (nous traitons de cela ci-dessous). Roberts croit-il vraiment que Joseph Smith a été aussi bête?

 

B. « Un parallèle? »

 

D’après les éditeurs des Studies (qui ne fournissent aucun détail ni aucune documentation), Roberts a profité des « occasions fournies par sa présidence de mission » (p. 149) et a incorporé « les recherches scientifiques les plus récentes » de 1922-1927 pour construire son « parallèle ». En fait, rien de neuf n’est ajouté au Parallèle (pp. 321-344) outre ce qui se trouve dans le document de 1922 (pp. 149-319). Examinez ses arguments, qu’il résume (pp. 240-242) d’une manière qui ressemble à la conclusion de VH lui-même (VH p. 267). D’après Roberts, on pourrait prétendre que VH est « parallèle » au Livre de Mormon à cause des points suivants :

 

a) VH propose une origine israélite des Indiens américains. Personne ne doute que c’était la croyance courante dans les années 1820, comme cela l’a été pendant les siècles qui ont précédé. Cela n’indique en aucune façon une dépendance particulière du Livre de Mormon vis-à-vis de VH. En outre, le Livre de Mormon fait venir son peuple de la destruction de Jérusalem en 587 av. J.-C. et non des dix tribus qui ont quitté Israël en 722 av. J.-C.. Roberts est, bien entendu, conscient de cette différence, mais la minimise comme « de peu d’importance » (p. 160). Au contraire, beaucoup de détails historiques se révèlent être en relation intime et précise, dans le Livre de Mormon, avec une datation de Léhi à la fin du 7e siècle av. J.-C.[75]. La différence est, en fait, d’une grande importance.

 

En outre, de tous les « hébraïsmes distinctifs » que VH propose, beaucoup sont totalement ignorés ou contredits par le Livre de Mormon, comme nous l’avons démontré plus haut. Ceux qui s’y trouvent ne sont pas majeurs, ni distinctifs, ni typiquement israélites (et un certain nombre d’entre eux sont tout bonnement erronés), à savoir une société tribale, des prophètes, le châtiment des délinquants et l’ensevelissement des morts. Par exemple, si les Indiens sont Israélites parce qu’ils avaient une expiation annuelle du péché (VH, p. 119), cette pratique n’est certainement pas décrite de manière explicite dans aucun sermon ni compte-rendu de fête dans le Livre de Mormon ; on n’y trouve que des allusions subtiles. En outre, même si  les Hébreux, les Néphites et les Indiens (p. 124) considèrent tous la mort comme une sorte de « sommeil », il y a ici un lien plus étroit entre certaines expressions néphites et les textes funéraires égyptiens[76]. Les autres « traits israélites » de Roberts ont tous été examinés ci-dessus.

 

b) Les deux traitent de la destruction de Jérusalem. Voir (1) ci-dessus.

 

c) Les deux traitent du rassemblement d’Israël et du rétablissement des dix tribus. Mais le Livre de Mormon n’utilise pas les mêmes Écritures que VH; voir (4) ci-dessus.

 

d) Les deux utilisent Ésaïe. Mais voyez (81) ci-dessus.

 

e) Les deux font appel aux Gentils pour aider les Juifs. Mais VH lui-même fournit la documentation montrant que ce mouvement était répandu. Il n’a pas été mis en route par VH.

 

f) Les deux parlent d’émigration dans un pays où « l’homme n’avait jamais demeuré » (VH, p. 75) ou « où il n’y avait jamais eu d’homme » (Éther 2:5). Mais ces expressions ne sont pas tellement semblables ; chaque livre parle d’émigrations différentes. VH fait voyager le groupe entre les mers Noire et Caspienne (des endroits qui ne sont pas mentionnés dans le Livre de Mormon), tandis qu’Éther leur fait franchir l’eau dans des bateaux. Roberts affirme que « les deux peuples entrent dans une vallée au commencement de leur voyage » (p. 186) mais VH ne parle absolument pas d’une vallée – Roberts se trompe ici. VH fait partir les tribus par les « régions supérieures » de la Mésopotamie, pas par la vallée du fleuve. De plus, nous n’avons aucune raison de supposer que Joseph Smith, pour être au courant d’expressions ou de récits de ce genre, ait jamais dû voir VH, puisque 2 Esdras 13:40-49 (qui se trouvait dans les Apocryphes de l’Ancien Testament connus de toutes les Bibles familiales de la version du roi Jacques de l’époque de Joseph Smith) raconte toute l’histoire : Les dix tribus, l’errance vers un autre pays, les consultations entre elles, le voyage là où « l’humanité n’avait jamais demeuré », l’entrée en Mésopotamie, etc. C’est un point important, car ce détail est le seul que Roberts puisse relever dans VH pour suggérer une copie littérale de la part du Livre de Mormon. Et pourtant l’expression n’a rien de bien original et il n’y a même aucune raison pour qu’elle doive forcément être inspirée de VH .

 

g) Les deux parlent d’un long voyage pour des mobiles religieux et tous les deux rencontrent des mers. Bien entendu, le voyage est long, mais les peuples rencontrent les mers de manières très différentes.

 

h) Les deux divisent leur peuple en deux groupes, l’un bon, l’autre mauvais. Pourtant le tableau ici n’est pas si clair que cela. Dans le Livre de Mormon, les groupes changent, chacun devient juste et méchant, ayant ses hauts et ses bas et cela au cours d’une période de temps prolongée. Le Livre de Mormon est loin d’être l’histoire « des bons contre les mauvais », comme l’examine en détail Nibley dans Since Cumorah[77]. Dans VH, le tableau est également complexe. Parfois le groupe mauvais est décrit comme féroce et méchant, mais à d’autres endroits VH consacre plusieurs pages à prouver que les Indiens sont véritablement souriants, hospitaliers, pacifiques, moraux et doux (p. ex. VH, pp. 174-178).  VH se contredit à ce propos.

 

i) Dans les deux, il y a de longues guerres. Roberts voit, à tort, dans le Livre de Mormon, l’histoire la plus belliqueuse de tous les temps (p. 168). La guerre est évidemment un phénomène universel, mais c’est un phénomène auquel VH accorde très peu d’attention.

 

j)  Les méchants l’emportent sur les bons. Ceci doit évidemment faire partie de l’explication, sinon le peuple hautement civilisé aurait toujours dû être là quand les Européens sont arrivés. Mais en fait, dans le Livre de Mormon, les Néphites comme les Lamanites étaient devenus irréversiblement méchants au moment de la destruction des Néphites.

 

k) Les deux disent que le peuple civilisé connaissait la mécanique, la langue écrite, la navigation, le fer et d’autres métaux. Il est important de remarquer ici que Roberts affirme que ces points sont « simplement insérés dans le récit et ne semblent pas en découler » (p. 198). Il affirme que, par exemple, parce qu’elle n’est mentionnée que deux fois dans le Livre de Mormon, la navigation ne faisait pas partie d’une histoire proprement dite – car si les Néphites avaient réellement connu la navigation, ils l’auraient utilisée en d’autres occasions (par exemple pour échapper aux Lamanites). Il prétend donc que Joseph Smith a simplement inséré ces points pour se conformer à ce qu’il avait appris sur les connaissances des Indiens en lisant VH. Comme mentionné plus haut, si Joseph Smith avait voulu prouver les origines israélites ou civilisées des Indiens américains, il aurait certainement choisi des points plus significatifs à introduire dans les annales. En plus de cela, la rencontre des Néphites avec la navigation à la fin d’Alma et au commencement d’Hélaman s’insère logiquement dans leur histoire. Avant ce temps-là, ils avaient vécu à l’intérieur des terres dans les pays de Néphi et de Zarahemla ; ce n’est que vers 70 av. J.-C. qu’ils avaient commencé à coloniser et à contrôler les régions en bord de mer. Ils n’eurent pas beaucoup de succès dans ces régions.

 

l) Les deux supposent soi-disant qu’il n’y a pas d’autres habitants sur le continent américain. Voir la première partie ci-dessus.

 

m) VH considère la totalité du continent américain comme occupée. Mais il ne voit les colonies se diriger vers le sud qu’après l’époque du Livre de Mormon.

 

n) Les deux considèrent que les langues indiennes viennent de l’hébreu. C’est le corollaire de (a). Les deux savent que les langues changent avec le temps.

 

o) VH décrit un pectoral indien, des boutons et d’autres pièces d’habillement. Voir (39) ci-dessus.

 

p) VH mentionne l’idolâtrie et les sacrifices humains. Pour l’idolâtrie, voir (85) ci-dessus. Tout le monde savait que les Aztèques pratiquaient les sacrifices humains.

 

q) Les deux louent la générosité et dénoncent l’orgueil. Ce sont là des enseignements religieux courants et bibliques, pour ne pas dire universels.

 

r) VH parle d’un « livre perdu » que possédaient autrefois les Indiens (à savoir la loi de Moïse). Certains Indiens, dit-il, se souvenaient d’une époque où leurs ancêtres avaient un livre qui leur donnait le bonheur (VH, p. 130), le livre qu’ils avaient était « loin dans un autre pays » (p. 130) et fait allusion à la loi de Moïse, que les Israélites avaient laissée derrière eux. Le livre avait été enlevé avant que Dieu « ait pitié d’eux et les conduise dans ce pays » (p. 115). Le Livre de Mormon présente les choses tout autrement, puisque les plaques de Laban ont été emportées en Amérique. Plus loin dans VH, un deuxième « livre » est mentionné. Après avoir présenté des preuves d’écriture hébraïque censées avoir été trouvées dans plusieurs tertres indiens, VH parle d’un Indien qui affirmait que sa tribu « avait longtemps conservé » un livre qu’elle avait enterré « il n’y a pas longtemps » avec le chef indien (p. 233). Le rapport ne donne aucune indication concernant la nature ni le contenu de ce deuxième livre. G. Smith fusionne ces deux récits et déforme le sujet quand il dit que VH et le Livre de Mormon racontent la même histoire à propos d’annales sacrées « transmises de génération en génération[78] ».

 

s) Le livre fut enterré avec un grand prêtre. Bien entendu, les plaques du Livre de Mormon n’ont pas été enterrées dans une tombe avec Moroni. Il y a, en fait, un bien meilleur parallèle avec l’ensevelissement des annales sacrées à Qumran, à Nag Hammadi et ailleurs dans le Proche-Orient antique[79].

 

t) Les deux parlent de tours de garde. Voir (75) ci-dessus.

 

u) Les deux mentionnent des hauts lieux et des tours comme lieux de culte. Mais VH n’appelle jamais les lieux de culte « tours » et la bible hébraïque parle souvent de « hauts lieux ».

 

v) Les deux parlent du passage d’une monarchie à une république. Voir (69, 71) ci-dessus et (w) ci-après.

 

w. Chez les deux les pouvoirs civil et religieux sont unis dans la même personne. À part le fait que ce n’est pas là une description très exacte du Livre de Mormon (dans lequel la lignée des rois est distincte de ceux qui tiennent les annales religieuses, de Néphi jusqu’à Amaléki, et dans lequel les pouvoirs civil et religieux sont séparés pendant presque tout le règne des juges), l’idée d’un roi détenant le pouvoir religieux est présente dans le modèle de la monarchie davidique.

 

x) VH parle de « l’union des pouvoirs civil et ecclésiastique dans les mêmes personnes des princes – le conflit entre Quaulz et Matlax, les principes du bien et du mal par lesquels le monde est gouverné » (p. 185). D’une certaine façon, on nous propose ceci comme la source de l’enseignement de Léhi concernant « l’opposition en toutes choses ». Ce qui montre que Roberts lui-même ne prenait pas cet argument (et peut-être beaucoup de ces arguments) très au sérieux, c’est son article paru dans le Deseret News du 15 novembre 1930, dans lequel il dit « formellement non » à l’idée que Joseph Smith a puisé cette idée dans les informations fournies par son entourage de New York. En outre, l’idée de l’opposition a des racines profondes dans la philosophie présocratique et la pensée du Proche-Orient antique.

 

y) Les deux disent que l’Évangile a été prêché autrefois en Amérique. Mais voyez (73) ci-dessus.

 

z) VH fait un compte-rendu détaillé de l’histoire de Quetzalcoatl, « qui rappelle à tant d’égards le Christ ». Mais voyez (79) ci-dessus, il est clair que pour VH Quetzalcoatl n’est pas une image du Christ, mais de Moïse.

 

On aurait pu ajouter d’autres ressemblances dans le résumé de la longue étude de Roberts, mais il a couvert ses arguments principaux. Par exemple, il mentionne que VH invite le peuple des États-Unis à convertir les Indiens (Studies, pp. 176-177) et à nous rappeler notre dette vis-à-vis des fils de Jacob. C’est aussi le cas du Livre de Mormon. VH dit aussi que « l’on pense généralement que le temps des miracles est passé » (p. 217) et que « nous ne devons pas nous attendre à recevoir de nouvelles révélations du ciel », car les éléments que nous avons sont suffisamment clairs (pp. 168-169). De même, Mormon 8:26 prophétise que le Livre de Mormon paraîtra « un jour où l'on dira que les miracles ont cessé ». Cependant, selon VH lui-même, cette croyance générale était répandue, et ne requiert donc pas de lien spécifique entre VH et le Livre de Mormon.

 

Roberts propose VH comme source de la question de Laman et de Lémuel dans 1 Néphi 22:1-2 sur le point de savoir si les prophéties du rétablissement d’Israël doivent être comprises littéralement ou spirituellement (p. 210). Mais c’est là une question évidente et courante que doivent affronter depuis le commencement même ceux qui interprètent ces prophéties. Des recherches plus poussées actuellement en cours montreront à quel point les prophètes de l’exil eux-mêmes – les contemporains de Laman et de Lémuel – on posé cette question en réfléchissant aux jugements spécifiques qui n’avaient pas encore été littéralement accomplis. Ne devaient-ils pas, eux aussi, affronter une crise de la foi, exigeant d’eux qu’ils envisagent de réinterpréter leur propre littérature en ayant cette question même à l’esprit ? N’est-ce pas pour cela qu’Ézéchiel et d’autres se sont tournés vers des manières « eschatologiques » et « symboliques » de prophétiser, de transférer le domaine de leur tradition prophétique du littéral au spirituel ?

 

VH rapporte que des épées rouillées ont été découvertes dans des cimetières indiens d’Amérique du Nord (p. 195), bien que l’archéologie moderne ne trouve aucune arme de ce genre. C’est là une idée suffisamment courante pour n’avoir que peu de chose à voir avec le récit de Limhi de la découverte des ossements des Jarédites détruits.

 

Roberts suggère (sans en être convaincu) que le nom Éther vient du nom Ethan (p. 187). Il n’avait pas pu trouver le nom dans la Bible, mais il s’y trouve, dans Josué 15:42, de l’hébreu ceter, qui signifie « abondance » ou « odeur » ou « prière ou supplication », donc un mot ancien acceptable.

 

Il y a aussi quelques autres ressemblances entre VH et le Livre de Mormon que Roberts n’a apparemment pas repérées. Par exemple, VH parle de l’idée que les Israélites seront regreffés sur leur propre olivier, voir Romains 11:28 (p. 254), cf. Jacob 5. Cette idée se trouve dans la Bible.

 

En bref, au vu de toutes les différences entre VH et le Livre de Mormon, ces quelques maigres ressemblances ne font pas le poids. Si VH a fourni une inspiration quelconque pour le Livre de Mormon, il n’a pas fourni grand-chose. Même la thèse que Joseph Smith « a pu utiliser VH comme une riche source d’idées pour certains aspects structurels et narratifs du Livre de Mormon », proposée comme défendable par M. Sowell[80], une telle idée paraît improbable à la lumière du fait que le Livre de Mormon contredit et ignore VH dans un si grand nombre d’occasions importantes.

 

Voilà qui semble répondre de A à Z au problème de Roberts. On pourrait traiter de quelques autres points, mais je crois les avoir traités pour la plupart. Ma conclusion est que Roberts perdrait son procès s’il essayait de faire valoir ses arguments aujourd’hui. J’en conclus aussi que cela ne le dérangerait pas le moins du monde. Pour lui, le débat était un moyen en vue d’une fin, la voie d’une compréhension meilleure pour tout le monde, que ce soit pour le gagnant ou pour le perdant. Cela embarrasserait-il un homme aussi grand et aussi respecté que Roberts ? Pas du tout. Il espérait de tout son cœur que « les générations qui nous succéderont... découvriront que nous avons eu quelques idées fausses et que nous avons tiré quelques mauvaises déductions à notre époque. Le livre de la connaissance n’est jamais un livre scellé[81] ».

 

Je tiens aussi à faire observer que je n’ai fait que résumer les recherches qui répondent aux questions de Roberts. Il y a, bien entendu, d’autres questions que l’on peut poser sur le Livre de Mormon ; nous n’avons pas toujours accès à toutes les réponses. À d’autres moments, ce genre d’étude produit des arguments impressionnants en faveur du Livre de Mormon. Le Livre de Mormon n’est pas un ouvrage simple à traiter scientifiquement, que ce soit pour ou contre. On ne peut ni le prouver ni le réfuter. Comme Roberts lui-même l’a dit : « Le livre de la connaissance n’est jamais un livre scellé. Il n’est jamais ‘complètement et définitivement fermé’ ; c’est, au contraire, un livre éternellement ouvert, dans lequel nous continuons constamment à découvrir de nouvelles vérités et à modifier notre connaissance des anciennes[82]. »

 

Roberts termine son étude de VH (p. 242) en posant la question : « Des points de ressemblance suggérant des contacts aussi nombreux et aussi convaincants peuvent-ils être une simple coïncidence ? » Il est clair que l’on peut répondre avec assurance : « Oui. » Il n’est pas difficile de croire que le peu de ressemblance que nous avons ici entre VH et le Livre de Mormon est une question de coïncidence. Les points de ressemblance que Roberts a avancés ne sont ni nombreux ni frappants. En fait, les différences l’emportent de loin sur les ressemblances et la plupart de ces dernières se dissipent après un simple examen. Bien que certaines des ressemblances existantes invitent à prendre le temps de réfléchir, la plupart d’entre elles sont très générales et par conséquent elles ne sont pas remarquables du tout.

 

Traduit et mis en ligne avec la permission de F.A.R.M.S.

 

 


[1] « Finding Answers to B. H. Roberts Questions » and « An Unparallel », F.A.R.M.S. Preliminary Report WEL-85d.

[2] Le travail sur ce mémorandum a commencé indirectement il y a plus d’un an, quand F.A.R.M.S. a entrepris le projet de constituer une liste de toutes les critiques jamais soulevées contre le Livre de Mormon et de montrer ensuite vers quoi l’on peut se tourner dans la littérature existante pour trouver des réponses qualifiées à ces critiques. Ce projet a été utile au présent traité quand les épreuves des Studies de Roberts nous ont été envoyées en juin 1985.

[3] Boîte 15, classeur 3, Collection James H. Moyle, Bureau de l’Historien de l’Église.

[4] John L. Sorenson An Ancient American Setting for the Book of Mormon, Deseret Book, 1985.

[5] Voir aussi Sorenson, pp. 50-58, 146-148.

[6] De même, quelle excuse George Smith peut-il invoquer pour justifier le fait que, dans son article dans Dialogue (été 1984) et dans sa lettre à la rédaction un an plus tard, confirmant son article (!), il ignore cette possibilité – une éventualité que Roberts lui-même avait envisagée ?

[7] Sorenson, pp. 26, 44-45.

[8] “In the Wake of Sindbad”, National Geographic 162, juillet 1982, pp. 2-41; Sorenson, pp. 110-112).

[9] (L’importance d’une relation évidente entre le Proche-Orient ancien et la Mésoamérique), dans Man Across the Sea : Problems of Pre-Columbian Contacts, F.A.R.M.S. Reprint SOR-71.

[10] On trouvera un bon traité sur le caractère fragmentaire des données archéologiques en général dans E. Yamauchi, « The Greek Words in Daniel in the Light of Greek Influence in the Near East », dans J. Payne, dir. de publ., New Perspectives on the Old Testament, Waco, Texas, Word Books, pp. 170-174.

[11] Voir aussi F.A.R.M.S. Update juin 1984, « Once More: The Horse ».    

[12] Voir C. E. Ray, « Pre-Columbian Horses from Yucatan », Journal of Mammalogy, 38, 1957, p. 278. H. E. D. Pollock et C. E. Ray, « Notes on Vertebrate Animal Remains from Mayapan », Current Reports, 41, 1957, p. 638, Institut Carnegie, Washington D. C., Département d’archéologie.

[13] Voir dans “Nephite Weights and Measures in the Time of Mosiah II”, F.A.R.M.S. Preliminary Report STF-83, les détails sur cet élément et d’autres éléments peu connus du système de mesure de grains néphite et ses parallèles frappants avec la métrologie égyptienne.

[14] F.A.R.M.S. Preliminary Report, SOR-81.

[15] Voir F.A.R.M.S. Update juillet 1985, “Lost Arts”.

[16] Voir R. W. Gulliet, Camel and the Wheel, Cambridge, Harvard, 1975.

[17] Ce rapport, intitulé « Handheld Weapons in the Book of Mormon, peut être obtenu auprès de F.A.R.M.S. (HAM-85).

[18] Voir aussi  Sorenson, “A Reconsideration of Early Metal in Mesoamerica”, F.A.R.M.S. Reprint SOR-82b.

[19] Voir, par exemple, R. J. Forbes, Studies in Ancient Technology : Metallurgy in Antiquity, 2e partie, Leyde, Brill, 1972 ; J. D. Muhly, « How Iron Technology Changed the Ancient World », Biblical Archaeology Review, nov/déc. 1982, pp. 41-54.  Au sujet du niveau de spécialisation que l’on peut constater aujourd’hui dans l’artisanat des métallurgistes de l’Amérique ancienne, voir H.  Lechtman, « Pre-Columbian Surface Metallurgy », Scientific American, juin 1984, pp. 56-63.

[20] 2 Néphi 5:15; voir, d’une manière générale, John Tvedtnes, “Was Lehi a Caravaneer”, F.A.R.M.S. Preliminary Report TVE-84.

[21] New Witnesses for God, vol. 3, pp. 414, 438.

[22] On trouvera un traitement utile de ce que nous savons du fonctionnement du processus de traduction dans Stephen Ricks, « Joseph Smith’s Means and Methods of Translating the Book of Mormon », F.A.R.M.S. Preliminary Report RIC-84.

[23] Voir H. Nibley, Lehi in the Desert, Bookcraft 1951 (aussi dans Idumea) et An Approach to the Book of Mormon, Deseret, 1957.

[24] Voir Elizabeth Wood, “Settled and Wilderness Lands in the Bible and the Book of Mormon”, F.A.R.M.S. Archive 1981.

[25] Voir Eugene England, “Through the Arabian Desert to a Bountiful Land: Could Joseph Smith Have Known the Way?” dans N. Reynolds, dir. de publ., Book of Mormon Authorship, BYU Religious Studies Center, 1982, pp. 144-156, F.A.R.M.S. Reprint ENG-82 et Lynn et Hope Hilton, In Search of Lehi’s Trail, Deseret, 1976.

[26] Voir John Welch, “The Sources Behind the Book of Ether”, F.A.R.M.S. Archive 1985.

[27] F.A.R.M.S. Preliminary Report WEL-85a. Existe en français sur Idumea.

[28] On trouvera un traitement détaillé des deux dans les traditions anciennes dans H. Nibley, « Strange Ships and Shining Stones » et « The Liahona’s Cousins » dans l’Improvement Era et dans F.A.R.M.S. Reprints N-STR, N-LIA.

[29] Voir Ludwell Johnson, “Man and Elephants in America”, Scientific Monthly, F.A.R.M.S. Reprint JOH-52, et Sorenson, pp. 297-298.

[30] New Witnesses for God, vol. 3, pp. 522-523.

[31] Voir, par exemple, H. Nibley, « The Hierocentric State », Western Political Quarterly, F.A.R.M.S. Reprint N-HIE; John Sorenson, An Ancient American Setting for the Book of Mormon, pp. 227-232; Gordon Thomasson, “Mosiah: The Complex Symbolism and the Symbolic Complex of Kingship in the Book of Mormon”, F.A.R.M.S. Preliminary Report TSN-82; John Sroka, “The King’s Coronation: An Ancient Temple Ceremony”, F.A.R.M.S. Archive.

[32] Voir R. de Vaux, Ancient Israel, p. 94.

[33] Voir aussi Chauncey Riddle, “Korihor: The Arguments of Apostasy”, Ensign, F.A.R.M.S. Reprint RID-77; John Rozier, “The Trial of Korihor”, F.A.R.M.S. Archive.

[34] Voir le travail de William Hamblin  sur la guerre dans le Livre de Mormon; comparez aussi, par exemple, les pratiques militaires du Livre de Mormon avec R. de Vaux, « Military Institutions », dans Ancient Israel, New York, McGraw Hill, 1965, pp. 213-267 ; par exemple, ce que dit de Vaux sur le nes, « bannière » avec la perche du capitaine Moroni (Alma 46 :13).

[35] Voir de Vaux, Ancient Israel, pp. 217, 258-259.

[36] Voir aussi New Witnesses, vol. 3, pp. 424-425.

[37] Voir Richard Bushman, “The Book of Mormon and the American Revolution”, BYU Studies, septembre 1976, F.A.R.M.S. Reprint BUS-76; John Welch, “Old World Perspectives on the Book of Mormon”, Ensign, septembre 1976, F.A.R.M.S. Reprint WEL-76.

[38] John Tvedtnes, “Hebraisms in the Book of Mormon”, BYU Studies 11, 1970, p. 51, F.A.R.M.S. Reprint TVE-70; Angela Crowell, “Hebraisms in the Book of Mormon”, CRW-82.

[39] Le mot anglais “rent” utilisé ici n’appartient pas à la langue courante (NdT).

[40] Voir aussi H. Nibley, Approach, ch. 17 ; F.A.R.M.S. Reprint N-APP-17.

[41] Voir son Ancient Israel, pp. 214-228.

[42] De Vaux, p. 215.

[43] Voir de Vaux, p. 227.

[44] Voir H. Nibley, “A Strange Order of Battle”, An Approach to the Book of Mormon, chapitre 17, F.A.R.M.S. Reprint N-APP-17. On trouvera, dans une étude approfondie de la guerre prétechnique dans le Livre de Mormon et dans le Proche-Orient ancien (le premier chapitre est actuellement disponible auprès de F.A.R.M.S.) par William Hamblin, de plus amples détails expliquant les affaires militaires du Livre de Mormon à la lumière des découvertes archéologiques et historiques.

[45] Cité par Brigham Madsen, p. 31, n. 27.

[46] Voir Blake Ostler, “The Throne Theophany and Prophetic Commission in 1 Nephi”, F.A.R.M.S. Preliminary Report OST-82, publication à paraître dans BYU Studies.

[47] Voir John Welch, compilateur, “King Benjamin’s Speech in Light of Ancient Israelite Festivals”, F.A.R.M.S. Preliminary Report, 1985, et H. Nibley, “Old World Ritual in the New World”, Approach, chap. 23, F.A.R.M.S. Reprint N-APP-23.

[48] Ostler, “Throne Theophany”, p. 18.

[49] Voir H. Wheeler Robinson, Inspiration and Revelation in the Old Testament, Oxford 1946, pp. 180 et suiv.

[50] Voir John W. Welch, “Le vol et le brigandage dans le Livre de Mormon et la législation du Proche-Orient ancien » et « L’exécution de Zemnarihah », publiés dans Idumea.

[51] Inspiration and Revelation in the Old Testament, pp. 57-62.

[52] Key to the Revelation of John, New York, J. & J. Harper

[53] C’est la position adoptée par Hugh Nibley, « Just Another Book », « Grab Bag » et « The Comparative Method », Improvement Era, 1959, F.A.R.M.S. Reprints N-MIX-2, 3 et 5.

[54] The Founder of Mormonism: A Psychological Study of Joseph Smith Jr., thèse de doctorat à Yale, 1902.

[55] Voir Richard Bushman, Joseph Smith and the Beginnings of Mormonism, Urbana, University of Illinois Press, 1984, p. 181.

[56] Voir aussi Ariel Crowley, « Analysis of Ethan Smith’s ‘View of the Hebrews’ – A Comparison with the Book of Mormon » dans son livre About the Book of Mormon, Salt Lake City, Deseret, 1961, pp. 110-133, avec une lettre de Ben Roberts, 22 juillet 1939.

[57] Interview de M. J. Hubble avec David Whitmer, 13 novembre 1886, dans Stanley B. Kimball, « Missouri Mormon Manuscripts », BYU Studies 14, 1974, p. 486.

[58] En anglais, le mot utilisé dans « bois de Joseph » et « bois de Juda » est « stick », qui n’apparaît qu’une seule fois dans le Livre de Mormon. – NdT.

[59] Sunstone 6, mai/juin 1981, p. 46.

[60] Voir Stephen Ricks, « Fasting in the Old Testament and in the Book of Mormon », F.A.R.M.S. Preliminary Report RIC-83.

[61] Voir F.A.R.M.S. Update, février 1985)

[62] Voir John Welch, « Longevity in the Book of Mormon », Collegium Aesculapium, 1984, F.A.R.M.S. Reprint WEL-84.

[63] Le parallèle n’est possible qu’en anglais où la verge d’Aaron et la barre de fer du songe de Léhi sont désignées par le mot « rod ».

[64] Voir « Abinadi and Pentecost », F.A.R.M.S. Update, septembre 1985.

[65] Voir « The Sons of the Passover », F.A.R.M.S. Update, septembre 1984.

[66] Voir Jay Huber, « Lehi’s 600 Year Prophecy and the Birth of Christ », F.A.R.M.S. Preliminary Report HUB-82.

[67] Voir Mark Davis et Brent Israelsen, « International Relations and Treaties in the Book of Mormon », F.A.R.M.S. Preliminary Reports D&I-82; Stephen Ricks, “The Treaty/Covenant Pattern in King Benjamin’s Address”, BYU Studies 1983, F.A.R.M.S. Reprint RIC-83b.

[68] Voir James Rasmussen, « Blood Vengeance in the Old Testament and the Book of Mormon”, F.A.R.M.S. Preliminary Report RAS-81.

[69] Voir p. ex. 3 Néphi 7:2 ; 4 Néphi vv. 36-39.

[70] Voir John Tvedtnes, « A Nephite Feast of Tabernacles », F.A.R.M.S. Preliminary Report TVE-78.

[71] Voir John Welch, « Old World Perspectives on the Book of Mormon », Ensign, F.A.R.M.S. Reprint WEL-76.

[72] On trouvera une étude détaillée du fait qu’il y a très peu de chevauchement entre les extraits d’Ésaïe dans VH et le Livre de Mormon, dans S. Palmer et W. Knecht, « View of the Hebrews : Substitute for Inspiration ? », BYU Studies,1964, F.A.R.M.S. Reprint P&K-64. Voir aussi John Tvedtnes, « The Isaiah Variants in the Book of Mormon », F.A.R.M.S. Preliminary Report TVE-81, qui fait une comparaison exhaustive des textes d’Ésaïe dans le Livre de Mormon à la lumière des variantes textuelles des textes massorétique, de la mer Morte et de la version des Septante.

[73] Voir « Martin Harris’ Visit to Charles Anthon : Collected Documents on Short-hand Egyptian », F.A.R.M.S. Preliminary Report STF-85a.

[74] Voir Spencer Palmer & William Knecht, « View of the Hebrews : Substitute for Inspiration ? », BYU Studies,1964, pp. 105-113.; Hugh Nibley, “The Comparative Method”, Improvement Era, 62, oct-nov 1959; Hugh Nibley, No Ma’am That’s Not History, Bookcraft 1946; Bruce Blumell, “I Have a Question”, Ensign, septembre 1976, tous textes que l’on peut obtenir sous forme de tirés à part auprès de F.A.R.M.S. Voir aussi Ariel Crowley, “Analysis of Ethan Smith’s ‘View of the Hebrews’: A Comparison with the Book of Mormon”, dans About the Book of Mormon, Deseret, 1961; William Riley, “A Comparison of  Passages from Isaiah and Other Old Testament Prophets in Ethan Smith’s View of the Hebrews and the Book of Mormon”, mémoire de maîtrise, université Brigham Young, 1971; Madison U. Sowell, “An overview of the Arguments for and against View of the Hebrews as a Possible Source for the Book of Mormon”, Sunstone 6, mai/juin 1981, pp. 44, 50-54; Richard Bushman, Joseph Smith and the Beginnings of Mormonism, pp. 134-139.

[75] Voir Hugh Nibley, Léhi dans le Désert et Approach ; John Welch, « Old World Perspectives on the Book of Mormon », Ensign, F.A.R.M.S. Reprint WEL-76; Roberts F. Smith, “Book of Mormon Event Structure: Ancient Near East”, F.A.R.M.S. Preliminary Report SMI-84.

[76] Voir Robert F. Smith, « Shakespeare and the Book of  Mormon », F.A.R.M.S. Preliminary Report SMI-80a.

[77] Hugh Nibley, Since Cumorah, Deseret Book, 1967, pp. 378-390.

[78] Sunstone 6, mai/juin 1981, p. 46.

[79] Voir, par exemple, Curtis Wright, « Ancient Burials of Metal Documents in Stone Boxes », Journal of Library History, 1981, F.A.R.M.S. Reprint WRI-81.

[80] Sunstone 6, mai/juin 1981, p. 52.

[81] New Witnesses for God, vol. 3, pp. 503-504.

[82] New Witnesses, vol. 3, pp. 503-504.

 

 

 

 

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