Israël: Aperçu
Auteur: BROWN, S. KENT

Le nom Israël («Dieu règne» ou «Dieu brille» en hébreu) a deux applications modernes particulièrement distinctives pour les saints des derniers jours. D'abord, il désigne les membres de l'Église. Ensuite, il désigne les descendants modernes des Israélites d’autrefois, qui, à cause de la fidélité de Dieu aux alliances antiques faites avec leurs ancêtres, vont être les bénéficiaires de ses bénédictions dans les derniers jours.
HISTOIRE DU NOM. Le nom Israël apparaît pour la première fois dans la Bible comme le deuxième nom accordé par Dieu à Jacob (Ge. 32:28; 35:10). Les «fils d'Israël» ou les «enfants d'Israël» désignaient au commencement les fils de Jacob et leurs familles (Ge. 50:25; Ex. 1:1) et, de manière plus lointaine, tous les descendants de Jacob (p. ex., Ex. 1:7, 9). Après que la postérité de Jacob se fut installée au pays de Canaan, le nom Israël désigna la ligue de tribus liées entre elles par une alliance avec le Seigneur (Jos. 24). Plus tard, la monarchie unie de Saül, de David et de Salomon s’appela Israël (p. ex., 1 S. 9:16; 13:13; 2 S. 5:3). Après le schisme qui suivit la mort de Salomon, le nom Israël désigna le royaume du nord (1 R. 11:34-39; 12:3, 16), tandis que celui du sud recevait le nom de Juda (1 R. 12:23, 27). Lorsque le royaume du nord fut tombé devant les Assyriens en 722 av. J.-C., le nom Israël devint une désignation spirituelle pour le royaume du sud (p. ex., És. 5:7; Mi. 3:1; Za. 12:1; 1 M. 1:11, 62). Le terme «juif» fut appliqué pour la première fois par des gens étrangers à ceux qui vivaient dans le royaume de Juda et apparaît pour la première fois dans 2 R. 16:6.
Dans le Nouveau Testament, le nom Israël désigne le peuple de Dieu, habituellement pas dans un sens nationaliste, mais ceux qui sont ou seront réunis à Jésus-Christ en obéissant à la parole de Dieu (p. ex., Mt. 10:6-7; Lu. 24:21; Jn. 1:31, 49; Ac. 2:22, 36). Il se rapporte également au royaume du Christ (Mt. 27:42; Mc. 15:32), sur lequel les Gentils seront greffés comme sur un olivier (Ro. 11:17-21). Deux passages dans Galates identifient clairement Israël avec l'église chrétienne primitive (Ga. 3:27-29; 6:15-16) et le lien est également affirmé par la déclaration de Jésus que ses apôtres jugeront les tribus d'Israël (Mt. 19:28; cf. 1 Né. 12:9; D&A 29:12).
Dans le Livre de Mormon, plusieurs expressions apparaissent avec des applications distinctes. L'expression «enfants d'Israël» renvoie régulièrement aux descendants de Jacob de l'ère mosaïque, faisant écho à la terminologie du récit de l'Exode (p. ex., Ex. 19:1; 1 Né. 17:23; Jcb. 1:7; Mos. 7:19; cf. 3 Né. 29:1-2). Le titre de Dieu, le Saint d'Israël, tiré d'Ésaïe (p. ex. 48:17; 1 Né. 20:17), apparaît dans les commentaires sur les alliances de Dieu, affirmant qu’il est le Dieu fidèle qui a fait des alliances avec l’Israël antique (p. ex. 1 Né. 19:14-17). Ce titre apparaît également dans les prophéties au sujet du futur règne de Dieu «en domination, et en puissance, et en pouvoir, et en grande gloire» (1 Né. 22:24-25). Le Saint d'Israël est identifié comme étant Jésus-Christ (2 Né. 25:29). L’expression «Maison d'Israël» désigne la postérité en ligne directe de Jacob et est fréquemment utilisée dans les paroles prophétiques qui ont trait à sa dispersion ou à son rassemblement dans les derniers jours. De plus, les peuples du Livre de Mormon se considéraient comme un «reste» ou «branche» de la maison d'Israël dont les descendants recevraient les bénédictions promises à Israël dans les derniers jours (1 Né. 19:24; 3 Né. 20:16).
Il y a deux raisons principales pour lesquelles les saints des derniers jours s'appliquent aujourd'hui le nom Israël. D'abord, Moïse est apparu, le 3 avril 1836, à Joseph Smith et à Oliver Cowdery dans le temple de Kirtland et leur a conféré les clefs, ou autorisation, pour «le rassemblement d'Israël» (D&A 110:11; cf. PWJS, pp. 145-146). Ce rassemblement consiste non seulement à rétablir les personnes d'ascendance israélite «dans les pays de leur héritage» mais également à les tirer «de l'obscurité et des ténèbres; et ils sauront que le Seigneur est… le Puissant d'Israël» (1 Né. 22:12). Cette action signifie les amener dans l'Église. En second lieu, les saints des derniers jours ont souvent appris par leur bénédiction patriarcale qu'ils sont littéralement du lignage d'Israël (D&A 86:8-9), principalement des tribus d'Éphraïm et de Manassé. Le Seigneur a révélé qu'il est de la responsabilité particulière d'Israël de diffuser le message de l'Évangile rétabli au monde et Éphraïm a la responsabilité de diriger cette œuvre (D&A 133:26-34; cf. EPJS, p. 163). Ceux qui ne sont pas du lignage d'Israël le deviennent par l'adoption au moment de leur baptême et de la réception du Saint-Esprit (EPJS, pp. 149-50; Ro. 8:15-17; Ga. 4:5-7; Abr. 2:10; voir aussi Loi de l'adoption).
ISRAËL EN LIGNE DIRECTE. La conscience qu’avait Israël d’être un peuple distinct par son lignage provenait, du moins en partie du fait que Dieu l’avait officiellement adopté par alliance sur la sainte montagne. «Maintenant, si vous écoutez ma voix, et si vous gardez mon alliance, vous m’appartiendrez entre tous les peuples… vous serez pour moi un royaume de sacrificateurs et une nation sainte» (Ex. 19:5-6). En tant que peuple élu de Dieu, Israël avait l’obligation imposée par Dieu de porter l'alliance et ses promesses aux autres, obligation précédemment imposée à Abraham et à sa postérité (Abr. 2:9-11; voir aussi Alliance abrahamique).
Les peuples du Livre de Mormon étaient littéralement d'Israël. Ceux qui se rendirent de Jérusalem en Amérique avec Léhi vers 600 av. J.-C. descendaient de Joseph d'Égypte par ses fils Manassé et Éphraïm (Alma 10:3; cf. 1 Né. 5:14-16; JD 23:184-85). Un deuxième groupe avait des liens avec la maison royale de Juda par Mulek, fils de Sédécias (Hél. 6:10; Om. 1:14-16). Plusieurs prophéties traitent du rétablissement final de l'alliance de Dieu parmi les descendants de ces peuples (p. ex., 1 Né. 22:3-12; 3 Né. 20:22-27; 21:1-7). Comme corollaire normal, plusieurs prophéties se concentrent sur la dispersion et le retour final de beaucoup de Juifs à Jérusalem et sur les bénédictions qui les y attendent (p. ex., 2 Né. 6:10-14; 3 Né. 20:29-46; Ét. 13:5). Comme pour les autres alliances, les promesses ne s’accomplissent que quand les hommes – qu’ils soient Gentils ou Israélites – obéissent aux commandements de Dieu (p. ex., 1 Né. 14:5-6; 22:17-22).
Aujourd'hui, les membres de l'Église – l’Israël moderne, en grande partie des descendants de Joseph soit par sang soit par l’adoption – doivent aller à la recherche des autres descendants d'Israël et de ceux qui veulent devenir Israélites par l'adoption par le baptême. Le prophète Joseph Smith a observé que «lorsque le Saint-Esprit tombe sur quelqu’un de la postérité littérale d'Abraham, il est calme et serein… tandis que l'effet du Saint-Esprit sur un Gentil est de purifier le vieux sang et de faire de lui un membre véritable de la postérité d'Abraham. Celui qui n'a rien du sang d'Abraham (par nature) doit recevoir une création nouvelle du Saint-Esprit» (EPJS, p. 117; cf. Ro. 6:4; 12:2).
ISRAËL SPIRITUEL. Dans des temps anciens comme dans les temps modernes, le respect des alliances de Dieu a été la clef par laquelle on devient et reste le peuple de Dieu (p. ex., Ex. 19:5-6; De. 4:32-40; D&A 100:15-16). Au centre physique d'Israël, pour ainsi dire, se trouvait la maison des bénédictions spirituelles de Dieu, où les alliances étaient faites et refaites, d'abord la tente d’assignation dans le camp et plus tard le temple à Jérusalem. Presque immédiatement après avoir donné les dix commandements et d'autres conditions de l'alliance (Ex. 20-23), Dieu a donné les directives pour la construction de la tente d’assignation (Ex. 24-27), l’édifice le plus sacré de l'Israël de Moïse, «et j’habiterai [moi, Dieu] au milieu d’eux» (Ex. 25:8). Le Dieu d'Israël a aussi commandé aux saints des derniers jours de construire des temples pour le culte et pour faire des alliances de sorte que la vie des hommes et des femmes soit enrichie par le scellement éternel des familles (D&A 110:6-10; cf. EPJS, p. 149; WJS, p. 212; voir aussi Temples).
À l'époque du Nouveau Testament, les païens se virent offrir une grande occasion de participer pleinement aux bénédictions d'Israël. Bien que limitant son ministère personnel aux Israélites (Mt. 15:24; cf. 3 Né. 15:23) et disant aux Douze de ne faire du prosélytisme que parmi Israël (Mt. 10:5), Jésus visita les païens dans la Décapole, près de la Galilée (Mt. 8:28-34) et envoya ses soixante-dix disciples dans des régions où il y avait beaucoup de païens (Lu. 10:1-17). Il prophétisa que beaucoup «viendr[aie]nt de l’orient et de l’occident, et ser[aie]nt à table avec Abraham, Isaac et Jacob, dans le royaume des cieux» (Mt. 8:11). Jean-Baptiste a proclamé que «de ces pierres–ci Dieu peut susciter des enfants à Abraham.» (Mt. 3:9), allusion évidente à l'adoption des païens dans la maison d'Israël (EPJS, p. 258). Pierre a appris que les justes «en toute nation» qui écoutent Dieu lui sont «agréables» (Ac. 10:35). Paul rappelle néanmoins au lecteur : «Ne te glorifie pas au dépens de ces branches» de l'arbre d'Israël quand elles vacillent parce que «tout Israël sera sauvé» (Ro. 11:18, 26).

Le Livre de Mormon conserve une prophétie de Joseph d'Égypte (2 Né. 3:5-21) dans laquelle le Seigneur promet à Joseph : «Je susciterai un voyant de choix du fruit de tes reins… [pour] les faire parvenir à la connaissance des alliances que j'ai faites avec tes pères.» (2 Né. 3:7). L’œuvre de ce voyant consistera à faire paraître un document écrit par les descendants de Joseph, qui sera joint à un document de la tribu de Juda, pour faire parvenir les Israélites «à la connaissance de [leurs] pères dans les derniers jours, et aussi à la connaissance de mes alliances, dit le Seigneur» (2 Né. 3:11-12). Le document de la lignée de Joseph est le Livre de Mormon et celui de Juda est la Bible (cf. Éz. 37:15-23; voir aussi Livre de Mormon, Prophéties bibliques sur). La prophétie dit que le voyant «sera appelé du même nom que moi [Joseph] et ce sera le même nom que celui de son père. Et il sera semblable à moi» (2 Né. 3:15). Pour les saints des derniers jours, ce voyant est Joseph Smith. De plus, le Livre de Mormon est un instrument pour réaliser le rétablissement des alliances de l'Évangile et le rassemblement d'Israël. Vers 600 av. J.-C., le Seigneur parla à Néphi 1 de la postérité des Gentils et de Néphi: «Je me manifesterai à ta postérité, et elle écrira beaucoup de choses que je lui enseignerai, qui seront claires et précieuses… voici, ces choses seront cachées pour parvenir aux Gentils par le don et le pouvoir de l'Agneau. Et c'est en elles que sera écrit mon Évangile, dit l'Agneau, et mon rocher, et mon salut.» (1 Né. 13:35-36). À la page de titre du Livre de Mormon, on trouve ces mots écrits vers 400 apr. J.-C. disant le but de l’œuvre: «de montrer au reste de la maison d'Israël les grandes choses que le Seigneur a faites pour ses pères; et aussi de lui faire connaître les alliances du Seigneur, qu'il sache qu'il n'est pas rejeté à jamais» (voir Livre de Mormon: Page de titre du Livre de Mormon).
Le rassemblement d'Israël ne pouvait avoir lieu avant le rétablissement des clefs ou de l'autorisation pour cet effort. Le 3 avril 1836 (époque de la pâque), Moïse et Élie apparurent à Joseph Smith et à Oliver Cowdery dans le temple de Kirtland, Élie rétablissant les pouvoirs de scellement pour tourner le cœur des enfants vers les promesses faites à leurs ancêtres (cf. Mal. 4:5-6; D&A 2:1-3; JS–H 1:38-39) et Moïse les clefs pour le rassemblement d'Israël (D&A 110:11, 13-16; cf. EPJS, pp. 272; PWJS, pp. 186-187).
TERRE D'ISRAËL. Bien que l'expression «terre d'Israël» soit utilisée assez rarement dans les parties les plus anciennes de l'Ancien Testament et soit probablement l’œuvre d'une main postérieure (p. ex. 1 S. 13:19; 2 R. 5:2), la notion d'une terre définissable donnée à Israël comme héritage est au moins aussi ancienne qu'Abraham (p. ex. Ge. 12:7; Abr. 2:6; voir aussi Terre promise, Notion de). En outre, il est clair que l'obéissance permanente était requise pour en conserver la possession. Car le Seigneur promit à Abraham – avec une mise en garde – que ses descendants recevraient «un pays étranger que je donnerai en possession éternelle à ta postérité après toi, lorsqu'elle écoutera ma voix» (Abr. 2:6; cf. aussi Lé. 18:25-28; Jé. 16:12-13).
La notion de terres d’héritage multiples est enseignée dans le Livre de Mormon. Cette pluralité de territoires est jointe à l’idée d’héritage, comme l’exprime Ésaïe. Dans la plupart des cas, l'auteur du Livre de Mormon cite Ésaïe au sujet du rassemblement d'Israël dans ses terres. Par exemple, Jacob prédit que ceux de la maison d'Israël «seront rassemblés chez eux dans les pays de leur héritage et seront établis dans toutes leurs terres de promission» (2 Né. 9:2, après avoir cité És. 49:24-52:2; cf. 2 Né. 6:11; 10:7-8). Chose significative, dans chaque cas, une transformation spirituelle d'Israël doit accompagner le rassemblement dans les terres: «et ils seront tirés de l'obscurité et des ténèbres; et ils sauront que le Seigneur est leur Sauveur et leur Rédempteur, le Puissant d'Israël» (1 Né. 22:12). Et : Dieu «a parlé aux Juifs, par la bouche de ses saints prophètes, oui, dès le commencement [et il continuera]… jusqu'à ce que vienne le moment où ils seront rendus à la vraie Église et au vrai troupeau de Dieu» (2 Né. 9:2; cf. 30:2; 3 Né. 16:4; 20:13, 31).

Jésus ressuscité a dit qu'il y a au moins deux terres auxquelles les descendants de la maison d'Israël doivent être rassemblés. Aux auditeurs de la lignée de Joseph sur le continent américain, il a déclaré que «le Père m'a commandé de vous donner ce pays en héritage» (3 Né. 20:14; cf. 20:22; Ét. 13:6-10). 20:29; cf. Ét. 13:5, 11). Les Écritures modernes disent que les dix tribus se rendront d'abord en Amérique, où elles «seront couronnées de gloire en Sion» (D&A 133:26-34) et hériteront ensuite le pays de leurs ancêtres (3 Né. 20-21).
ÉTAT D'ISRAËL. Les dirigeants de l’Église ont vu dans la création de l'état moderne d'Israël au Proche-Orient un événement mondial d’importance mais pas comme l’accomplissement complet de la prophétie. Après avoir noté la gloire de l’œuvre de Dieu qui doit encore se faire parmi toutes les branches d'Israël et avoir traité de la rédemption promise à Juda, Bruce R. McConkie, un apôtre, écrit à propos de l'immigration actuelle de quelques millions de Juifs en Terre Sainte : «Est-ce là le rassemblement moderne dont parlent les Écritures? Non! … C’est néanmoins une partie du plan divin» d'un rassemblement plus complet qui doit encore se produire (p. 229).

Bibliographie
Hunter, Howard W. "All Are Alike unto God." Ensign 9, juin 1979, pp. 72-74.
McConkie, Bruce R. The Millennial Messiah, pp. 182-329. Salt Lake City, 1982.
Nelson, Russell M. "Thanks for the Covenant." Devotional and Fireside Speeches [BYU], 1988-89, pp. 53-61. Provo, Utah, 1989.
S. KENT BROWN

Israël: Dispersion d'Israël
Auteur: STEWART, DOUGLAS A.

La dispersion d'Israël, prédite dans toute la Bible et tout le Livre de Mormon, est une preuve d’accomplissement des prophéties. D'une part, Abraham a reçu la promesse que ses enfants posséderaient un lieu de résidence tant qu’ils resteraient fidèles aux commandements de Dieu (Abr. 2:6); de l'autre, les prophètes à partir de Moïse ont prévenu que la rébellion spirituelle mènerait à leur expulsion de la terre promise (Lé. 18:26-28; 26:21-33). Pendant le schisme monarchique, les prophètes israélites plaidèrent pour le retour aux alliances négligées afin d’assurer la protection promise par le Seigneur (p. ex., Os. 6:1-3; Am. 5:4-9; És. 49; 50:1-3; 51-52; Jé. 3:12-19; 18:11). Israël et Juda ayant rejeté les avertissements prophétiques, ils furent dispersés.
La dispersion se produisit en trois phases principales: (1) la captivité assyrienne du royaume du nord de dix des tribus d'Israël (v. 722 av. J.-C.); (2) la captivité babylonienne du royaume de Juda (v. 587 av. J.-C.); et (3) la destruction de l'état judéen et du deuxième temple par Rome (66-70 apr. J.-C.). Bien que d'autres cas de dispersion se soient produits, ces phases accomplissaient les buts du Seigneur de punir son peuple de l'alliance en le dispersant; mais, dans sa miséricorde, il fit les préparatifs du rassemblement de ses descendants dans les années ultérieures quand ils «parviendront à la connaissance de leur Rédempteur» (2 Né. 6:8-14).
On trouve de nombreuses mentions de la dispersion d'Israël dans les Écritures. Ésaïe, Jérémie, Ézéchiel, Néphi 1, et d'autres ont beaucoup écrit à ce sujet (p. ex., És. 50-53; Jé. 3; 18; Éz. 6:8-10; 11-12; 36; 2 Né. 10). Le plus remarquable de ces passages est sans aucun doute la prophétie de Zénos donnée à «la maison d'Israël» et citée dans le Livre de Mormon par Jacob, fils de Léhi (Jcb. 5). Dans un langage semblable à Ésaïe 5:1-7 et dont on retrouve l’écho dans Ro. 11:17-24, Zénos compare l'histoire de la maison d'Israël à un olivier planté dans une vigne, l’assimilant à un «olivier franc» qui commence à se corrompre. Des Gentils, représentés dans l'allégorie de Zénos par les branches d'un olivier sauvage, sont greffés sur l'arbre franc afin de conserver son fruit naturel. Des serviteurs aident le seigneur de la vigne à créer les meilleures conditions de croissance : ils bêchent, taillent, engraissent et finalement transplantent, greffent et élaguent. Entre--temps, ils plantent des branches de l'arbre d’origine dans des parties lointaines de la vigne. Au cours de trois «visites» de la vigne (Jcb. 5:4, 16, 30), le seigneur et ses serviteurs travaillent pour produire des olives valables qui pourraient être conservées pour «la saison qui arrive rapidement» (5:76). Finalement, le fruit désiré apparaît, ce qui fait un grand plaisir au seigneur de la vigne (5:38-75).
Joseph Fielding Smith, un apôtre moderne, a résumé ainsi cette allégorie: «Elle rapporte l'histoire d'Israël au cours des siècles, la dispersion des tribus dans tous les coins de la terre… ou en d'autres termes le mélange du sang d'Israël parmi les Gentils par lequel les grandes bénédictions et promesses du Seigneur à Abraham s’accomplissent» (Answers to Gospel Questions, Salt Lake City, 1963, vol. 4, pp. 141-142).
Les prophètes du Livre de Mormon et le Sauveur ressuscité ont également parlé de la dispersion. En commentant la situation de son peuple dans une nouvelle terre, Néphi 1 remarque qu'il fait partie d'Israël dispersé qui un jour sera rassemblé (1 Né. 22:3-5, 7-12). Jacob observe : «Nous avons été chassés du pays de notre héritage; mais nous avons été conduits dans un pays meilleur» (2 Né. 10:20-22). Jésus ressuscité dit à ses auditeurs en Amérique que bien que la dispersion prophétisée ne fût pas encore complète, le rassemblement promis allait certainement se produire (3 Né. 20:11-18, 29-46; 21:1-9, 26-29).
La dispersion d'Israël intéresse les saints des derniers jours à cause de la promesse du rassemblement dans les derniers jours, qui a commencé en 1829 quand le Seigneur a rétabli la prêtrise par le prophète Joseph Smith. Puis, le 3 avril 1836, Moïse est apparu et a donné les clefs, ou l'autorisation, du rassemblement à Joseph Smith et à Oliver Cowdery dans le temple de Kirtland. Aujourd'hui, mandatés par ceux qui ont l'autorité dans la prêtrise, les missionnaires ramènent l’Israël moderne à l'alliance, à l'acceptation de son Rédempteur, l’instruisant dans les pays dans lesquels ses ancêtres ont été dispersés il y a bien longtemps.

Bibliographie
Jackson, Kent P. "Nourished by the Good Word of God." Dans Studies in Scripture, dir. de publ. K. Jackson, Vol. 7, pp. 185-195. Salt Lake City, 1987.
Richards, LeGrand. Israel, Do You Know? Salt Lake City, 1982.
DOUGLAS A. STEWART

Israël: Rassemblement d'Israël
Auteur: NIEDERHAUSER, TERRY L.

Les saints des derniers jours croient «au rassemblement littéral d'Israël et au rétablissement des dix tribus; [et] que Sion (la nouvelle Jérusalem) sera bâtie sur le continent américain» (10ème A de F). Du point de vue des saints des derniers jours, le rassemblement d'Israël dans les derniers jours comprend ce qui suit: (1) le rassemblement spirituel, qui comprend la prise de conscience que Jésus est le Christ, et le fait de devenir membre de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours; (2) le rassemblement des membres de l’Église dans des pieux organisés et (3) le rassemblement des descendants des douze fils de Jacob – notamment les dix tribus perdues (D&A 110:11) – dans les terres de leur héritage. Ces rassemblements sont nécessaires à cause des apostasies antiques qui ont eu pour conséquence la dispersion d'Israël dans toutes les nations (De. 4:27; 28:64; Jé. 16:13; Osée 9:17).
Les prophètes israélites, voyant d’avance la dispersion d’Israël, ont également prédit son rassemblement dans les derniers jours (1 R. 22:17; Jé. 31:7-12; 32:37-40; Éz. 36:24; etc.). Selon Ésaïe, Israël apprendra que le Seigneur est Sauveur, sera rassemblé, dirigera ses propres affaires et reconstruira Jérusalem (És. 52:1-2; D&A 113:7-10). Anciennement, le Seigneur a fait sortir Israël d'Égypte et Ésaïe a prophétisé un retour futur d'Israël de beaucoup de pays (És. 11:11-13; cf. 2 Né. 6:14; EPJS, p. 9; Benson, 1977, pp. 137-138).
Le rassemblement spirituel d'Israël par la conversion à l’Évangile rétabli de Jésus-Christ doit être accompli par les anciens de l'Église (D&A 133:8) qui sont mis à part et envoyés comme «pêcheurs» et «chasseurs» «et ils les chasseront de toutes les montagnes et de toutes les collines, et des fentes des rochers» (Jé. 16:16) et ils les appelleront à Sion et à ses pieux (D&A 133:4-9; És. 54).
Le Livre de Mormon et les Doctrine et Alliances sont considérés comme des instruments «pour rassembler mes élus» de toute la terre (Moï. 7:62; Benson, Ensign 16, nov. 1986, pp. 78-80). Jésus ressuscité a déclaré : «que lorsque les paroles d'Ésaïe s’accompliraient… alors s’accomplira l'alliance» que le Père a faite de rassembler Israël (3 Né. 20:11-13). En outre, il a proclamé que le Livre de Mormon paraîtrait comme signe qu'Israël dispersé était sur le point d'être rassemblé (3 Né. 20-21). Néphi 1 cite Ésaïe 48 et 49, qu'il considère comme le héraut du rassemblement et de la gloire futurs d'Israël (1 Né. 20-22).
Les clefs de la prêtrise, ou autorisation, pour rassembler Israël furent données le 3 avril 1836 au prophète Joseph Smith et à Oliver Cowdery, dans le temple de Kirtland. «Moïse apparut devant nous et nous remit les clefs pour rassembler Israël des quatre coins de la terre et pour ramener les dix tribus du pays du nord» (D&A 110:11). Cette autorité est maintenant détenue par le président de l'Église. La partie d'Israël connue sous le nom de Dix Tribus doit encore être ramenée du nord. Son rassemblement s’accomplira en partie par sa conversion au Seigneur, la réception des bénédictions de l'Évangile et son retour au «pays de son héritage antique» (McConkie, 1982, pp 321, 324-326).

Le Seigneur met en évidence les caractéristiques spirituelles et littérales du rassemblement dans l'interprétation suivante de la parabole de l’ivraie: «Je dois rassembler mon peuple selon la parabole du bon grain et de l'ivraie, afin que le bon grain soit mis en sûreté dans les greniers pour posséder la vie éternelle et être couronné de gloire céleste» (D&A 101:65; aussi 86:7-10). Joseph Smith a déclaré qu’à toutes les époques, le but divin du rassemblement est la construction de temples pour que les enfants du Seigneur puissent recevoir les ordonnances les plus élevées et parvenir ainsi à la vie éternelle (EPJS, pp. 248, 254).

Le rassemblement d'Israël continue dans le monde post-terrestre d'esprit où le Christ «organisa ses forces et désigna des messagers… et les chargea d'aller porter la lumière de l'Évangile à ceux qui étaient dans les ténèbres, oui, à tous les esprits des hommes» pour qu'eux aussi puissent être rassemblés (D&A 138:30, 34; cf. 1 Pi. 3:18-19). Pour la réalisation de ce rassemblement, les membres de l’Église accomplissent des ordonnances telles que le baptême et la confirmation dans les temples modernes en faveur des morts (cf. 1 Co. 15:29).
Le rassemblement physique d'Israël va de pair avec le rassemblement spirituel. Les serviteurs du Seigneur doivent s’unir et venir «en Sion ou dans ses pieux, les lieux désignés par toi» (D&A 109:39). En 1830, le Seigneur a commandé aux saints de se rassembler en «un seul endroit» (D&A 29:8), le premier endroit étant en Ohio. En juillet 1831, il a révélé que «le pays de Missouri» était «désigné et consacré pour le rassemblement des saints» et Independence (Missouri) était désigné comme «lieu central» (D&A 57:1-3). En 1838, après que l'Église a grandi, le Seigneur a parlé de se rassembler «au pays de Sion et dans ses pieux» (D&A 115:6; cf. És. 54:2-3; D&A 101:21-22).
Des missionnaires ont été envoyés après que l'Église a été organisée (1830) pour rassembler l’Israël spirituel et l’Israël par le sang. Dans l'esprit du rassemblement, beaucoup de convertis ont émigré des états de l’Est des États-Unis, du Canada, de Grande-Bretagne et d’Europe occidentale, d'abord en Ohio, puis au Missouri, en Illinois, et par la suite dans les montagnes Rocheuses. Entre 1840 et 1890, plus de quatre-vingt mille convertis sont venus d'Europe continentale et cinquante-cinq mille de Grande-Bretagne (P.A.M. Taylor, Expectations Westward, Édimbourg, 1965, p. 144).
Au changement de siècle et par la suite, on n’a plus demandé aux convertis d’émigrer en Amérique et dans l'Ouest. Comme Spencer W. Kimball l’a de nouveau souligné, les convertis devaient rester dans leur pays d’origine où des pieux de Sion seraient créés et des temples construits, accordant aux membres toutes les bénédictions de l'Évangile dans leur propre pays. Il a invité les saints à fonder des «Sions multiples» et à se rassembler dans «leur culture et leur nation propres» (Kimball, pp. 438-440; cf. Palmer, pp. 33-42).
Le rassemblement d'Israël inclut les Lamanites. Jésus ressuscité avait promis à leurs ancêtres en Amérique: «J'établirai ce peuple dans ce pays, pour l'accomplissement de l'alliance que j'ai faite avec votre père Jacob» (3 Né. 20:22, 25; 21:1-7).
Le rassemblement des Juifs dans l'état d'Israël continuera. Les associés et les successeurs de Joseph Smith ont prédit que leur premier rassemblement se ferait dans l'incrédulité (JD 4:232; 11:245; 18:64-66; cf. 16:352; 18:225). Bruce R. McConkie appelle ceci un «rassemblement des non convertis en Palestine… un rassemblement politique» (1982, pp. 229-230). Ce «rassemblement préliminaire» doit précéder l’avènement du Christ auprès des Juifs sur le mont des Oliviers, quand il se manifestera personnellement à eux (2 Né. 6:14; cf. Za. 13:6; D&A 45:48-53; JS–M 1:37).
Le pays de Canaan a été promis à Abraham et à sa postérité si toutefois ils sont justes (Abr. 2:6), promesse réitérée plus tard à Isaac et à Jacob (Ge. 12:7; 26:3; 35:12). Parmi les descendants de Jacob, les Juifs ont conservé leur identité tout au long des siècles. Descendant d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, le peuple de Juda doit retourner à ses terres héréditaires (D&A 109:64). Lors de la consécration du temple de Kirtland, Joseph Smith a supplié le Seigneur «que les enfants de Juda commencent à retourner dans les terres que tu as données à Abraham, leur père» (D&A 109:62-64). Orson Hyde, l’un des premiers apôtres, fut appelé et ordonné par Joseph Smith pour consacrer la Palestine pour le retour des Juifs. Le 24 octobre 1841, Hyde monta sur le mont des Oliviers, pria pour «dédier et consacrer cette terre… pour le rassemblement des restes dispersés de Juda» et érigea un monticule de pierres pour commémorer l'événement (HC 4:456-459).

Le Livre de Mormon dit que les Juifs «seront rassemblés de leur longue dispersion, des îles de la mer et des quatre coins de la terre» (2 Né. 10:8; cf. 25:15-17). De plus, Mormon, rédacteur et compilateur du Livre de Mormon, déclare que «vous n'aurez plus lieu de siffler, ni de traiter avec mépris, ni de tourner en dérision les Juifs, ni personne parmi le reste de la maison d'Israël; car voici, le Seigneur se souvient de son alliance avec eux, et il leur fera selon ce qu'il a juré» (3 Né. 29:8). [Voir aussi Sionisme.]

Bibliographie
Benson, Ezra Taft. "A Message to Judah from Joseph." Ensign 6, déc. 1976, pp. 67-72.
Benson, Ezra Taft. This Nation Shall Endure. Salt Lake City, 1977.
Kimball, Spencer W. The Teachings of Spencer W. Kimball, dir. de publ. Edward L. Kimball. Salt Lake City, 1982.
McConkie, Bruce R. "Come: Let Israel Build Zion." Ensign 7, mai 1977, pp. 115-118.
McConkie, Bruce R. The Millennial Messiah: The Second Coming of the Son of Man. Salt Lake City, 1982.
Palmer, Spencer J. The Expanding Church. Salt Lake City, 1978.
Talmage, James E. "Le rassemblement d’Israël" Dans AF, pp. 406-422.
TERRY L. NIEDERHAUSER

Israël: Tribus perdues d'Israël
Auteur: BOLLINGER, DAVID L.

Les événements qui ont provoqué la division avec les dix tribus d'Israël, appelées plus tard les dix tribus perdues, sont liés à la scission de la monarchie israélite (v. 930 av. J.-C.). Emboîtant le pas à Jéroboam, son roi arriviste, le royaume du nord, Israël, apostasia des alliances qu'il avait faites avec le Seigneur (1 R. 12:26-30). Ésaïe prévint que l'armée assyrienne deviendrait «la verge [de la colère de Dieu]» (És. 10:5); la prophétie s’accomplit quand les Assyriens emmenèrent en captivité la plus grande partie du peuple des tribus du nord (2 R. 17:23). Pour des saints des derniers jours, les tribus perdues sont des Israélites autres que le peuple juif ou les Lamanites du Livre de Mormon (2 Né. 29:13). Les sources de l’Église fournissent quelques informations sur leur situation et annoncent que les descendants de ces tribus perdues auront une participation essentielle aux événements des derniers jours.
Le Seigneur a révélé par les prophètes de l'Ancien Testament que les dix tribus retourneraient et recevraient les bénédictions promises. Ésaïe a prophétisé que «le Seigneur étendra une seconde fois sa main, pour racheter le reste de son peuple» (És. 11:11). Jérémie a déclaré qu’un «reste» reviendrait «du pays du septentrion» (Jé. 3:18; 16:14-15; cf. 23:7-8; 31:8) et que le Seigneur ferait «une alliance nouvelle» avec lui (Jé. 31:31).
Les prophètes du Livre de Mormon ont affirmé que le Seigneur n'avait pas oublié les dix tribus, et qu'elles tiennent des annales qui seront révélées un jour (2 Né. 29:12-14). Quand il est apparu en Amérique, Jésus-Christ ressuscité a dit que le Père lui avait commandé d’exercer son ministère auprès des tribus perdues, «car elles ne sont pas perdues pour le Père» (3 Né. 17:4). Jésus a également promis que l’œuvre de rédemption du Seigneur dans les derniers jours inclurait «les tribus qui ont été perdues» (3 Né. 21:26).

Pour que les tribus perdues reçoivent leurs bénédictions promises dans les derniers jours, des clefs de la prêtrise, ou autorisation, ont dû être rétablies. Le 3 avril 1836, Moïse est apparu au prophète Joseph Smith et à Oliver Cowdery dans le temple de Kirtland et leur a conféré «les clefs du rassemblement d'Israël… et pour ramener les dix tribus du pays du nord.» (D&A 110:11). Ces clefs sont toujours détenues par le président de l'Église. En temps voulu, les dix tribus «seront couronnées de gloire… par les mains des serviteurs du Seigneur, c’est-à-dire les enfants d'Éphraïm» (D&A 133:26-34). James E. Talmage a également affirmé que «les tribus viendront; elles ne sont pas perdues pour le Seigneur; on les fera sortir, comme prédit» (CR, oct. 1916, p. 76). C’est clair : selon les Écritures et les enseignements des dirigeants de l’Église, les descendants des tribus perdues, où qu’ils soient, ont continué à retenir l'attention divine et recevront de futures bénédictions.

Bibliographie
Smith, Joseph Fielding. Le chemin de la perfection, chap. 20.
Talmage, James E. "La dispersion d’Israël." Dans AF, pp. 389-404
DAVID L. BOLLINGER

Jean le Bien-aimé
Auteur: GRIGGS, C. WILFRED

Jean le Bien-aimé est l’auteur de cinq écrits du Nouveau Testament, un évangile, l’Apocalypse (voir Jean, Révélations de) et trois épîtres. Bien que l’auteur s’identifie comme étant Jean dans l’Apocalypse (Ap. 1:1, 4, 9), il n’est connu que comme «l’ancien» dans les épîtres et comme «le disciple que Jésus aimait» dans l’évangile. La tradition ancienne et les éléments de style vont dans le sens d’une origine commune de ces écrits, mais certains estiment que «le bien-aimé» et «l’ancien» étaient deux personnes différentes.
Jean souligne les qualités spirituelles dans ses écrits, notamment certaines paires contrastantes de caractéristiques qui illustrent les deux forces spirituelles opposées dans le monde. Parmi les exemples il y a la lumière et les ténèbres, l’amour et la haine, la vérité et le mensonge et Dieu et le diable (voir Opposition). Jean souligne également des idées telles que porter un témoignage vrai, connaître le Seigneur, persévérer jusqu’à la fin et être ressuscité par le Sauveur.
Jean et son frère, Jacques étaient fils de Zébédée (certains pensent que Salomé était la femme de Zébédée, basant leur identification sur Mt. 27:56 et Mc. 15:40) et les hommes de la famille étaient pêcheurs sur la mer de Galilée. Leurs affaires étaient prospères au point qu’ils employaient des serviteurs (Mc. 1:19-20) à l’époque où Jésus appela les frères au ministère à plein temps. Bien que les évangiles de Matthieu et de Luc citent Pierre, André, Jacques et Jean au début de leur liste, Marc et Actes situent Pierre, Jacques et Jean au début de la liste des Douze. Ces trois apôtres étaient seuls avec Jésus en des occasions spéciales, comme lors de la résurrection de la fille de Jaïrus (Mc. 5:37-43), sur la montagne de la Transfiguration (Mt. 17:1-9) et lors des souffrances de Jésus dans le jardin de Gethsémané (Mt. 26:37-45). Le prophète Joseph Smith a enseigné que ces trois apôtres antiques reçurent les clefs de la prêtrise pendant l’expérience de la Transfiguration (EPJS, p. 125).
Jean est habituellement identifié comme étant l’un des deux disciples de Jean-Baptiste mentionnés dans l’évangile de Jean qui devinrent disciples de Jésus après son baptême (Jean 1:35-40). Jacques et Jean furent appelés Boanergès («fils du tonnerre») par Jésus, peut-être à cause de leur personnalité forte et impulsive. Eux (Mc. 10:35-40) ou leur mère en leur nom (Mt. 20:20-23) demandèrent à Jésus de leur accorder une place d’honneur dans son royaume céleste. Bien que réprimandés pour leur ambition, ils exprimèrent leur volonté de participer à ses épreuves et à ses souffrances et Jésus déclara que c’est ce qui se passerait.
Jean se décrit comme étant «couché sur le sein de Jésus» pendant la dernière cène (Jn. 13:23); plus tard, quand Jésus fut lié et emmené devant le souverain sacrificateur, Jean (qui «était connu du souverain sacrificateur») et Pierre l’accompagnèrent (Jn. 18:15). Jean continua à suivre le Sauveur au cours des événements qui s’ensuivirent et fut le seul des Douze dont il soit écrit qu’il était présent à la crucifixion. Jésus lui demanda de prendre soin de sa mère, Marie, et Jean la prit chez lui (Jn. 19:26-27).
Après la résurrection du Christ, Pierre et Jean coururent au tombeau lorsque Marie Madeleine leur eut dit que la pierre qui le fermait avait été enlevée. Jean courut plus vite et fut le premier à arriver au tombeau vide (Jn. 20:1-8). Plus tard, le Seigneur dit à Pierre que Jean resterait (sur terre) jusqu’à sa seconde venue (Jn. 21:20-23), ce qui fut la source de la tradition chrétienne ancienne que Jean n’est pas mort. Le prophète Joseph Smith a confirmé et a corrigé cette tradition dans une révélation qui dit que Jean, ayant reçu «pouvoir sur la mort», reste sur la terre «comme un feu flamboyant et je ferai de lui un ange chargé d’un ministère… en faveur de ceux… qui seront héritiers du salut» jusqu’à ce que le Sauveur revienne (D&A 7; voir Êtres enlevés). Pendant sa visite au peuple du Livre de Mormon, le Christ ressuscité a également mentionné la permanence du ministère terrestre de Jean (3 Né. 28:6-8).
Pierre et Jean apparaissent ensemble dans plusieurs événements des premiers chapitres des Actes et quelque temps après la mort de Jacques (Ac. 12:1-2), ces deux apôtres seront rejoints par un autre Jacques, «frère du Seigneur» (Ga. 1:19), dans une responsabilité de présidence sur l’Église; Jacques, Pierre et Jean étaient les «colonnes» reconnues (Ga. 2:9).
Après la mort de Pierre (que la tradition fixe à 67 apr. J.-C.), Jean dut être le doyen et l’apôtre président. Beaucoup de sources disent que des années plus tard, Jean vécut à Éphèse, fut exilé à Pathmos (v. 90 apr. J.-C.) par l’empereur Domitien et revint à Éphèse pendant le règne de Nerva (96-98 apr. J.-C.), successeur de Domitien. Pendant son exil à Pathmos, Jean reçut l’Apocalypse, qu’il lui fut commandé d’envoyer avec une lettre d’accompagnement à sept Églises d’Asie Mineure. L’importance de l’Apocalypse pour les saints des derniers jours est soulignée par la vision de Néphi 1 dans le Livre de Mormon, où un ange dit à ce prophète de ne pas écrire tout ce qu’il a vu, car les annales des derniers jours seront faites pour le monde par Jean, un apôtre du Seigneur (1 Né. 14:18-27; cf. Ét. 4:16).
Après son retour à Éphèse, Jean écrivit les trois épîtres qui portent son nom dans le Nouveau Testament. Certains pensent qu’il a également écrit son évangile à Éphèse à cette date tardive, mais d’autres en fixent la date plus tôt. D’autres écrits ont été attribués à Jean, notamment les Actes apocryphes de Jean, et diverses versions de l’Apocryphon [écrit secret] de Jean, mais aucun de ces écrits n’a été généralement considéré comme écrit authentique de l’apôtre.
En mai-juin 1829, les trois apôtres d’autrefois, Pierre, Jacques et Jean, apparurent à Joseph Smith et à Oliver Cowdery, les ordonnèrent à la Prêtrise de Melchisédek et leur donnèrent les mêmes clefs qu’ils avaient reçues sur la montagne de la Transfiguration (voir D&A 27:12-13). Joseph Smith reçut plus tard une révélation, dont certaines parties sont parallèles au prologue de l’évangile de Jean, et il lui fut dit que «la plénitude du livre de Jean» serait donnée à une date future (D&A 93:6, 18).

Bibliographie
Brown, Raymond E. The Gospel According to John, 2 vols. Garden City, N.Y., 1966, 1970.
Brown, Raymond E. The Epistles of John. New York, 1982.
Charles, R. H. Revelation, 2 vols. Edinburgh, 1920; rep. 1970.
Ford, J. Massyngberde. Revelation. New York, 1975.
Morris, Leon. Commentary on the Gospel of John. Grand Rapids, Mich., 1971.
Schnackenburg, Rudolf. The Gospel According to St. John, 3 vols. English trans., London, 1968-1982.
C. WILFRED GRIGGS

Jean, Révélations de
Auteur: LUND, GERALD N.

L’apôtre Jean, parfois désigné sous le nom de Jean le Bien-aimé et de Jean le Révélateur, et les textes scripturaires liés à son nom sont tenus en haute estime par les saints des derniers jours. Les Écritures modernes ajoutent à la compréhension de l’homme et de ses écrits dans trois domaines importants: Jean en tant qu’être enlevé, un document supplémentaire de Jean et des éclaircissements sur l’Apocalypse.
JEAN COMME ÊTRE ENLEVÉ. En avril 1829, le prophète Joseph Smith reçut une révélation (D&A 7) qui éclaircit la déclaration du Sauveur que Jean resterait sur terre jusqu’à son retour (Jn. 21:22). Cette révélation enseigne que Jean a demandé d’obtenir pouvoir sur la mort pour pouvoir amener plus d’âmes au Christ (3 Né. 28:6-11), que le Seigneur lui a promis qu’il pourrait demeurer «jusqu’à ce que je vienne dans ma gloire» et que Jean est un être enlevé dont l’état est «comme un feu flamboyant et un ange chargé d’un ministère» (D&A 7:1-3, 6).
DOCUMENT SUPPLÉMENTAIRE DE JEAN. Dans une autre révélation donnée le 6 mai 1833 à Joseph Smith apparaît un extrait de onze versets de ce qui est appelé la «plénitude des annales de Jean» (D&A 93:7-18). Il y a des ressemblances importantes entre ces versets et les premiers versets de l’évangile de Jean (Jn. 1:1-34), mais il y a aussi des liens avec les expériences de Jean-Baptiste qui sont également évidents (cf. D&A 93:15; Jn. 1:32-34). Puisque Doctrine et Alliances 93 ne mentionne que le nom de Jean, sans annotation, on ne sait pas s’il s’agit de Jean le Bien-aimé ou de Jean-Baptiste (cf. McConkie, 1979, vol. 1, pp. 426-427).
Quelle qu’en soit la source, ces quelques lignes des «annales de Jean» rendent un témoignage important du Sauveur, réaffirmant que Jésus est la Parole, «le messager du salut» (D&A 93:7-8), qu’il est la lumière et le Rédempteur du monde et l’esprit de vérité (93:9-10) et qu’il ne reçut pas la plénitude dès l’abord, mais continua «de grâce en grâce» jusqu’à ce qu’il eût reçu «tout pouvoir, tant dans le ciel que sur la terre» (93:11-17).
L’APOCALYPSE. Deux passages du Livre de Mormon soulignent l’importance de l’Apocalypse de Jean pour les derniers jours. Le prophète Néphi 1 (v. 600 av. J.-C.) eut la vision de beaucoup d’événements futurs, mais il lui fut interdit de les écrire car «le Seigneur Dieu a établi l'apôtre de l'Agneau de Dieu pour les écrire… [Et] le nom de l'apôtre de l'Agneau était Jean» (1 Né. 14:25, 27). De plus, en parlant des derniers jours, le Seigneur dit: «Et alors mes révélations, que j'ai fait écrire par mon serviteur Jean, seront dévoilées aux yeux de tout le peuple» (Ét. 4:16).
À cet égard, trois sources importantes facilitent l’interprétation de l’Apocalypse.
1. Doctrine et Alliances section 77. Reçue par Joseph Smith tandis qu’il travaillait à la Traduction de Joseph Smith de la Bible (TJS), cette révélation contient quinze questions et réponses au sujet de l’Apocalypse. «Cette révélation [D&A 77] n’est pas une interprétation complète du livre. C’est une clef… Elle ouvre la porte par laquelle un accès est possible, mais après que la clef a été tournée, le chercheur de trésor doit le trouver par lui-même» (Smith, p. 478).
2. La Traduction de Joseph Smith. En plus des questions et des réponses de la section 77, Joseph Smith a fait des révisions importantes du texte de l’Apocalypse dans la TJS.
3. D’autres écrits scripturaires et prophétiques. Une grande partie de l’Apocalypse est formulée dans un langage figuré. Les Écritures modernes et les écrits des Autorités générales fournissent des interprétations qui aident à déverrouiller ce langage figuré. Il y a    , par exemple, la «verge de fer» qui est la parole de Dieu (Ap. 2:27; cf. 1 Né. 15:23-24), les «êtres vivants» du chapitre 13, qui représentent les royaumes dégénérés du monde (EPJS, p. 233) et Babylone, qui est le symbole de la méchanceté spirituelle (Ap. 17:5; cf. D&A 133:14).
En bref, l’Apocalypse est divisée en deux grandes sections: les épîtres aux sept Églises d’Asie (chap. 2-3) et la vision de «ce qui doit arriver dans la suite» (4:1; voir chap. 4-22).
Les sept épîtres écrites aux Églises d’Asie sont importantes pour les chrétiens de toutes les époques. Elles décrivent les croyances et les pratiques que le Seigneur trouvait louables aussi bien que celles qui lui déplaisaient. Sous une forme succincte, ces chapitres récapitulent les bénédictions qui attendent les fidèles.
La vision du futur (Ap. 4-22) tourne autour d’un «livre» scellé de sept sceaux, qui était dans la main de Dieu (5:1-8). Selon la section 77 des Doctrine et Alliances, ce livre représente le plan de Dieu pour cette terre pendant les sept mille années de son «existence temporelle», chaque sceau représentant mille ans (D&A 77:6-7). «Par les sept mille années de l’existence temporelle on entend la période de la durée de la terre de la chute d’Adam jusqu’à la fin du temps, qui viendra après le millénium» (Joseph Fielding Smith, dans Smith et Sjodahl, p. 474).
Les cinq premiers sceaux donnent, en deux ou trois versets (Ap. 6:1-11), les grandes caractéristiques de chacune des cinq mille premières années (voir aussi McConkie, 1973, vol. 3, pp. 476-485). Dans le sixième sceau, représentant le sixième millénaire, Jean voit quatre anges tenant les jugements de Dieu (Ap. 7:1; D&A 77:8) et un autre ange qui représentait l’œuvre du Rétablissement (Ap. 7:2-3; D&A 77:9-11; McConkie, 1973, vol. 3, pp. 489-494).
Le septième sceau s’ouvre au chapitre 8. Mais la prédiction du retour du Christ ne se produit qu’au chapitre 19. Ainsi, une partie importante du livre se concentre sur la période qui précède directement la seconde venue de Jésus (cf. D&A 77:13). Pierre a déclaré que le Christ ne reviendrait pas «jusqu’aux temps du rétablissement de toutes choses» (Ac. 3:21). Il est essentiel à ce rétablissement moderne que des anges chargés d’un ministère (Moroni 2, Jean-Baptiste, Pierre, Jacques, Jean, Moïse, etc.) rapportent non seulement la plénitude de l’Évangile éternel et ses clefs et ses ordonnances mais également le «pouvoir de scellement», qui est le pouvoir de lier des choses sur terre de telle sorte que cela fasse force de loi au ciel (Mt. 16:19; voir Scellement). Le rétablissement de l’Évangile et du pouvoir de scellement sont des conditions importantes de l’avènement du Christ. Pendant cette période, trois caractéristiques régneront: des jugements, le royaume du Christ par opposition aux royaumes du monde et la destruction de la Babylone des derniers jours.
Pendant que les trompettes retentissent et que les «coupes» de destruction sont déversées, les fléaux dévastateurs se succèdent, dont de vastes pollutions, une méchanceté effrénée et la bataille d’Harmaguédon (Ap. 8-11, 16). Au milieu de ces jugements permis par Dieu, une voix déclare que «le royaume du monde est remis à notre Seigneur et à son Christ» (Ap. 11:15). Le chapitre 12 dépeint l’Église du Christ et le royaume de Dieu (TJS Ap. 12:7; McConkie, 1973, vol. 3, p. 516). Au chapitre 13, les royaumes de Satan s’opposent aux saints et à l’œuvre de Dieu. Le chapitre 14 montre ensuite le triomphe du royaume du Christ et ce qui mène à cette victoire. Le Christ vient à la montagne de Sion avec ses serviteurs (14:1-5) et un ange, ayant l’Évangile éternel à prêcher à la terre, vole par le milieu du ciel (14:6-7). (Le verset 6 est ce qui a inspiré le placement de la statue bien connue de l’ange Moroni au sommet de la plupart des temples de l’Église.) Ensuite la chute de Babylone est annoncée (14:8-11). Comme l’ange qui montait du soleil levant (Ap. 7:2), cet ange est interprété comme représentant l’œuvre du Rétablissement (McConkie, 1973, vol. 3, p. 530). C’est cette œuvre, dirigée par le Christ et ses serviteurs, qui provoque la destruction finale de tous les royaumes profanes. La chute de Babylone (Ap. 16-18) est si spectaculaire que toutes les armées du ciel s’écrient spontanément: «Alléluia» (Ap. 19:1-6).
Après la venue du Christ (Ap. 19:7-21), la vision conclut, dans une succession rapide, avec le millénium (Ap. 20:1-6), la libération de Satan «pour un peu de temps» (Ap. 20:7-10; D&A 88:111-115), le grand Jugement (Ap. 20:11-15) et la célestialisation de la terre (Ap. 21:22-5). Ainsi, l’Apocalypse de Jean montre que, malgré tous les efforts de Satan en sens contraire, l’œuvre de Dieu triomphera et le Christ reviendra régner avec ses saints pendant mille ans pendant le millénium et pendant toute l’éternité.

Bibliographie
Lund, Gerald N. "Insights from the JST into the Book of Revelation." The Joseph Smith Translation, dir. de publ. M. Nyman et R. Millet. Provo, Utah, 1985.
McConkie, Bruce R. Doctrinal New Testament Commentary, Vol. 3, pp. 476-485, 489-494, 516, 530. Salt Lake City, 1973.
McConkie, Bruce R. "Understanding the Book of Revelation". Ensign 5, sept. 1975, pp. 85-89.
McConkie, Bruce R. The Mortal Messiah, Vol. 1, pp. 426-27. Salt Lake City, 1979.
Smith, Hyrum M., et Janne M. Sjodahl. Doctrine and Covenants Commentary, éd. rév. Salt Lake City, 1951.
GERALD N. LUND

Jean-Baptiste
Auteur: NOVAK, LOUIS

Jean-Baptiste naquit en Judée environ six mois avant le Sauveur Jésus-Christ. La mission terrestre principale de Jean était de préparer la voie à Jésus et de le baptiser. Le rôle qu’il devait jouer plus tard dans le rétablissement de la Prêtrise d’Aaron en 1829 est particulièrement important aux yeux des saints des derniers jours.
Les savants bibliques discernent des différences subtiles dans la manière dont chacun des quatre évangiles du Nouveau Testament présente des informations sur Jean-Baptiste. Marc semble souligner le fait que Jean a préfiguré Jésus en ce que les deux ont proclamé l’Évangile et puis ont été livrés à la mort. Luc traite des relations personnelles entre Jean et Jésus, avec les liens importants que le Baptiste fournit entre l’Ancien Testament et le Nouveau. Matthieu rapporte plusieurs parallèles entre le ministère de Jean et celui de Jésus, tout en précisant clairement que Jean était subordonné à Jésus, qui identifie Jean comme étant «l’Élie qui devait venir» (cf. Mt. 11:14). D’autre part, l’Évangile grec de Jean semble minimiser ses enseignements apocalyptiques, lui fait nier être cet Élie (Jn. 1:21) et n’utilise jamais le titre «Baptiste» apparemment pour souligner son rôle comme première personne à ce moment-là à savoir par révélation et à témoigner que Jésus était le Fils de Dieu (voir J. Meier, «John the Baptist in Matthew’s Gospel» Journal of Biblical Literature 99, 1980, pp. 383-386).
Pour les saints des derniers jours, ces nuances sont dépassées par des rôles de Jean plus importants englobés dans le Plan du Salut. Par exemple, son ministère illustre le concept de la nécessité d’un prophète, parce que «le Seigneur, l’Éternel, ne fait rien sans avoir révélé son secret à ses serviteurs les prophètes» (Am. 3:7); il est venu comme une voix d’avertissement, proclamant l’Évangile du repentir, rendant témoignage de Jésus-Christ, baptisant par immersion, détenant l’autorité divine, promettant le don du Saint-Esprit et la persévérance jusqu’à la fin, allant jusqu’à souffrir le martyre. Il était l’Élie qui devait «préparer toutes choses» (JST Mt. 11:15), mais pas l’Élie «qui devait rétablir toutes choses» (TJS Jn. 1:22, 26).
Les parents de Jean étaient tous deux descendants d’Aaron: Zacharie était un prêtre qui officiait dans le temple de Jérusalem et Élisabeth, des filles d’Aaron, était parente de Marie, mère de Jésus (Lu. 1:5, 36). Sa naissance fut promise par l’ange Gabriel (voir Noé), qui rendit visite à Zacharie tandis qu’il officiait dans le temple. Bien qu’ils eussent ardemment prié pour avoir des enfants, Zacharie et Élisabeth n’en avaient jamais eu. Dans leur vieillesse, Zacharie avait accueilli la promesse de Gabriel avec un certain doute. Pour lui donner un signe, Gabriel frappa Zacharie de surdité et de toute évidence aussi de mutisme jusqu’à ce que Jean, huit jours après sa naissance, fût circoncis selon la loi de Moïse et reçût son nom. Contrairement à la coutume, sur l’ordre préalable de Gabriel, le bébé reçut le nom de Jean au lieu de Zacharie comme son père. Zacharie donna à cette occasion une bénédiction à son fils, dont les paroles sont appelées le Benedictus dans la terminologie catholique et protestante (Luc 1:68-79).
On sait peu de choses sur la jeunesse et l’éducation de Jean. Quand Marie rendit visite à Élisabeth pendant leurs grossesses, Jean «tressaillit dans son sein» (Luc 1:41). Il «était rempli du Saint-Esprit dès le sein de sa mère» et «fut ordonné à ce pouvoir par l’ange de Dieu» alors qu’il avait huit jours (D&A 84:27-28). Puisque ses parents étaient vieux, certains se sont demandé s’il n’avait pas tardé à les perdre ou s’il n’avait pas intégré une secte religieuse dans le désert de Judée. Ce qui est certain, c’est qu’il fut soigneusement élevé dans les principes de l’Évangile, car il sortit du désert pour prêcher le repentir (Mt. 3:2) et était bien préparé. Il connaissait sa mission et la source de son autorité.
Jésus a dit de lui: «Parmi ceux qui sont nés de femmes, il n’y en a point de plus grand que Jean» (Luc 7:28). Le Sauveur aimait profondément Jean-Baptiste. Celui-ci eut des privilèges peu communs: personne d’autre ne proclamerait la venue immédiate de Jésus; personne d’autre n’aurait l’honneur de baptiser l’Agneau de Dieu; personne d’autre n’était l’administrateur légal des affaires du royaume alors sur la terre ni le détenteur des clefs du pouvoir. «Ces trois raisons font de lui le plus grand prophète né d’une femme» (EPJS, p. 222).
Avec ces qualifications, Jean s’avança vigoureusement, prêchant le repentir et beaucoup de principes de l’Évangile dans le désert de Judée près du Jourdain (Mc. 1:4-5). Il mangeait des aliments rituellement purs, des sauterelles (Lé. 11:22) et du miel sauvage; il ne buvait «ni vin ni liqueur enivrante» (Lu. 1:15) et il portait le vêtement traditionnel du prophète, des poils de chameau et une ceinture en cuir (Mc. 1:6). Il jeûnait aussi (Mt. 11:18). Il attirait de grandes foules et tomba sous la condamnation croissante des dirigeants juifs qu’il contestait dans sa prédication.
Au bout d’un certain temps, «celui qui est plus puissant que moi», à savoir Jésus, aborda Jean et lui demanda le baptême (voir Jésus-Christ: Baptême de Jésus-Christ). Dans son humilité, Jean résista d’abord, déclarant que c’était plutôt lui qui devrait être baptisé par Jésus. Sur l’insistance de ce dernier, Jean le baptisa, après quoi il vit le signe de la colombe descendre du ciel sur le Christ (Jn. 1:32).
À ce stade, seul Jean semblait porter la responsabilité d’enjamber deux dispensations. Il était un enfant de la promesse dont la mission avait été prophétisée des années plus tôt par Ésaïe, Léhi et Néphi 1 (És. 40:3; 1 Né. 10:7-10; 2 Né. 31:4-8).
Jean avait commencé sa prédication et ses baptêmes près du Jourdain probablement un an environ avant que Jésus ne commence son ministère public. Il «n’avait pas l’intention de fonder une nouvelle secte» (Scobie, p. 131); son appel était de préparer la voie à Jésus et beaucoup de ses disciples devinrent les tout premiers disciples de Jésus et les plus proches. Sa prédication intense du repentir avait profondément irrité ceux qui étaient au pouvoir. Il dénonça le mariage de Hérode Antipas avec Hérodias, l’épouse de son frère, ce qui était une violation claire de la loi juive (Lé. 20:21; Josèphe, Histoire ancienne des Juifs 18.5.1-2). Hérodias voulait la mort de Jean, mais Hérode Antipas était préoccupé de la popularité de Jean auprès du peuple. Il le fit emprisonner (Mc. 6:17), ce qui calma quelque peu les pharisiens et Hérodias. Pendant que tout ceci se passait, Jésus alla en Galilée. Tandis qu’il était en prison, Jean lui envoya deux de ses disciples pour confirmer leur foi en l’identité du Sauveur et Jésus le soutint (Lu. 7:24-28). Grâce à un complot subtil et la danse de séduction de sa fille Salomé, Hérodias finit par manipuler Hérode de manière à le faire décapiter Jean.
Jean-Baptiste était parmi les prophètes et les saints qui étaient avec le Christ dans sa résurrection (D&A 133:55). Quelque dix-huit siècles plus tard, le vendredi 15 mai 1829, ce précurseur du Sauveur apparut de nouveau, cette fois comme ange du Seigneur préparant le monde pour l’avènement du Sauveur, et conféra les clefs de la Prêtrise d’Aaron. Ceci se produisit quand Joseph Smith et Oliver Cowdery se retirèrent dans un endroit isolé sur le fleuve Susquehanna près d’Harmony (Pennsylvanie) et prièrent pour avoir des instructions. Ils avaient à peine commencé qu’un messager céleste apparaissait, se présentant comme étant Jean-Baptiste. Posant les mains sur leur tête, il leur conféra la Prêtrise d’Aaron (D&A 13). Il commanda ensuite aux jeunes hommes de se baptiser dans le fleuve voisin, la Susquehanna, et puis de se faire mutuellement l’imposition des mains pour se reconférer la prêtrise qu’il leur avait accordée. Le messager promit que la Prêtrise de Melchisédek, ou prêtrise supérieure, leur serait donnée plus tard par les apôtres Pierre, Jacques et Jean (JS–H 1:72).

Bibliographie
Matthews, Robert J. A Burning Light. Provo, Utah, 1972.
Scobie, Charles H. John the Baptist. Philadelphie, 1964
LOUIS NOVAK

Jésus-Christ : Aperçu
Auteur : MILLET, ROBERT L.

Jésus-Christ est la figure centrale de la doctrine de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours. Le prophète Joseph Smith a expliqué que «les principes fondamentaux de notre religion sont le témoignage des apôtres et des prophètes concernant Jésus-Christ, qu’il est mort, a été enterré et est ressuscité le troisième jour et est monté au ciel ; et toutes les autres choses qui ont trait à notre religion n’en sont que des annexes» (EPJS, p. 95). Les saints des derniers jours croient que le salut complet n’est possible que par la vie, la mort, la résurrection, la doctrine et les ordonnances de Jésus-Christ et d’aucune autre manière.
Les rapports du Christ avec l’humanité se définissent en termes de ses rôles divins dans les trois phases de l’existence : prémortelle, mortelle et postmortelle.
JÉSUS PRÉMORTEL. Dans la vie prémortelle, Jésus-Christ, dont le titre principal était Jéhovah, était le premier-né des enfants d’esprit de Dieu le Père et par conséquent le frère aîné et le plus éminent de tous les autres enfants d’esprit de Dieu. Dans ce premier état, il est devenu plus intelligent que tous les autres esprits, quelqu’un de «semblable à Dieu» (Abr. 3:19, 24) et a rempli les fonctions de représentant du Père dans la création de «mondes sans nombre» (Hé. 1:1-3 ; D&A. 76:24 ; Moï. 1:33 ; 7:30). Les dirigeants de l’Église ont déclaré que toute la révélation depuis la chute d’Adam s’est faite par et à travers Jéhovah (Jésus-Christ) et que toutes les fois que le Père est apparu à l’homme, cela a été pour présenter le Fils et rendre témoignage de lui (TJS Jn. 1:19 ; DS 1:35). Adam le connaissait et les patriarches d’Adam à Noé l’ont adoré avec une humble vénération. Il était le Dieu Tout-Puissant d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu-Législateur du Sinaï, le Saint d’Israël. Les documents scripturaires affirment que tous les prophètes depuis le commencement ont parlé ou écrit sur le moment où Jéhovah viendrait sur terre sous la forme d’un homme, dans le rôle d’un Messie. Pierre dit : «Tous les prophètes rendent de lui… témoignage» (Ac. 2:25-31 ; 10:43). Jacob a enseigné que «aucun des prophètes n'a écrit ni prophétisé sans parler de ce Christ» (Jcb. 7:11 ; cf. Mos. 3:5-10 ; 13:33 ; 3 Né. 20:24).
JÉSUS MORTEL. Jéhovah est venu au monde à Bethléhem de Judée et a grandi à Nazareth. Il est venu par condescendance en laissant son rang de Seigneur omnipotent pour entreprendre une mission de souffrance et d’humiliation qui allait avoir des conséquences éternelles pour l’humanité (voir 1 Né. 11; Mos. 3:5-10 ; voir aussi Condescendance de Dieu). Sa vie a été une vie de perfection morale : il était sans péché et complètement soumis à la volonté du Père (Jn. 5:30 ; 2 Co. 5:21 ; Hé. 4:15 ; 1 Pi. 2:22 ; Mos. 15:2). Jésus est le modèle et l’exemple de tous ceux qui cherchent à acquérir la nature divine. Comme l’a enseigné Joseph Smith, le Sauveur «a subi de plus grandes souffrances et a été exposé à des contradictions plus puissantes que n’importe qui.» Malgré tout cela, «il a gardé la loi de Dieu et est resté sans péché» (Lectures on Faith, sermon 5, paragraphe 2). Le Seigneur ressuscité a demandé aux Néphites : «Quelle sorte d’hommes devriez-vous être ? En vérité, je vous le dis, tel que je suis» (3 Né. 27:27 ; cf. 12:48).
Jésus était cependant plus qu’innocence, bonté et amour. Il était plus qu’un modèle et un instructeur, plus que l’incarnation de la compassion. Il a pu accomplir son ministère sans pareil, un ministère de réconciliation et de salut, grâce à ce qu’il était. Ezra Taft Benson a dit : «L’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours proclame que Jésus-Christ est le Fils de Dieu au sens le plus littéral. Le corps dans lequel il a accompli sa mission dans la chair a été engendré par ce même Être saint que nous adorons comme Dieu, notre Père éternel. Jésus n’était pas le fils de Joseph et n’a pas été engendré par le Saint-Esprit. Il est le Fils du Père éternel !» (Benson, p. 4). De Marie, femme mortelle, Jésus a hérité la condition mortelle, notamment la capacité de mourir. De son Père exalté il a hérité l’immortalité, la capacité de vivre pour toujours. La nature double du Sauveur – homme et Dieu – lui a permis d’accomplir une expiation infinie, un exploit que n’aurait pu faire aucune autre personne, aussi capable ou douée qu’elle fût (cf. Al. 34:9-12). Tout d’abord, il a pu, à Gethsémané, d’une façon majestueuse mais incompréhensible, prendre sur lui les fardeaux et les effets des péchés de toute l’humanité et, de cette manière, assumer une souffrance et une torture dépassant ce qu’un simple mortel pourrait supporter (2 Né. 9:21 ; Mos. 3:7 ; D&A. 18:11 ;19:16; Taylor, p. 148). En second lieu, il a pu se soumettre à la mort physique, donner volontairement sa vie et ensuite reprendre son corps dans la résurrection (Jn. 5:26 ; 10:17, 18 ; 2 Né. 2:8).
JÉSUS POSTMORTEL. Les saints des derniers jours croient qu’entre sa mort sur la croix au Calvaire et sa résurrection, l’esprit de Jésus est entré dans le monde d’esprit, un endroit postmortel où se trouvent les désincarnés, ceux qui attendent et se préparent pour la réunion de leur corps et de leur esprit. Pierre enseigne que le Christ est allé dans ce monde pour prêcher aux esprits en prison (1 Pi. 3:18-20 ; 4:6). Une révélation moderne explique que Jésus n’est pas allé lui-même parmi les méchants et les désobéissants qui avaient rejeté la vérité. Ce qu’il a fait, c’est instruire les justes au paradis, les organiser et leur donner le pouvoir d’instruire ces esprits qui étaient restés dans les ténèbres sous la servitude du péché et de l’ignorance (voir D&A. 138:29-32). Ainsi, la mission du Messie de «porter de bonnes nouvelles aux malheureux», «guérir ceux qui ont le cœur brisé… proclamer aux captifs la liberté, aux prisonniers la délivrance» (És. 61:1 ; Lu. 4:18-19) s’est prolongée après la mort dans l’au-delà (voir Salut des morts ; Prison d’esprit).
Jésus «a détaché les liens de la mort» ; il a été «les prémices de ceux qui sont morts» (1 Co. 15:20 ; Al. 11:40-41). Il s’est levé du tombeau avec un corps immortel et glorifié et a lancé la première résurrection ou résurrection des justes, celle des justes qui avaient vécu depuis le temps d’Adam jusqu’à celui du Christ (Mt. 27:52-53 ; Mos. 15:21-25 ; Hél. 14:25-26 ; 3 Né. 23:7-13). Jésus-Christ reviendra sur terre avec puissance et gloire. La première résurrection, commencée au moment de la résurrection du Christ, reprendra lorsque les justes décédés depuis le midi des temps jusqu’à sa seconde venue reviendront avec lui, ressuscités dans une gloire immortelle. Cette seconde venue signalera également le début du millénium, mille ans de la paix terrestre où Satan sera lié et n’aura aucun pouvoir sur le cœur de ceux qui restent sur terre (Ap. 20:1-2 ; 1 Né. 22:26). Joseph Smith a enseigné que «le Christ et les saints ressuscités régneront sur la terre pendant les mille années. Ils ne demeureront probablement pas [constamment] sur la terre, mais la visiteront quand cela leur plaira ou quand ce sera nécessaire pour la gouverner» (EPJS, p. 216). Pendant cette ère, Jésus se révélera et, pour employer les termes d’Ésaïe, «la terre sera remplie de la connaissance de l’Éternel, comme le fond de la mer par les eaux qui le couvrent» (És. 11:9 ; Hé. 2:14).
Jésus-Christ est le Dieu de la terre entière et invite toutes les tribus et tous les peuples à venir à lui. Son ministère terrestre, comme décrit dans le Nouveau Testament, était principalement parmi les Juifs. Après sa mort et sa résurrection, il est apparu à ses «autres brebis», des groupes d’Israélites dispersés. D’abord, comme décrit dans le Livre de Mormon, il a exercé son ministère auprès des Néphites en Amérique. Il leur a enseigné son Évangile et leur a donné autorité pour officier en son nom. Il a ensuite visité les tribus perdues, les dix tribus du nord d’Israël, qui ont été dispersées du temps de la captivité assyrienne en 721 av. J.-C. (Jn. 10:16 ; 3 Né. 15:12-16 ; 17:4). En plus des apparitions mentionnées dans la Bible et le Livre de Mormon, qui sont les témoins scripturaires antiques du Rédempteur, Joseph Smith a témoigné que Jésus-Christ, en compagnie de son Père éternel, lui est apparu près de Palmyra (New York) au printemps de 1820 pour ouvrir la dispensation de la plénitude des temps (JS–H 1:1-20 ; voir Première Vision). Par la suite, le Sauveur ressuscité a visité plusieurs fois ses prophètes modernes et s’est révélé à eux et continue à diriger son Église et son royaume actuels (voir Jésus-Christ : Apparitions de Jésus-Christ de nos jours).
Les saints des derniers jours centrent leur culte sur Dieu, le Père éternel, et c’est à lui qu’ils adressent leurs prières. Ils le font, comme pour tout le reste : sermons, témoignages, prières et sacrements ou ordonnances, au nom de Jésus-Christ (2 Né. 25:16 ; Jcb. 4:4-5 ; 3 Né. 18:19 ; D&A. 20:29 ; Moï 5:8). Les saints adorent également le Christ, le Fils, le reconnaissant comme la source de la vérité et de la rédemption, comme la lumière et la vie du monde, comme le chemin qui mène au Père (Jn. 14:6 ; 2 Né. 25:29 ; 3 Né. 11:11). C’est auprès de lui qu’ils recherchent la délivrance et ils s’efforcent d’être comme lui (voir D&A. 93:12-20 ; McConkie, 1978, pp. 568-569). Mettant l’accent sur le pouvoir de transformation de l’exemple du Christ, David O. McKay a observé que «nul ne peut prendre sincèrement la résolution d’appliquer à sa vie quotidienne les enseignements de Jésus de Nazareth sans sentir un changement dans sa propre nature» (IE 65, juin 1962, p. 405).
Jésus-Christ a réalisé la résurrection corporelle de tous ceux qui ont vécu ou qui vivront un jour sur la terre (1 Co. 15:21-22 ; Al. 11:40-42). Parce qu’il a vaincu le monde, tous les hommes et toutes les femmes peuvent, en faisant preuve de foi en lui, en ayant confiance en ses mérites et en recevant sa grâce, se repentir de leurs péchés et connaître la paix de la pureté et de l’intégrité spirituelle (Jn. 14:27 ; Ph. 4:7 ; 2 Né. 2:8 ; 25:23; Én. 1:1-8 ; Mos. 4:1-3). Ceux qui ont appris à se fier au Seigneur et à s’appuyer sur ses tendres miséricordes «chantent le cantique de l’amour rédempteur» (Al. 5:26). Néphi 1, le prophète et dirigeant du Livre de Mormon, exulte ainsi : «Je mets ma gloire en mon Jésus, car il a racheté mon âme de l’enfer» (2 Né. 33:6). «Nous parlons du Christ, nous nous réjouissons dans le Christ, nous prêchons le Christ, nous prophétisons concernant le Christ… afin que nos enfants sachent vers quelle source ils peuvent se tourner pour obtenir la rémission de leurs péchés» (2 Né. 25:26). Un apôtre moderne a écrit :
Oui, je crois en Christ :
Seigneur, mon Dieu.
À lui je dois mes jours heureux.
Car dans ma peine ou mon chagrin,
j’entends sa voix qui me soutient.
Oui, je crois en Christ ; il régnera.
Ce jour béni, je serai là
En dépit de l’adversité ;
À ses côtés je me tiendrai.
[Bruce R. McConkie: «Oui, je crois en Christ», Cantiques, n° 71]

Bibliographie
Benson, Ezra Taft. Come unto Christ. Salt Lake City, 1983.
Dahl, Larry E. et Charles D. Tate, dir. de publ. The Lectures on Faith in Historical Perspective. Provo, Utah, 1900.
McConkier, Bruce R. The Promised Messiah. Salt lake City, 1978.
Idem, The Mortal Messiah, 4 vols. Salt Lake City, 1979-1981.
Idem, The Millennial Messiah, Salt Lake City, 1982.
Talmage, James. M. Jesus the Christ. Salt Lake City, 1972.
Taylor, John. The Mediation and Atonement of Our Lord and Savior Jesus Christ. Salt Lake City, 1882.

Jésus-Christ - Expiation
Auteur: HOLLAND, JEFFREY R.

L’expiation de Jésus-Christ est l’acte préordonné mais volontaire du Fils unique de Dieu. Il a offert sa vie, dont son corps, son sang innocents et son angoisse spirituelle, comme rançon rédemptrice (1) pour l’effet de la Chute d’Adam sur toute l’humanité et (2) pour les péchés personnels de tous ceux qui se repentent, d’Adam jusqu’à la fin du monde. Les saints des derniers jours croient que c’est là le fait central, le fondement crucial, la doctrine principale et la plus grande expression de l’amour divin dans le plan du salut. Le prophète Joseph Smith a déclaré que toutes les «choses qui ont trait à notre religion [ne] sont que des annexes» à l’expiation du Christ (EPJS, p. 95).
L’expiation de Jésus-Christ était indispensable à cause de la transgression, ou Chute, d’Adam, qui a introduit la mort dans le monde quand Adam et Ève ont mangé du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal (Ge. 2:9; 3:1-24). Les saints des derniers jours admettent sans difficulté la mort physique et spirituelle qu’Adam et Ève ont attirée tant sur eux-mêmes que sur toute leur postérité, la mort physique causant la séparation provisoire de l’esprit et du corps, la mort spirituelle éloignant l’esprit et le corps de Dieu. Mais ils croient aussi que la Chute faisait partie d’un plan divin préordonné sans lequel Adam et Ève n’auraient jamais pu avoir d’enfants mortels. Si ces premiers parents n’avaient pas choisi librement de quitter le jardin d’Éden par leur transgression, il n’y aurait pas eu de genre humain sur cette terre pour connaître l’opposition et la progression, le libre arbitre et le choix, et la joie de la résurrection, de la rédemption et de la vie éternelle (2 Né. 2:23; Moï. 5:11).
La nécessité d’une expiation future a été expliquée lors d’un Conseil prémortel dans les cieux auquel les esprits de la famille humaine tout entière assistaient et que Dieu le Père présidait. Les deux principaux associés de Dieu à ce conseil étaient Jésus prémortel (également connu sous le nom de Jéhovah; voir Jéhovah, Jésus-Christ) et Adam prémortel (également connu comme étant Michel). C’est dans ce contexte prémortel que le Christ a volontairement contracté une alliance avec le Père, acceptant de renforcer le libre arbitre de l’humanité tout en expiant ses péchés et a laissé au Père tout l’honneur et toute la gloire de cet acte désintéressé. Ce rôle préordonné du Christ comme médiateur explique pourquoi l’Apocalypse décrit le Christ comme «l’agneau qui a été immolé… dès la fondation du monde» (Ap. 13:8) et pourquoi les prophètes, les prêtres et les rois de l’Ancien Testament, notamment Moïse (De. 18:15, 17-19), Job (19:25-27), le Psalmiste (Ps. 2, 22), Zacharie (9:9; 12:10; 13:6), Ésaïe (7:14; 9:6-7; 53) et Michée (5:2), ont pu parler du Messie et de son rôle divin des siècles avant sa naissance physique. Un prophète du Livre de Mormon a écrit: «Aucun des prophètes n’a écrit ni prophétisé sans parler de ce Christ» (Jacob 4:4; 7:11). Le Christ prémortel a déclaré au frère de Jared, qui vivait environ deux mille ans avant la naissance du Rédempteur: «Voici, je suis celui qui a été préparé dès la fondation du monde pour racheter mon peuple» (Et. 3:14). Ces préfigurations scripturaires se reflètent dans la conversation que le Christ a eue avec deux de ses disciples sur le chemin d’Emmaüs: «Et, commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait» (Luc 24:27; cf. aussi 24:44).
Pour les saints des derniers jours, il est capital de voir la chute de l’homme, convenue et comprise, uniquement dans le contexte de la rédemption de l’homme, également convenue et comprise, rédemption assurée par l’expiation de Jésus-Christ. Ainsi, l’un des passages les plus importants et les plus souvent cités des Écritures modernes dit: «Adam tomba pour que les hommes fussent, et les hommes sont pour avoir la joie. Et le Messie vient dans la plénitude du temps, afin de racheter de la chute les enfants des hommes» (2 Né. 2:25-26).
Les Écritures modernes enseignent que la mission du Christ comme Rédempteur et le commandement d’offrir des sacrifices d’animaux comme rappel et symbole anticipés de cette expiation divine à venir ont été enseignés à l’origine à Adam et à Ève peu après leur expulsion du jardin d’Éden (Moï. 5:4-8). L’expiation du Christ a été enseignée aux parents de la famille de l’homme pour qu’eux et leur postérité observent les ordonnances du sacrifice pendant toutes leurs générations, gardant ainsi en mémoire la mission et la miséricorde du Christ qui devait venir. Les saints des derniers jours enseignent formellement que l’envergure de cette expiation est universelle, ouvrant la voie à la rédemption de toute l’humanité, des non-chrétiens aussi bien que des chrétiens, des athées aussi bien que des croyants, de l’enfant en bas âge ignorant aussi bien que de l’adulte entièrement converti et bien informé. «Il est nécessaire qu’il y ait un grand et dernier sacrifice », dit Amulek dans le Livre de Mormon, « un sacrifice infini et éternel… il n’est rien moins qu’une expiation infinie qui suffise pour les péchés du monde» (Alma 34:10, 12).
Cette expiation infinie du Christ – et du Christ seulement – a été possible parce que (1) il a été le seul homme sans péché à jamais vivre sur cette terre et n’était donc pas sujet à la mort spirituelle qui découle du péché; (2) il était le Fils unique du Père et possédait donc les attributs de l’état divin, qui lui donnaient pouvoir sur la mort physique (voir 2 Né. 9:5-9; Al. 34:9-12); et (3) il était le seul à être suffisamment humble et disposé au conseil prémortel à y être préordonné à ce service (JC, pp. 24-73).
L’expiation de Jésus-Christ a plusieurs aspects universels, infinis et inconditionnels. Ils comportent sa rançon pour la transgression originelle d’Adam, de sorte qu’aucun membre de la famille humaine ne sera jugé responsable de ce péché (2e A de F; voir Péché originel). Un autre don universel est la résurrection des morts pour chaque homme, femme et enfant qui vit, a jamais vécu ou vivra jamais sur la terre. Ainsi, l’Expiation est non seulement universelle dans le sens qu’elle sauve la famille humaine entière de la mort physique, mais elle est également infinie dans le sens que son impact et son efficacité à rendre la rédemption est accessible à tous, puisqu’elle est rétroactive jusqu’au début des temps et s’étend dans le futur à toute éternité. En bref, l’Expiation a des conséquences universelles, infinies et inconditionnelles pour toute l’humanité à toute éternité.
Mettant l’accent sur ces dons inconditionnels découlant du sacrifice expiatoire du Christ, les saints des derniers jours croient que d’autres aspects du don du Christ sont fonction de l’obéissance et de la diligence à garder les commandements de Dieu. Par exemple, alors que les membres de la famille humaine sont libéralement et universellement soulagés du péché d’Adam sans aucun effort ou action de leur part, ils ne sont pas libéralement et universellement soulagés de leurs propres péchés à moins de s’engager à avoir foi au Christ, de se repentir de leurs péchés, d’être baptisés en son nom, de recevoir le don du Saint-Esprit et la confirmation dans l’Église du Christ, d’aller résolument de l’avant avec une espérance ferme et la persévérance fidèle pour le reste du voyage dans la vie. Le Christ a dit à propos de ce défi personnel: «Car voici, moi, Dieu, j’ai souffert ces choses pour tous afin qu’ils ne souffrent pas s’ils se repentent. Mais s’ils ne se repentent pas, ils doivent souffrir tout comme moi. Et ces souffrances m’ont fait trembler de douleur, moi, Dieu, le plus grand de tous, et elles m’ont fait saigner à chaque pore et m’ont fait souffrir de corps et d’esprit — et j’ai voulu ne pas devoir boire la coupe amère, mais je n’ai pas non plus voulu me dérober» (D&A 19:16-18).
En outre, bien que la rupture des liens de la mort temporelle par la résurrection du corps soit un don libéral et universel du Christ, un produit de sa victoire sur la mort et le tombeau, le genre ou la nature du corps (ou le «degré de gloire» du corps), ainsi que le moment de la résurrection de la personne sont affectés d’une manière très directe par la mesure de fidélité dont elle a fait preuve dans cette vie (voir Degrés de gloire). L’apôtre Paul explique, par exemple, que ceux qui auront été totalement engagés vis-à-vis du Christ «ressusciteront premièrement» (1 Th. 4:16). Paul parle aussi de différents ordres de corps ressuscités (1 Co. 15:40). Les corps des ordres ou degrés de gloire les plus élevés dans la résurrection sont promis à ceux qui adhèrent fidèlement aux principes et aux ordonnances de l’Évangile de Jésus-Christ; ils jouiront non seulement de l’immortalité (un don universel fait à chacun) mais également de vies éternelles dans le royaume céleste de gloire (D&A 88:4; 132:24; voir aussi Résurrection).
Les saints des derniers jours soulignent le fait que ni les bénédictions inconditionnelles ni les bénédictions conditionnelles de l’Expiation ne seraient à la disposition de l’humanité s’il n’y avait la grâce et la bonté du Christ. Il est évident que les bénédictions inconditionnelles de l’Expiation sont imméritées, mais que les conditionnelles ne sont pas non plus entièrement méritées. En vivant fidèlement et en gardant les commandements de Dieu, on peut recevoir des bénédictions supplémentaires; mais elles sont malgré tout données libéralement, pas entièrement gagnées. Elles sont toujours et dans tous les cas le fait de la grâce de Dieu. Les Écritures modernes disent formellement que «il n’y a aucune chair qui puisse demeurer en la présence de Dieu, si ce n’est par les mérites, et la miséricorde, et la grâce du saint Messie» (2 Né. 2:8).
L’Église est également formelle en ce qui concerne le salut des petits enfants, des handicapés mentaux, de ceux qui ont vécu sans jamais entendre l’Évangile de Jésus-Christ et ainsi de suite: ceux-ci sont rachetés par le pouvoir universel de l’expiation du Christ et auront l’occasion de recevoir la plénitude de l’Évangile dans le monde d’esprit (voir Salut des morts).
Pour satisfaire aux exigences de l’Expiation, le Christ, qui était sans péché, est d’abord allé au jardin de Gethsémané pour y connaître l’agonie spirituelle de l’âme que lui seul pouvait supporter. «Il commença à éprouver de la frayeur et des angoisses», disant à ses trois disciples principaux : «Mon âme est triste jusqu’à la mort » (Marc 14:34). Les laissant monter la garde, il alla plus loin dans le jardin, où il allait subir «les souffrances de tous les hommes, oui, les souffrances de tous les êtres vivants, tant des hommes que des femmes et des enfants, qui appartiennent à la famille d’Adam» (2 Né. 9:21). Là il «[lutta et gémit] sous un fardeau dont aucun autre être qui a vécu sur la terre ne pourrait même concevoir la possibilité» (JC, p. 745).
L’expiation du Christ répondait aux exigences de la justice et de ce fait payait la rançon et rachetait les âmes de tous les hommes, femmes et enfants «afin que ses entrailles soient remplies de miséricorde, selon la chair, afin qu’il sache, selon la chair, comment secourir son peuple selon ses infirmités» (Alma 7:12). Ainsi, les saints des derniers jours enseignent que le Christ «est descendu au-dessous de tout» – y compris de toutes les espèces de maladies, d’infirmités et de désespoir ressenties par chaque mortel – «en sorte qu’il a compris toutes choses, afin d’être en tout et à travers tout, la lumière de la vérité» (D&A 88:6). C’est essentiellement dans le jardin de Gethsémané qu’il a senti cette angoisse spirituelle sonder les profondeurs de la souffrance et de la douleur humaines. C’est là qu’il était «en agonie» et «priait plus instamment». C’est là que sa sueur «devint comme des grumeaux de sang, qui tombaient à terre» (Lu. 22:44) car il saigna «à chaque pore» (D&A 19:18). C’est là qu’il entreprit la marche finale vers le Calvaire.
La majesté et le triomphe de l’Expiation atteignirent leur point culminant quand, après des mauvais traitements sans nom de la part des soldats romains et d’autres, le Christ supplia sur la croix: «Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu'ils font» (Lu. 23:34). Le pardon était la clef du sens de toute la souffrance qu’il était venu endurer.
Cette mission si absolument solitaire et atroce est exprimée de manière poignante dans ce presque dernier cri, le plus douloureux de tous: «Éli, Éli, lama sabachthani? c'est–à–dire : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as–tu abandonné ?» (Mt. 27:46). Dans les profondeurs de cette angoisse, la nature elle-même a été ébranlée : «Il y eut des ténèbres sur toute la terre… Le soleil s’obscurcit… le voile du temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas, la terre trembla, les rochers se fendirent» (Lu. 23:43-45; Mt. 27:51-52). Finalement, même ce qui était apparemment insupportable fut supporté et Jésus dit: «Tout est accompli» (Jn. 19:30), puis en disant: «Père, je remets mon esprit entre tes mains», «il expira» (Lu. 23:46). Les saints des derniers jours croient que toutes les langues confesseront un jour, quelque part, comme le centurion romain à la crucifixion: «Assurément, cet homme était Fils de Dieu» (Mt. 27:54).
«Le Sauveur devient ainsi maître de la situation : la dette est payée, la rédemption faite, l’alliance accomplie, la justice satisfaite, la volonté de Dieu faite et tout pouvoir est maintenant remis entre les mains du Fils de Dieu : le pouvoir de la résurrection, le pouvoir de la rédemption, le pouvoir du salut… Il devient l’auteur de la vie éternelle et de l’exaltation. Il est le Rédempteur, le Ressusciteur, le Sauveur de l’homme et du monde» (Taylor, p. 171). En outre, son expiation touche toute vie : animaux, poissons, oiseaux et la terre elle-même.
C’est, pour la femme et l’homme qui réfléchissent, «une source d’étonnement sans bornes» (AF, p. 100) que le sacrifice volontaire et miséricordieux d’un seul être puisse satisfaire aux exigences infinies et éternelles de la justice, expier toutes les transgressions et tous les méfaits humains, et amener ainsi toute l’humanité dans les bras protecteurs de son étreinte compatissante. Un président et prophète de l’Église des saints des derniers jours, écrivant à ce sujet, a déclaré:
« D’une certaine manière, mystérieuse et incompréhensible, Jésus a assumé la responsabilité qui aurait normalement incombé à Adam, mais qui ne pouvait être accomplie que par sa propre Médiation, et en prenant sur lui leurs souffrances, en assumant leurs responsabilités et en supportant leurs transgressions ou leurs péchés. D’une manière qui est incompréhensible et inexplicable pour nous, il a pris sur lui le poids des péchés du monde entier, non seulement d’Adam, mais de sa postérité; et en faisant cela, il a ouvert le royaume des cieux non seulement à tous les croyants et à tous ceux qui ont obéi à la loi de Dieu, mais à plus de la moitié de la famille humaine qui meurt avant d’atteindre la maturité aussi bien qu’aux païens qui, étant morts sans loi, ressusciteront, grâce à sa médiation, sans loi, et seront jugés sans loi, et participeront ainsi… aux bénédictions de son expiation» [Taylor, pp. 148-149].
Les saints des derniers jours chantent un de leurs cantiques préférés, écrit par Charles H. Gabriel, qui exprime leurs sentiments les plus profonds concernant ce don, le plus grand de tous:
Merveilleux l’amour que Jésus, le Christ, m’a donné !
Avec quelle grâce souvent il m’a pardonné !
Je tremble d’apprendre qu’il mourut pour moi, pécheur,
Souffrant sur la croix pour que j’obtienne le bonheur.
Oh ! que c’est merveilleux que son amour pour moi
L’ait fait mourir pour moi !
Oh ! que c’est merveilleux, merveilleux pour moi!
[Cantiques, n° 117].

Bibliographie
McConkie, Bruce R. The Promised Messiah. Salt Lake City, 1978.
Nibley, Hugh W. “The Atonement of Jesus Christ”, Ensign 20, juillet 1990, pp. 18-23; août 1990, pp. 30-34; sept. 1990, pp. 221-226; oct. 1990, pp. 26-31.
Taylor, John. The Mediation and Atonement. Salt Lake City, 1882.

Jésus-Christ : Prophéties sur Jésus-Christ
Auteur : WALKER, GARY LEE

La Bible abonde en prophéties sur la naissance, le ministère terrestre et le ministère de Jésus-Christ après la Résurrection. De plus, les Écritures modernes utilisées par les membres de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, le Livre de Mormon, qui porte le sous-titre moderne «un autre témoignage de Jésus-Christ», les Doctrine et Alliances et la Perle de Grand Prix contiennent de nombreux passages prophétiques au sujet du Messie qui sont en général plus claires que ceux de la Bible. Pour les saints des derniers jours, ces quatre volumes d’Écriture constituent les sources principales des prophéties sur la vie et la mission de Jésus. Cet article passe en revue les prophéties sur Jésus les plus souvent mentionnées par les saints des derniers jours.
Le Nouveau Testament enseigne que la divinité de Jésus-Christ a été reconnue par certains dès son vivant, aussi bien que par les prophètes antiques de Dieu. Par exemple, André a annoncé à son frère Simon Pierre qu’il avait trouvé le Messie (Jn. 1:41). Les prophètes du Livre de Mormon Abinadi et Néphi 2, fils d’Hélaman 2, ont enseigné que tous les prophètes de Dieu, notamment Moïse et Abraham: «ont témoigné de la venue du Christ» (Mos. 13:33 ; Hél. 8:16-22 ; cf. Jcb. 4:4).
Les Écritures sont riches en détails prophétiques sur la naissance de Jésus. Ésaïe déclare : «Voici, la jeune fille deviendra enceinte, elle enfantera un fils, et elle lui donnera le nom d’Emmanuel» (És. 7:14), passage dont Matthieu dit qu’il s’applique à Jésus (Mt. 1:22-23). Michée proclame poétiquement : «Et toi, Bethléhem Éphrata, petite entre les milliers de Juda, de toi sortira pour moi celui qui dominera sur Israël, et dont l’origine remonte aux temps anciens, aux jours de l’éternité» (Mi. 5:2). Parmi les peuples du Livre de Mormon, Néphi 1 a prédit que «six cents ans après le moment où mon père [Léhi] quitta Jérusalem» le Sauveur serait suscité (1 Né. 10:4 ; 19:8). Samuel le Lamanite (vers 6 av. J.-C.) a parlé à une génération sceptique des signes qui seraient donnés sur le continent américain pour accompagner la naissance du Christ (Hél. 14:2-8). Il s’agirait de l’apparition d’une nouvelle étoile et de deux jours et une nuit sans obscurité (Hél. 14:4-5).
Certaines prophéties de la naissance du Messie se sont accomplies quand l’ange du Seigneur a annoncé aux bergers près de Bethléhem : «C’est qu’aujourd’hui, dans la ville de David, il vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur» (Luc 2:11). De l’autre côté du monde, le jour avant sa naissance, le Seigneur a annoncé à son prophète Néphi 3 «Prends courage, car voici, le moment est proche, et cette nuit le signe sera donné, et demain je viens au monde, pour montrer au monde que j'accomplirai tout ce que j'ai fait dire par la bouche de mes saints prophètes» (3 Né. 1:13).
Les saints des derniers jours croient que la mission de Jésus-Christ est connue depuis les temps les plus reculés. L’ange du Seigneur a déclaré à Adam que le Fils était «le Fils unique du Père depuis le commencement» et qu’Adam serait «racheté, ainsi que toute l'humanité, tous ceux qui le veulent», s’ils «se repentent et invoquent dorénavant Dieu au nom du Fils» (Moï. 5:8-9). Le message que Jésus-Christ est l’Avocat, le Rédempteur et le Médiateur et que «il n'y a aucune autre manière ni aucun autre moyen par lesquels l'homme puisse être sauvé, si ce n'est par le sang expiatoire de Jésus-Christ» (Hél. 5:9), a été répété par les représentants de Dieu à toutes les époques (voir Moï 5:14-15 ; És. 53:4-5 ; Ac 4:12 ; 2 Né. 2:9-10 ; 9:6-7 ; Mos. 4:8 ; 5:8 ; Al. 11:40 ; D&A. 45:3).
On trouve des événements de la vie et du ministère mortels de Jésus dans de nombreuses prophéties. Dans la Traduction que Joseph Smith a faite de la Bible (TJS), un passage révélateur dit que «Jésus grandit avec ses frères, et devint fort, et fut dans l’attente du Seigneur et du moment de son ministère … [et] on ne pouvait pas non plus l’instruire» (TJS Mt. 3:24-25). Néphi 1 a vu dans une vision et le roi Benjamin a appris d’un ange que le Sauveur accomplirait des guérisons, chasserait des démons et ressusciterait des morts (1 Né. 11:31 ; Mos. 3:5-6). Selon les auteurs du Nouveau Testament, l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem sur une bête de somme était connue de Zacharie (Za. 9:9 ; Mt. 21:5 ; Jn. 12:14-15), de même que le fait qu’il serait trahi pour trente pièces d’argent (Za. 11:12-13 ; Mt. 27:9-10). De l’ange, le roi Benjamin a appris que du sang lui sortirait «de chaque pore, si grande sera son angoisse [de Jésus] pour la méchanceté et les abominations de son peuple» (Mos. 3:7). Le rejet du Christ par son propre peuple a été prophétisé par lui-même et par d’autres (par exemple Ps. 69:8 ; Mos. 15:5 ; 3 Né. 9:16 ; Jn. 1:11).
De nombreuses années avant l’événement, des prophètes tels que Hénoc et Néphi 1 ont vu le Seigneur élevé sur la croix (Moï 7:47, 55 ; 1 Né. 11:33). Ésaïe a prophétisé que le serviteur, homme de douleur, ferait «son sépulcre parmi les méchants, son tombeau avec le riche» (És. 53:9). Le prophète Abinadi, dans le Livre de Mormon (vers 150 av. J.-C.), associe ce passage d’Ésaïe à Jésus (Mos. 15) et son accomplissement est rapporté par Luc (23:32-33). Matthieu parle des perturbations naturelles qui se sont produites au moment où Jésus a donné sa vie (Mt. 27:50-54), événements dont Zénos avait eu la vision des centaines d’années plus tôt (1 Né. 19:10-12).
Le Christ a prédit sa mort et sa résurrection quand on lui a demandé un signe : «Détruisez ce temple [corps physique] et en trois jours je le relèverai» (Jn. 2:19). Les anciens savaient que Jésus finirait par vaincre la mort, parce que Dieu a dit à Hénoc : «Je ferai descendre la justice des cieux, et je ferai monter la vérité de la terre, pour rendre témoignage de mon Fils unique, de sa résurrection des morts, oui, et aussi de la résurrection de tous les hommes» (Moï. 7:62). Plus tard, des hommes inspirés d’Amérique ont été informés de cet événement. Néphi 1, Jacob, Benjamin et Samuel ont proclamé le moment où le Christ «donne sa vie selon la chair et la reprend par le pouvoir de l'Esprit, afin de réaliser la résurrection des morts, étant le premier à ressusciter» (2 Né. 2:8 ; cf. 1 Né. 10:11 ; Mos. 3:10 ; Hél. 14:15-17).
Ésaïe annonce le ministère de Jésus-Christ dans la prison d’esprit (1 Pi. 3:18-19) quand il écrit que «après un grand nombre de jours [les prisonniers rassemblés dans la fosse] seront visités» (KJV És. 24:22). La section 138 des Doctrine et Alliances contient une vision de cet événement, reçue par Joseph F. Smith, un prophète moderne, quand il a vu «les multitudes des morts, petits et grands… attendant l’avènement du Fils de Dieu dans le monde des esprits pour annoncer leur rédemption des liens de la mort» (D&A. 138:11, 16).
Les justes des temps passés ont espéré l’avènement de Jésus-Christ. Jésus a dit à ses disciples : «Veillez donc, puisque vous ne savez ni le jour, ni l’heure» de la venue du Fils de l’homme (Mt. 25:13 ; cf. D&A. 49:6-7) et a ajouté qu’il viendrait «comme un voleur dans la nuit» (1 Th. 5:2 ; Ap. 3:3 ; 16:15). Il a révélé à Joseph Smith qu’une révélation universelle serait donnée de sorte que «toute chair à la fois [le] verra» (D&A. 101:23 ; cf. És. 40:5). Ésaïe a vu d’avance des événements de la Seconde Venue (És. 63-66), de même que Daniel, Michée, Zacharie et Malachie (Da. 7:13 ; Mi 1:3 ; Za. 12:10 ; 13:6; Mal. 3:12). Quand il est apparu parmi les Néphites, le Seigneur ressuscité a parlé de son retour triomphal final sur la terre en citant les chapitres 3 et 4 de Malachie (3 Né. 24-25).
Le prophète Joseph Smith a clarifié et amplifié les prophéties des événements entourant la seconde venue de Jésus, notamment le rétablissement de l’Évangile (D&A. 133:36-37), la résurrection des morts (D&A. 88:95-102), le début du millénium (D&A. 43:30-31) et l’enchaînement de Satan pendant mille ans (D&A. 45:55). Les prophètes anciens et modernes ont prédit qu’après mille ans de paix, Satan serait délié et que la bataille finale entre le bien et le mal aurait lieu (Ap. 20:7-8 ; D&A. 43:31). Jean le Révélateur et le prophète ancien Éther, qui ont tous deux eu la vision de tous ces événements, ont vu le renouvellement de la terre et l’établissement de la nouvelle Jérusalem (Ap. 21 ; Ét. 13:1-10). Cette ville n’aura «besoin ni du soleil ni de la lune pour l’éclairer; car la gloire de Dieu l’éclaire, et l’agneau est son flambeau» (Ap. 21:23).

Bibliographie
Jackson, Kent P. "The Beginnings of Christianity in the Book of Mormon". Dans The Book of Mormon: The Keystone Scripture, dir. de publ. P. Chessman. Provo, Utah, 1988.
Matthews, Robert J. "The Doctrine of the Atonement – The Revelation of the Gospel to Adam." Dans Studies in Scripture, dir. de publ. R. Millet et K. Jackson, Vol. 2, pp. 111-29. Salt Lake City, 1985.
Matthews, Robert J. A Bible! A Bible! Salt Lake City, 1990.
McConkie, Bruce R. The Promised Messiah. Salt Lake City, 1978.
McConkie, Bruce R. The Millennial Messiah. Salt Lake City, 1982.
GARY LEE WALKER

Jésus-Christ : Premier-né dans l’esprit
Auteur : GILES, JERRY C.

Un principe fondamental des enseignements de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours est l’idée que tous les êtres humains sont nés fils et filles d’esprit de parents célestes avant de naître mortels de parents terrestres. Les saints des derniers jours croient que l’enfant d’esprit aîné et premier-né de Dieu est Jéhovah et que c’est lui qui est né plus tard avec un corps physique de Marie pour être Jésus-Christ. C’est-à-dire que le Jéhovah de l’Ancien Testament est devenu le Jésus-Christ du Nouveau Testament quand il est né dans la condition mortelle. Le Psalmiste appelle le Messie le premier-né (Ps. 89:28) et l’apôtre Paul qualifie Jésus de «premier-né entre plusieurs frères» (Ro. 8:29 ; cf. Hé. 2:17) et de «premier-né de toute la création» (Col. 1:15). La déclaration la plus autorisée sur le sujet est sans aucun doute celle du Sauveur lui-même, qui a déclaré au prophète Joseph Smith: «J’étais au commencement avec le Père et je suis le Premier-né» (D&A. 93:21 ; voir aussi Église du Premier-né). En 1909, la Première Présidence de l’Église a déclaré :
«Le Père de Jésus est aussi notre Père. Jésus lui-même a enseigné cette vérité, quand il a dit à ses disciples comment prier : «Notre Père qui es aux cieux», etc. Toutefois, Jésus est le premier-né parmi tous les fils de Dieu – le premier-né dans l’esprit et le fils unique dans la chair. Il est notre frère aîné et nous sommes, comme lui, à l’image de Dieu. Tous les hommes et femmes sont à la ressemblance du Père et de la Mère universels et sont littéralement les fils et les filles de la Divinité» [MFP 4:203].
[Voir aussi «Origin of Man», inclus dans les Exposés doctrinaux de la Première Présidence dans l’Annexe.]
JERRY C. GILES

Jésus-Christ : Fils unique dans la chair
Auteur : HANSEN, GERALD, JR.

Les Écritures anciennes et modernes utilisent le titre Fils unique pour souligner la nature divine de Jésus-Christ. Les saints des derniers jours reconnaissent Jésus comme étant littéralement le Fils unique de Dieu le Père dans la chair (Jn. 3:16 ; D&A. 93:11 ; Moï. 6:52). Ce titre signifie que le corps physique de Jésus est la progéniture d’une mère mortelle et du Père éternel (Lu 1:35, 1 Né. 11:18). C’est un point de doctrine de l’Église que Jésus-Christ est l’enfant de Marie et de Dieu le Père, «non pas en violation des lois naturelles, mais conformément à une manifestation supérieure de celles-ci» (JC, p. 97).
Le fait que Jésus est le Fils littéral de Dieu dans la chair est crucial pour l’Expiation, qu’un homme ordinaire n’aurait pas pu accomplir. À cause de la Chute d’Adam, toute l’humanité est sujette à la mort physique et est exclue de la présence de Dieu. La famille humaine est incapable de se sauver elle-même. La loi divine exigeait le sacrifice d’un être sans péché, infini et éternel – d’un Dieu – de quelqu’un qui n’était pas dominé par la Chute, pour racheter l’humanité de son état perdu et déchu (Al. 34:9-14 ; cf. 42:15). Ce prix de la rédemption était plus que ce qu’un quelconque mortel pouvait payer et comprenait les souffrances spirituelles et la torture à Gethsémané (Lu. 22:44 ; Mos. 3:7 ; D&A. 19:18). Pour accomplir l’Expiation par la mort et la résurrection physiques, il était nécessaire que Jésus puisse déposer son corps physique et aussi le reprendre. Il ne pouvait le faire que parce qu’il avait la vie en lui-même, qu’il avait héritée de Dieu son Père (Jn. 5:26 ; 10:17-18). Le Christ a hérité de sa mère mortelle la capacité de mourir et de son Père immortel le pouvoir de se ressusciter. Mourir a été pour lui un acte volontaire et délibéré pour l’humanité, rendu possible seulement parce qu’il était le Fils unique du Père (D&A. 20:18-26).

Bibliographie
McConkie, Bruce R. The Promised Messiah, pp. 467-73. Salt Lake City, 1978.
GERALD HANSEN, JR.

Jésus-Christ : Naissance de Jésus-Christ
Auteur : SKINNER, ANDREW C.

Les Écritures modernes affirment sans équivoque que la naissance de Jésus-Christ a été l’avènement dans la condition mortelle d’un Dieu réel, d’un deuxième membre distinct de la Divinité. Adam a été assuré de la rédemption par le Fils unique du Père et chaque vrai prophète a eu l’espoir de la gloire du Christ (Moï. 5:6-10 ; Jcb. 4:4).
Les prophéties et les récits bibliques de la naissance de Jésus sont confirmés et amplifiés dans les Écritures modernes. Tandis que le récit de la naissance dans Matthieu met l’accent sur la royauté du Christ (en attirant l’attention sur les mages, le roi Hérode et Bethléhem, ville du roi David) et le récit de Luc accentue l’humilité et la sainteté de Jésus (en mentionnant l’humble crèche, les bergers et les chœurs célestes), le Livre de Mormon se concentre sur sa venue comme accomplissement du plan d’un Dieu aimant qui a été établi dès avant la fondation du monde.
Le moment de la naissance de Jésus, ainsi que les buts de son ministère terrestre, ont été fixés dans la vie prémortelle (voir Conseil dans les cieux ; Moï. 4:1-4 ; 1 Né. 10:2-4 ; Mos. 3:5-10). Néphi 1, prophète du Livre de Mormon, rapporte une vision détaillée de la naissance attendue du Sauveur peu de temps après 600 av. J.-C. (1 Né. 11:7-24). Il y voit, dans la ville de Nazareth, une vierge qui est ravie en esprit. Il la revoit ensuite avec, dans les bras, un enfant qu’un ange identifie comme étant le Fils de Dieu. Néphi qualifie la venue du Christ comme une condescendance de Dieu, ce que l’on peut comprendre de deux façons : d’abord, en ce que Dieu le Père, personnage parfait et glorifié de chair et d’os, a condescendu à devenir le père d’une progéniture mortelle, née de Marie ; et en second lieu, en ce que Jésus (Jéhovah), le Dieu qui a créé des mondes sans nombre (Moï. 1:32-33 ; Jn. 1:1-4, 14 ; Hé. 1:1-2), s’est volontairement soumis à toutes les épreuves et toutes les souffrances de la condition mortelle (Mos. 3:5-8 ; MD, p. 155).
Pour les saints des derniers jours, la paternité de Jésus n’est pas obscure. Il était le Fils littéral et biologique d’un Père immortel et tangible et de Marie, une femme mortelle (voir Naissance virginale). Jésus est la seule personne née qui mérite le titre de «Fils unique de Dieu» (Jn. 3:16 ; Benson, p. 3 ; voir Jésus-Christ : Fils unique dans la chair). Il n’était pas le fils du Saint-Esprit ; ce n’est que par le Saint-Esprit que le pouvoir du Très-Haut a recouvert Marie (Lu. 1:35 ; 1 Né. 11:19).
L’endroit où la nativité devait se produire était un sujet de polémique publique du temps de Jésus (Jn. 7:40-43). Alma le Jeune, prophète du Livre de Mormon, vers 83 av. J.-C., prédit que le lieu de naissance du Christ serait «à Jérusalem, qui est le pays de nos ancêtres» (Al. 7:10), faisant allusion à la région entourant la ville elle-même : «Le Christ naquit dans un village à une dizaine de kilomètres de la ville de Jérusalem… dans ce que nous savons maintenant que les anciens eux-mêmes appelaient ‘le pays de Jérusalem’» (CWHN 6:102).
La Bible et le Livre de Mormon rapportent l’apparition de grands signes en Amérique au moment de la naissance du Messie au profit des fidèles. Par exemple, vers 6 av. J.-C., Samuel le Lamanite prophétise que des lumières apparaîtront dans le ciel et qu’il n’y aura pas d’obscurité pendant la nuit où naîtrait le Christ (Hél. 14:3-7). Le jour où la prophétie des cinq années de Samuel était sur le point d’expirer et où les incroyants étaient par conséquent sur le point d’exécuter ceux qui avaient cru en ses paroles, les prophéties de Samuel sur la naissance du Sauveur se sont accomplies (3 Né. 1:4-23). Dans le Nouveau Monde, comme dans le vieux, «des anges apparurent à des hommes, à des sages, et leur annoncèrent la bonne nouvelle d’une grande joie» (Hél. 16:14). [Voir aussi Six avril ; Livre de Mormon – Chronologie ; Noël.]

Bibliographie
Benson, Ezra Taft. Come Unto Christ. Salt Lake City, 1983.
Brown, Raymond E. The Birth of the Messiah. Garden City, N.Y., 1977.
McConkie, Bruce R. The Mortal Messiah, Vol. 1, pp. 313-366. Salt Lake City, 1981.
ANDREW C. SKINNER

Jésus-Christ : Baptême de Jésus-Christ
Auteur : SCHAELLING, J. PHILIP

Au commencement de son ministère public, Jésus est allé de Galilée jusqu’au Jourdain où il a été baptisé par Jean-Baptiste. Il «s’humilie devant le Père» et lui témoigne «qu’il lui obéira» (2 Né. 31:7). Pour des saints des derniers jours cet événement montre que Jésus a enseigné par son propre exemple que tous les hommes doivent être baptisés par immersion par quelqu’un ayant l’autorité. Toutes les personnes doivent également recevoir le Saint-Esprit pour obtenir le témoignage de Jésus (voir Jn. 1:32-34 ; Ap. 1:2 ; 19:10) et entrer dans le royaume des cieux.
Jésus a été baptisé par immersion par Jean, qui avait été ordonné à l’âge de huit jours par un ange de Dieu pour «pour aplanir le chemin du Seigneur» (D&A. 84:28). Pendant que Jésus sortait de l’eau, Jean a vu les cieux ouverts et l’Esprit de Dieu descendre sur Jésus (voir Colombe, le signe de la) et la voix de Dieu le Père a déclaré à Jean : «Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute mon affection» (Mt. 3:17). Ensuite Jean a rendu témoignage que Jésus était le Fils de Dieu (Jn. 1:33-34 ; D&A. 93:15-17). Au baptême de Jésus, chacun des trois membres de la Divinité s’est manifesté, révélant ainsi l’identité séparée du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Beaucoup se sont demandé pourquoi Jésus avait besoin du baptême, puisqu’il était sans péché. Certains y ont vu «un acte de simple obéissance docile de la part du Parfait» (A. Edersheim, Life and Times of Jesus the Messiah, réimpression, Grand Rapids, Mich., 1971, p. 280) ; d’autres ont suggéré que Jésus se trouvait encore devant «la possibilité d’un péché subtil : le péché de reculer devant ce qui pourrait l’attendre» et qu’il s’est donc fait baptiser pour se fortifier par «une consécration totale» et pour exprimer à sa nation «l’urgence de l’engagement» (Interpreter's Bible, vol. 8, p. 78).
Les saints des derniers jours, quant à eux, retirent de la Bible et du Livre de Mormon que Jésus s’est fait baptiser «pour accomplir tout ce qui est juste», ce qui signifie que Jésus s’est humilié devant le Père, a témoigné au Père qu’il lui obéirait et a de ce fait montré à humanité l’étroitesse de la porte qui mène à la vie éternelle (2 Né. 31:6-9). En se soumettant au baptême Jésus «a donné l’exemple» à toute l’humanité, car si Jésus, étant saint, a été baptisé «pour accomplir tout ce qui est juste… a combien plus forte raison nous, qui ne sommes pas saints, avons-nous besoin d’être baptisés ?» (2 Né. 31:5 ; voir aussi AF, chap. 6). Ceux qui suivent son exemple et son Évangile d’un cœur pleinement résolu, avec honnêteté devant Dieu et «avec une intention réelle, se repentant [de leurs] péchés», reçoivent la promesse qu’ils recevront le baptême du feu et du Saint-Esprit et pourront «parler dans la langue des anges et crier des louanges» à Dieu (2 Né. 31:13).

Bibliographie
Farley, S. Brent. "The Baptism and Temptation of Jesus". Dans Studies in Scripture, dir. de publ. K. Jackson et R. Millett, Vol. 5, pp. 175-187. Salt Lake City, 1986.
McConkie, Bruce R. The Mortal Messiah, Vol. 1, pp. 399-404. Salt Lake City, 1979.
J. PHILIP SCHAELLING

Jésus-Christ : Ministère de Jésus-Christ
Auteur : PETERSON, DANIEL C.

Le rôle central joué par le ministère terrestre de Jésus dans la doctrine et la croyance des saints des derniers jours est bien exprimé dans la déclaration de Joseph Smith que «les principes fondamentaux de notre religion sont le témoignage des apôtres et des prophètes concernant Jésus-Christ, qu’il est mort, a été enterré et est ressuscité le troisième jour et est monté au ciel ; et toutes les autres choses qui ont trait à notre religion n’en sont que des annexes» (EPJS, p. 95 ; HC 3:30).
Les saints des derniers jours partagent avec beaucoup d’autres chrétiens la conviction que les quatre évangiles du Nouveau Testament et Ac. 1:1-11 sont essentiellement des récits historiques exacts du ministère terrestre de Jésus-Christ. Sans être des inerrantistes bibliques, leur confiance en la Bible est renforcée de deux manières uniques : D’abord, ils croient que des éléments bien précis du ministère terrestre du Christ ont été révélés à l’avance aux prophètes préchrétiens. Ces révélations s’accordent avec les récits ultérieurs des évangiles. En second lieu, ils croient que Jésus ressuscité a lui-même affirmé beaucoup de détails de ce récit biblique. Ainsi, le Livre de Mormon et d’autres textes du canon des Écritures propre aux saints des derniers jours sont considérés comme «prouvant au monde que les Saintes Écritures sont vraies» (D&A. 20:11 ; cf. 1 Né. 13:39).
Beaucoup de prophètes savaient, par exemple, d’avance que le Fils de Dieu viendrait sur terre prendre un corps physique (1 Né. 13:42 ; Én. 1:8 ; Mos. 3:5 ; Hél. 8:13-22 ; Ét. 3:15-17). La date approximative de son avènement était également connue (1 Né. 10:4 ;19:8; 2 Né. 25:19 ; Hél. 14:2). Plusieurs croyants de l’antiquité ont eu la faveur de le voir avant son avènement dans la condition mortelle (2 Né. 2:4 ;11:2 ; Al. 19:13 ; Ét. 3:14 ; 9:22 ; D&A. 107:49, 54 ; Moï. 1:2 ; 7:4 ; Abr. 2:6-11 ; cf. És. 6:1-3). Son nom-titre, Jésus-Christ (c.-à-d., «Sauveur oint») était connu longtemps à l’avance, de même que le nom et la virginité de sa mère, et le lieu de sa naissance (1 Né. 11:13-14, 18-20 ; 2 Né. 25:19 ; Mos. 3:8 ; Al. 7:10 ; Ét. 3:14 ; Moï. 6:52, 57 ; 7:50; cf. Mi. 5:2). Les prophètes de l’antiquité ont annoncé son baptême, prédisant même l’endroit et des détails précis de la mission de Jean-Baptiste (1 Né. 10:8-10). Néphi 1 savait que le Sauveur appellerait douze apôtres pour l’aider dans son ministère (1 Né. 11:34-36 ; 12:9 ; 13:26, 40-41 ; 14:20, 24, 27) et le roi Benjamin a prophétisé sur ses nombreux miracles (Mos. 3:5-6). La mort expiatoire de Jésus par la crucifixion était bien connue des prophètes préchrétiens, qui comprenaient qu’elle s’accompagnerait de trois jours de ténèbres précédant sa résurrection (1 Né. 10:11 ; 11:33 ; 19:10 ; 2 Né. 25:14 ; Mos. 3:9-10 ; Al. 7:11 ; Hél. 14:14, 20, 27 ; Moï. 7:55). En fait, les pratiques sacrificatoires à partir d’Adam, notamment les rituels de la loi de Moïse, préfiguraient le Christ et, en outre, ont été reconnues comme telles par beaucoup de ceux qui les ont accomplies (Jcb 4:5 ; Moï. 5:5-7).
Les Écritures postérieures de l’Église, notamment les paroles de Jésus ressuscité lui-même, confirment des détails du Nouveau Testament tels que l’unité du sermon sur la montagne (3 Né. 12-14) et l’authenticité de certaines de ses paroles séparées (3 Né. 15:12-24). Sa souffrance dans le jardin de Gethsémané est attestée (D&A. 19:18 ; cf. Mos. 3:7), de même que sa crucifixion (D&A. 20:23 ; 21:9 ; 35:2 ; 45:52 ; 46:13 ; 53:2), sa résurrection le troisième jour (Mrm. 7:5 ; D&A. 18:12 ; 20:23) et le fait qu’il est le Sauveur plein de souffrances attendu depuis longtemps (3 Né. 11:10-11). Il est dit que ses douleurs terrestres le qualifient comme Médiateur entre Dieu et l’homme (D&A. 45:4 ; cf. És. 53:12). Dans des textes tels que la section 7 des Doctrine et Alliances et la traduction de la Bible par Joseph Smith (TJS), les saints des derniers jours croient qu’ils se sont vu accorder des renseignements plus complets sur le ministère palestinien de Jésus. (Chose intéressante, la TJS précède l’accent mis par les savants modernes sur le caractère individuel des évangiles du Nouveau Testament en qualifiant chacun comme «témoignage» de son auteur respectif. Cette même vue semble être à la base de Doctrine et Alliances 88:141.)
Les récits des évangiles documentent et soulignent la compréhension que les saints des derniers jours ont du ministère terrestre de Jésus, en qui ils voient Dieu physiquement parmi son peuple. Non seulement Jésus a accompli des miracles, exprimant de ce fait son pouvoir tant sur les démons que sur les éléments naturels, mais il a explicitement affirmé son unité de but avec le Père (Jn. 14:8-10 ; 17:21) et le fait qu’il est le Jéhovah de l’Ancien Testament (Jn. 8:56-59). Alors que Moïse est monté la montagne pour recevoir la vieille loi, Jésus est monté sur une montagne pour en proclamer une nouvelle (cf. 3 Né. 15:4-5). Moïse lui-même était présent lors de la transfiguration (Mt. 17:1-8). Les Écritures modernes confirment en outre le portrait chaleureux que les évangiles du Nouveau Testament font de la compassion de Jésus pour les pécheurs, de son souci pour les pauvres et de son amour pour les enfants. Ils le dépeignent comme un Maître populaire qui enseignait à l’aide de paraboles, prêchait dans les synagogues, affrontait l’hypocrisie et s’attirait l’amour et l’admiration de beaucoup de ses auditeurs.
Les saints des derniers jours se rappellent aussi la réaction des auditeurs de Jésus lors du sermon sur la montagne : «Car il enseignait comme ayant autorité, et non pas comme leurs scribes» (Mt. 7:29). De même qu’il ne faisait pas appel aux pouvoirs d’autres personnes pour accomplir des miracles, Jésus n’avait besoin d’aucun précédent pour justifier ses enseignements. Il avait en lui-même pouvoir sur la mort, tant sur celle des autres (comme dans la guérison de Lazare, de la fille de Jaïrus et du fils de la veuve de Naïn) que sur sa propre mort (Jn. 5:26 ; 10:17-18). Les saints des derniers jours partagent donc avec les autres chrétiens la conviction que Jésus de Nazareth est celui qui les rachète de la mort. Mais il est également la source de l’autorité dans la prêtrise, qui a appelé et a autorisé des hommes ordinaires et non formés à le servir dans une église nouvellement organisée et, agissant pour lui en sa qualité de «bon Berger», de «paître ses brebis» (Jn. 21:15-17) tant par les enseignements que par les ordonnances de la prêtrise. Ils rejettent l’affirmation selon laquelle il existerait une dichotomie entre le sacerdotal et le prophétique dans son ministère. Ils notent qu’il a enseigné la nécessité du baptême et qu’il s’est soumis lui-même à cette exigence (Jn. 3:1-5 ; Mt. 3:15). Ils se rappellent qu’il révérait le temple de son époque et attendait des autres qu’ils fassent de même (Lu. 2:41-50 ; Jn. 2:13-17).
La compréhension qu’ont les saints des derniers jours du rôle de la foi et des œuvres dans le salut est fondée sur l’insistance de Jésus que l’amour pour lui s’exprime par l’obéissance à ses commandements (Jn. 14:15 ; cf. Jn. 15:14 ; Mt. 5-7). Son invitation à ses disciples d’être parfaits (Mt. 5:48) est rendue plausible par le fait qu’il a surmonté les mêmes tentations qui les assaillaient (Hé. 4:15-16 ; Mt. 4:1-11 ; Lu. 4:1-13) et qu’il a souffert pour leurs transgressions (Mos. 3:7 ; És. 53:3-12). En effet, les saints des derniers jours apprennent par leurs Écritures que c’est au moins en partie grâce à l’expérience acquise et à l’empathie obtenue pendant son séjour terrestre que Jésus sait comment pourvoir aux besoins de ceux qui ont confiance en lui (Al. 7:12 ; D&A. 62:1 ; 88:6).

Bibliographie
McConkie, Bruce R. The Mortal Messiah, 4 vols. Salt Lake City, 1979-1981.
Talmage, James E. JC Salt Lake City 1915.
Taylor, John, The Mediation and Atonement of Jesus Christ. Salt Lake City, 1882, réimpr. 1964.

Jésus-Christ : Crucifixion de Jésus-Christ
Auteur : OAKS, MERRILL C.

La crucifixion a été la forme d’exécution subie par Jésus-Christ sur le Calvaire comme conclusion nécessaire à son sacrifice expiatoire infini et volontaire commencé à Gethsémané (voir Expiation de Jésus-Christ). Beaucoup de gens ont soutenu et suivi Jésus, mais un petit groupe de dirigeants judéens influents, qui étaient en désaccord avec sa doctrine et se sentaient menacés par sa popularité, ont réussi à le faire condamner à mort par le gouverneur romain, Ponce Pilate.
Les Écritures modernes donnent le témoignage de prophètes que la crucifixion serait la méthode par laquelle le Sauveur mourrait (par exemple, 1 Né. 19:10-13 ; 2 Né. 10:3-5 ; Mos. 3:9 ;15:7; Moï. 7:55). Les Israélites ne crucifiaient pas. Ils accrochaient les cadavres des condamnés pour les exposer à la honte «à un bois» pendant une partie d’une journée (De. 21:22-23 ; cf. Ac. 5:30), mais pour la crucifixion il était nécessaire d’avoir recours à la loi et aux pratiques romaines.
La crucifixion est une forme d’exécution probablement inventée par les Perses et utilisée en Égypte et à Carthage. Les Romains l’ont perfectionnée pour en faire une torture visant à produire un maximum de souffrance et une mort lente. Réservée aux criminels les plus vils et rarement appliquée aux citoyens romains, la crucifixion était, de manière routinière, précédée d’une flagellation du dos, des fesses et des jambes avec un fouet court constitué de lanières en cuir garnies de petites boules de fer ou d’esquilles d’os de mouton. On forçait ensuite la victime affaiblie à porter au moins une partie de la croix jusqu’à l’emplacement de la crucifixion. Les Romains utilisaient généralement de grands clous pour fixer les poignets et les paumes à la barre de traverse et les pieds à la partie verticale de la croix. Les clous causaient une douleur terrible mais ne constituaient pas une menace immédiate pour la vie. Une personne pouvait vivre dans l’agonie pendant des heures ou même des jours. La position du corps rendait la respiration difficile puisque le fait d’être pendu par les bras maintenait la poitrine étendue de sorte que l’expiration exigeait l’utilisation active du diaphragme. Si elle poussait avec les pieds, la victime relevait son corps, ce qui mettait la poitrine dans une position plus naturelle et lui facilitait la respiration. Les soldats accéléraient parfois la mort en brisant les jambes de la victime, la mettant presque dans l’impossibilité de remonter suffisamment le corps pour respirer.
Après être resté pendu à la croix pendant plusieurs heures, Jésus a pardonné aux soldats qui l’avaient crucifié (Lu. 23:34 ; TJS Lu. 23:35) et a volontairement donné sa vie (cf. Jn. 10:18), remettant son esprit entre les mains de son Père. Les Romains ont brisé les jambes des deux hommes qui avaient été crucifiés avec Jésus, mais croyant qu’il était déjà mort, ils lui ont simplement enfoncé une lance dans le côté (Jn. 19:33-34).
Bibliographie
Edwards, William D. ; Wesley J. Gabel et Floyd E. Hosmer. “On the Physical Death of Jesus Christ.” Journal of the American Medical Association, 255, 1986, pp. 1455-1463.
Hengel, Martin. Crucifixion. Philadelphie, 1977.

Jésus-Christ : Résurrection de Jésus-Christ
Auteur : CALLISTER, TAD R.

Les saints des derniers jours considèrent la résurrection de Jésus-Christ comme l’événement le plus glorieux de tous les temps. Ayant le pouvoir de déposer son corps et de «l[e] reprendre» (Jn. 10:18), le Sauveur a vaincu la mort pour lui-même et pour toute l’humanité (1 Co. 15:22). La foi des saints des derniers jours en la résurrection littérale et physique de Jésus est considérablement renforcée par les témoignages anciens et modernes de nombreux témoins.
Le Livre de Mormon contient des prophéties de la résurrection de Jésus faites des années avant l’événement proprement dit. Le prophète Néphi 1 a déclaré: «Voici, ils le crucifieront ; et… il se lèvera d’entre les morts» (2 Né. 25:13 ; aussi 1 Né. 19:10). Dans la Bible, Jésus lui-même a prophétisé que «le troisième jour il ressuscitera» (Mt. 17:23).
Le troisième jour est venu et Jésus est devenu les «prémices de ceux qui sont morts» (1 Co. 15:20), son esprit se réunissant de manière permanente à son corps dans un état glorifié et immortel. Son corps ressuscité n’était pas sujet à la souffrance, à la maladie ou à la mort. Il pouvait traverser les murs ; il pouvait défier les lois terrestres de la pesanteur ; mais c’était «un corps glorieux» tangible (Ph. 3:21) composé de chair et d’os. Jésus a dit à ses disciples: «Voyez mes mains et mes pieds, c’est bien moi ; touchez-moi et voyez ; un esprit n’a ni chair ni os, comme vous voyez que j’ai» (Lu. 24:39). Il a ensuite mangé du poisson rôti et un rayon de miel en leur présence comme témoignage supplémentaire de sa nature corporelle.
Les saints des derniers jours se distinguent fermement de ceux qui nient la résurrection physique de Jésus ou affirment que sa nature divine est seulement spirituelle, ses apparitions postmortelles n’étant que des manifestations physiques ou mystiques temporaires (Nibley, pp. 156-159). Ils estiment pareil enseignement contraire aux paroles de Paul, qui enseignait que le Christ ressuscité «ne meurt plus» (Ro. 6:9), voulant dire que son corps ressuscité ne serait plus jamais séparé de son esprit (Ja. 2:26 ; Al. 11:45).
Dans son état ressuscité, Jésus a conservé les empreintes des clous dans ses mains et dans ses pieds comme manifestation spéciale au monde. Ces marques ne sont cependant que provisoires. Lorsque tous auront confessé qu’il est le Christ, son corps ressuscité, comme ceux de toute l’humanité, retrouvera «sa forme propre et parfaite» (Al. 40:23).
Une fois que ressuscité, Jésus «a obtenu les clefs… [pour] ouvrir les tombeaux pour tous les hommes» (DS1:129) et avec ces clefs il a ouvert les portes de la résurrection : «Les sépulcres s’ouvrirent» et «beaucoup de saints sont ressuscités, et sont apparus à un grand nombre» (Mt. 27:52 ; 3 Né. 23:11).
La résurrection du Christ n’a pas été cachée. Les témoins de cet événement étaient aussi légion que divers : les femmes au tombeau (Lu. 24:1-10), Marie dans le jardin (Jn. 20:11-18), dix apôtres ensemble (Lu. 24:36-43), onze apôtres dont Thomas le sceptique (Jn. 20:24-29), deux disciples sur le chemin d’Emmaüs (Lu. 24:13-24), «plus de cinq cents frères à la fois» (1 Co. 15:6) et Paul sur le chemin de Damas (Ac. 9:3-9). De tous ces rapports, aucun n’est plus profond que celui de son apparition aux Néphites, où, un par un, 2500 hommes, femmes et enfants «[virent] de leurs yeux et [touchèrent] de leurs mains, et [connurent] avec certitude… [que c’était lui]» (3 Né. 11:15). À ces récits, les saints des derniers jours ajoutent les apparitions modernes du Seigneur ressuscité à Joseph Smith et à d’autres (par exemple, JS–H 1:17 ; D&A. 76:22-23).
Jésus-Christ apparaîtra encore dans les derniers jours et témoignera : «Ces blessures sont celles que j’ai reçues dans la maison de mes amis» (D&A. 45:52 ; cf. Za. 13:6), visitant tous les royaumes dont il est le créateur (D&A. 88:51-61). Des témoins honnêtes et crédibles de toutes les époques ont témoigné et témoigneront encore, comme les anges messagers d’autrefois : «Il est ressuscité» (Mt. 28:6).

Bibliographie
Nibley, Hugh W. «Easter and the Prophets». The World and the Prophets, dans CWHN 3, pp. 154-162.
Romney, Marion G. “The Resurrection of Jesus”. Ensign 12, mai 1982, pp. 6-9.

Jésus-Christ : Ministère de quarante jours et autres apparitions de Jésus-Christ après la Résurrection
Auteur : GEE, JOHN

Après sa résurrection, Jésus a passé une grande partie des quarante jours suivants avec ses disciples: «parlant des choses qui concernent le royaume de Dieu» (Ac. 1:3) et leur ouvrant «l’esprit, afin qu’ils comprissent les Écritures», à savoir ce qui est sur lui «dans la loi de Moïse, dans les prophètes et dans les psaumes» (Luc 24:44-45). Pour les saints des derniers jours, ces quarante jours sont importants en tant qu’éléments du ministère de Jésus. En outre, une partie importante du Livre de Mormon est consacrée au ministère qu’il a exercé après sa résurrection sur le continent américain.
Le Nouveau Testament mentionne le ministère de quarante jours mais ne fournit que des détails limités. Par exemple, pendant ce temps, Jésus est apparu aux Douze, Thomas étant présent (Jn. 20:26-29) et a parlé «des choses qui concernent le royaume de Dieu» (Ac. 1:3). «Jésus a fait encore, en présence de ses disciples, beaucoup d’autres miracles, qui ne sont pas écrits dans ce livre» (Jn. 20:30). Paul mentionne que Jésus, un jour, «est apparu à plus de cinq cents frères à la fois» (1 Co. 15:6). Enfin, avant son ascension, Jésus a commandé aux apôtres : «Allez par tout le monde et prêchez l’Évangile à toute la création» (Mc. 16:15-16 ; cf. Mt. 28:18-20 ; Lu. 24:47-48 ; Jn. 21:15-17 ; Ac. 1:4-5).
Plus de quarante récits extérieurs aux Écritures prétendent dire ce que Jésus a dit et fait pendant son ministère de quarante jours. Les saints des derniers jours croient que certains de ces récits, comme les Apocryphes, contiennent «beaucoup de choses qui sont vraies», mais aussi «beaucoup de choses qui ne sont pas vraies» (D&A. 91).
Ces récits rapportent ce qui suit : Jésus enseigne aux apôtres l’Évangile qu’ils doivent prêcher au monde. Il parle d’une vie prémortelle et de la création du monde, ajoutant que cette vie est un état probatoire où nous avons le choix entre le bien et le mal et que ceux qui choisissent le bien pourront retourner dans la gloire de Dieu. Il prédit les événements des derniers jours, notamment le retour d’Élie. Il dit aussi aux disciples que l’Église primitive sera pervertie après une génération et leur enseigne à se préparer pour les tribulations. Ces récits apocryphes disent que la résurrection du Christ donne à ses disciples l’espoir de leur propre résurrection en gloire. Outre le salut pour les vivants, celui des morts est un thème majeur, de même que les ordonnances : le baptême, la Sainte-Cène ou Eucharistie, l’ordination des apôtres à l’autorité, le fait qu’ils sont bénis un à un et une initiation ou Dotation (cf. Lu. 24:49, habituellement appelés «mystères»), l’accent étant mis sur les vêtements, le mariage et les cercles de prière. Ces récits, habituellement appelés secrets (grec apokryphon ; copte, hep), sont souvent rattachés d’une façon ou d’une autre au temple ou comparés à la montagne de la Transfiguration. Parfois on dit que les apôtres montent au ciel où ils voient des choses merveilleuses. Que tout dans de tels récits soit vrai ou pas, les actions des apôtres après les visites de Jésus postérieures à sa résurrection diffèrent radicalement de celles d’avant.
Beaucoup de gens écartent les récits extérieurs au Nouveau Testament en leur collant l’étiquette d’apocryphes, le pseudépigraphes, de fiction ou de mythe. Certains les attribuent à des hallucinations psychologiques que le traumatisme de la mort de Jésus a suscitées chez les disciples. D’autres rejettent ces traditions parce que des sectes stigmatisées plus tard comme «hérésies» s’en faisaient les championnes. La plupart les ignorent. Les saints des derniers jours ont généralement tendance à leur accorder une considération soigneuse, principalement à cause du long récit détaillé du Livre de Mormon sur le ministère du Christ, après sa résurrection parmi les Néphites et les Lamanites «qui avaient été épargnés» (3 Né. 11-28).
Beaucoup d’éléments trouvés dans la littérature des quarante jours du Vieux Monde apparaissent également dans 3 Néphi dans le Livre de Mormon. Ce récit dit comment Jésus a été annoncé par son Père à certains des survivants néphites et lamanites et comment il est descendu du ciel au temple d’Abondance pour y instruire la multitude pendant trois jours. Les gens «[virent] de leurs yeux, et touch[èrent] de leurs mains, et connu[rent] avec certitude et… témoign[èrent]» que Jésus était ressuscité d’entre les morts (3 Né. 11:13-17). Jésus a choisi douze disciples, leur a donné l’autorité d’accomplir des ordonnances et leur a commandé d’instruire tout le monde (3 Né. 11:18-41 ; 18:36-39 ; 19:4-13 ; Mro. 2). Il a déclaré sa doctrine, interdisant qu’on se dispute à son sujet : «Le Père commande à tous les hommes de partout de se repentir et de croire en moi. Et quiconque croit en moi et est baptisé, celui-là sera sauvé» (3 Né. 11:32-33). Les enseignements de Jésus, dont une version du sermon sur la montagne très semblable à celle contenue dans le Nouveau Testament, comportent «la loi et les commandements» pour le peuple (3 Né. 12:19). Jésus a guéri leurs malades, a béni leurs enfants et a prié pour la multitude (3 Né. 17:2-25 ; 19:5-36). Beaucoup ont été transfigurés quand des anges sont descendus pour les servir (3 Né. 17:22-25 ; 19:14-16). Jésus a institué les ordonnances du baptême et du sacrement du pain et du vin (3 Né. 11:22-29 ; 18:1-14, 26-35 ; 19:10-13 ; 20:3-9) et a enseigné à la multitude comment mener une vie exempte de péché (3 Né. 18:12-25). Il a également enseigné que le péché empêche la participation aux ordonnances, mais il n’est interdit à personne d’aller à la synagogue ou de se repentir et d’aller à lui (3 Né. 18:25-33). Il décrit le futur en termes d’alliances faites avec la maison d’Israël, citant les prophéties de Moïse dans l’Ancien Testament (De. 18:15-19 = 3 Né. 20:36-38 ; Ge. 12:3 ; 22:18 = 3 Né. 20:25, 27), Ésaïe (És. 52:1-3, 6-8, 9-10, 11-15 = 3 Né. 20:36-40, 32, 34-35, 41-45 ; És. 52:8-10 = 3 Né. 16:18-20; És. 52:12, 15 = 3 Né. 21:29, 8; És. 54 = 3 Né. 22), Michée (Mi. 4:12-13 ; 5:8-15 = 3 Né. 20:18-19, 16-17 ; 21:12-18) et Habacuc (Ha. 1:5 = 3 Né. 21:9), que les restes d’Israël seront rassemblés quand les prophéties d’Ésaïe commenceront à s’accomplir et quand les restes commenceront à croire au Christ, le Livre de Mormon lui-même étant un signe du commencement de ces événements (3 Né. 16:4-20 ; 20:10-23:6 ; 26:3-5). Après inspection de leurs annales, Jésus leur a donné les prophéties supplémentaires qu’ils n’avaient pas eues (Mal. 3-4 = 3 Né. 24-25) et leur a tout expliqué (3 Né. 20:10-26:11).
Des choses encore plus sacrées dites et faites par Jésus pendant sa visite de trois jours en Amérique n’ont pas été incluses dans les annales actuelles (3 Né. 26:6-12). Les ministères qu’il a accomplis après sa résurrection auprès du peuple de Néphi et des disciples du Vieux Monde n’étaient que deux de ceux dont il s’est acquitté et qui ont été enregistrés (3 Né. 15:11-16:3; cf. D&A. 88:51-61 ; EPJS, p. 153). Les saints des derniers jours espèrent se préparer à recevoir les récits plus complets qui sont encore à venir (2 Né. 29:11-14 ; D&A. 25:9 ; 101:32-35 ; 121:26-33 ; 9e A de F).

Bibliographie
Brown, S. Kent, et C. Wilfred Griggs. "The Forty-Day Ministry of Christ." Ensign 5, août 1975, pp. 6-11, aussi dans Studies in Scripture, dir. de publ. K. Jackson, Vol. 6, pp. 12-23. Salt Lake City, 1987.
Nibley, Hugh W. "Evangelium Quadraginta Dierum." Vigiliae Christianae 20, 1966, :1-24, réimprimé dans CWHN 4:10-44.
Pour des comparaisons avec le Livre de Mormon, voir H. Nibley, "Christ Among the Ruins", Ensign 13 juin 1983, pp. 14-19, dans CWHN 8:407-434; et Since Cumorah, CWHN 7. Les études spécialisées sont H. Nibley, "The Early Christian Prayer CircIe", BYU Studies 19, 1978, pp. 41-78, dans CWHN 4:45-99.
Pour les sources primaires, voir les références dans les ouvrages précédents; beaucoup sont en traduction anglaise dans Edgar Hennecke et Wilhelm Schneemelcher, New Testament Apocrypha, 2 vols., Philadelphie, 1965, et James M. Robinson, The Nag Hammadi Library, San Francisco, 1978, éd. rév. 1988.
JOHN GEE

Jésus-Christ : Apparitions de Jésus-Christ de nos jours
Auteur : FLAKE, JOEL A.

Comme le montrent le Nouveau Testament et le Livre de Mormon, après sa résurrection, Jésus-Christ peut apparaître et apparaît vraiment dans notre dispensation moderne de l’Évangile. Quand ces manifestations sacrées sont données pour fournir un enseignement personnel, on n’en parle pas ouvertement. Cependant, quand cela s’indique, la communication divine est rendue publique. C’est un principe de l’Évangile que le Seigneur Jésus-Christ peut se manifester et se manifeste à son peuple, même à des personnes privées «au moment qui lui semble bon, à sa manière et selon sa volonté» (D&A. 88:68).
L’apparition la plus importante du Sauveur dans cette dispensation s’est produite quand le Père et lui se sont présentés à Joseph Smith au printemps de 1820. Cette théophanie, généralement appelée la Première Vision, a révélé la nature séparée de ces deux membres de la Divinité et a inauguré la dispensation de la plénitude des temps et le rétablissement de toutes choses.
En 1832, Jésus-Christ est encore apparu en vision à Joseph Smith et à Sidney Rigdon. Les deux hommes l’ont vu et ont conversé avec lui (D&A. 76:14). Ils ont aussi témoigné d’une vision des royaumes auxquels l’humanité sera affectée dans l’au-delà. Le Seigneur est aussi apparu à Joseph Smith et à Oliver Cowdery en avril 1836 dans le temple de Kirtland, peu de temps après la consécration de celui-ci et a manifesté qu’il acceptait ce premier temple des derniers jours (D&A. 110:1-10).
Une révélation concernant le salut des morts a été donnée à Joseph Smith lors d’une apparition antérieure de Jésus-Christ et du Père dans le temple de Kirtland le 21 janvier 1836 : «Les cieux s’ouvrirent à nous, et je vis… le trône flamboyant de Dieu sur lequel étaient assis le Père et le Fils» (D&A. 137:1, 3). Joseph Smith dit que des visions ont été données à beaucoup de personnes lors de la réunion et que «certaines d’entre elles ont vu le visage du Sauveur» (HC 2:382).
Joseph Smith a également noté d’autres occasions où des membres de l’Église ont vu le Sauveur. Le 18 mars 1833, il parle d’une réunion importante de l’école des prophètes : «Beaucoup de frères ont eu une vision céleste du Sauveur et des concours d’anges et beaucoup d’autres choses, dont chacun a mis par écrit ce qu’il a vu» (HC 1:335). Il parle d’une expérience semblable de Zebedee Coltrin (HC 2:387) et une autre fois il signale que «le Sauveur est apparu à certains» lors d’une réunion la semaine qui a suivi la consécration du temple de Kirtland (HC 2:432).
Les apparitions de Jésus-Christ ne se sont pas limitées aux premiers temps de l’Église. En 1898, le Sauveur est apparu à Lorenzo Snow, cinquième président de l’Église, et lui a donné des instructions importantes concernant celle-ci (My Kingdom Shall Roll Forth, pp. 68-70, Salt Lake City, 1980). Joseph F. Smith, sixième président de l’Église, a eu une vision du Sauveur en 1918, comme rapporté dans la vision de Doctrine et Alliances, section 138. Cette vision rapportait la visite du Sauveur aux esprits des morts tandis que son corps était dans le tombeau entre le moment de sa crucifixion et celui de sa résurrection. En 1985, Ezra Taft Benson, treizième président de l’Église, a dit : «Aujourd’hui, dans l’Église rétablie du Christ, l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, il se révèle, lui et sa volonté, depuis Joseph Smith, premier prophète du Rétablissement, jusqu’à ce jour» (p. 4).
C’est un enseignement de la révélation moderne que des membres peuvent, à titre individuel, avoir une visite personnelle du Sauveur, voir son visage et recevoir des instructions de lui quand ils sont prêts et quand le Seigneur choisit d’accorder une telle expérience (D&A. 93:1 ; voir Jésus-Christ ; Second Consolateur).

Bibliographie
Benson, Ezra Taft. «Joy in Christ». Ensign 16, mars 1986, p. 4.

Jésus-Christ : Seconde Venue de Jésus-Christ
Auteur : LUND, GERALD N.

Dans la pensée juive et chrétienne il y a deux manières de base de concevoir la venue du Messie. Certains considèrent la promesse d’un Messie et d’une ère millénaire comme symbolisant le moment où les hommes apprendront finalement à vivre dans la paix et l’entente et où le monde entrera dans une nouvelle ère de lumière et de progrès ; ce ne sera pas une personne seule ni un événement déterminé quelconque qui inaugureront cette ère. L’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours s’oppose à cette conception et est d’accord avec les nombreux autres groupes juifs et chrétiens qui affirment qu’il y a un Messie réel, qu’il viendra sur terre à une époque future et que ce n’est que par son avènement et les événements qui l’accompagneront qu’une ère millénaire de paix, d’entente et de joie commencera. Les Juifs attendent la première venue du Messie ; les saints des derniers jours et d’autres chrétiens attendent la seconde venue de Jésus-Christ.
Les Écritures, tant bibliques que modernes, témoignent abondamment que l’ère qui précédera directement la seconde venue du Sauveur sera «difficile» (2 Ti. 3:1) et remplie de «détresse» (Mt. 24:21). À ce moment-là «le diable aura pouvoir sur ses possessions» (D&A. 1:35). Les jugements qui en découleront sur les méchants font partie des préparatifs du millénium.
Les justes aussi bien que ceux qui ne sont pas éclairés connaîtront ces temps de détresse. Les sources de l’Église enseignent que le Seigneur rassemblera les justes dans des «lieux saints» (D&A. 101:22), qui sont Sion et ses pieux (D&A. 115:6). Ces lieux sont décrits comme des lieux de «paix», de «refuge» et de «sécurité pour les saints du Dieu Très-Haut» (D&A. 45:66). La promesse est que Dieu «ne souffrira pas que les méchants détruisent les justes. C’est pourquoi il préservera les justes par son pouvoir… les justes n’ont rien à craindre» (1 Né. 22:16-17).
Les tentatives de prédire le temps de la venue du Messie sont légion dans les traditions juives et chrétiennes. Les saints des derniers jours considèrent que la seconde venue est «proche, et même à la porte» (D&A. 110:16). Mais ils acceptent également le décret de l’Écriture que «l’heure et le jour [de la venue du Christ] nul ne les connaît, ni les anges dans le ciel, et ils ne le sauront pas avant qu’il ne vienne» (D&A. 49:7 [italiques ajoutés] ; cf. Mt. 24:36).
Avec beaucoup d’autres chrétiens, les mormons croient que la Seconde Venue sera précédée de la bataille d’Armaguédon et de l’apparition du Christ sur le mont des Oliviers (voir Derniers jours). Les Doctrine et Alliances disent de cet événement : Et alors les Juifs tourneront les regards vers moi et diront : D’où viennent ces blessures que tu as aux mains et aux pieds ? Alors ils sauront que je suis le Seigneur, car je leur dirai : Ces blessures sont celles que j’ai reçues dans la maison de mes amis. Je suis celui qui a été élevé. Je suis Jésus qui a été crucifié. Je suis le Fils de Dieu. Et alors, ils pleureront à cause de leurs iniquités ; alors ils se lamenteront parce qu’ils ont persécuté leur roi [D&A. 45:51-53 ; cf. Za. 13:6].
«À partir de ce jour-là, a-t-il été proclamé, la nation juive devient sainte et sa ville et son sanctuaire deviennent saints. C’est là également que le Messie établit son trône et le siège de son gouvernement» (Clark, p. 258).
Avant la venue du Christ en gloire, «il y aura du silence dans le ciel pendant une durée d’une demi-heure ; et immédiatement après cela, le rideau du ciel sera ouvert… et la face du Seigneur sera dévoilée» (D&A. 88:95). C’est apparemment le moment où «toute chair à la fois [le] verra» (D&A. 101:23 ; Ap. 1:7).
Les Doctrine et Alliances déclarent que «la terre passera comme par le feu» (D&A. 43:32). Certains ont imaginé que ceci pourrait se produire suite à un holocauste nucléaire. Bien que certains passages apocalyptiques puissent sembler décrire les effets d’une guerre nucléaire (par exemple, És. 34:1-10), une révélation moderne enseigne que le «feu» de la Seconde Venue est la présence du Sauveur, une gloire céleste comparable à la gloire du soleil (D&A. 76:70) ou un «feu dévorant» (Hé. 12:29 ; cf. Mal. 3:2 ; 4:1). «Si grande sera la gloire de sa présence, que le soleil se cachera la face de honte» (D&A. 133:49). «La présence du Seigneur sera comme le feu de forge qui brûle et comme feu qui fait bouillir les eaux» (D&A. 133:41 ; cf. És. 64:2 ; JS–H 1:37). «L’élément embrasé fondra» (D&A. 101:25) et «les montagnes s’ébranleront devant toi» (D&A. 133:44). Les Doctrine et Alliances répètent la déclaration d’Ésaïe que «les habits du Seigneur seront rouges et ses vêtements comme celui qui foule au pressoir» (D&A. 133:48 ; cf. És. 63:2).
L’apôtre Paul a écrit aux saints de Thessalonique que ceux qui vivraient sur la terre au moment de l’apparition du Christ seraient enlevés à sa rencontre (1 Th. 4:16-17). Les Doctrine et Alliances, dans des termes semblables, ajoutent que ces saints justes seront «vivifiés» et se joindront à ceux «qui auront dormi dans leurs tombeaux», qui seront également «enlevés à sa rencontre au milieu de la colonne du ciel» (D&A. 88:96-97 ; voir Résurrection). Le Christ descendra sur la terre «de la même manière que vous l’avez vu allant au ciel» (Ac. 1:11).
Avec l’avènement du Christ, l’ère millénaire de paix, d’entente et de justice commencera. Satan n’aura alors «pas de pouvoir sur le cœur du peuple, car celui-ci demeure dans la justice, et le Saint d’Israël règne» (1 Né. 22:26 ; voir aussi Millénium).

Bibliographie
Clark, James R., comp. "Proclamation of the Twelve". Dans Messages of the First Presidency, Vol. l, p. 258. Salt Lake City, 1965.
Lund, Gerald N. The Coming of the Lord. Salt Lake City, 1971.
McConkie, Bruce R. The Millennial Messiah: The Second Coming of the Son of Man. Salt Lake City, 1982.
Smith, Joseph Fielding. The Signs of the Times. Salt Lake City, 1964.
GERALD N. LUND

Jésus-Christ dans la Bible
Auteur : MATTHEWS, ROBERT J.

Les saints des derniers jours considèrent Jésus-Christ comme la figure centrale de toute la Bible. Les Ancien et Nouveau Testaments sont des documents divinement inspirés qui révèlent la mission de Jésus comme Créateur, Dieu d'Israël, Messie, Fils de Dieu, Rédempteur et Roi éternel. La Bible contient l'histoire, les enseignements doctrinaux et les prophéties de futurs événements, avec Jésus-Christ comme sujet principal dans chaque catégorie.
L'Ancien Testament contient le récit de la Création, et des relations de Dieu avec la famille humaine d'Adam jusque vers 400 av. J.-C. La promesse d'un Messie est un thème qui imprègne tout. Le Nouveau Testament fait le récit des principaux événements de la vie terrestre de Jésus le Messie de sa naissance jusqu’à sa mort, sa résurrection et son ascension au ciel, avec la promesse qu'il reviendra sur la terre pour juger le monde et pour régner ensuite comme Roi. Les saints des derniers jours identifient Jésus à Jéhovah, le Créateur, le Dieu d'Adam, d'Abraham, de Moïse et d'Israël. Jésus est Jéhovah venu sur la terre comme Messie promis (voir Jéhovah, Jésus-Christ). Par conséquent, les relations de Dieu avec la famille humaine tout au long de la période de l'Ancien Testament et du Nouveau Testament constituent l’histoire de Jésus-Christ prémortel et mortel.
JÉSUS, PERSONNAGE HISTORIQUE. Les saints des derniers jours prennent au pied de la lettre le message biblique sur Jésus (voir Ministère de Jésus-Christ). Le Jésus de l’histoire est celui de la Bible : le Fils unique de Dieu dans la chair, né de la Vierge Marie à Bethléhem, baptisé par Jean-Baptiste. Il a accompli divers miracles, a enseigné l'Évangile en parlant de temps en temps en paraboles et «allait de lieu en lieu faisant du bien» (Ac. 10:38). Il a choisi douze apôtres, organisé une église, rassemblé beaucoup de disciples et a été rejeté par les dirigeants juifs. Son attitude envers les Samaritains, les femmes, les dirigeants politiques (par exemple, Hérode, César), les lois rituelles et la prière étaient plutôt révolutionnaires pour son temps. Il a souffert à Gethsemané, a saigné à chaque pore, a été crucifié, est mort, est ressuscité des morts et est plus tard monté aux cieux du haut du mont des Oliviers. Les saints des derniers jours considèrent aussi bien la partie historique du compte rendu de la vie de Jésus que la partie prophétique comme exactes. La promesse que ce même Jésus reviendra en personne en gloire pour juger le monde, puis régnera sur la terre comme Roi des rois est une réalité future que nous prenons à la lettre.
REPRÉSENTATION DE JÉSUS PAR LE RITE. Dans toute la Bible, la mission de Jésus-Christ est dépeinte dans des rites qui sont des types et des symboles d'événements réels. Pour les prophètes de l'Ancien Testament, les sacrifices d’animaux préfiguraient et caractérisaient la venue de Jésus pour verser son sang et sacrifier sa vie pour les péchés de l'humanité. Comme on offrait souvent des agneaux, Jésus est qualifié dans le Nouveau Testament d’Agneau de Dieu (Jn. 1:29, 36 ; cf. 1 Né. 11:21).
Pour que le sacrifice d’un animal symbolise le sacrifice de Jésus, il devait être l’un des premiers-nés du troupeau (c’est-à-dire le premier-né masculin de sa mère) sans défaut, offert sans qu’on lui brise les os, et son sang devait être versé. Chacun de ces points a eu sa contre-partie dans la vie de Jésus sur terre. Même les détails du service de la Pâque, qui voulaient que le sang de l'agneau soit badigeonné sur les poteaux de porte pour que l'ange exterminateur passe outre de cette maison (Ex. 12:3-24, 46) préfiguraient la mission et le pouvoir sauveur de Jésus, l'Agneau de Dieu, qui fut crucifié au moment de la célébration annuelle de la Pâque. Paul, comprenant ce symbolisme, s’exclame : «car Christ, notre pâque, a été immolé» (1 Co. 5:7).
Paul dit de la loi de Moïse qu’elle a été «comme un pédagogue pour nous conduire à Christ» (Ga. 3:24). Pour ce faire, elle a annoncé et symbolisé le Christ. Quand il a fait l'Expiation, le Christ a accompli toute la loi ; la loi prenait donc fin en lui et a été remplacée par la plénitude de l'Évangile (3 Né. 9:17 ; cf. Mt. 5:17-18 ; Hé. 10:1). La compréhension qu’ont les saints des derniers jours du rôle de la loi de Moïse et d'autres ordonnances de l'Ancien Testament est clairement exprimée par le prophète Néphi du Livre de Mormon vers 600 av. J.-C. : Voici, mon âme met ses délices à prouver à mon peuple la vérité de la venue du Christ; car c'est à cette fin que la loi de Moïse a été donnée, et tout ce qui a été donné par Dieu à l'homme depuis le commencement du monde est une figure de lui. [2 Né. 11:4 ; cf. Jcb. 4:5].

Quand il a pris le repas de la Pâque avec les Douze lors de la dernière Cène, Jésus leur a donné le pain représentant sa chair, qui serait brisée, et le vin représentant son sang, qui serait versé. Il a été commandé aux croyants de participer souvent à ce rite symbolique : «Faites ceci en mémoire de moi» (Luc 22:17-20 ; cf. 3 Né. 18:3-13 ; 20:8-9).
PRÉFIGURATIONS DANS L’ANCIEN TESTAMENT. Les auteurs des quatre évangiles ont vu dans l'Ancien Testament des choses qui annonçaient les événements de la vie de Jésus. Matthieu (1:23) cite Ésaïe 7:14 : «La jeune fille deviendra enceinte, elle enfantera un fils, Et elle lui donnera le nom d’Emmanuel» nom qui signifie «Dieu avec nous». Il cite de même Osée 11:1 : «J’ai appelé mon fils hors d’Égypte» (Mt. 2:15).
Jean (13:8-11) note que la trahison de Jésus par un ami est mentionnée dans une Écriture ancienne (Ps. 41:9). Jean (19:24) cite aussi le partage de la tunique de Jésus par les soldats comme l’accomplissement de Psaumes 22:18 et l'éponge avec du vinaigre présentée aux lèvres de Jésus (Jn. 19:28-30) comme une allusion à Psaumes 69:21. Jean (19:33-36) note aussi que les jambes de Jésus n'ont pas été brisées sur la croix, conformément à Exode 12:46.
Ésaïe a prophétisé qu’en Israël un fils naîtrait de la lignée de David et qu’il serait appelé «Dieu puissant», «prince de la paix» (És. 9:6-7). La mission du Messie comme Rédempteur, souffrant pour les péchés de l'humanité, est dépeinte dans Ésaïe 53 et 61.

LE DIEU D'ISRAËL EST JÉSUS DE NAZARETH. La révélation donnée au prophète Joseph Smith prouve que, à partir d’Adam, il y a eu plusieurs dispensations de l'Évangile sur la terre. Les prophètes de chacune de ces dispensations ont connu le Christ, ont enseigné son Évangile (notamment les rites et les ordonnances) et ont détenu la sainte prêtrise, qui était appelée «la sainte prêtrise, selon l'Ordre du Fils de Dieu» (D&A 107:3 ; cf. Alma 13:1-16). Ces prophètes antiques non seulement connaissaient la venue future de Jésus en tant que Messie, mais ils savaient aussi que Jéhovah, le Dieu qu'ils adoraient, viendrait sur la terre et deviendrait ce Messie (cf. Mos. 13:33-35). Comme noté plus haut, dans És. 7:14, le nom Emmanuel identifie Jésus à Dieu. Les passages de Nouveau Testament illustrent ce concept.
Jésus a invité ses auditeurs à sonder les Écritures, parce que «ce sont elles qui témoignent de moi» (Jn. 5:39). Il a dit aux dirigeants juifs que Moïse «a écrit de moi» (Jn. 5:45-46 ; cf. Jn. 1:45 ; 1 Co. 10:1-4). Plus tard il leur a dit : «Abraham, votre père, a tressailli de joie de ce qu’il verrait mon jour : il l’a vu, et il s’est réjoui.» (Jn. 8:56). Quand on lui a demandé comment Abraham et lui auraient pu se connaître alors qu’ils vivaient à des époques tellement différentes, Jésus a répondu : «Avant qu'Abraham fût, je suis» (Jn. 8:58). Le terme grec traduit ici par «je suis» est identique à l'expression de la Septante dans Ex. 3:14 qui identifie Jéhovah comme s’appelant «JE SUIS».
Il est évident que ses auditeurs avaient bien compris qu'il leur avait clairement dit qu'il n'était autre que Jéhovah, également connu sous le nom de JE SUIS, Dieu d'Abraham et de Moïse, car «Là–dessus, ils prirent des pierres pour les jeter contre lui» (Jn. 8:59) parce qu'ils estimaient qu'il avait blasphémé. Une autre preuve de ce qu'ils comprenaient l'affirmation de Jésus qu'il était Dieu venu sur terre est donnée plus tard quand ils «prirent de nouveau des pierres pour le lapider» et que Jésus demanda : «Je vous ai fait voir plusieurs bonnes œuvres venant de mon Père : pour laquelle me lapidez–vous ? Les Juifs lui répondirent : Ce n’est point pour une bonne œuvre que nous te lapidons, mais pour un blasphème, et parce que toi, qui es un homme, tu te fais Dieu» (Jn. 10:31-33). Après sa résurrection Jésus passa en revue les passages de l'Ancien Testament avec ses disciples «et, commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait» (Lu. 24:27) et leur montra «dans la loi de Moïse, dans les prophètes, et dans les psaumes» les prophéties concernant sa mission (Lu. 24:44 ; voir Jésus-Christ : Prophéties concernant Jésus-Christ).
Pierre écrit que les prophètes antiques «ont fait de ce salut l’objet de leurs recherches et de leurs investigations» et avaient «l’Esprit de Christ» qui «attestait d’avance les souffrances de Christ» et que ces prophètes «étaient les dispensateurs [de leur temps] de ces choses qui sont maintenant «annoncées» au sujet de Jésus-Christ (1 Pi 1:10-12). Et Paul déclare que dans tous ses enseignements sur Jésus, il ne s’est écarté «en rien de ce que les prophètes et Moïse ont déclaré devoir arriver» (Ac. 26:22).
On trouve dans Matthieu (16:27 ; 24:1-51) et Joseph Smith–Matthieu (1:1-55) des prophéties détaillées selon lesquelles Jésus reviendra sur terre comme Juge et Roi (voir Jésus-Christ : Avènement de Jésus-Christ). Les saints des derniers jours croient que de même que les préfigurations et les prophéties de l'Ancien Testament sur le Christ se sont accomplies lors de son premier avènement, de même les prophéties sur sa seconde venue s’accompliront littéralement.
ÉCLAIRCISSEMENTS DONNÉS PAR LA RÉVÉLATION MODERNE. Les passages susmentionnés de la Bible, auxquels s’ajoutent ceux de la révélation moderne sur le même sujet, amènent les membres de l'Église à considérer les Ancien et Nouveau Testaments comme des documents fiables concernant la mission prémortelle, mortelle et postmortelle, et la future mission millénaire de Jésus-Christ. Les saints des derniers jours acceptent pleinement le message biblique au sujet de Jésus-Christ et, en outre, à cause d'autres Écritures sacrées qui fortifient et complètent le document biblique (voir Ouvrages canoniques), ils apprécient la mission de Jésus dans un sens plus large que ne le permet la Bible seule. Par exemple, Jésus a parlé à ses auditeurs juifs «d’autres brebis» ne faisant pas partie des Juifs, à qui il rendra visite et qui «entendront [sa] voix» (Jn. 10:16). On pense généralement qu’il s’agit là des Gentils. Cependant, dans le Livre de Mormon, Jésus ressuscité désigne expressément ces autres brebis comme étant la branche de la maison d'Israël située sur le continent américain qu'il visitait, leur montrant personnellement son corps et leur enseignant de sa propre voix son Évangile (3 Né. 15:13-24). Le Livre de Mormon explique ainsi un passage au sujet du Sauveur au-delà de ce que la Bible offre et étend également la notion de ministère de Jésus.
La révélation moderne permet aussi d’apprécier de manière plus approfondie les événements qui se sont produits sur la montagne de la Transfiguration que ne le permet la seule Bible. Ce que le Nouveau Testament offre est accepté comme historiquement correct mais incomplet. La révélation moderne nous apprend que sur la montagne, Jésus, Moïse et Élie ont donné les clefs de la prêtrise à Pierre, à Jacques et à Jean en accomplissement de la promesse du Sauveur dans Matthieu 16:19 (EPJS, p. 126). Les trois apôtres ont également eu la vision de la glorification future de la terre (D&A 63:2-21). Ces points manquent dans le récit biblique. Moïse et Élie «apparaissant dans la gloire, parlaient de son départ [de Jésus] qu’il allait accomplir à Jérusalem» (Luc 9:30-31), ce qui prouve qu'ils le connaissaient et étaient au courant de sa mission.
Le ministère de Jésus est également éclairci dans d'autres cas par la révélation moderne. Jean 3:23 a l’air de dire que Jésus accomplissait personnellement des baptêmes dans l'eau, mais ceci est essentiellement nié par Jean 4:2, qui dit que ce n'était en fait pas Jésus, mais ses disciples, qui accomplissaient les baptêmes. Grâce à la traduction de Joseph Smith de la Bible, le texte de Jean 4:2-3 est rendu plus clair et affirme que Jésus a effectivement accompli des baptêmes dans l'eau, mais pas autant que ses disciples. (On trouvera d'autres éclaircissements concernant le ministère terrestre de Jésus dans la Traduction de Joseph Smith de la Bible [TJS].) Parmi les sujets traités dans ce dernier ouvrage, il y a Jésus au temple à l'âge de douze ans, son enfance précoce, ses tentations dans le désert, ses paraboles, sa capacité de racheter les petits enfants et sa compassion pour les gens.

Bibliographie
McConkie, Bruce R. Doctrinal New Testament Commentary, 3 vols. Salt Lake City, 1965, 1970, 1973.
McConkie, Bruce R. The Promised Messiah; The Mortal Messiah; The Millennial Messiah, 6 vols. Salt Lake City, 1978, 1979, 1980, 1981, 1982.
Matthews, Robert J. "A Greater Portrayal of the Master." Ensign 13, mars 1983, pp. 6-13.
Talmage, James E. Jesus the Christ. Salt Lake City, 1963.
ROBERT J. MATTHEWS

Jésus-Christ dans le Livre de Mormon
Auteur : WELCH, JOHN W.

Le but principal du Livre de Mormon est de convaincre tous les hommes «que Jésus est le Christ, le Dieu éternel, qui se manifeste à toutes les nations» (page de titre). Grâce aux expériences spirituelles de ses auteurs, dont beaucoup étaient des prophètes et des témoins oculaires de la gloire du Christ, le Livre de Mormon communique de manière claire et personnelle la connaissance que Jésus-Christ vit. Il explique sa mission depuis la création jusqu’au jugement final et exprime son amour pur et expiatoire pour toute l'humanité.
Le Livre de Mormon est une Écriture intime. Il exhorte le lecteur à : «venir au Christ, et à [se] saisir de tout bon don» en n’oubliant pas que «tout bon don vient du Christ» (Mro. 10:18, 30).
Le livre se focalise sur une seule chose. Pour employer les termes de Néphi 1, «nous parlons du Christ, nous nous réjouissons dans le Christ, nous prêchons le Christ, nous prophétisons concernant le Christ» (2 Né. 25:26). Ce n’est que par le sacrifice de Jésus que celui qui se repent peut «satisfaire aux exigences de la loi» (2 Né. 2:7). «Il n'y a aucun autre titre auquel vous pouvez être affranchis. Il n'y a aucun autre nom donné par lequel le salut vienne» (Mos. 5:8).
Tous les prophètes du Livre de Mormon ont proclamé la même parole de Jésus-Christ (Jcb. 4:5). Dans leurs visions, leurs discours publics et leurs déclarations personnelles ils ont systématiquement déclaré (1) que Jésus est le Fils de Dieu, le Créateur, le Seigneur Dieu Omnipotent, le Père du ciel et de la terre et le Saint d'Israël, (2) qui descendrait et est effectivement venu sur terre pour vivre en tant que mortel né de la vierge Marie, (3) pour guérir les malades, chasser les démons et subir les tentations, (4) pour prendre sur lui les péchés du monde et racheter son peuple, (5) pour être mis à mort par crucifixion et ressusciter d’entre les morts, (6) pour réaliser la résurrection de toute l'humanité et (7) pour juger tous les hommes au dernier jour selon leurs œuvres (1 Né. 11-14 ; Mos. 3:5-27 ; Al. 33:22 ; voir Christologie).
La personnalité et les attributs de Jésus sont exprimés dans le Livre de Mormon (voir Black, pp. 49-64). Il est une personne qui invite, réconforte, répond, exhorte, aime, pleure, est perturbé par les péchés de l'humanité et est rempli de joie. Il accueille tous ceux qui vont à lui. Il plaide patiemment auprès du Père en faveur de tous ceux qui sont devenus saints par son sang expiatoire. C’est un ami véritable et compatissant. Il visite ceux qui croient en lui. Il guérit ceux qui pleurent à la pensée d’être séparés de lui. Avec des mains qui portent toujours les plaies de sa mort, il touche, est touché et donne du pouvoir. Il se rappelle toutes ses alliances et tient toutes ses promesses. Il est tout-puissant, jugeant le monde et vainquant les méchants. Il est «la lumière, et la vie, et la vérité du monde» (Ét. 4:12).
Parmi les prophètes du Livre de Mormon qui ont donné de nombreux enseignements sur le Christ avant que sa naissance il y a le frère de Jared (Ét. 3), Léhi (1 Né. 10 ; 2 Né. 2), Néphi 1 (1 Né. 11, 19 ; 2 Né. 25, 31-33), Jacob (2 Né. 9), Abinadi (Mos. 13-16), Benjamin (Mos. 3-5) ; Alma 2 (Al. 5, 7, 12-13, 33, 36, 42), Amulek (Alma 34), Samuel le Lamanite (Hél. 14) et Néphi 3 (3 Né. 1). Le point culminant du document néphite est l'apparition du Seigneur Jésus-Christ ressuscité à une assemblée de 2.500 hommes, femmes et enfants qui s'étaient réunis devant leur temple au pays d’Abondance. Pendant trois jours, Jésus les a personnellement instruits (3 Né. 11-28 ; voir Livre de Mormon : Trois Néphi). Le Livre de Mormon termine par des témoignages sur Jésus par Mormon (Mrm. 7 ; Mro. 7) et son fils Moroni 2 (Ét. 4 ; Mro. 10). On trouve 101 appellations pour Jésus dans les 3.925 mentions du Christ dans les 6.607 versets du Livre de Mormon (Black, pp. 16-30).
En plus de ses visitations de 3 Néphi, Jésus est apparu à Léhi (1 Né. 1:9), Néphi 1, Jacob (2 Né. 11:2-3), au roi Lamoni (Al. 19:13), Mormon (Mrm. 1:15), Moroni 2 (Ét. 12:39) et au frère de Jared (Ét. 3:14). Chacun a rendu un témoignage personnel de Jésus-Christ. Beaucoup d'autres ont entendu sa voix.
Grâce aux visions et aux révélations qu’il avait reçues avant de quitter Jérusalem vers 600 av. J.-C., Léhi était au courant des tendres miséricordes du Messie promis. Pour lui, le Messie allait être le Rédempteur qui rétablirait ceux qui étaient déchus, perdus et exilés. Dans une vision, Léhi lut un livre céleste qui «annonçai[t] clairement la venue d'un Messie et aussi la rédemption du monde» (1 Né. 1:19). Cette connaissance a focalisé toutes les prédications et interprétations ultérieures des Néphites concernant la mission du Sauveur. Il fut également révélé à Léhi qu’au bout de six cents ans «le Seigneur Dieu susciterait un prophète parmi les Juifs, un Messie, ou, en d'autres termes, un Sauveur du monde» (1 Né. 10:4), le même serviteur compatissant sur lequel d'autres prophètes avaient écrit, notamment Zénos dans son allégorie de l'olivier du Seigneur représentant Israël (Jacob 5). Léhi voyait dans le fait d’être «greffé» sur cet arbre celui de «parv[enir] à la connaissance du vrai Messie» (1 Né. 10:14).
Grâce aux prophéties d'Ésaïe aussi bien qu’à ses propres visions, Léhi savait qu'un prophète préparerait la voie au Seigneur avant sa venue (1 Né. 10:8 ; cf. És. 40:3) et que «lorsqu'il aurait baptisé d’eau le Messie, il verrait et témoignerait avoir baptisé l'Agneau de Dieu, qui allait ôter les péchés du monde» (1 Né. 10:10 ; voir Jean-Baptiste). En outre, Ésaïe parlait du serviteur du Seigneur «méprisé et abandonné… blessé pour nos péchés, brisé pour nos iniquités… semblable à un agneau qu’on mène à la boucherie» (És. 53:3-7) ; et Léhi a prophétisé que les Juifs tueraient le Messie, ajoutant que le Rédempteur ressusciterait d’entre les morts (1 Né. 10:11).
Néphi 1 a demandé au Seigneur une plus grande compréhension des visions de son père, particulièrement une compréhension plus claire de l'arbre de vie. Il a éprouvé de l’amour pour la condescendance de Dieu qui ferait descendre le Fils de Dieu pour demeurer dans la chair, né d'une belle vierge. La bonté du Christ fait un vif contraste avec son rejet et sa crucifixion (1 Né. 11:13-33 ; 19:10 ; cf. De. 21:22). Néphi 1 (qui savait lui-même ce que voulait dire être persécuté à cause de la justice) mentionne plus de soixante fois l'offrande divine de cet Agneau sacrificatoire de Dieu (1 Né. 11:21). Comme gouverneur et instructeur de son peuple, Néphi souligne le fait qu'ils doivent suivre le règne du Christ, le seul vrai Sauveur qui viendrait jamais, la source unique de leur vie et de leur loi, le seul en qui tout s’accomplirait (2 Né. 25:16-18, 25-27).
Dans le cadre de son appel de prêtre et d’instructeur, Jacob, frère de Néphi 1, parle de l'expiation du Christ. Il dit que le Christ souffrirait et mourrait pour toute l'humanité pour qu’elle puisse lui être assujettie par son «expiation infinie», qui surmonte la Chute et apporte la résurrection et l'incorruptibilité (2 Né. 9:5-14).
Léhi, Néphi 1 et Jacob utilisent souvent certains termes tels que «Messie» (oint) et «Agneau de Dieu» pour désigner le Christ avant qu'un ange ne révèle que le nom du Messie «sera Jésus-Christ, le Fils de Dieu» (2 Né. 25:19 ; cf. 2 Né. 10:3 ; Mos. 3:8). Le nom Jésus, comme Josué, dérive de la racine hébraïque yasha', «délivrer, sauver» ; et Christos est l'équivalent grec de l’hébreu mashiyach, signifiant «oint» ou «Messie» (voir Jésus-Christ, noms et titres de). Ainsi, les Néphites utilisaient le nom intime et cependant librement exprimé porté par Jésus sur terre comme nom pour désigner Dieu, alors que le YHWH indicible (voir Jéhovah, Jésus-Christ) n’apparaît que deux fois dans le livre (2 Né. 22:2 ; Mro. 10:34).
Certains, tels que Shérem, dont les racines culturelles plongent dans le monde monothéiste de Jérusalem, résistent au culte du Messie, prétendant que c’est une violation de la loi de Moïse (Ex. 20:3 ; Jcb. 7:7 ; voir Antéchrists). Néphi avait précédemment déclaré que le Père, le Fils et le Saint-Esprit étaient «un seul Dieu» (2 Né. 31:21), mais les contestataires néphites continueront à attaquer la proposition que Jésus est Dieu, à nier que son expiation puisse être efficace avant qu’elle ne se produise et à argumenter qu'il ne peut pas y avoir plusieurs Dieux qui soient malgré tout un seul Dieu (par exemple, Mos. 17:8 ; Al. 11:28). Abinadi et d'autres donnent des explications inspirées (Mos. 14-16 ; voir Jésus-Christ, Père et Fils), mais jusqu'à ce que Jésus ressuscité apparaisse, annoncé par le Père et le priant, ces questions ne seront jamais définitivement réglées.
Vers 124 av. J.-C., le roi Benjamin reçut d'un ange une déclaration succincte de la mission expiatoire du Christ (Mos. 3:2-27). ElIe mettait l’accent sur le sang expiatoire du Christ et confirmait que du sang sortirait de chaque pore de Jésus à cause de son angoisse pour son peuple (Mos. 3:7 ; voir aussi Lu. 22:43-44 ; D&A 19:18 ; Irénée, Contre les hérésies 22.2 ; voir Gethsémané). Le sang du Christ expiera les péchés de tous ceux qui se repentent ou ont péché par ignorance (voir Mos. 3:11, 15, 16, 18). Quand le peuple de Benjamin demande passionnément à l'unisson que Dieu «applique le sang expiatoire du Christ, afin que nous recevions le pardon de nos péchés» (Mos. 4:2), Benjamin lui donne par alliance le nom du Christ, le seul nom «par lequel le salut vienne» (Mos. 5:7-8).
Alma 2, le défenseur juridique et religieux de la liberté de croyance (v. 100-73 av. J.-C.), enseignait que la foi en Jésus-Christ était le maître de la conversion personnelle. Alma avait goûté la joie transformatrice qu’il avait éprouvée quand il avait invoqué le nom de Jésus-Christ pour avoir miséricorde (Al. 36:18), et dans ses sermons ultérieurs, il décrivit comment on pouvait avoir «l’image de Dieu gravée sur le visage» (Alma 5:19), et comment la parole de Dieu doit être plantée dans l'âme de chaque converti, où, à condition d’être nourrie, elle grandira pour devenir un arbre de vie éternel (Al. 32:40 ; 33:22-23 ; on trouve la même image dans un document des débuts du christianisme, les Odes de Salomon 11:18).
Vers 30 av. J.-C. un groupe de Lamanites fut converti au Christ quand la lumière de Dieu brilla et que sa voix parla dans la nuée de ténèbres qui les enveloppait (Hél. 5:33-43). Vingt-cinq ans plus tard, un prophète appelé Samuel le Lamanite prédit que des signes lumineux plus importants apparaîtraient au moment de la naissance de Jésus et que l’on verrait des destructions et des ténèbres massives à sa mort (Hél. 14:2-27). Cinq ans après Samuel, Néphi 3 entendit la voix de Jésus déclarer qu'il viendrait au monde «demain» et les signes de la naissance de Jésus apparurent ; trente-trois ans et quatre jours après cela, tout le pays entendit la voix du Christ parler au milieu des ténèbres épaisses qui, sur le continent américain, accompagnèrent sa crucifixion et sa mort (3 Né. 9).
Au cours de cette même année, ils virent Jésus-Christ ressuscité descendre du ciel (3 Né. 11:8). Il apparut à une assemblée de Néphites justes devant leur temple et les laissa toucher les plaies de ses mains et de ses pieds et mettre la main dans son côté (3 Né. 11:15). Ils entendirent la voix du Père dire : «Voici mon Fils bien-aimé, en qui je me complais, en qui j’ai glorifié mon nom : écoutez-le» (3 Né. 11:7).
Jésus fut avec ces gens pendant trois jours. Il appela et ordonna douze disciples et enseigna son Évangile de foi, de repentir, de baptême et de don du Saint-Esprit. Étant celui qui avait donné et avait accompli la loi de Moïse, il donna au peuple des commandements d'obéissance, du sacrifice d'un cœur brisé, d'amour fraternel et de réconciliation, de fidélité à son conjoint, de chasteté, d'intégrité, de charité et de consécration (voir Dotation). Il lui enseigna à jeûner et à prier, en secret et en famille. Il guérit leurs malades et, en présence d’anges et de témoins, il bénit les parents et leurs enfants. Ils contractèrent une alliance sacrée avec lui et il promit que s'ils faisaient sa volonté et gardaient ses commandements, ils auraient toujours son esprit avec eux (voir Sainte-Cène), connaîtraient personnellement le Seigneur et seraient accueillis dans sa présence au dernier jour (3 Né. 14:21-23 ; voir Welch, pp. 34-83).
Comme révélé dans le Livre de Mormon, Jésus veut que tous les hommes deviennent comme leur Père céleste et lui. Jésus a dit : «C’est pourquoi, quelle sorte d’hommes devriez-vous être ? En vérité, je vous le dis, tels que je suis» (3 Né. 27:27). Il a invité tout le monde en disant : «Je voudrais que vous soyez parfaits tout comme moi, ou comme votre Père qui est dans les cieux est parfait» (3 Né. 12:48). Son but constant et aimant a été de rendre cela possible.

Bibliographie
Black, Susan E. Finding Christ Through the Book of Mormon. Salt Lake City, 1987.
Charlesworth, James H. “Messianism in the Pseudepigrapha and the Book of Mormon.” Dans “Reflections on Mormonism, dir. de publ. T. Madsen, pp. 99-137, Provo, Utah, 1978.
Roberts, B. H. “Christ in the Book of Mormon”. IE 27, 1924, 188-192.
Scharffs, Stephen. “Unique Insights on Christ from the Book of Mormon”. Ensign 18, décembre 1988, pp. 8-13.
Welch, John W. The Sermon at the Temple and the Sermon on the Mount. Salt Lake City, 1990.
JOHN W. WELCH

Jésus-Christ dans les Doctrine et Alliances
Auteur : JOHNSON, CLARK V.

Les Doctrine et Alliances sont un recueil unique de révélations et d'écrits inspirés rendant témoignage au monde moderne que Jésus-Christ vit. À la différence des autres ouvrages canoniques de l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, les révélations qui se trouvent dans les Doctrine et Alliances ont été reçues de nos jours par des prophètes modernes et ne sont donc pas des traductions de documents antiques. La figure centrale des Doctrine et Alliances est en effet Jésus-Christ. Il s'y identifie à de nombreuses reprises avec divers titres exprimant son état divin et son pouvoir rédempteur.
Les Doctrine et Alliances présentent plus de soixante noms ou titres pour Jésus. Quand il parle de lui-même ou de son œuvre, le Seigneur utilise au moins dix-huit titres descriptifs, notamment «Seigneur» (plus de 300 fois), «Jésus-Christ» (81 fois), «Rédempteur» (24 fois), «Sauveur» et «Jésus» (19 fois chacune), «Alpha et Oméga» et «Fils unique» (13 fois chacune), «le commencement et la fin» (12 fois), «Éternel» (11 fois), «Jéhovah» (6 fois), «Avocat», «Infini» et «Époux» (5 fois chacun) ; «Législateur» et «Je Suis» (3 fois chacun). Ces titres imposent un respect spécial pour Jésus-Christ. «Voici, je suis d’en haut… Je suis au-dessus de tout, en tout, à travers tout. Et le jour vient où tout me sera soumis. Voici, je suis l’Alpha et l’Oméga, oui, Jésus-Christ» (D&A 63:59-60 ; voir aussi Jésus-Christ, Noms et titres de).
Jésus affirme son rôle de Créateur. «Ainsi dit le Seigneur, votre Dieu, oui, Jésus-Christ, le grand JE SUIS, l'Alpha et l'Oméga, le commencement et la fin, celui-là même qui contempla la vaste étendue de l'éternité… avant que le monde ne fût fait… Je suis celui-là même qui parla, et le monde fut fait, et tout vint par moi.» (D&A 38:1-3).
Une seule fois Jésus est appelé Fils Ahman. «Ahman» pourrait être une expression dans la langue adamique (D&A 78:20 ; 95:17 ; voir aussi JD 2:342). Un autre passage unique appelle le Christ Seigneur des armées, tant celles du ciel que celles de la terre ; il est donc «le créateur du premier jour, le commencement et la fin» (D&A 95:7).
Dans un passage mémorable, Jésus décrit sa souffrance comme Rédempteur de l'humanité. Les détails autobiographiques exprimés ici ne se retrouvent nulle part ailleurs dans l'Écriture : «Et ces souffrances m'ont fait trembler de douleur, moi, Dieu, le plus grand de tous, et elles m'ont fait saigner à chaque pore et m'ont fait souffrir de corps et d'esprit — et j'ai voulu ne pas devoir boire la coupe amère, mais je n'ai pas non plus voulu me dérober» (D&A 19:18). Il a «souffert ces choses pour tous afin qu'ils ne souffrent pas s'ils se repentent» (19 :16). Fidèle à lui-même, le Sauveur donne la gloire et l'honneur à son Père céleste : «Néanmoins, gloire soit au Père, j'ai bu et j'ai terminé tout ce que j'avais préparé pour les enfants des hommes.» (D&A 19:19 ; cf. 78:4). Ayant fait le sacrifice, le Christ peut intercéder auprès du Père pour les pénitents : «Je suis le Christ et j'ai plaidé devant le Père pour eux, en mon propre nom, par la vertu du sang que j'ai versé.» (D&A 38:4 ; cf. 45:1-4).
Jésus dit de lui-même qu’il est l’Époux, attirant l'attention sur sa parabole des vierges donnée dans Matthieu 25, quand il a prophétisé sur son avènement : «Soyez fidèles, priant toujours, tenant votre lampe prête et allumée et ayant de l'huile avec vous afin d'être prêts au moment de la venue de l'Époux» (D&A 33:17).
Dans la révélation moderne le Seigneur donne également du réconfort : «Prenez courage et ne craignez pas, car moi, le Seigneur, je suis avec vous et je me tiendrai à vos côtés» (D&A 68:6) ; et «Sois humble, et le Seigneur, ton Dieu, te conduira par la main et te donnera la réponse à tes prières» (D&A 112:10). Jésus avertit également l'humanité de la nécessité d'être humble, disant que «car bien qu'un homme puisse avoir beaucoup de révélations et le pouvoir de faire beaucoup de grandes œuvres, s'il se vante de sa force, méprise les recommandations de Dieu et obéit aux caprices de sa volonté et de ses désirs charnels, il tombera et encourra la vengeance qu'un Dieu juste fera tomber sur lui» (D&A 3:4).
Dans plusieurs sections des Doctrine et Alliances, le Seigneur témoigne qu'il est celui qui donne l'Écriture par l'inspiration et il commande que l’on étudie ses paroles (D&A 1:29 ; 3:16-20 ; 11:22 ; 20:8-9 ; 84:57). En résumé il dit : «Sondez ces commandements, car ils sont vrais et dignes de foi, et les prophéties et les promesses qu'ils contiennent s'accompliront toutes» (D&A 1:37).
Le Seigneur explique des passages et des concepts scripturaires pas très clairs dans l'Évangile de Jean, dans 1 Corinthiens, dans l’Apocalypse et dans Ésaïe (D&A 7 ; 77 ; 86 ; 113). Il souligne des concepts scripturaires au sujet de l'histoire sacrée, de la prêtrise et de la lignée patriarcale dans d'autres révélations (D&A 84:6-28 ;107:1-14, 40-57). Il restaure aussi des fragments d’Écriture perdus (par exemple, D&A 7 ; 93:7-17).
Le Seigneur dit pourquoi il donne ces révélations à l'humanité : «Je vous donne ces paroles afin que vous compreniez et sachiez comment adorer et sachiez ce que vous adorez, afin que vous veniez au Père en mon nom et receviez sa plénitude en temps voulu» (D&A 93:19).
La voix de Jésus-Christ dans les Doctrine et Alliances est la parole du Seigneur consolant et encourageant ses saints, témoignant de sa propre divinité et de sa mission sacrée, avertissant le monde des jugements à venir, déclarant sa majesté et son pouvoir et promettant pardon et miséricorde aux pénitents. Les saints des derniers jours acceptent ces révélations comme des proclamations modernes de la volonté du Seigneur Jésus-Christ.

Bibliographie
Maxwell, Neal A. «"The Doctrine and Covenants: The Voice of the Lord."» Ensign 8, décembre 1978, pp. 4-7.
CLARK V. JOHNSON

Jésus-Christ dans la Perle de Grand Prix
Auteur : HARRIS, JAMES R.

L’ouvrage canonique appelé la Perle de Grand Prix contient un choix de textes allant d’Adam aux temps présents, notamment des paroles d'Adam, de Hénoc, de Noé, d’Abraham, de Moïse, de Jésus-Christ et de Joseph Smith. Il présente quelque trois cents mentions de Jésus-Christ, notamment des titres tels que le Commencement et la Fin, Fils Bien-aimé, Créateur, Dieu, Jéhovah, Jésus, Jésus-Christ, Roi de Sion, Seigneur, Seigneur Dieu, Messie, Fils unique, Roc du Ciel, Sauveur, Fils et Fils de l'Homme. Une contribution particulière est l’idée que Jésus-Christ a été au centre de toutes les dispensations, d'Adam à Joseph Smith.
JÉSUS LE CRÉATEUR. Dans Moïse, chapitres 2 et 3, Jésus est identifié comme le Créateur sous l'égide de Dieu le Père. Le livre d'Abraham ajoute l’éclaircissement que Jésus n'agissait pas seul mais avec un conseil d'esprits intelligents, dont Abraham (Abr. 3:23).
LA RÉBELLION DE SATAN. Dans l’état prémortel, le Père a choisi Jésus pour devenir le Fils unique et le Rédempteur. Satan s'est rebellé contre le choix du Père et est devenu l'ennemi juré de Jésus et de tous ceux qui le suivent (Moï. 4:1-4 ; voir aussi Premier état ; Guerre dans le ciel).
ADAM ET ÈVE ET LE PLAN DU SALUT. Adam et Ève (Moï. 1:34 ; 4:26 ; 5:5-9) ont été les premiers qui ont été instruits et qui ont accepté le plan du salut du Père sur cette terre. Dieu a commandé à Adam d’offrir les prémices de ses troupeaux. Après bien des jours, un ange du Seigneur lui a demandé pourquoi il faisait des sacrifices. Quand Adam a reconnu qu’il ne savait pas pourquoi, l’ange lui a expliqué : «C'est une similitude du sacrifice du Fils unique du Père, qui est plein de grâce et de vérité… Ce jour-là, le Saint-Esprit, qui rend témoignage du Père et du Fils, descendit sur Adam, disant: Je suis le Fils unique du Père, depuis le commencement, dorénavant et à jamais, afin que de même que tu es tombé, tu puisses être racheté, ainsi que toute l'humanité, tous ceux qui le veulent» (Moïse 5:7-9).
L'expiation de Jésus-Christ s'est appliquée à l'humanité dès le commencement. Adam croyait en l'avènement du Christ, fut baptisé en son nom et reçut le don du Saint-Esprit et les clefs de la prêtrise d'une dispensation (Moï. 6:51-68 ; D&A 107:41-42 ; voir aussi Adam : Sources de l’Église).
HÉNOC, UN TÉMOIN DU FILS DE L'HOMME. Hénoc a prêché la foi en Jésus-Christ, le repentir, le baptême, la réception du don du Saint-Esprit, la progression dans la connaissance de Dieu, la justification et la sanctification, le tout pouvant être réalisé par le sang expiatoire du Christ (Moï. 6:46-62).
Hénoc était un prophète témoin du Seigneur Jésus-Christ et savait que Jésus était le Dieu des prophètes antiques, le Rédempteur et Sauveur, le Fils de «l’Homme de sainteté» qui est Dieu le Père. Il eut la vision de l’avènement du Sauveur au midi des temps, de sa crucifixion et de son ascension triomphale vers le Père (Moïse 7:47, 53, 55). Hénoc le voyant (Moï. 6:36) a vu aussi l’avènement du «Fils de l'Homme, dans les derniers jours, pour demeurer sur la terre dans la justice pendant mille ans» (Moï. 7:65).
NOÉ, PRÉDICATEUR DE LA DÉLIVRANCE PAR LE CHRIST. Noé a supplié le peuple disant : «Croyez, repentez-vous de vos péchés et soyez baptisés au nom de Jésus-Christ, le Fils de Dieu, tout comme nos pères, et vous recevrez le Saint-Esprit, afin que tout vous soit manifesté; si vous ne le faites pas, les flots viendront sur vous» (Moï. 8:24).
ABRAHAM. Abraham a été visité par Jéhovah (Abr. 1:16) et l'a connu comme quelqu’un «qui était semblable à Dieu», le Créateur, le Fils de l'Homme et l'adversaire de Satan (Abr. 3:24-28).
MOÏSE, LIBÉRATEUR ET PRÉFIGURATION DU CHRIST. Après avoir été mis à l’épreuve par un affrontement avec le diable et s’être tenu deux fois en la présence de Dieu (Moï. 1:2-39), Moïse entend : «Et maintenant, Moïse, mon fils, je vais te parler de cette terre sur laquelle tu te tiens, et tu écriras les choses que je vais te dire» (Moï. 1:40). Il lui est également dit qu’il est à «l’image» du Fils unique, le Sauveur, qui est plein de grâce et de vérité (Moï. 1:6). Quand Moïse doit affronter les puissances des ténèbres, il demande à Dieu la force et, au nom du Fils unique, commande à Satan de s’éloigner (Moï. 1:20-22). Moïse a servi Dieu d'Israël, qu'il savait être le Messie, le Fils unique, le Sauveur et le Créateur de «mondes sans nombre» (Moï. 1:32-33).
MATTHIEU, HISTORIEN DU MINISTÈRE DU SEIGNEUR. Dans un discours à ses disciples trois jours avant sa crucifixion, Jésus leur a donné des conseils sur la façon de survivre à la destruction proche de Jérusalem et comment les futurs disciples devraient survivre à une dévastation similaire qui se produirait dans les derniers jours comme prélude à sa seconde venue (Mt. 24). La traduction de ce discours par Joseph Smith est présentée sous le titre Joseph Smith–Matthieu.
JOSEPH SMITH. Le prophète Joseph Smith a appris par expérience divine qu'il y a un Sauveur, qui est Fils, et un Dieu qui est Père. Ceci il l’a appris lors de sa Première Vision quand une colonne de lumière est apparue «plus brillante que le soleil» et est descendue sur lui. Dans cette lumière il a vu «deux Personnage dont l’éclat et la gloire défient toute description, et qui se tenaient au-dessus de [lui] dans les airs. L'un d'eux [lui] parla, [l’]appelant par [son] nom, et dit, en [lui] montrant l’autre : ‘Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoute-le !» Dans cette vision, Joseph Smith a parlé au Père et au Seigneur Jésus-Christ (JS–H 1:15-17). Le prophète devait écrire plus tard : «J'avais réellement vu une lumière, et au milieu de cette lumière, je vis deux Personnages, et ils me parlèrent réellement; et quoique je fusse haï et persécuté pour avoir dit que j'avais eu cette vision, cependant c'était la vérité» (JS–H 1:25).
Dans les articles de foi, Joseph Smith a déclaré la position de Jésus comme membre de la Divinité, a énoncé les premiers principes de l'Évangile de Jésus-Christ et a affirmé que le Christ viendra un jour régner personnellement sur la terre.

Bibliographie
Peterson, H. Donl. The Pearl of Great Price: A History and Commentary, pp 20, 74-75. Salt Lake City, 1987.
JAMES R. HARRIS

Jésus-Christ, Noms et titres de
Auteur : ROBINSON, STEPHEN E.

Étant donné que Jésus-Christ est au centre tant du culte de l’Église que des Écritures, il est naturellement connu sous beaucoup de noms et de titres, notamment ceux qui suivent :
JÉSUS. L’hébreu yeshoua ou yehoshoua, signifiant «Jéhovah sauve», se transcrit dans nos caractères par Josué. En grec, il est devenu Iesous, ce qui a donné Iesus en latin et Jésus. Jésus étant véritablement Jéhovah effectuant une œuvre salvatrice, son nom yeshoua, «Jéhovah sauve», lui convient parfaitement.
MESSIE. Ce titre vient du mashiyach hébreu, «oint». Chez les Israélites, les prophètes, les prêtres et les rois étaient oints, ce qui les désignait comme successeurs légitimes. Généralement, «Messie» désigne une figure attendue par Israël pour être son roi. Appliqué à Jésus, le titre conserve son sens plein de prophète, de prêtre et de roi «oint».
CHRIST. Messie (oint), en grec, se dit Christos, le Christ. Jésus-Christ est donc à la fois un nom et un titre et signifie Jésus le Messie.
FILS DE DIEU. Jésus n'était le fils d'aucun homme mortel. Son père biologique était Dieu, le Père. Comme Fils de Dieu, Jésus représente le Père et agit comme son agent en toutes choses.
FILS DE L'HOMME. De sa mère Jésus hérita la condition mortelle. L'hébreu ben ‘adam désigne un «fils d'Adam», c'est-à-dire tout homme mortel (Da. 8:17). Ainsi, en tant que fils d'Adam, Jésus représente les enfants d'Adam, agissant en tant que leur agent auprès du Père. En tant que Fils de Dieu et Fils de l'Homme, Jésus se tient entre Dieu et l'homme comme médiateur. Avec l'article défini, le Fils de l'Homme décrit une figure céleste apocalyptique attendue, identique au Messie (Da. 7:13). Jésus est le Fils de l'archétype de l’Homme, l'Homme céleste parfait, le Père éternel (Moï. 6:57 ; 7:35). Dans ce sens, «Fils de l'Homme» est égal à «Fils de Dieu» et crée une ambiguïté intentionnelle, reflétant l’ascendance mortelle et immortelle de Jésus.
FILS DE DAVID. Les Juifs s’attendaient à ce que le Messie appartienne à la lignée de David. Les prophètes avaient prédit qu'un fils (descendant) de David rétablirait le royaume d'Israël à son ancien zénith (voir És. 11:1-9 ; Jé. 23:5-6). Selon Mt. 1:1-16, Jésus descendait de David. «Fils de David» désigne en particulier le caractère messianique de Jésus dans son aspect politique comme roi davidique.
JÉHOVAH. Les saints des derniers jours croient que Jésus est Jéhovah lui-même, le Dieu d'Israël, pas fils de Jéhovah (És. 41:14 ; 43:11, 14 ; Mos. 3:5 ; 3 Né. 11:14 ; 15:5). Le nom Jéhovah prononcé de cette façon ne se trouve pas dans les textes antiques, mais est une convention moderne. Dans les temps anciens, le texte hébreu n'avait pas de voyelles ; les consonnes du nom de Dieu étaient donc yhwh. Les Juifs évitaient de prononcer ces consonnes quand ils lisaient à haute voix et disaient plutôt adonaï, mot signifiant «Seigneur». Se conformant à cette pratique, les traducteurs de la King James rendent habituellement yhwh par «the Lord» [le Seigneur]. Dans les textes hébreux médiévaux, les voyelles d'adonai furent ajoutées aux consonnes de yhwh pour rappeler aux lecteurs juifs qu’ils devaient dire «‘adonaï». Les traducteurs anglais adoptèrent cette convention, créant la forme artificielle «Jéhovah». Les saints des derniers jours acceptent Jéhovah comme nom pour le Christ prémortel parce que c'est la forme anglaise courante de yhwh.
EL El n'est pas un nom, mais est le nom courant de Dieu en hébreu (pluriel, élohim). Les saints des derniers jours utilisent souvent Élohim pour le Père, ce qui permet de faire une distinction entre les membres de la Divinité. Néanmoins, dans l'Ancien Testament, El et ses dérivés, tels que Élohim et El Shaddaï (Dieu Tout-Puissant), désignent habituellement Jésus prémortel, Dieu ('el) de l'Ancien Testament.
EMMANUEL. Puisque Jésus était l'El antique, l'ange (Mt. 1:23) lui donne correctement le nom d’Emmanuel (hébreu, immanou'el), voulant dire El (le dieu) avec nous.
LE SEIGNEUR. Puisque les Juifs prononçaient adonaï (Seigneur) au lieu du nom divin, la Bible grecque (v. 200 av. J.-C.) traduit habituellement yhwh par ho kurios, «le Seigneur». Ainsi, «le Seigneur», que ce soit adonaï ou kurios, était l’équivalent de «Jéhovah». Il ne faut donc pas s’étonner que «le Seigneur» soit le titre le plus courant de Jésus dans le Nouveau Testament. La confession de l'Église primitive : «Jésus est Seigneur» ne pouvait signifier que Jésus est Jéhovah.
JE SUIS. Dans Ex. 3:14, Jéhovah (Jésus-Christ) s'identifie comme étant «JE SUIS», affirmant peut-être que Jésus est le Créateur, qui existe indépendamment de sa création. Les savants voient des liens entre ce vieux titre de l'Ancien Testament et les nombreuses fois que Jésus dit «je suis» dans le Nouveau Testament, par exemple : «Je suis le bon berger» (Jn. 10:11, 14), ou «avant qu'Abraham fût, je suis» (Jn. 8:58).
PÈRE. Jésus est Père dans trois sens au moins : (1) il est le créateur de l'univers physique, (2) il est l'agent du Père dans tout ce qui concerne cette création et ses habitants et (3) il est le Père de tous les êtres humains éternels et ressuscités. Jésus-Christ engendre spirituellement et donne la vie éternelle à celui qui est «né de nouveau», lequel devient ainsi fils du Christ (Mos. 27:25). De plus, les saints des derniers jours appellent le Christ leur «frère aîné». Dans le contexte prémortel ceci est correct, parce que là Jésus était «le Premier-né» de tous les enfants d'esprit du Père (D&A 93:21). Néanmoins, «Père» décrit surtout les relations actuelles et futures du Christ avec les mortels qui sont nés spirituellement de nouveau.
SECOND CONSOLATEUR. Le Saint-Esprit, le Consolateur, réconforte les fidèles en leur donnant l'assurance qu’ils hériteront le royaume de Dieu. Cependant, par la foi au Christ, on peut recevoir un second Consolateur, l’apparition de Jésus lui-même, qui assure l'individu de sa place dans le royaume. Après un témoignage de l'Esprit, le second Consolateur est un témoin personnel du Seigneur ressuscité (Jn. 14:16-23).
SAUVEUR. Sauveur, le plus sublime des titres, souligne le rôle de Jésus dans le plan divin. Les Ancien et Nouveau Testaments précisent tous deux que le Sauveur est Dieu (És. 45:21-23 ; Lu. 1:47 ; etc.). Par l'agonie et la mort souffertes pour les autres, Jésus peut effacer des imperfections et conférer la dignité, à condition qu’il y ait repentir. Puisque des êtres imparfaits ne peuvent pas résider en la présence de Dieu (D&A 1:31), Jésus sauve les croyants de leur imperfection, de leurs péchés et de ce qu’ils ont de pire. (Voir aussi, ci-dessus, la définition de son nom, «Jésus».)
LA PAROLE. De même que les mots portent les pensées d'un esprit à celui des autres, de même Jésus communique la volonté du Père aux mortels. De plus, de même que les mots sont les agents de l'expression, de même depuis le commencement (Jn. 1:1-3) Jésus est l'agent qui exprime et accomplit la volonté du Père. Le Christ est le messager et le message.
L’ALPHA ET L’OMÉGA. Équivalents de l’expression «le premier et le dernier» dans l'Ancien Testament (par exemple, És. 44:6), l'Alpha et l'Oméga sont les première et dernière lettres de l'alphabet grec. De même qu’il n’y a aucune lettre avant alpha ou après oméga, il n'y a aucun autre dieu dans cette création à part celui représenté en Jésus-Christ. Il englobe tout, du commencement jusqu'à la fin ; il se prolonge au-delà de toutes les extrémités et catégories.
FILS UNIQUE. Jésus-Christ est le seul que le Père ait engendré dans la condition mortelle. Son titre complet est «Fils unique du Père dans la chair». Étant donné que les saints des derniers jours croient que tous les humains ont été spirituellement engendrés par le Père avant la création, «Fils unique» est compris comme limité à la condition mortelle.
AGNEAU DE DIEU. Lors de la première Pâque, on badigeonnait le sang d'un agneau tué sur les maisons des Israélites pour que l’ange exterminateur passe outre. Dans le Nouveau Testament, Jésus est considéré comme l’agneau pascal fourni par Dieu, et la Pâque est la préfiguration de la mort de Jésus, l'agneau de Dieu, dont le sang, par le baptême et la Sainte-Cène, protège les chrétiens du destructeur, Satan. Selon Moï. 5:6-8, les sacrifices d’animaux étaient censés être «une similitude du sacrifice du Fils unique du Père».
ROBINSON de STEPHEN E.

Jésus-Christ, Père et Fils
Auteur : MILLET, ROBERT L.

Les Écritures modernes appellent Jésus-Christ le Père et le Fils. Dans le Livre de Mormon, tout particulièrement, le Christ se présente au frère de Jared en disant : «Je suis le Père et le Fils» (Ét. 3:14) ; Néphi 1 appelle l'Agneau de Dieu «Père éternel» (1 Né. 11:21, éd. 1830), et le prophète Abinadi dit que le Messie serait «le Père… et le Fils» (Mos. 15:3). Cette pratique a été expliquée de plusieurs façons d’une manière conforme à la compréhension fondamentale de la Divinité entretenue par les saints des derniers jours, à savoir que ce sont trois êtres distincts.
Tout est parfaitement clair en ce qui concerne la filiation du Christ. Jésus est le Fils de Dieu de trois manières au moins. D'abord, il est l'enfant aîné d'esprit de Dieu le Père et de ce fait le frère aîné des esprits de tous les hommes et femmes, comme Dieu le Père, connu également par le nom-titre exalté Élohim, est le Père des esprits de toute l'humanité (No. 16:22 ; Hé. 12:9 ; Jn. 20:17). Ainsi, quand le Christ est appelé le Premier-né (par exemple, Ro. 8:29 ; Col. 1:15 ; D&A 93:21), les saints des derniers jours acceptent ceci comme une allusion possible à la naissance spirituelle du Christ. En second lieu, il est le Fils physique littéral de Dieu, le Fils unique dans la chair (par exemple, Jn. 1:14 ; 3:16 ; 2 Né. 25:12 ; Jcb. 4:11 ; D&A 29:42 ; 93:11 ; Moï. 1:6 ; 2:26). Troisièmement, spirituellement il est également Fils en vertu de sa soumission à la volonté du Père (Hé. 5:8).
Jésus-Christ est également connu par le titre de Père. Le sens des Écritures qui utilisent cette nomenclature n'est pas toujours immédiatement clair, ceci étant principalement dû au fait que le Christ et son Père sont pratiquement inséparables dans leurs buts, leur témoignage, leur gloire et leur pouvoir. Mais dans la plupart des cas, l'usage scripturaire peut s’expliquer de plusieurs manières :
Le Christ est parfois appelé Père à cause de son rôle comme Créateur dès le commencement (voir Création, Récits de la création). Avant sa naissance dans la condition mortelle, agissant sous la direction du Père, Jésus était Jéhovah, le Seigneur Omnipotent, par qui Dieu a créé des mondes sans nombre (Moï. 1:33 ; 7:30 ; Jn. 1:1-3 ; Hé. 1:2). À cause de son rôle de créateur, Christ-Jéhovah est appelé, dans le Livre de Mormon, «le Père du ciel et de la terre, le Créateur de tout depuis le commencement» (Mos. 3:8 ; voir aussi 2 Né. 25:16 ; Al. 11:39 ; 3 Né. 9:15). Le rôle de Jésus comme Créateur est pareillement attesté dans la Bible (par exemple, Jn. 1:3 ; Ép. 3:9 ; Col. 1:16) et les Doctrine et Alliances (par exemple, D&A 38:1-3 ; 45:1 ; 76:24 ; 93:9).
Jésus-Christ est également connu comme Père par la nouvelle naissance spirituelle de l'humanité (voir Né de Dieu). En tant que Rédempteur préordonné, il est devenu «pour tous ceux qui lui obéissent l’auteur d’un salut éternel» (Hé. 5:9). Il est le Sauveur. Nul ne vient au Père que par lui et par son nom (Jn. 14:6 ; Ac. 4:12 ; Mos. 3:17). Ceux qui acceptent l'Évangile de Jésus-Christ, reçoivent ses ordonnances salvatrices par alliance et vivent de manière à être dignes de ses pouvoirs sanctificateurs, «naissent de nouveau» au Christ et deviennent les enfants du Christ, «ses fils et ses filles», sa postérité (Mos. 5:5-8 ; 15:10-13 ; 27:25-26 ; Al. 5:14). Le Christ devient ainsi le Père de leur salut, le Père de la vie dans l'esprit, le Père de la nouvelle naissance. Dans le même ordre d’idées, il est également le Père de toute l'humanité parce que la résurrection de la famille humaine entière vient par lui (Sperry, p. 35).
En outre, Jésus est appelé Père à cause de l'autorité que Dieu lui a donnée d’agir pour le Père. Il a expliqué à Jérusalem : «Je ne puis rien faire de moi–même… Je suis venu au nom de mon Père» (Jn. 5:30, 43). Un dirigeant de l’Église a éclairci ceci : «Toute la révélation depuis la chute est venue par Jésus-Christ, qui est le Jéhovah de l'Ancien Testament… Le Père n'a jamais traité directement et personnellement avec l'homme depuis la chute, et il n’est jamais apparu autrement que pour présenter le Fils et rendre témoignage de lui» (DS 1:35). Les saints des derniers jours comprennent ceci comme voulant dire que, sauf quand il présente le Fils, Dieu agit toujours et parle toujours à l'humanité par Jésus-Christ. Le Père a donc placé son nom sur le Fils, l’a autorisé et lui a donné pouvoir de parler même à la première personne pour lui, comme s'il était le Père. Par exemple, quand le Seigneur Jéhovah (qui allait venir plus tard sur la terre comme Jésus de Nazareth) parle à Moïse : «Moïse, mon fils… tu es à l'image de mon Fils unique; et mon Fils unique est et sera le Sauveur» (Moï. 1:6). Parfois le Sauveur parle en tant que Père (Élohim) et en tant que Fils (Jésus) dans la même révélation (par exemple, D&A 29:1 et 42 ; 49:5 et 28).
En outre, le Christ est Père du fait qu’il a littéralement hérité des attributs et des pouvoirs de son Père (Élohim). De Marie, sa mère, Jésus a hérité la condition mortelle, la capacité de mourir. De Dieu, son Père, il a hérité l'immortalité, la capacité de vivre pour toujours : «Comme le Père a la vie en lui–même, ainsi il a donné au Fils d’avoir la vie en lui–même» (Jn. 5:26 ; cf. Hél. 5:11). Le Christ est «le Père parce qu'il a été conçu par le pouvoir de Dieu» (Mos. 15:3). «Son Père éternel l'ayant investi du pouvoir d'en haut, il est devenu le Père parce qu'il exerce le pouvoir de cet être éternel» (McConkie, p. 371).
Le Christ est également Père du fait qu’il a reçu spirituellement tout ce que le Père a. «Je suis dans le Père… le Père est en moi et… le Père et moi sommes un: Le Père parce qu'il m'a donné de sa plénitude, et le Fils parce que j'ai été dans le monde» (D&A 93:3-4).
D'autres explications sont de même possibles. Tout le monde a des rôles multiples dans la vie. Un homme peut être père, fils et frère ; une femme peut être mère, fille et sœur. Ces titres décrivent des rôles ou des fonctions à un moment donné, aussi bien que des rapports avec d'autres. Pour les saints des derniers jours, il en va de même du Christ. Il a beaucoup de noms et de titres. Il exerce un ministère en tant que Père et que Fils. Après avoir expliqué que le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob viendrait sur la terre prendre un corps et exercer un ministère comme Père et comme Fils, Abinadi résume : «Et ils sont un seul Dieu, oui, le Père éternel même du ciel et de la terre» (Mos. 15:4 ; voir aussi Mos. 7:26-27 ; D&A 93:14). Le Père et le Fils, l'Esprit et la chair, le Dieu et l’homme – ces titres, ces rôles et ces attributs sont merveilleusement fusionnés dans un seul être, Jésus-Christ, en qui «habite corporellement toute la plénitude de la divinité» (Col. 2:9).

Bibliographie
""The Father and the Son': A Doctrinal Exposition of the First Presidency and the Twelve" 30 juin 1916. Dans MFP 5:26-34. Salt Lake City, 1971.
McConkie, Bruce R. The Promised Messiah, chaps. 4, 9, 20. Salt Lake City, 1978.
Smith, Joseph Fielding. DS 1:26-34. Salt Lake City, 1954.
Sperry, Sidney B. Answers to Book of Mormon Questions, pp. 31-38. Salt Lake City, 1967.
ROBERT L. MILLET

Jésus-Christ, prendre sur soi le nom de
Auteur : WARNER, PAUL R.

C'est un point de doctrine de l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours que la seule manière d'obtenir le salut est de prendre sur soi le nom de Jésus-Christ. Ceci est catégoriquement dit dans plusieurs révélations modernes. Bien que ce ne soit pas spécifiquement dit dans la Bible, le concept est implicite dans ce que dit Paul : «Revêtez–vous du Seigneur Jésus–Christ» (Ro. 13:14 ; Ga. 3:27), dans la déclaration de Pierre que Jésus-Christ est le seul nom donné «parmi les hommes, par lequel nous devions être sauvés» (Ac. 4:12 ; Ex. 15:2 ; 1 S. 2:1 ; Ps. 27:1) et dans l'ordre du Seigneur à Moïse : «Ils mettront mon nom sur les enfants d’Israël» (No. 6:27 ; cf. Jé. 15:16). Pour prendre sur soi le nom du Christ dans cette dispensation il faut commencer par être baptisé dans son Église et garder les commandements.
Le Seigneur a déclaré au prophète Joseph Smith que toutes les personnes qui désirent une place dans le royaume du Père doivent prendre sur eux le nom du Christ (D&A 18:24-25, 27). Amulek, dans le Livre de Mormon, conseille aux Zoramites égarés : «Pren[ez] sur vous le nom du Christ» (Al. 34:38). Jésus ressuscité promet : «Quiconque prend sur lui mon nom, et persévère jusqu'à la fin, celui-là sera sauvé au dernier jour» (3 Né. 27:5-6 ; cf. Mos. 25:23 ; 26:18). Le Seigneur dit à Abraham : «Je te prendrai pour mettre sur toi mon nom» (Abr. 1:18).
Quand on prend sur soi le nom de Jésus, on contracte des alliances sacrées. Le roi Benjamin a dit : «Il n'y a aucun autre nom donné par lequel le salut vienne; c'est pourquoi, je voudrais que vous preniez sur vous le nom du Christ, vous tous qui avez conclu avec Dieu l'alliance d'être obéissants jusqu'à la fin de votre vie» (Mos. 5:8 ; cf. 18:8-12 ; Al. 46:15). Les alliances du baptême (D&A 20:37 ; cf. 2 Né. 31:13) et de la Cène du Seigneur (D&A 20:77 ; Mro. 4:3) nécessitent que l’on prenne sur soi le nom de Jésus-Christ. Bruce R. McConkie, apôtre moderne, a dit : «Nous avons pris sur nous son nom dans les eaux du baptême. Nous renouvelons l'alliance que nous avons contractée à ce moment-là quand nous participons à la Sainte-Cène [à la Cène du Seigneur]. Si nous sommes nés de nouveau, nous sommes devenus des fils et des filles du Seigneur Jésus-Christ» (McConkie, p. 393).
Dallin H. Oaks, apôtre lui aussi, a expliqué en outre que «nous prenons sur nous le nom du Christ quand nous nous faisons baptiser en son nom, quand nous appartenons à son Église et que nous professons notre croyance en lui, et quand nous accomplissons l’œuvre de son royaume. Il y a d'autres significations aussi, des significations plus profondes que les membres plus mûrs de l'Église doivent comprendre et méditer» (Oaks, p. 80). «Les significations plus profondes» c’est hériter la plénitude de la gloire de Dieu et obtenir l'exaltation dans le royaume céleste (Oaks, pp. 81-83).

Bibliographie
McConkie, Bruce R. "Jesus Christ and Him Crucified." Dans BYU Devotional Speeches of the Year, pp. 391-405. Provo, Utah, 1976.
Oaks, Dallin H. "Taking Upon Us the Name of Jesus Christ," Ensign 15, mai 1985, pp. 80-83.
PAUL R. WARNER

Jésus-Christ, second Consolateur
Auteur : SHERRY, THOMAS E.

Le terme «second Consolateur» désigne Jésus-Christ dans le sens où il sert personnellement ses disciples fidèles (Jn. 14:21-23 ; D&A 93:1 ; 130:3). Jésus a enseigné à ses disciples que le Saint-Esprit était un consolateur (Jn. 14:26), mais il a également parlé d'un second Consolateur (Jn. 14:16-21). Joseph Smith a donné aux saints des derniers jours une compréhension supplémentaire concernant le second Consolateur : «Lorsqu’une personne a foi au Christ, se repent de ses péchés, est baptisée pour la rémission de ses péchés et re¬çoit le Saint-Esprit (par l’imposition des mains), ce qui est le premier Consolateur, qu’elle continue à s’humilier devant Dieu, ayant faim et soif de justice, et vivant se¬lon toute parole de Dieu, et le Seigneur lui dira bientôt: Mon fils, tu seras exalté. Lorsque le Seigneur l’aura totalement mis à l’épreuve et constatera que l’homme est décidé à le servir à tout prix, alors l’homme verra affermies sa vocation et son élec¬tion, alors il aura le droit sacré de recevoir l’autre Consolateur que le Seigneur a promis aux saints comme le rapporte le témoignage de saint Jean, au quatorzième chapitre, du douzième au vingt-septième versets…
Or quel est cet autre Consolateur? Ce n’est ni plus ni moins que le Seigneur Jésus-Christ lui-même… quand quelqu’un reçoit ce der¬nier Consolateur, il aura la personne de Jésus-Christ pour s’occuper de lui, ou lui ap¬paraître de temps en temps, et il lui manifestera même le Père, et ils feront leur de¬meure chez lui, les visions des cieux lui seront ouvertes, le Seigneur l’instruira face à face et il pourra avoir la connaissance parfaite des mystères du royaume de Dieu; et tels sont l’état et le lieu auxquels arrivaient les saints d’autrefois lorsqu’ils avaient d’aussi merveilleuses visions: Ésaïe, Ézéchiel, Jean sur l’île de Patmos, saint Paul dans les trois cieux, et tous les saints qui étaient en communion avec l’assemblée gé¬nérale et l’Église du Premier-né» [EPJS, pp. 117-118].
Le Seigneur a conseillé à ses saints : «Cherchez… sa face» (D&A 101:37-38). Aucun pécheur ne peut supporter sa présence et par conséquent n'obtiendra pas la bénédiction (D&A 67:10-13 ; TJS Ex. 33:11, 20). Dans la sagesse de Dieu, certains individus fidèles ont en bénédiction le second Consolateur tandis qu’ils demeurent dans la condition mortelle. [Voir aussi Vocation et élection ; Jésus-Christ : Apparitions modernes de Jésus-Christ.]

Bibliographie
McConkie, Bruce R. A New Witness for the Articles of Faith, pp. 492-499, 549. Salt Lake City, 1985.
THOMAS E. SHERRY

Jésus-Christ, sources des paroles de
Auteur : SCHAELLING, J. PHILIP

Pour les disciples de Jésus-Christ, rien n'a plus d'autorité ou d'importance que ses propres paroles. Appelées ipsissima verba ou logia, elles ne sont pas colorées par la paraphrase ou l'interprétation, mais représentent ses instructions exactes, qu’elles aient été prononcées par Jésus lui-même à la première personne ou par d’autres personnes autorisées par lui, parlant à la première personne – comme si c’était Dieu – par le pouvoir du Saint-Esprit (2 Né. 32:3 ; 33:10-11 ; D&A 1:38 ; cf. Ap. 19:1-10).
Le statut donné aux paroles de Jésus remonte au début du christianisme. Une grande partie de l’intérêt actuel pour les apocryphes du Nouveau Testament repose sur l'espoir de retrouver des paroles authentiques de Jésus. Par exemple, pour employer les termes d’un éditeur moderne : «L'Évangile de Thomas n'est pas un ‘évangile’ au sens propre…. il n'est pas autre chose et rien de moins qu’un recueil de 114 logia, le recueil le plus étendu de paroles de Jésus ou de paroles attribuées à Jésus, qui nous soit parvenu indépendamment de la tradition néotestamentaire» (Puech, pp. 284-285).
Certaines sources antiques et contemporaines propres à l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours viennent augmenter le corpus connu des paroles de Jésus. L'Église enseigne que Jésus-Christ est le Dieu de l'Ancien Testament et du Nouveau Testament. Par conséquent, elle considère les citations attribuées à Dieu dans l'Ancien Testament comme ipsissima verba de Jésus. Par exemple, le commandement de Dieu à Moïse «Étends ta main sur la mer, et fends-la» est considéré comme étant de Jésus-Christ (Ex. 14:16 ; cf. 1 Co. 10:1-4). De plus, quand les prophètes antiques citent Dieu à la première personne, comme dans «Moi, l’Éternel, j’aime la justice, je hais la rapine avec l’iniquité» (És. 61:8), ces paroles sont considérées comme ipsissima verba de Jésus (voir Jésus-Christ, Premier-né dans l’Esprit ; Jesus-Christ – Noms et titres de).
Tandis qu’il faisait sous l'inspiration la Traduction de Joseph Smith de la Bible (TJS), le prophète Joseph Smith a noté beaucoup de logia. Par exemple, après que Moïse eut brisé le premier jeu de tables avec les dix commandements, le Seigneur lui commanda d’en faire d’autres. Dans les manuscrits hébreux actuels, Dieu dit qu'il va réécrire ce qui était sur les premières. Mais dans la TJS, le Seigneur ajoute : «Ce ne sera pas comme les premières [tables de la Loi], car j’enlèverai la prêtrise de leur sein ; c’est pourquoi mon saint ordre et ses ordonnances n'iront pas devant eux» (TJS Ex. 34:11-12 ; De. 10:1-2 ; cf. D&A 84:18-27).
La TJS ajoute aussi des logia au Nouveau Testament. Comme arrière-plan à l’illustration de Jésus qu’il ne faut pas mettre du vin nouveau dans de vieilles outres, la TJS ajoute : «Alors les pharisiens lui dirent : Pourquoi ne veux-tu pas nous recevoir avec notre baptême, vu que nous gardons toute la loi ? Mais Jésus leur dit : Vous ne gardez pas la loi. Si vous aviez gardé la loi, vous m'auriez reçu, car c’est moi qui ai donné la loi. Je ne vous reçois pas avec votre baptême, car il ne vous sert à rien. Car lorsque ce qui est nouveau est arrivé, ce qui est ancien est prêt à être mis de côté» (TJS Mt. 9:18-21). De tels passages, bien que ne se trouvant dans aucun texte grec existant, sont acceptés par les saints des derniers jours comme paroles authentiques de Jésus.
En plus d'accepter les écrits bibliques, l'Église a canonisé d'autres Écritures qui préservent des ipsissima verba de Jésus-Christ : la Perle de Grand Prix, le Livre de Mormon et les Doctrine et Alliances.
Dans la Perle de Grand Prix, le livre de Moïse – un extrait de la TJS – conserve la déclaration bien connue parmi des saints des derniers jours, «car voici mon œuvre et ma gloire : réaliser l'immortalité et la vie éternelle de l'homme» (Moï. 1:39). Le livre d'Abraham contient également des enseignements de Jéhovah ou du Christ. Au chapitre 3, Jéhovah compare la nature de l'univers à la variété des esprits ou intelligences, qui l’habitent. Racontant les relations de Dieu avec le peuple habitant le continent américain, le Livre de Mormon conserve également des paroles données à leurs prophètes. En plus des paroles spécifiques du «Fils» écrites par Néphi 1 (2 Né. 31:12, 14) et d'autres (par exemple, Moroni 2 dans Ét. 12:26-28), les paroles dites par Jésus au peuple du continent américain peu après sa résurrection apparaissent également. Outre un discours semblable au sermon sur la montagne rapporté dans Matthieu 5-7 (3 Né. 12-14), Jésus ressuscité parla du baptême (3 Né. 11), de la Sainte-Cène (chapitre 18), du rassemblement d'Israël et de l’aide apportée par les Gentils (chapitres 16, 20-21).
Les Doctrine et Alliances contiennent des paroles du Christ adressées aux hommes du monde contemporain : «Écoute, ô peuple de mon Église… en vérité, je le dis: Écoutez, peuples lointains, et vous qui êtes dans les îles de la mer, prêtez tous l'oreille» sont des paroles prononcées en 1831 (D&A 1:1). Ce volume contient un recueil important des paroles de Jésus-Christ comme voix d'avertissement et d'instructions sur la façon de préparer la terre et son propre cœur à son avènement.
Une source contemporaine supplémentaire de paroles du Christ réside dans les déclarations des présidents de l'Église. Le Seigneur a déclaré que «vous recevrez sa parole… comme si elle sortait de ma propre bouche» (D&A 1:38 ; 21:5). Ainsi, toutes les fois que le président de l'Église parle officiellement dans le cadre de son appel, les saints des derniers jours considèrent que ses paroles ont la même autorité que les paroles du Seigneur lui-même. [Voir aussi Jésus-Christ dans les Écritures.]

Bibliographie
Millet, Robert L. "The Formation of the Canonical Gospels." Dans Apocryphal Writings and the Latter-day Saints, dir. de publ. W. Griggs. Provo, Utah, 1986.
Puech, Henri-Charles. "Gnostic Gospels and Related Documents." Dans New Testament Apocrypha, dir. de publ. ed. Edgar Hennecke et Wilhelm Schneemelcher, Vol. 1, pp. 231-362. Philadelphie, 1963.
J. PHILIP SCHAELLING

Jésus-Christ, types et préfigurations de
Auteur : READ, LENET HADLEY

Les saints des derniers jours croient que beaucoup d’événements, de personnes et d’objets dans l'Ancien Testament et d'autres Écritures étaient des «types» ou des préfigurations de Jésus-Christ. Jésus a enseigné, par exemple, que la manne était une préfiguration de lui-même, le véritable pain céleste (Jn. 6:30-35) et que les trois jours de Jonas dans le poisson représentaient sa mort et son ensevelissement (Mt. 12:38-41).
Paul affirme que l'eau que Moïse a fait jaillir d'un rocher était une indication de la nourriture spirituelle qui serait donnée par Jésus (Ex. 17:6 ; 1 Co. 10:4) ; il affirme, en outre, que le premier Adam préfigurait Jésus, le second Adam, qui a apporté la vie à sa postérité spirituelle contrairement à Adam qui a apporté la mort (Ro. 5:12-21 ; 1 Co. 15:45). De même, les héritages d'Ismaël et d’Isaac annoncent les différences entre l’ancienne alliance et la nouvelle (Ga. 4:22-31).
Selon Hébreux 7:15, le Messie est venu «à la ressemblance de Melchisédek» (en hébreu, «roi de justice») qui préfigurait les rôles de prêtre et de roi. La généalogie de Jésus dans Matthieu 1:2-17 a été écrite pour montrer que Jésus était à la fois descendant de David et était annoncé par lui comme roi d'Israël. Certains dirigeants de l’Église ont enseigné que la vie de beaucoup de prophètes a été un symbole du Christ (McConkie, pp. 448-453).
On peut aussi trouver des prototypes et des indices dans le symbolisme des cérémonies sacrées de l'Israël antique. Par exemple, le bouc émissaire et les rites de purification du jour des Expiations signifient le salut du Christ accompli par la souffrance et la mort (Hé. 9:7-14). De plus, la fête des Tabernacles, avec ses connotations de moisson et de lumière, enseigne le règne du Messie (2 Ba. 29:4-8 ; Jn. 8:12).
Des passages du Livre de Mormon renforcent la notion de types scripturaires. Amulek observe que «toute la signification de la loi [mosaïque]… annon[ce] ce grand et dernier sacrifice … [du] Fils de Dieu» (Al. 34:14). De plus le sacrifice d'Isaac par Abraham a été qualifié de «similitude de Dieu et [du sacrifice] de son Fils unique» (Jcb. 4:5). Dieu a montré à l'Israël d’autrefois «beaucoup de signes, et de prodiges, et de figures, et de préfigurations concernant sa venue [du Christ]» (Mos. 3:15). Le prophète Alma appelait le Liahona, un compas donné par Dieu, une «figure» du Christ, qui guide vers la vie éternelle (Al. 37:38-46). Au sens large, «tout ce qui a été donné par Dieu à l'homme… est une figure de lui [le Christ]» (2 Né. 11:4).
La Perle de Grand Prix enseigne également que toute la création rend témoignage du Christ (Moï. 6:63). Ceci inclut le soleil, qui renvoie vers lui, la lumière du monde (voir D&A 88:5-13). De même, chaque ordonnance révélée comporte un lien symbolique avec un élément ou l’autre du ministère de Jésus. Par exemple, de même que les sacrifices quotidiens au temple de Jérusalem annonçaient le sacrifice du Christ (Hé. 7:26-28), de même les saints des derniers jours considèrent que les ordonnances de l'Évangile renvoient vers lui et vers le chemin qui ramène en sa présence.

Bibliographie
McConkie, Bruce R. The Promised Messiah, pp. 374-453. Salt Lake City, 1978.
Read, Lenet H. "Symbols of the Harvest: Old Testament Holy Days and the Lord's Ministry." Ensign, janvier 1975, p. 32-36.
LENET HADLEY READ

Jeûne
Auteur : HILLS, DAWN M.

La pratique de l’abstinence périodique de nourriture et de boisson à des fins cultuelles est mentionnée depuis les temps anciens. La Bible et le Livre de Mormon attestent du jeûne sous ses différentes formes, publiques ou privées, institutionnalisées ou spontanées. Dans une révélation au prophète Joseph Smith, le Seigneur commande aux saints des derniers jours «de persévérer dorénavant dans la prière et le jeûne» (D&A 88:76).
Les membres de l’Église jeûnent généralement ensemble le premier dimanche de chaque mois en vue de la réunion de jeûne et de témoignages. Ils s’abstiennent habituellement de nourriture et de boissons pour deux repas consécutifs, assistent aux offices religieux et font un don de jeûne pour l’entretien des nécessiteux. En plus, une personne, une famille ou une assemblée peuvent jeûner pour une cause spécifique telle qu’une personne qui est malade ou autrement affligée. Une personne peut désirer une communication intime avec la Divinité rendue possible par un jeûne accompagné de prières quand elle se prépare à une tâche difficile ou à un changement crucial de situation dans la vie. Une personne peut jeûner quand elle recherche des éclaircissements spirituels ou qu’elle a besoin d’être guidée dans une prise de décision, d’avoir de la force pour surmonter une faiblesse ou pour endurer une épreuve, avoir un réconfort dans la douleur ou de l’aide lors d’autres besoins spéciaux.
Les principes généraux du jeûne sont la préparation dans la prière concernant l’objet du jeûne et la réflexion et la méditation fréquentes pendant tout le jeûne pour parvenir à l’unité de but et d’esprit avec le Seigneur; une conduite réservée, humble et joyeuse convenant à quelqu’un qui recherche une bénédiction ou un éclaircissement spirituel (Mt. 6:16-18; cf. 3 Né. 13:16-18) et une prière de reconnaissance et d’actions de grâces pour finir le jeûne.
De riches bénédictions sont promises à ceux qui jeûnent et aident les nécessiteux (És. 58:8-9). La maîtrise de soi, la communion avec le Seigneur et la force et le pouvoir spirituels accompagnent l’obéissance à la loi. L’esprit du jeûne est bien représenté dans l’Écriture moderne : «En vérité, c'est là le jeûne et la prière, ou, en d'autres termes, la joie et la prière» (D&A 59:14).

Bibliographie
Ricks, Stephen D. "Fasting in the Bible and Book of Mormon." Dans Book of Mormon: The Keystone Scripture, dir. de publ. Paul R. Cheesman. Provo, Utah, 1988, pp. 127-136.
Smith, Joseph F. Gospel Doctrine, 10e éd. Salt Lake City, 1956.
DAWN M. HILLS

Jeûne, Dons du
Auteur : FERGUSON, ISAAC C.

Le premier dimanche de chaque mois est désigné comme dimanche de jeûne, et les saints des derniers jours sont invités à jeûner pendant vingt-quatre heures et à donner au moins la valeur des repas non consommés comme don de jeûne. Les dons de jeûne sont des dons en argent ou en nature remis à l’évêque pour aider les nécessiteux après une brève période de jeûne.
La notion de dons du jeûne apparaît dès le temps d’Ésaïe, qui encourageait le peuple à jeûner et, ce faisant, à «partage[r s]on pain avec celui qui a faim» et à «fai[re] entrer dans [s]a maison les malheureux sans asile» (És. 58:7). Le jeûne était également pratiqué dans l’Église postapostolique, dans laquelle plusieurs des premiers pères chrétiens disaient que «pour aider les pauvres à l’aide de la nourriture épargnée, le jeûne est une bonne œuvre» (Kittel, vol. 4, p. 934). Au milieu du deuxième siècle, certaines églises organisaient deux fois par semaine des jeûnes volontaires et les dirigeants recueillaient des fonds pour les pauvres après les services hebdomadaires du culte (Swenson, pp. 373-378).
Le prophète Joseph Smith institua la pratique de collecter des dons de jeûne pour les pauvres à Kirtland (JD 12:115), où les membres de l’Église avaient commencé à se rassembler au début des années 1830. Plus tard, le 17 mai 1845, à Nauvoo, le Collège des douze apôtres envoya une lettre générale à l’Église définissant «les principes du jeûne», disant :
«Que ceci soit un exemple pour tous les saints et il ne manquera jamais de pain : Quand les pauvres ont faim, que ceux qui ont jeûnent pendant une journée et donnent aux évêques, pour les pauvres, ce qu’ils auraient sinon mangé et chacun abondera pendant longtemps; et c’est là un grand et important principe du jeûne approuvé par le Seigneur. Et tant que les saints vivront tous ce principe, le cœur heureux et le visage joyeux, ils auront toujours de l’abondance» [HC 7:413].
Pendant l’exode de Nauvoo, les pionniers observaient rarement un jour de jeûne commun mais ils étaient souvent invités à donner aux pauvres. Il apparaît que l’offrande régulière de dons le jour du jeûne fut de nouveau instaurée dans la vallée du lac Salé pendant la sécheresse de 1855-1856. George A. Smith écrit à propos de cette période :
«Lors de toutes ces périodes de disette … des mesures étaient prises pour pourvoir aux besoins de ceux qui ne pouvaient le faire eux-mêmes. Un jour de jeûne fut proclamé pour l’Église le premier jeudi de chaque mois et la nourriture économisée de cette manière fut distribuée parmi les pauvres; et des milliers de personnes, qui avaient du pain en abondance, rationnèrent leurs familles pour l’économiser pour ceux qui n’auraient pas pu en avoir autrement» [CHC 4:109-110].
Depuis cette époque, l’observance du jeûne mensuel de deux repas le premier dimanche de chaque mois et l’offrande de dons de jeûne sont devenues des pratiques régulières dans l’Église. Dans l’économie pionnière, la plupart des dons – tant la dîme que les offrandes – consistaient en nourriture ou en bétail, et les membres portaient les dons au bureau local de la dîme ou magasin de l’évêque. Les marchandises étaient alors distribuées aux nécessiteux. Aujourd’hui, les dons de jeûne consistent habituellement en argent. Les diacres de la Prêtrise d’Aaron remplissent souvent les fonctions d’agents de l’évêque pour collecter les dons de jeûne.
Les paroisses et les pieux sont encouragés à être indépendants pour le soin de leurs pauvres. Les évêques sont chargés de chercher ceux qui sont dans le besoin et de leur fournir le nécessaire vital. Les fonds excédentaires du don de jeûne dans les pieux sont expédiés au siège social de l’Église, où ils sont redistribués aux régions où les besoins sont les plus grands.
La Première Présidence proclame de temps en temps un jeûne spécial quand des besoins urgents se font sentir. Ce fut le cas le 15 mai 1845, quand «on donna suffisamment pour pourvoir aux besoins des pauvres jusqu’à la moisson» (HC 7:411). En 1985, les membres de l’Église observèrent deux jours de jeûne spéciaux et firent don de $10.465.000 à des projets de lutte contre la famine et de développement économique en Afrique, en Amérique du Sud et ailleurs (voir Humanitaire).
Historiquement, les dons de jeûne ont rarement suffi pour répondre à tous les besoins d’assistance sociale de l’Église et les pénuries ont été comblées par les fonds généraux de l’Église. La recommandation de Spencer W. Kimball, président de l’Église, reste valable: «Je pense que quand nous sommes aisés, comme beaucoup d’entre nous le sont, nous devons être très, très généreux… Je pense que nous devrions… donner, au lieu du montant que nous avons épargné par nos deux repas de jeûne, peut-être beaucoup, beaucoup plus, dix fois plus quand nous sommes en mesure de le faire» (CR, avr. 1974, p. 184).

Bibliographie
Kittel, Gerhard, dir. De publ. Theological Dictionary of the New Testament, Vol. 4, pp. 924-35. Grand Rapids, Mich., 1964.
Swenson, Russel B. "Welfare Work in the Early Christian Church." Instructor 82, août 1947, pp. 373-378.
ISAAC C. FERGUSON

Jeûne et réunion de témoignages
Auteur : JOLLEY, MARY

Une réunion de jeûne de témoignages est normalement tenue le premier dimanche de chaque mois chez les saints, où les membres fidèles de l’Église sont invités à rendre un témoignage verbal de leurs sentiments vis-à-vis de l’Évangile de Jésus-Christ. La réunion suit habituellement un jeûne fait par les membres, d’au moins de deux repas consécutifs et de boissons. Le jeûne est officiellement rompu par la participation à la Sainte-Cène. Dans les Écritures modernes, le jeûne est décrit comme étant «la joie et la prière» (D&A 59:14), ce qui implique que c’est plus que le simple fait de s’abstenir de nourriture. C’est aussi le sentiment que l’on éprouve en faisant des dons de jeûne, en donnant pour les pauvres l’équivalent ou davantage de ce qu’auraient coûté les repas. La réunion de jeûne et de témoignages devient le lieu où s’expriment la sensibilité spirituelle et la contrition, le lieu de la concentration sur les choses de Dieu.
Un membre de l’épiscopat ou de la présidence de branche dirige la réunion de jeûne et de témoignages. Habituellement elle commence par un cantique et une prière d’ouverture ou une prière, qui peuvent être suivies de la bénédiction de nouveau-nés et de la confirmation de membres récemment baptisés.
Après la bénédiction de la Sainte-Cène, la personne qui dirige la réunion exprime son témoignage et invite ensuite les membres de l’assemblée de tout âge à faire de même. Parfois ils restent sur place pour parler; à d’autres moments, ils montent au podium. Chacun se lève selon qu’il y est poussé par l’Esprit et rend un témoignage improvisé à l’assemblée. Dans cette ambiance on exprime souvent des sentiments profonds: de l’appréciation pour de bonnes relations familiales, des actions de grâces pour les bénédictions de l’Évangile, l’aveu de changements importants dans une vie et les fruits de l’obéissance. Il peut y avoir un récit édifiant ou un témoignage concernant un point de doctrine ou attestant d’une inspiration divine. On conclut habituellement ces témoignages par une prière ou une demande au nom du Seigneur. L’expérience est à la fois éclairante, émouvante et fait réfléchir. Les larmes ne sont pas rares parmi les confessions de faiblesses et les efforts pour s’améliorer, parallèlement à la reconnaissance pour la bonté divine.
Ces exposés durent rarement plus de cinq ou six minutes. Ainsi, un certain nombre d’enfants et d’adultes participent généralement à la réunion, qui dure habituellement un peu plus d’une heure, mais peut être prolongée ou raccourcie à la discrétion de l’officier président. Au cours d’une année quelconque, la majorité des membres de l’Église, jeunes et vieux, auront participé à cette forme solennelle de témoignages le dimanche de jeûne.
Un précédent de la pratique de rendre officiellement témoignage a été donné lors de la consécration du temple de Kirtland. À cette occasion, plusieurs personnes se sont levées et, sous le déversement de l’Esprit, ont parlé de choses qu’elles ont vues et ressenties. À Kirtland, il était de coutume de tenir des réunions de jeûne le jeudi après-midi. Depuis 1896, ces réunions se tiennent habituellement le dimanche.
MARY JOLLEY

Justice
Auteur: GARDNER, MARVIN K.

La justice constitue un vaste groupe de concepts et de traits. Comme pour le «tsédek» en hébreu biblique et le «dikaïosunê» grec, le mot «justice» décrit la vie religieuse idéale dont la norme est un comportement saint. La justice est une bonne conduite à tous points de vue devant Dieu et parmi les hommes. Les Écritures donnent les perspectives suivantes:
La justice est finalement synonyme de sainteté ou de piété. Le Christ lui-même est connu comme «juste» (Moï. 7:45, 47) et en tant que «Fils de la Justice» (3 Né. 25:2). Ses «voies sont la justice à jamais» (2 Né. 1:19).
L'état de justice est accessible à l'humanité par la rédemption du Christ quand on naît de Dieu: «Ne t'étonne pas de ce que toute l'humanité, oui, les hommes et les femmes… doivent naître de nouveau; oui, naître de Dieu, changer de leur état charnel et déchu à un état de justice, étant rachetés par Dieu, devenant ses fils et ses filles» (Mos. 27:25).
Les termes «juste» et «justice» s'appliquent également aux mortels qui, quoique assaillis par les faiblesses et la fragilité, cherchent à aller au Christ. Dans ce sens, justice n'est pas synonyme de perfection. C'est un état dans lequel une personne va vers le Seigneur, aspirant à la sainteté, se repentant continuellement de ses péchés et s’efforçant honnêtement de connaître et d’aimer Dieu et de suivre les principes et les ordonnances de l'Évangile. Les saints de Dieu sont invités à faire «les œuvres de la justice» (D&A 59:23) et à «produire beaucoup de justice» (D&A 58:27).
La notion de justification est inhérente au concept de justice. Il est impossible aux mortels limités de vivre dans l'obéissance parfaite aux lois de Dieu ou d’expier de manière infinie leurs péchés. «Car tous ont péché, écrit Paul, et sont privés de la gloire de Dieu» (Ro. 3:23). L'expiation du Christ réconcilie miséricordieusement les exigences de la justice (voir Justice et miséricorde), permettant aux mortels repentants d’être justifiés devant Dieu.
Quand Saul de Tarse vit le Christ ressuscité sur le chemin de Damas, «tremblant et saisi d'effroi, il dit : Seigneur, que veux–tu que je fasse ?» (Ac. 9:6). À partir de ce moment-là, il chercha à connaître la volonté de Dieu et à vivre en conséquence. Mais il se lamenta aussi de ses faiblesses de mortel: «Car je sais qu’en moi, c'est-à-dire dans ma chair, ne demeure rien de bon … seulement en Christ» (TJS, Ro. 7:19). «Il n'y a point de juste, pas même un seul» (Ro. 3:10). Cependant, comme tous les apôtres et prophètes, Paul enseigna également le message glorieux que, par la grâce du Christ, les mortels peuvent se «dépouiller… du vieil homme» – leur moi déchu et pécheur – et «revêtir l’homme nouveau, créé selon Dieu dans une justice et une sainteté que produit la vérité» (Ép. 4:22, 24).
Les Écritures abondent en exhortations semblables de fuir la méchanceté, d’accepter la grâce du Seigneur et d’aller au Christ en justice. «Ô misérable que je suis! s’exclame Néphi. Oui, mon cœur est dans l’affliction à cause de ma chair; mon âme est dans la désolation à cause de mes iniquités.» Mais reconnaissant le Sauveur comme «rocher de [sa] justice», Néphi s’écrie: «Ô Seigneur, veux-tu racheter mon âme?… Veux-tu me rendre tel que je tremble à la vue du péché?… Veuille m’envelopper du manteau de ta justice!» (2 Né. 4:17-35).
La justice commence dans le cœur – le «cœur brisé». Elle commence quand les personnes se voient là où elles sont vraiment: dans un état déchu, comme des «créatures indignes» qui sont incapables de s’extraire de leurs péchés. Quand elles se rendent compte du gouffre monumental entre «la grandeur de Dieu et [leur] propre néant», leur cœur se brise et elles «[s’humilient] dans les profondeurs de l'humilité, invoquant quotidiennement le nom du Seigneur, et demeurant avec constance dans la foi» (Mos. 4:11).
Les âmes justes cherchent alors à devenir justes devant le Seigneur en demandant sincèrement pardon. Quand le Seigneur leur donne les bénédictions de sa grâce, elles réagissent avec une fidélité encore plus grande, un amour plus grand, une obéissance plus grande. Même si elles ne peuvent pas atteindre la justice parfaite dans la condition mortelle, leur vie est irréprochable «ainsi qu’il convient à des saints» (Ép. 5:3).
Les Écritures permettent de se faire une bonne idée de ce que sont l’attitude, le comportement et les croyances qui constituent la base d'une vie juste (par exemple, 2 Pi. 1:4-8; D&A 4:5-6). Notamment, dans le sermon sur la montagne (Mt. 5-7; cf. 3 Né. 12-14), Jésus révèle la signification de la justice, le modèle qu’il a montré par sa propre vie:
Ceux qui cherchent la justice deviennent humbles, pauvres en esprit. Ils révèrent le Seigneur, reconnaissant que «tout ce qui est bien vient de Dieu» (Mro. 7:12).
Ils pleurent pour leurs péchés et leur «tristesse selon Dieu produit une repentance» (2 Co. 7:10). Pleins de compassion, ils sont prêts «à pleurer avec ceux qui pleurent, oui, et à consoler ceux qui ont besoin de consolation» (Mos. 18:9).
Les justes s’efforcent d'être doux – gentils et longanimes, généreux, dévoués, patients, remplis d’amour pour leurs ennemis, ils «ne s’enfle[nt] point d’orgueil» et «ne s’irrite[nt] point» (1 Co. 13:4-5).
Ayant faim et soif de justice, ils recherchent continuellement le Seigneur par la prière sincère, le jeûne, l'étude des Écritures, le culte du sabbat et le service dans les saints temples.
Ils cherchent à être compatissants, à pardonner comme ils voudraient être pardonnés, à juger comme ils voudraient être jugés, à aimer comme ils voudraient être aimés, à servir comme ils voudraient être servis (D&A 38:24-25).
Ils cherchent à avoir le cœur pur en ne soupçonnant point le mal, en n’étant point envieux et en ne se réjouissant point de l'iniquité, mais en se réjouissant de la vérité (1 Co. 13:4-6). Ils sont honnêtes dans leurs alliances avec Dieu et dans leurs relations avec leurs semblables. Ils sont chastes et aussi vertueux.
Ceux qui recherchent la justice procurent la paix. Ils évitent les querelles, la colère et la médisance. Ils sont pour la bonne volonté et la fraternité; ils cherchent à réaliser la volonté de Dieu et son royaume sur terre comme ils le sont aux cieux.
Persécutés à cause de la justice ou quand ils sont l’objet d’insultes ou de diffamation pour leur loyauté au Seigneur, ils endurent tout et supportent tout (1 Co. 13:7).
Ces descriptions de la justice que l’on trouve dans les Écritures ne doivent pas être ramenées à des listes que l’on peut cocher hypocritement. Elles sont des rappels constants qui se trouvent sur le chemin qui mène à Dieu, qui a promis un Consolateur – le Saint-Esprit – pour servir de guide sur ce chemin (Jn. 14:26).
Le Seigneur prend plaisir à «honorer ceux qui [le] servent en justice» (D&A 76:5). Au dernier jour, «les justes, les saints du Saint d'Israël, ceux qui ont cru au Saint d'Israël, ceux qui ont enduré les croix du monde et en ont méprisé la honte, hériteront le royaume de Dieu qui a été préparé pour eux dès la fondation du monde, et leur joie sera pleine à jamais» (2 Né. 9:18).

Bibliographie
Benson, Ezra T. "A Mighty Change of Heart." Ensign 19 (Oct. 1989):2-5.
McConkie, Bruce R. "The Dead Who Die in the Lord." Ensign 6 (Nov. 1976):106-8.
Scoresby, A. Lynn. "Journey Toward Righteousness." Ensign 10 (Jan. 1980):52-57.
MARVIN K. GARDNER

Kirtland (Ohio)
Auteur: BACKMAN, MILTON V., Jr.

[Cette rubrique présente l'histoire de l’installation des saints à Kirtland et donne une idée de ce que cela devait être de vivre parmi les saints dans cette collectivité des années 1830.]
Pendant la majeure partie des années 1830, il y eut deux lieux de rassemblement pour les saints des derniers jours, un dans l’ouest du Missouri et l'autre dans le nord-est de l’Ohio. Bien qu’un nombre plus grand de membres se soit rassemblé à la frontière du Missouri, c’est Kirtland qui fut, de 1831 jusqu'au début de 1838, le centre administratif principal de l'Église et la base d’où était dirigée l'œuvre missionnaire.
La croissance des saints des derniers jours dans le nord-est de l’Ohio commença peu après l’organisation de l’Église en 1830. Celle-ci fut introduite en Ohio fin octobre 1830 et acquit, dans le mois, 135 nouveaux membres, dont environ 35 vivaient dans la circonscription de Kirtland (voir Mission lamanite de 1830-1831). Joseph Smith et sa famille s’y installèrent au début de 1831 et au printemps et au début de l'été de cette année-là, d'autres saints des derniers jours, principalement d'Ohio et New York, suivirent. Le prophète fit deux voyages au Missouri et vécut un certain temps dans la localité proche de Hiram (Ohio), mais ce fut la région de Kirtland qui fut, de l'été de 1832 jusqu'à 1838, sa résidence principale.
La plus grande partie de la première vague de colons mormons à Kirtland partit pour le Missouri avant la fin de 1831. La croissance principale de la population de saints à Kirtland commença en 1833. Le nombre passa d’une centaine cette année-là à 2.000 en 1838. Pendant la décennie précédant l'immigration mormone, la population de l’arrondissement doubla, passant de 481 en 1820 à 1.018 en 1830. Pendant les sept années suivantes, principalement en raison de l'immigration des saints des derniers jours, la population tripla.
Dans une description de la situation dans la localité de Kirtland au milieu des années 1830, un contemporain écrit: «Ils sont arrivés, hommes, femmes, enfants, de toutes les manières imaginables, certains avec des chevaux, des bœufs et des véhicules inconfortables, tandis que d'autres avaient fait tout ou partie du trajet à pied. La future ‘cité des saints’ donnait l’impression d’être assiégée. Toutes les maisons, magasins, huttes ou granges disponibles étaient pleines à ras bord. On utilisait même des caisses comme abris rudimentaires improvisés en attendant la découverte de quelque chose de plus permanent» (History of Geauga and Lake Counties, Ohio, p. 248).
L'afflux soudain des saints des derniers jours à Kirtland eut un impact important sur la communauté. L’un des changements visibles fut l'augmentation de petits logements provisoires. Des maisons de rondins et des petites maisons de bois parsemèrent le paysage pendant les deux premières décennies de la colonisation, des bâtiments de bois et de briques plus grands et plus permanents avaient été érigés avant 1830. Les squatters ou les locataires, qui constituaient la moitié de la population en 1830, vivaient dans de petites maisons de bois. Mais à mesure que l'immigration mormone augmentait, des îlots de petites cabanes simples, retour aux logements des tout premiers colons, apparurent, principalement dans la partie nord-ouest de la circonscription.
La plupart des saints des derniers jours étaient plus pauvres que les vieux colons, en partie parce qu’ils étaient des immigrés récents. Avant de devenir membres de l’Église, la plupart des membres n'étaient pas des gens de passage; ils n’appartenaient pas non plus aux couches économiques les plus défavorisées de l'Est. Mais beaucoup perdirent du terrain, économiquement parlant, en émigrant à Kirtland. Certains vendirent des fermes à New York ou en Nouvelle-Angleterre pour moins que la valeur marchande et beaucoup laissèrent du matériel dans l'Est à cause du coût du transport. Tous consacrèrent une partie du produit de ces ventes à déménager leur famille et leurs provisions vers l’ouest. Les quelques saints qui déménagèrent du comté de Jackson (Missouri) vers Kirtland étaient également dans une situation économique difficile. Au cours de leur expulsion de ce comté en 1833, leurs maisons furent brûlées et leurs biens volés. À leur arrivée à Kirtland, les nouveaux colons durent affronter une augmentation de la valeur des terrains. Étant donné que le prix des terrains augmentait en fonction de la croissance de la population, la plupart des nouveaux venus (mormons et non-mormons) n’avaient pas les moyens d'acheter suffisamment de terres pour entretenir leur famille.
Après leur arrivée à Kirtland, les saints des derniers jours connurent d’autres revers économiques parce qu’ils devaient donner de la main d’œuvre et de leurs rares ressources à des entreprises de l’Église. Celle-ci érigea toute une série de bâtiments à Kirtland entre la branche orientale de la Chagrin River et la partie orientale d'un plateau qui surplombait le cours d’eau. L’édifice principal était le temple de Kirtland. Pendant près de trois ans, entre l'été de 1833 et le printemps de 1836, presque tous les membres s’unirent pour construire les trois niveaux de la «Maison du Seigneur» qui devait servir d’église et d’école. En plus de vaquer à leurs tâches ménagères habituelles, préparer la nourriture pour leur famille, s'occuper des enfants en bas âge, tricoter et faire des vêtements, et travailler dans le potager, les femmes et les filles fournissaient aussi de la nourriture et des vêtements aux ouvriers du temple et amenaient les chariots d'approvisionnement au chantier du temple. Entre-temps, les hommes et les garçons travaillaient à la ferme, coupaient du bois pour l'hiver, tannaient des peaux, chassaient et pêchaient, et en plus transportaient des pierres au chantier du temple. Ils coupaient, sciaient et transportaient le bois de charpente pour la construction.
Tout en travaillant au temple, les saints des derniers jours construisirent un bâtiment plus petit à l'ouest qui fut utilisé comme école, imprimerie et bâtiment administratif. Ils construisirent aussi une scierie pour assister leur programme de construction, créèrent une tannerie et une fabrique de potasse et construisirent des magasins et des entrepôts qui fournissaient aux colons des marchandises et des possibilités d'emploi.
Parallèlement à tous ces sacrifices, beaucoup parmi les hommes remirent à plus tard l'amélioration de leur niveau la vie pour faire des missions à titre bénévole. Pendant les années 1830, des missionnaires voyageurs prêchèrent l'Évangile un peu partout aux États-Unis et dans l’est du Canada et Heber C. Kimball emmena en 1837 un groupe de missionnaires (dont beaucoup de Kirtland) en Angleterre.
Tout en construisant le temple et en soutenant l'œuvre missionnaire, les saints de Kirtland trouvaient du temps pour l'école. Bien qu’influencés par la culture de la Nouvelle-Angleterre dans l'environnement de l'Ohio, les efforts des saints en matière d’instruction reçurent leur plus grande impulsion des révélations enregistrées à Kirtland par Joseph Smith. Pendant qu’il vivait dans un appartement au-dessus du magasin de Newel K. Whitney, le prophète reçut une révélation qui déclarait: «Enseignez-vous les uns aux autres des paroles de sagesse; oui, cherchez des paroles de sagesse dans les meilleurs livres; cherchez la connaissance par l'étude et aussi par la foi» (D&A 88:118; cf. D&A 88:78-79; 93:36).
Suite à ce commandement divin et à d’autres, Joseph Smith invita, en 1833, une vingtaine d’anciens à assister à une École des Prophètes. Après les premières sessions de cette école, les dirigeants et les membres de l’Église fondèrent une école des anciens, une école primaire et diverses écoles privées où adultes et jeunes étudiaient la théologie, la philosophie, le gouvernement, la littérature, l'histoire, la géographie, la grammaire anglaise, la calligraphie, l'arithmétique, le latin, le grec et l'hébreu. En 1836, plus de cent saints des derniers jours commencèrent l’étude de l'hébreu. Les femmes allaient à l'école à Kirtland et y enseignaient et étudiaient diverses branches avec leurs maris.
Pour aider les saints des derniers jours dans leurs efforts pour s’instruire et pour favoriser l'œuvre missionnaire, les dirigeants de l’Église lancèrent, à partir de 1834, un grand programme d’édition à Kirtland. En quatre ans, les saints éditèrent un périodique, le Latter-day Saints' Messenger and Advocate; un journal profane et politique, Northern Times, un livre de cantiques (1835), une deuxième édition du Livre de Mormon et un recueil de 102 sections des révélations enregistrées par Joseph Smith dans la première édition des Doctrine et Alliances (1835), qui comprenait les «Lectures on Faith» (Discours sur la foi). Les informations historiques et doctrinales qui se trouvent maintenant dans la traduction de Joseph Smith de la bible (TJS) et des parties de la Perle de Grand Prix (livre de Moïse) furent également imprimées au Missouri et à Kirtland au début des années 1830.
En plus de travailler de longues heures et d'étudier, les saints des derniers jours participaient à des services de culte réguliers. On observait le premier jour de la semaine (dimanche) comme jour du Seigneur, au cours duquel les membres se reposaient de leurs travaux quotidiens. Les réunions furent d’abord tenues dans les maisons et les écoles. Après la construction du temple de Kirtland, des réunions y furent également tenues. Dès le milieu des années 1830, un schéma de culte du dimanche avait été élaboré. Les membres assistaient le matin et l'après-midi à des offices pendant lesquels ils chantaient, priaient et écoutaient les sermons prononcés par les dirigeants et d'autres membres. Ils prenaient généralement la Sainte-Cène non seulement au cours des réunions de l'après-midi mais également parfois chez eux en semaine. La confirmation des nouveaux membres et les mariages se faisaient également le dimanche dans le temple et, les autres jours, dans les maisons. Le premier jeudi de chaque mois, une réunion de jeûne et de témoignages avait lieu dans le temple et beaucoup de ces réunions continuaient de dix heures du matin à quatre heures de l’après-midi, les membres chantant, priant, rendant témoignage et s’instruisant mutuellement.
Pendant cette décennie, les membres de l’Église connurent aussi une période de pentecôte extraordinaire. Peu avant et après la consécration du temple de Kirtland, beaucoup de saints des derniers jours écrivirent avoir eu des visions, parlé en langues et reçu l'esprit de prophétie. Pendant une série de réunions tenues entre fin janvier et début mai 1836, plusieurs saints des derniers jours déclarèrent avoir vu le Sauveur et beaucoup affirmèrent avoir communié avec d'autres messagers célestes. Beaucoup témoignèrent aussi avoir chanté accompagnés d'un chœur de personnages célestes.
Parallèlement à leurs autres activités, les saints des derniers jours trouvaient du temps pour se divertir. La chasse, la pêche, la natation, la luge, le patinage, la lutte, l’équitation et les promenades en carriole comptaient parmi les loisirs préférés. Les enfants avaient peu de jouets, mais ils jouaient au ballon, aux billes, aux sifflets et avec des poupées faites maison (Backman, pp. 275-283).
Certains des résidants non mormons considéraient l'intrusion des saints des derniers jours dans la communauté comme une menace à leur mode de vie traditionnel. Certains se plaignaient de ce que la pratique mormone de vivre en accord avec des révélations enregistrées par un prophète était hostile à l'esprit américain de démocratie. Les résidants non seulement rejetaient les croyances des saints en matière de visions, de révélations et de rétablissement, mais prétendaient aussi que les saints des derniers jours avaient augmenté la pauvreté de la communauté et étaient une menace politique et économique. La concurrence politique atteignit son paroxysme en 1837 lorsque des saints des derniers jours furent élus à toutes les fonctions locales de la circonscription excepté celle d’agent de police. Avant cette année-là, quatre saints des derniers jours seulement avaient été élus à une fonction importante et les citoyens avaient eu tendance à réélire les plus anciens colons. En plus de prendre le contrôle du gouvernement local, les saints des derniers jours changèrent les habitudes de vote de la circonscription de whig à démocrate. Comme Kirtland se trouvait dans un fief whig de l'Ohio et que toutes les circonscriptions du comté de Geauga au milieu des années 1830, excepté Kirtland, soutenaient ce parti, les whigs du nord-est de l’Ohio s’unirent pour s’opposer aux mormons. Les plaintes et les accusations s’envenimèrent pour donner lieu à des menaces et à des émeutes.
Au début de 1838, au milieu de pressions croissantes de l'extérieur de l'Église et de l'apostasie à l’intérieur, accentuées par la faillite de la Kirtland Safety Society et la panique de 1837 (voir Economie à Kirtland), l'exode des saints des derniers jours de Kirtland et des environs commença. Joseph Smith, Sidney Rigdon et d'autres dirigeants fuirent les émeutiers en janvier. D'autres membres les suivirent graduellement.
Dans la plupart des cas, ce furent de petits groupes de moins de cinquante personnes qui partirent vers l'ouest. Mais le 5 juillet 1838, plus de cinq cents membres partirent en un convoi de cinquante-neuf chariots avec vingt-sept tentes, quatre-vingt-dix-sept chevaux, vingt-deux bœufs, soixante-neuf vaches et un taureau. Tandis que ce long convoi de chariots, connu sous le nom de camp de Kirtland, traversait les états d'Ohio, Indiana, Illinois et Missouri, des spectateurs se rassemblaient pour voir le spectacle. Certains offraient des encouragements, tandis que d'autres raillaient et menaçaient d’user de violence. À cause de problèmes financiers, les dirigeants demandèrent à beaucoup de ce groupe de quitter le camp, de sorte qu’ une partie seulement d’entre eux atteignit la frontière du Missouri.
À la mi-juillet 1838, plus de 1.600 saints des derniers jours de la région de Kirtland avaient à contre-cœur laissé le temple, évacué leurs maisons et pris la direction de l'ouest. Seuls quelques-uns restèrent dans un voisinage de cabanes essentiellement vides et la majeure partie de ces gens partirent vers l'ouest avant le milieu des années 1840.
Bibliographie
Anderson, Karl Ricks. Joseph Smith’s Kirtland: Eyewitness Accounts. Salt Lake City, 1989.
Backman, Milton V., Jr. The Heavens Resound: A History of the Latter-day Saints in Ohio 1830-1838. Salt Lake City, 1983.
Hill, S. Marvin, Keith Rooker et Larry T. Wimmer. The Kirtland Economy Revisited: A Market Critique of Sectarian Economics”. BYU Studies 17, été 1977, pp. 389-475
History of Geauga and Lake Counties, Ohio. Philadelphie, 1878.
MILTON V. BACKMAN, Jr.

Lamanites
Auteur: THOMASSON, GORDON C.

Le nom Lamanite désigne un peuple israélite dont il est question dans le Livre de Mormon et qui descendait de Léhi et d'Ismaël, lesquels étaient tous deux descendants de Joseph d'Égypte (1 Né. 5:14). Il faisait partie de la colonie du prophète Léhi, à qui le Seigneur avait commandé de quitter Jérusalem et d'aller dans une nouvelle terre promise (sur le continent américain). Les peuples lamanites du Livre de Mormon sont tous, pendant les six cents premières années de leur histoire, liés d'une manière ou d’une autre à Laman et à Lémuel, les fils aînés de Léhi. Parfois le nom désigne «le peuple de Laman»; d'autres fois il peut désigner des incroyants et ignorer le lignage, selon des détails contextuels relatifs aux peuples, à l’époque et au lieu.
LES LAMANITES DANS LE LIVRE DE MORMON. Après la mort du prophète Léhi (v. 582 av. J.-C.), la colonie se divise en deux groupes principaux, les Lamanites et les Néphites, (2 Né. 5), chacun prenant le nom de son dirigeant. Ces patronymes deviennent plus tard des titres royaux (Mos. 24:3; cf. Jcb. 1:11). Le Livre de Mormon, bien que document néphite, traite aussi bien des Lamanites que des Néphites au moyen de contrastes complexes entre les deux groupes. Dans le texte, les autres peuples sont généralement repris sous l’une de ces deux divisions principales:
«Or, ceux qui n'étaient pas Lamanites étaient Néphites; néanmoins, ils étaient appelés Néphites, Jacobites, Joséphites, Zoramites, Lamanites, Lémuélites et Ismaélites. Mais moi, Jacob, je ne les distinguerai dorénavant plus par ces noms, mais j'appellerai Lamanites ceux qui cherchent à détruire le peuple de Néphi, et ceux qui sont amicaux envers Néphi, je les appellerai Néphites, ou peuple de Néphi, selon les règnes des rois» [Jcb. 1:13-14].
Au commencement, des différends politiques et religieux se produisirent entre Lamanites et Néphites. Plus tard, une différentiation culturelle croissante entre les peuples lamanite et néphite semble avoir découlé de leurs réactions différentes aux enseignements religieux de Léhi. Des changements sociaux apparurent rapidement dans beaucoup de domaines. En conséquence, le nom Lamanite peut désigner les descendants de Laman et de ses partisans, une nationalité naissante basée sur une idéologie, avec sa propre histoire ancestrale et ses propres croyances religieuses (Mos. 10:12-17) ou une ou plusieurs cultures. Le Livre de Mormon décrit plusieurs cultures et modes de vie lamanites, dont la chasse et la cueillette (2 Né. 5:24), le commerce (Mos. 24:7), l’élevage sédentaire, un gouvernement de type cité-état (Al. 17), et le nomadisme (Al. 22:28). Le caractère politisé de la société lamanite à ses débuts ressort du fait que les dissidents de la société néphite cherchent refuge chez les Lamanites, sont acceptés et en viennent à s'identifier à eux, tout comme certains Lamanites évoluent en sens contraire.
Au début du sixième siècle d'histoire lamanite (v. 94-80 av. J.-C.), les conversions à grande échelle de Lamanites divisent encore plus les populations lamanites dont beaucoup adoptent la foi messianique en Jésus-Christ enseignée par les missionnaires néphites (Al. 17-26). Le roi Lamoni, roi vassal lamanite, son père, qui est son suzerain et beaucoup de leurs sujets acceptent le Christ prophétisé et rejettent leur ancien mode de vie. Ils contractent une alliance pacifiste, enterrant leurs armes et renonçant à la guerre, et s’installent en territoire néphite par mesure de sécurité (Al. 27:21-26; 43:11-12). Ce schéma de conversion lamanite durera pendant au moins quatre-vingt-quatre ans et pendant plusieurs générations (cf. Al. 24:5-6, 15-19, 20-24; 26:31-34; 44:20; Hél. 5:51; 15:9). Cette grande division de la société lamanite aura un impact politique important: l'identité de certains de ces convertis restera lamanite, mais distincte de ceux qui rejettent la religion; d'autres préféreront être comptés parmi les Néphites (3 Né. 2:12, 14-16) et les Lamanites non convertis seront fortifiés par les nombreux sous-groupes néphites dissidents (Al. 43:13) dont certains décideront explicitement de conserver leur ancienne identité (3 Né. 6:3).
Après les destructions qui vont se produire au moment de la crucifixion du Christ et les conversions qui vont en résulter (3 Né. 11-28), apparaît une société nouvelle dans laquelle les différences ethniques aussi bien qu’économiques sont gommées et où il n’y a pas « de Lamanites, ni aucune sorte d'-ites; mais ils étaient un, enfants du Christ» (4 Né. 1:17). Cette situation persistera presque jusqu’à la fin du deuxième siècle apr. J.-C., quand ceux qui rejettent l'Église chrétienne, indépendamment de leur ascendance, «s'étai[en]t révolté[s], et avai[en]t quitté l'Église, et avai[en]t pris sur [eux] le nom de Lamanites; c'est pourquoi il recommença à y avoir des Lamanites dans le pays» (4 Né. 1:20). Les divisions vont s’accroître de sorte qu’en 231 apr. J.-C. «s'éleva un peuple qui fut appelé les Néphites, et ils étaient de vrais croyants au Christ; et parmi eux, il y avait ceux que les Lamanites appelaient Jacobites, et Joséphites, et Zoramites… et… ceux qui rejetaient l'Évangile furent appelés Lamanites, et Lémuélites, et Ismaélites» (4 Né. 1:36-45).
Il avait été prophétisé qu’en fin de compte les peuples lamanites et ceux qui se seraient joints à eux seraient tout ce qui resterait des groupes originaux (Al. 45:13-14). Après les batailles finales entre Lamanites et Néphites, seuls ceux qui auront accepté le gouvernement des Lamanites survivront dans les pays du Livre de Mormon (Mrm. 6:15).
LES LAMANITES AU DÉBUT DE L'HISTOIRE DE L’ÉGLISE. Au début de l'histoire de l’Église, l’une des raisons de la publication du Livre de Mormon était qu'il puisse être apporté aux Lamanites (D&A 19:26-27). Dans les six mois de l'organisation de l'Église, des missionnaires furent envoyés auprès de populations dont on pensait qu’elles étaient d’origine lamanite (D&A 28:8; 32:2; voir aussi Mission lamanite de 1830-1831). [Voir aussi Livre de Mormon, Peuples du; Service de placement des étudiants indiens; Américains indigènes.]

Bibliographie
"The Church and Descendants of Book of Mormon Peoples". Ensign 5, déc. 1975, le numéro tout entier est consacré à ce sujet.
De Hoyos, Arturo. The Old and the Modern Lamanite. Provo, Utah, 1970.
Sorenson, John L. An Ancient American Setting for the Book of Mormon. Salt Lake City, 1985.
Tyler, S. Lyman. Modern Results of the Lamanite Dispersion: The Indians of the Americas. Provo, Utah, 1965.
Widtsoe, John A., et Franklin S. Harris, Jr. Seven Claims of the Book of Mormon. Independence, Mo., 1935.
GORDON C. THOMASSON

Léhi
Auteurs: BROWN, S. KENT et SZINK, TERRENCE L.

Le patriarche et prophète Léhi conduisit sa famille de Jérusalem au continent américain vers 600 av. J.-C. et fut l'ancêtre de deux grands peuples du Livre de Mormon, les Néphites et les Lamanites. Ses visions et ses prophéties portaient principalement sur la destruction imminente de Jérusalem, le ministère terrestre du Messie – notamment le temps de sa venue et le prophète qui le précéderait – et les événements futurs parmi ses propres descendants dans la terre promise. Ses enseignements ont guidé spirituellement les deux lignées de sa postérité pendant leur histoire mutuelle (1 Né. 1, 8, 10; 2 Né. 1-3). Plusieurs de ses prophéties au sujet de sa postérité doivent encore s’accomplir. Bien que Léhi ait beaucoup écrit, seules des parties ont été conservées dans le Livre de Mormon actuel dans les annales de deux de ses fils, Néphi 1 et Jacob (cf. 1 Né. 1:16-17;19:1; Jcb. 2:23-34; 3:5; voir Brown).
Au moment de sa première vision connue, Léhi vivait près de Jérusalem, connaissait «la science des Juifs» et possédait de l’or et de l’argent et toutes sortes de richesses (voir 1 Né. 1:2; 3:16). Il connaissait l’égyptien et la vie nomade du désert. Certains érudits pensent qu’il était marchand ou forgeron et avait des liens avec l’Égypte (CWHN 5:34-42; 6:58-92).
Sa vie subit un changement radical quand il voit une «colonne de feu» et «vit et entendit beaucoup de choses» pendant qu’il prie au sujet de la chute prédite de Jérusalem (1 Né. 1:6). Dans une vision, il voit Dieu et un être radieux, accompagné de douze autres, qui lui donne un livre dans lequel il lit la destruction imminente de la ville, «la venue d'un Messie et aussi la rédemption du monde» (1 Né. 1:19). Comme les discours de son contemporain Jérémie, les avertissements de Léhi au peuple de Jérusalem susciteront une forte opposition. Environné d’une haine croissante, il est averti par Dieu que le peuple veut lui ôter la vie; il devra donc fuir avec sa famille, composée de sa femme, Sariah, de ses fils Laman, Lémuel, Sam et Néphi et de ses filles (1 Né. 1:8-2:5).
À un moment donné, Sariah accuse son mari d'être «un visionnaire» lors d’une mise à l’épreuve pénible de sa foi (1 Né. 5:2). L'expression caractérise bien Léhi, parce qu’il a des songes et des visions grâce auxquels Dieu guide sa famille vers la terre promise. Après s’être enfui de Jérusalem, Léhi, répondant à un ordre divin, renvoie deux fois ses fils: une fois pour se procurer des annales (contenant les Écritures saintes, les annales des Juifs depuis le commencement, la loi, les prophéties et les archives généalogiques) nécessaires pour conserver l’histoire, la langue et la religion de la famille et une deuxième fois pour inviter Ismaël et sa famille, qui compte des filles en âge de se marier, à participer à l’exode (chap. 3-4, 7).
Par révélation, Léhi dit à ses fils où ils peuvent aller pour chasser dans le désert (16:30-31). En cela il est aidé par un objet curieux semblable à un compas (voir Liahona) qui fonctionne selon la foi, la diligence et l'attention qu'ils lui apportent (16:10, 28-29).
Une des plus grandes visions de Léhi est celle de l'arbre de vie (1 Né. 8). Dans un contexte fortement symbolique, Léhi voit les perspectives d’avenir des membres de sa famille mesurées par rapport au plan du salut. Néphi a la même vision et donne des détails et l'interprétation de ce que son père a vu (1 Né. 11-14). Léhi voit d’abord un homme vêtu de blanc qui lui fait traverser «un désert sombre et désolé». Après avoir voyagé de nombreuses heures, il prie pour avoir l'aide divine et se retrouve dans un vaste champ où pousse un arbre dont le fruit est blanc et désirable (symbole de l'amour de Dieu). Quand il exhorte sa famille à venir en manger, tous viennent excepté Laman et Lémuel. Léhi voit aussi un sentier le long duquel court une barre de fer (représentant la parole de Dieu) et qui conduit à l'arbre en longeant la berge d’une rivière. Beaucoup de gens qui avancent résolument pour atteindre le sentier se perdent dans un brouillard de ténèbres (les tentations); certains parviennent à l'arbre et mangent, puis sont pris de honte et s’éloignent; d'autres, suivant la barre de fer, atteignent l'arbre et mangent de son fruit. De l'autre côté de la rivière, Léhi voit un grand édifice (l'orgueil du monde) dont les habitants se moquent de ceux qui mangent du fruit. Les savants mormons soulignent que les détails du songe de Léhi sont tout à fait à leur place dans le désert dans lequel Léhi voyageait (CWHN 6:253-264; cf. Griggs; Welch).
Les prophéties de Léhi traitent de la rédemption future d'Israël. Il parle de la destruction de Jérusalem (587 av. J.-C.), de la déportation des Juifs à Babylone et de leur retour ultérieur à Jérusalem. Il prédit la mission de Jean-Baptiste et la venue, la mort et la résurrection du Messie. Enfin, Léhi compare la dispersion finale d'Israël «à un olivier dont les branches seraient rompues et dispersées sur toute la surface de la terre» (1 Né. 10:12; cf. Allégorie de Zénos).
Dans le désert, Sariah a deux fils, Jacob et Joseph (1 Né. 18:7). Apparemment le voyage est si difficile que Léhi et elle vieillissent sensiblement. Pendant le voyage transocéanien, le chagrin que leur cause la rébellion de leurs deux fils aînés les conduit aux portes de la mort (18:17-18).
Dans le Nouveau Monde, Léhi réunit sa famille avant sa mort pour lui donner d’ultimes enseignements et bénédictions (2 Né. 1-4). Il leur enseigne qu'il a reçu une grande promesse concernant ses descendants et le pays qu'ils possèdent maintenant. Cette promesse dépend de leur justice: «Si vous gardez mes commandements, vous prospérerez dans le pays; mais si vous ne gardez pas mes commandements, vous serez retranchés de ma présence» (2 Né. 1:20; cf. Abr. 2:6).
Léhi parle du plan du salut à son fils Jacob (2 Né. 2). Au lieu d'utiliser des images, il l'explique simplement et logiquement. Il enseigne que si tout le monde distingue le bien du mal, beaucoup n’agissent pas en conséquence. Néanmoins, le Messie a payé la dette si les hommes et les femmes acceptent son aide avec un esprit contrit. Il explique, en outre, qu’il existe une opposition fondamentale en toutes choses de sorte que les hommes doivent choisir. Il raisonne en disant que comme la liberté d'Adam et Ève a permis leur chute, de même, elle permet à chacun de choisir entre «la liberté et la vie éternelle, par l'intermédiaire du grand Médiateur de tous les hommes, ou de choisir la captivité et la mort, selon la captivité et le pouvoir du diable» (2 Né. 2:27).
Avant de donner sa bénédiction finale à d'autres membres de la famille (2 Né. 4:3-11), Léhi parle à Joseph, son cadet (2 Né. 3), mentionnant deux autres Joseph: Joseph vendu en Égypte et un autre, sur lequel le premier Joseph a prophétisé, Joseph Smith. Il explique alors la mission de Joseph Smith de faire paraître le Livre de Mormon, prophétisant qu'un «cri [venu] de la poussière» appellerait la postérité de Léhi (2 Né. 3:19-25), et il promet aux fils et aux filles de Laman et Lémuel: «à la fin, votre postérité sera bénie» (2 Né. 4:9).
Après la mort de Léhi, des dissensions familiales forcent Néphi et les autres qui croient aux révélations de Dieu à se séparer du groupe dirigé par les deux frères aînés, causant une rupture dans la colonie. Du vivant de Léhi, sa famille était restée ensemble, preuve de ses capacités de dirigeant. [Voir aussi Livre de Mormon: Premier livre de Néphi.]

Bibliographie
Brown, S. Kent. "Lehi's Personal Record: Quest for a Missing Source". BYU Studies 24, hiver 1984, pp. 19-42.
Griggs, C. Wilfred. "The Book of Mormon As an Ancient Book". BYU Studies 22, été 1982, pp. 259-278.
Nibley, Hugh. Lehi in the Desert, An Approach to the Book of Mormon, et Since Cumorah. Dans CWHN, Vols. 5-7.
Welch, John W. "The Narrative of Zosimus and the Book of Mormon". BYU Studies 22, été 1982, pp. 311-332.
S. KENT BROWN
TERRENCE L. SZINK

Liberté
Auteur : Bohn, David E.

L'Évangile de Jésus-Christ ne représente pas la liberté simplement comme un concept philosophique ou une possibilité abstraite, mais il la situe à la base de la création du monde et comme condition fondamentale des relations de Dieu avec ses enfants. Dans le sens général du terme, le mot « liberté » désigne le libre arbitre, l’indépendance et l’autonomie. La liberté, ou la possibilité authentique de choisir, constitue nécessairement la situation la plus élémentaire des êtres humains dans le monde temporel.
Les Écritures modernes enseignent que la vie prémortelle était un environnement permettant le choix dans lequel Dieu a proposé à ses enfants d'esprit un Plan de Salut pour leur progression et leur avancement (voir Job 38:6-7; 2 Né 2:17; D&A 29:36; Abr 3:22-28). Dans la vie terrestre, avec le corps de chair et d'os et de vastes possibilités nouvelles d'action, les enfants de Dieu seraient libres de faire des choix dans tout l’éventail du bien et du mal. Ils subiraient également les conséquences nécessaires de ces choix. « nous prendrons de ces matériaux, et nous ferons une terre sur laquelle ceux-là pourront habiter ; nous les mettrons ainsi à l'épreuve, pour voir s'ils feront tout ce que le Seigneur, leur Dieu, leur commandera » (Abr 3:24-25).
Dieu a promis à ceux qui feraient sa volonté qu'ils seraient rachetés de leurs erreurs et de leurs péchés et obtiendraient la vie éternelle. Satan s'est opposé au plan du Père, conscient que cette plus grande liberté comportait le risque de mort spirituelle où certains seraient séparés du Père par leurs péchés, ne se repentiraient pas et ne pourraient donc pas rentrer demeurer dans son Royaume. Pour éviter pareille séparation, Satan a proposé un environnement sans liberté et donc sans péché. Par conséquent, tous reviendraient au Père, mais sans amélioration ou avancement moral (voir Démons). L’ « honneur » de leur retour appartiendrait à Satan (Ésaïe 14:13; Moïse 4:1).
La majorité des enfants d'esprit de Dieu ont joyeusement préféré la liberté à la servitude, la connaissance à l'ignorance, la progression à la stagnation et même le danger à la sécurité. Le monde temporel a donc été créé, avec la liberté comme fondement inconditionnel. Le monde temporel est un environnement permettant des choix et donc de l'action et de la responsabilité morales, un environnement dans lequel les hommes sont tenus de faire la volonté de Dieu. Hommes et femmes ne peuvent pas éluder leur liberté ni y échapper, car la réalité apparaît toujours comme une série de choix déterminés par une certaine compréhension du bien, dont le résultat définit dans une certaine mesure le cours des événements humains. Le Livre de Mormon dit à propos de cette décision : « C'est pourquoi, les hommes sont libres selon la chair, et tout ce qui est nécessaire à l'homme leur est donné. Et ils sont libres de choisir la liberté et la vie éternelle, par l'intermédiaire du grand Médiateur de tous les hommes, ou de choisir la captivité et la mort, selon la captivité et le pouvoir du diable; car il cherche à rendre tous les hommes malheureux comme lui » [2 Néphi 2:27].
La liberté et le choix humain. Les saints des derniers jours sont toutefois conscients de ce que tous les enfants de Dieu ne se retrouvent pas dans des situations de liberté égale. Tous les hommes naissent dans un monde créé par les actes et les croyances de ceux qui ont vécu avant eux. Ces différences sont préservées dans les traditions, les institutions et les pratiques qui ont été transmises. Alors que Dieu donne à chacun la Lumière du Christ qui attire l’homme vers le bien, les traditions et les pratiques dans lesquelles certains sont nés peuvent cacher la vérité et conduire ces personnes à des actes nuisibles et pécheurs. Ceux-là, Dieu sera miséricordieux à leur égard (Alma 9:15-16).
D’autres encore naissent dans des situations où la vérité est largement répandue et les occasions de faire le bien, nombreuses. Pourtant, ils font le mal, face à la vérité et créent ainsi des conséquences qui réduisent leurs choix, les distancient de l'Esprit de Dieu et leur valent le malheur, la destruction et les ténèbres sous le pouvoir de Satan (Galates 5:13-25). En outre, ils ne sont pas seuls à souffrir des conséquences de leurs choix. Le mauvais usage que les uns font de leur liberté peut entraîner la souffrance imméritée des autres, et bien que ce soit injuste, le risque de souffrance injustifiée est nécessairement présent dans un monde où le mal existe. Néanmoins, cet état de choses sert aussi les desseins de Dieu, car une certaine adversité rend les hommes humbles devant Dieu (Alma 32:12-16). Grâce aux épreuves terrestres, hommes et femmes sont testés, mais cela les fait progresser et déployer les talents et les dons que Dieu leur a accordés (2 Né 2:11 ; Alma 62:41 ; D&A 122:1-9). Cependant, quand tout un peuple choisit les ténèbres plutôt que la lumière, il crée, pour les générations suivantes, un héritage d'enfermement qui doit parfois être divinement corrigé (par exemple, Genèse 6:5-7; Lévitique 18:24-30; Moïse 8:22-30; Hélaman 10:11-12).
En revanche, ceux qui choisissent le bien sont rendus plus libres par une plus grande présence du Saint-Esprit dans leur vie et un plus grand pouvoir de connaître et de faire la volonté de Dieu (Jean 7:16-18 ; 8:29-32; Alma 19:33). Par conséquent, les bons choix des uns peuvent être bénéfiques pour les autres. Suite aux œuvres justes de quelques-uns (voir Galates 5-6), des vies précédemment limitées peuvent se développer pour jouir de possibilités nouvelles et positives, tandis que les vieilles injustices et les vieux griefs sont réglés. Dans la mesure où les institutions et les croyances d'un peuple incarnent la vérité et la vertu et s'opposent à la corruption et à la dépravation, un environnement de plus grande liberté se développe. La plénitude est atteinte lorsque Dieu établit son royaume sur la terre et révèle à l'humanité la connaissance, le pouvoir, les dons et les ordonnances qui ouvrent la voie au salut et à l'exaltation complets. La ville d'Énoch, ainsi que le peuple juste qui a vécu en Amérique pendant deux cents ans après la visite du Sauveur ressuscité (voir 4 Néphi 1), ont marqué l’apogée de l'histoire de la liberté humaine. En ce sens, Dieu non seulement appelle les hommes à mener une vie vertueuse, mais les invite, comme étant son peuple, à faire des alliances avec lui et à exercer son pouvoir d’une manière juste en tant que communauté de fidèles. Il ne faut donc pas considérer la liberté comme une simple possibilité pour des individus, car elle ne s'épanouit dans sa plénitude qu’au sein du royaume des justes (voir D&A 138, surtout le v. 18).
Liberté et gouvernement. Les Écritures enseignent en outre que Dieu a institué les gouvernements pour le bien de l'humanité sur la terre (voir Constitution des États-Unis d'Amérique ; Politique : Enseignements politiques). Un bon gouvernement doit faire plus que préserver l'ordre ; il doit protéger la liberté, garantir la justice et assurer le bien-être général. « Et cette loi du pays, qui est constitutionnelle et qui soutient le principe de la liberté en préservant les droits et les garanties, appartient à toute l'humanité et se justifie devant moi » (D&A 98:5 ; voir Loi constitutionnelle). Dieu proclame : « Moi, le Seigneur Dieu, je vous affranchis; c'est pourquoi vous êtes vraiment libres, et la loi aussi vous affranchit » (D&A 98:8). La loi protège les personnes et leurs libertés contre les actes arbitraires et délétères des autres. Le règne véritable de la loi exige que tous soient soumis de manière égale à des règles qui sont prospectives, largement connues et conçues publiquement grâce à des mécanismes de gouvernement qui ont fait l’objet et continuent à faire l’objet d’un accord consensuel. La loi garantit la paix en interdisant les choix préjudiciables aux autres, assure la justice en rendant tout le monde responsable devant la loi conformément à des procédures équitables et sécurise le bien-être général grâce à l'adoption de lois qui réglementent et coordonnent les relations sociales dans l'intérêt de tous. En contrepartie de ces avantages, les citoyens doivent remplir leurs obligations de soutenir et aider le gouvernement. En fin de compte, l'environnement de la liberté est amélioré et élargi grâce à une bonne gouvernance.
Néanmoins, les gouvernements sont souvent oppresseurs et agissent de manière à restreindre la liberté et à donner des privilèges au petit nombre en fixant arbitrairement des règles publiques et en les appliquant de manière inégale sans garanties appropriées. C’est quand la liberté de conscience et son expression dans la liberté de parole et le droit d'adorer Dieu ouvertement selon ses croyances sont réprimées que l'abus du pouvoir politique est le plus offensif et la servitude la plus complète. En fin de compte, les saints des derniers jours croient que les prétentions du gouvernement doivent se limiter à son propre domaine et ne doivent pas empiéter sur le territoire de la liberté d'agir selon sa conscience morale. Pour éviter ce mal politique, les saints des derniers jours sont invités non seulement à soutenir le gouvernement constitutionnel et les processus qu'il fixe, mais aussi à travailler à l’élaboration de lois qui apportent la liberté et encouragent la vertu. Dans ce sens plus large, les Écritures incitent ceux qui suivent Jésus à faire un effort supplémentaire, à donner plus qu'ils ne reçoivent, à faire le bien sans penser à ce qu'ils pourraient gagner en retour. Ainsi, en tant que citoyens, les saints des derniers jours sont tenus d'aller au-delà de la recherche de l'intérêt personnel ; ils s'engagent à servir les autres, à travailler au bien commun et à assurer le bien-être général du peuple.

Bibliographie
Oaks, Dallin H. "Free Agency and Freedom." Dans The Book of Mormon: Second Nephi, The Doctrinal Structure,dir. de publ. M. Nyman et C. Tate, p. 1-17. Salt Lake City, 1989.
DAVID E. BOHN

Livre de Moïse
Auteur : Taylor, Bruce T.

Le livre de Moïse est un extrait de plusieurs chapitres de la Genèse dans la Traduction de la Bible par Joseph Smith (TJS) et constitue l'un des textes de la Perle de Grand Prix. Le Prophète Joseph Smith commença en juin 1830 une révision inspirée de l'Ancien Testament pour restaurer et éclaircir des points essentiels d'histoire et de doctrine absents dans la Bible.
Comme pour d’autres livres anciens, les premiers mots du texte, “Paroles de Dieu”, ont pu constituer le titre original du premier chapitre de Moïse (Moïse 1:1). Le récit traite de la révélation de Moïse et, à partir du chapitre 2, correspond essentiellement à Genèse 1:1-6:13. Moïse reçoit sa révélation après son appel à délivrer les Israélites de l'esclavage en Égypte (Moïse 1:26). Une grande partie du récit concerne les relations de Dieu avec Adam et Ève et leur postérité immédiate après leur expulsion du jardin d'Éden, sujet sur lequel le texte actuel de la Genèse est silencieux. Structurellement parlant, une série de visions d’orientation (chap. 1) est suivie d'une révélation de la Création et de ses conséquences (2:1-8:1). À cette révélation s’intègre un long récit concernant Hénoc (6:25-51 ; 7:1-8:1), qui cite, pour sa part, des annales tenues par Adam (6:51-68). Vient ensuite un texte concernant les descendants d’Hénoc, en particulier Noé (8:2-30).
Schéma du livre de Moïse :
Chapitre 1 . Dieu se révèle, lui-même et ses créations, à Moïse ; Satan essaie de tromper Moïse ; définition de l’œuvre et la gloire de Dieu.
Chapitre 2 . Dieu révèle à Moïse – et lui commande d'écrire – la création des cieux et de la terre ; l'homme a la domination sur les autres êtres vivants.
Chapitre 3 . Tout a été créé dans un état d'esprit avant de l’être naturellement sur la terre ; l’homme et la femme sont créés à l'image de Dieu.
Chapitre 4. Satan, qui s'était rebellé lors du Conseil préterrestre, tente Ève ; Adam et Ève transgressent et sont expulsés du jardin, devenant assujettis à la mort (voir Démons).
Chapitre 5 . Adam et Ève ont des enfants ; Adam offre des sacrifices d'animaux comme type et préfiguration du sacrifice expiatoire futur du Sauveur ; l'Évangile du futur Jésus-Christ est prêché ; Caïn se rebelle et la méchanceté se répand.
Chapitre 6. Adam et sa postérité fidèle ont une langue « pure et sans tache », tant écrite que parlée et tiennent des annales (voir Langue adamique) ; Hénoc prêche la parole de Dieu et proclame que le Plan du Salut a été révélé à Adam ; la foi, le repentir, le baptême et le don du Saint-Esprit sont enseignés.
Chapitre 7 . Dieu se révèle à Hénoc, qui prêche et fonde la ville de Sion. Hénoc annonce la venue du Christ, son expiation et sa résurrection. Il annonce le rétablissement de l'Évangile dans les derniers jours, la nouvelle Jérusalem et la seconde venue du Sauveur.
Chapitre 8 . Une grande méchanceté se produit à l'époque de Noé ; ses fils et lui prêchent l'Évangile, mais cela reste lettre morte ; toute chair est détruite par le déluge.
Quand on compare le livre de Moïse avec les textes pseudépigraphiques de l'Ancien Testament, on découvre des parallèles qui ne se trouvent pas dans le texte actuel de la Genèse. Par exemple, Adam et Ève doivent offrir des sacrifices à Dieu après avoir été chassés du jardin (Moïse 5:5-7; cf. Vie d'Adam et Êve, 29,4) et Satan se rebelle contre Dieu et est expulsé du ciel (Moïse 4:3-4; cf. Vie, 12-16).
Un point de doctrine important rétabli par le livre de Moïse, c'est que l'Évangile du Salut a été prêché « depuis le commencement » (Moïse 5:58), une idée reprise par la déclaration de Paul que l'Évangile a été prêché à Abraham (Ga. 3:8) et par le Livre de Mormon (Jacob 4:4-5; 07:10-11 cf. D & A 29: 41-42 ). De même, Eusèbe (vers 263-339 apr. J.-C.) affirme que l'enseignement du christianisme n'est ni nouveau ni étrange et que la religion des patriarches était identique à celle des chrétiens (Histoire ecclésiastique 1.2.1-22).
Dans cet ordre d’idées, le livre de Moïse montre qu'Adam et Ève comprenaient la mission future de Jésus-Christ (Moïse 6:51-63). Adam va apprendre que les offrandes des sacrifices sont « une similitude du sacrifice du Fils unique » (5:6-8). En outre, Adam est baptisé d'eau, reçoit le Saint-Esprit (5:9 ; 6:64-68) et se fait enseigner le Plan du Salut (6:62). Adam et Ève et leur postérité se font également enseigner le but de la Chute et se réjouissent du plan de rédemption du Seigneur (5:10-12).
Le livre de Moïse amplifie le récit biblique d'Hénoc, qui est brièvement mentionné dans Genèse 5:22-24 comme étant quelqu’un qui « marcha avec Dieu ». Cette restauration du récit de Moïse nous apprend que Hénoc a eu une vision du ministère du Sauveur (Moïse 7:55-57), du monde des esprits (6:35-36 ; 7:56-57), du rétablissement de l'Évangile dans les derniers jours (7:62) et du second
avènement du Sauveur (7:60, 65). L’importance d'Hénoc dans le livre de Moïse fait écho au rôle important qu’il joue dans d'autres textes sur Énoch (Nibley, p. vii).

Bibliographie
Charlesworth, James H. The Old Testament Pseudepigrapha, Vol. 2, p. 285. Garden City, N.Y., 1983, 1985.
Nibley, Hugh. Enoch The Prophet. Dans CWHN, 2. Salt Lake City, 1986.
Reynolds, Noel B. "The Brass Plates Version of Genesis." Dans By Study and Also by Faith, dir. de publ. J. Lundquist et S. Ricks, Vol. 2, pp. 136-73. Salt Lake City, 1990.
BRUCE T. TAYLOR

Livre de Mormon

Cette rubrique présente le Livre de Mormon, l’aperçu décrivant sa nature, son contenu et ses objectifs de base, suivi d’un bref article sur la page de titre ; les articles restants sont consacrés à une brève explication de chaque livre qu’il contient.
Livre de Mormon : Aperçu
Livre de Mormon : Page de titre du Livre de Mormon
Livre de Mormon : Premier livre de Néphi
Livre de Mormon : Deuxième livre de Néphi
Livre de Mormon : Livre de Jacob
Livre de Mormon : Livre d'Énos
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Livre de Mormon : Paroles de Mormon
Livre de Mormon : Livre de Mosiah
Livre de Mormon : Livre d'Alma
Livre de Mormon : Livre d’Hélaman
Livre de Mormon : Trois Néphi
Livre de Mormon : Quatre Néphi
Livre de Mormon : Paroles de Mormon
Livre de Mormon : Livre d'Éther
Livre de Mormon : Livre de Moroni

Les enseignements du Livre de Mormon sont traités dans des articles doctrinaux répartis sur toute l'encyclopédie ; voir Doctrine ; Évangile de Jésus-Christ. Voir aussi Enseignements et pratiques religieux du Livre de Mormon ; Jésus-Christ dans les Écritures ; Prophéties dans le Livre de Mormon.
Pour ce qui est de ses rapports essentiels avec la Bible et les autres Écritures, voir Bible ; Livre de Mormon – Prophéties bibliques sur ; Livre de Mormon dans une culture biblique ; Ésaïe ; Écritures ; Ouvrages canoniques.
Sur l'écriture et la composition du Livre de Mormon, voir Livre de Mormon – Auteurs ; Livre de Mormon – Langue ; Livre de Mormon – Littérature ; Livre de Mormon – Plaques et annales.
Pour des informations sur son origine et sa publication, voir Livre de Mormon – Éditions (1830-1981) ; Livre de Mormon – Manuscrits ; Livre de Mormon – Traduction de Joseph Smith ; Livre de Mormon – Traduction ; Livre de Mormon – Témoins ; Manuscrit, 116 pages perdues ; Moroni, Visites de. Voir, d’une manière générale, Livre de Mormon – Études.
On peut trouver des articles séparés sur Livre de Mormon – Peuples ; Jarédites ; Lamanites ; Néphites ; Femmes dans le Livre de Mormon ; les articles sur les principaux personnages de cette Écriture sont repris sous Livre de Mormon – Personnalités.
Les aspects internes de la culture et de la civilisation du Livre de Mormon sont traités dans des rubriques telles que Livre de Mormon – Chronologie ; Livre de Mormon – Économie et technologie ; Livre de Mormon – Géographie ; Livre de Mormon – Gouvernement et histoire juridique ; Livre de Mormon – Histoire de la guerre dans ; Jésus-Christ : Ministère de quarante jours et autres apparitions de Jésus-Christ après sa résurrection ; Liahona ; Combinaisons secrètes ; Épée de Laban ; Trois Néphites ; Arbre de vie.]

Table des matières
1 Livre de Mormon : Aperçu
Livre de Mormon 2 : Page de titre du Livre de Mormon
2.1 Bibliographie
Livre de Mormon 3 : Premier livre de Néphi
Livre de Mormon 4 : Deuxième livre de Néphi
4.1 Bibliographie
Livre de Mormon 5 : Livre de Jacob
5.1 Bibliographie
Livre de Mormon 6 : Livre d'Énos
Livre de Mormon 7 : Livre de Jarom
Livre de Mormon 8 : Livre d'Omni
Livre de Mormon 9 : Paroles de Mormon
Livre de Mormon 10 : Livre de Mos.
10.1 Bibliographie
Livre de Mormon 11 : Livre d'Alma
11.1 Bibliographie
Livre de Mormon 12 : Livre d’Hélaman
12.1 Bibliographie
Livre de Mormon 13 : Trois Néphi
Livre de Mormon 14 : Quatre Néphi
14.1 Bibliographie
Livre de Mormon 15 : Livre de Mormon
15.1 Bibliographie
Livre de Mormon 16 : Livre d'Éther
16.1 Bibliographie
Livre de Mormon 17 : Livre de Moroni
17.1 Bibliographie

Livre de Mormon : Aperçu
Auteur : NYMAN, MONTE S.

Le prophète Joseph Smith a dit du Livre de Mormon qu’il était « le plus correct de tous les livres de la terre et la clef de voûte de notre religion » et a ajouté qu'une personne « se rapprocherait davantage de Dieu en en suivant les préceptes que par n'importe quel autre livre » (EPJS, p. 156), parce qu’il contient la plénitude de l'Évangile de Jésus-Christ (D&A 20:8-9).Pour les membres de l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, le Livre de Mormon constitue la base doctrinale de l'Église et communique la parole de Dieu au monde entier.
Le Livre de Mormon confirme et complète la Bible : « Voici, ceci [le Livre de Mormon] est écrit dans l'intention que vous croyiez cela [la Bible] ; et si vous croyez cela [la Bible], vous croirez ceci [le Livre de Mormon] aussi » (Mrm. 7:9). La Bible est principalement un compte rendu des relations de Dieu avec les ancêtres et les descendants de Jacob ou Israël dans le Proche-Orient antique. Les saints des derniers jours croient que le Livre de Mormon est un compte rendu des relations de Dieu avec un autre groupe d'Israélites qu'il a amenés vers 600 av. J.-C. de Jérusalem sur le continent américain (voir Léhi). Ils attendaient la naissance et l’avènement de Jésus-Christ et croyaient en son expiation et en son Évangile. Leurs annales complexes et longues ont été abrégées par un prophète appelé Mormon, inscrites sur des plaques d'or et enterrées par son fils, Moroni 2, après que des guerres fratricides ont exterminé tous ceux qui croyaient au Christ dans le Nouveau Monde excepté Moroni (385 apr. J.-C.).
JOSEPH SMITH ET LE LIVRE DE MORMON. Dans sa courte vie, Joseph Smith a fait paraître beaucoup d’Écritures (voir Doctrine et Alliances ; Perle de Grand Prix). Son premier appel prophétique fut de faire paraître le Livre de Mormon. En 1823 – il avait alors dix-sept ans – Moroni, qui était devenu un ange de Dieu, un messager ressuscité, lui montra les annales qu’il avait cachées (JS–H 1:27-54). Après plusieurs visites pendant les quatre années qui suivirent, Joseph fut autorisé à enlever les annales sacrées du lieu où elles reposaient dans la colline Cumorah, près de Palmyra (New York). En dépit de beaucoup d’interruptions et de persécutions persistantes (JS–H 1:57-60), Joseph Smith traduisit les longues annales en une soixantaine de jours de travail. Les saints des derniers jours rendent témoignage qu'il l’a fait « grâce à la miséricorde de Dieu et par la puissance de Dieu » (D&A 1:29), « par l'inspiration du ciel » (Messenger and Advocate, oct. 1834, pp. 14-16 ; JS–H 1:71, n.). Il eut l'aide de plusieurs secrétaires, principalement Oliver Cowdery, qui écrivit sous sa dictée. Le livre fut publié en 1830 à Palmyra. Onze témoins au moins, en plus de Joseph Smith, ont vu et/ou ont soupesé les plaques du Livre de Mormon avant qu'il les rende à Moroni (voir Livre de Mormon –Témoins).
OBJECTIFS ET CONTENU. Le Livre de Mormon, comme le dit son sous-titre, va de pair avec la Bible en tant que « autre témoignage de Jésus-Christ ». Ses objectifs principaux sont récapitulés dans sa page de titre : montrer aux restes des peuples du Livre de Mormon les grandes choses que Dieu a faites pour leurs ancêtres, faire connaître les alliances du Seigneur et convaincre « Juif et Gentil que Jésus est le Christ, le Dieu éternel, qui se manifeste à toutes les nations ». L'événement central du Livre de Mormon est l'apparition du Christ ressuscité aux habitants justes du continent américain après son ascension au ciel à Jérusalem. Pendant sa visite, le Christ a prononcé un sermon qui est semblable au sermon sur la montagne que l’on trouve dans le Nouveau Testament, mais avec certains éclaircissements et ajouts essentiels. Il a déclaré sa doctrine, la plénitude de son Évangile nécessaire pour entrer dans le royaume de Dieu et il a établi son Église avec ses ordonnances essentielles et a ordonné des disciples pour la présider. Le Christ a également expliqué à ce moment-là les promesses que Dieu a faites à Israël, a guéri les malades et les invalides, béni les enfants et leurs parents et exprimé son grand amour, permettant à chaque personne de s’avancer et de toucher les plaies qu’il avait subies pendant sa crucifixion (voir 3 Né. 11-26). Le compte rendu de la visite de Jésus et beaucoup d'autres passages du Livre de Mormon démontrent la filiation divine, le ministère, l'Expiation, la résurrection et le statut éternel du Seigneur Jésus-Christ et prouve que la plénitude de son Évangile est la même pour tous les peuples, quels que soient les endroits ou l’époque où ils ont vécu.
Les ancêtres de ces gens à qui Jésus est apparu étaient sur le continent américain depuis 600 ans environ. Le Livre de Mormon s'ouvre avec la famille de Léhi à Jérusalem du temps du prophète biblique Jérémie. Vers 600 av. J.-C., Dieu avertit Léhi qu’il doit prendre sa famille et s’enfuir de Jérusalem avant qu'elle ne soit détruite par Babylone (1 Né. 1:1-2). Le récit, écrit par Néphi 1, fils de Léhi, parle d'abord du départ de sa famille de Jérusalem et du retour risqué de Néphi à la ville avec ses frères pour obtenir les annales sacrées qui contiennent leur lignage, les cinq livres de Moïse, une histoire des Juifs et les écrits des prophètes jusqu’à Jérémie (1 Né. 3-5).
Le groupe voyage dans le désert jusqu'à ce qu'il atteigne une région plaisante au bord de la mer où Néphi, sur les instructions de Dieu, construit un bateau qui les emmène au Nouveau Monde (1 Né. 17-18). Laman et Lémuel, les frères aînés de Néphi, expriment leur ressentiment de voir que Néphi est proche du Seigneur et ne veulent pas qu'il règne sur eux (1 Né. 16:37-39 ; 18:10). Quand la famille atteint le Nouveau Monde, cet antagonisme mène à un schisme entre les Néphites et les Lamanites qui imprègne tout le Livre de Mormon.
Lors de la rédaction et de la transmission des sermons, des prophéties et des annales historiques, les auteurs insistent sur l’idée que ceux qui gardent les commandements de Dieu prospèrent. Malheureusement, beaucoup de ceux qui prospèrent deviennent orgueilleux et persécutent les autres, ce qui conduit à la guerre. Les désolations causées par la guerre ramènent les hommes à l’humilité et ils recommencent à invoquer Dieu.
Les anciens prophètes américains, comme des prophètes bibliques tels que Moïse, Ésaïe et Daniel, ont des visions du futur de diverses nations. Par exemple, Néphi voit la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb, l'afflux de Gentils dans le Nouveau Monde et la guerre d’Indépendance américaine (1 Né. 13:12-15, 18-19), ainsi que la naissance et le ministère terrestre de Jésus-Christ. La naissance, le ministère et la mort du Christ sont prophétisés par Léhi, Néphi, Benjamin, Samuel le Lamanite et d'autres prophètes. Quand Mosiah 1 découvre un peuple qui a quitté Jérusalem avec Mulek, un fils de Sédécias (voir Jé. 52:10 ; Om. 1:12-15 ; Hél. 8:21), et que les envoyés du roi Limhi trouvent les annales des Jarédites frappés d’extinction, les Néphites apprennent qu'ils ne sont pas les seuls que Dieu a amenés sur le continent américain.
Après l'apparition de Jésus-Christ, les Néphites et les Lamanites connaissent la paix pendant plus de 160 ans (4 Né. 1:18-24). Par la suite, beaucoup de ceux qui avaient mené une vie juste vont rompre leurs alliances avec Dieu et l'Église et leur civilisation commence à s'effondrer. Enfin, en 385 apr. J.-C., les quelques Néphites restants seront pourchassés et tués par les Lamanites. Le livre finit avec Moroni, le dernier Néphite, qui écrit aux hommes des temps modernes pour leur lancer l’invitation : « Venez au Christ, et soyez rendus parfaits en lui » (Mro. 10:32).
APPLICATIONS MODERNES. Les saints des derniers jours considèrent le Livre de Mormon comme un livre pour tous les hommes. En plus d'instruire leurs contemporains et leurs descendants, les prophètes qui ont écrit ces annales antiques ont vu d’avance la situation de l’époque moderne et ont choisi les leçons dont on a besoin pour relever les défis de ce monde (Mrm. 8:34-35). Leur livre est l’histoire d’un peuple déchu, qui invite tout le monde à vivre dans la justice et à empêcher une chute semblable aujourd'hui.
Le Livre de Mormon a eu un effet profond sur l'Église et ses membres. Il est si fondamental que Joseph Smith a dit : « Enlevez le Livre de Mormon et les révélations, et où est notre religion? Nous n’en avons pas » (EPJS, p. 53).
Le Livre de Mormon enseigne que le Dieu vivant a parlé à plusieurs peuples de par le monde qui ont écrit des annales sacrées comme il l’a commandé (2 Né. 29:11-12). Le Livre de Mormon est un document de ce genre.
Il est également une preuve pour les saints des derniers jours que Dieu a rétabli son Église vraie et vivante par l’intermédiaire de Joseph Smith. L'importance de cette croyance pour des saints des derniers jours ne saurait être surestimée, parce qu’ils ont la certitude que Dieu veille sur les habitants de la terre et les aime et qu'il continue de leur parler par les prophètes contemporains qui appliquent les principes immuables de l'Évangile aux problèmes d'aujourd'hui.
Le Livre de Mormon est également important pour les saints des derniers jours comme aide dans la compréhension de la Bible et de la volonté de Dieu. Néphi a prophétisé que beaucoup de vérités et d’alliances « claires et précieuses » seraient ôtées de l'Évangile et de la Bible après le décès des apôtres (1 Né. 13:26-27). Beaucoup de questions que l’on se pose à propos de la Bible trouvent une réponse pour les saints des derniers jours dans le Livre de Mormon, comme le mode et les raisons du baptême (2 Né. 31; 3 Né. 11:23-26), la bonne manière de pratiquer le sacrement du repas du Seigneur (Mro. 4-5), la nature de la résurrection (Alma 40), les effets de la chute d'Adam et les raisons du mal et de la souffrance dans le monde (2 Né. 2). Le Livre de Mormon renforce la notion mormone que l'Évangile de Jésus-Christ a existé avant la Création et a été révélé aux prophètes et aux croyants tout au long du temps.
Le Livre de Mormon est également sacré pour les saints des derniers jours parce qu’il enseigne comment discerner les chuchotements du Saint-Esprit. Beaucoup de saints des derniers jours, y compris ceux nés dans l’Église, attribuent leur conversion à Jésus-Christ et leur engagement envers l'Église à l'étude accompagnée de prière du Livre de Mormon et c’est par lui qu’ils apprennent à reconnaître le Saint-Esprit. Ainsi, le livre devient un symbole permanent de la révélation personnelle et de l'amour de Dieu et de son attention aux besoins de chacun. Il déclare également que toute l'humanité sera jugée par ses préceptes et ses commandements (Mos. 3:24 ; Mro. 10:27 ; voir Jugement). Il prouve que Dieu se rappelle chaque être qu'il a créé (Mos. 27:30) et chaque alliance qu’il a faite (1 Né. 19:15 ; 3 Né. 16:11). Le Livre de Mormon est la base sur laquelle des millions de personnes ont entrepris un cheminement personnel de progression spirituelle et de service aux autres.
Pour les enfants mormons, le Livre de Mormon est une source d’histoires et de héros valant celles de la Bible : Joseph en Égypte, Daniel dans la fosse aux lions, Ruth la fidèle et la courageuse reine Esther. Ils racontent et chantent avec enthousiasme l’histoire de l'armée de jeunes hommes fidèles menés par Hélaman 1 (Al. 56:41-50) ; celle du courage d'Abinadi, le prophète, devant le méchant roi Noé (Mos. 11-17) ; celle de Néphi et de son indéfectible fidélité (1 Né. 3-18) ; celle d'Abish, une Lamanite qui, pendant de nombreuses années semble avoir été la seule à croire au Christ à la cour du roi Lamoni jusqu'à ce que le missionnaire Ammon enseigne l'Évangile au roi et à la reine (Al. 19) et celle des apparitions de Jésus aux Néphites (3 Né. 11-28). Il y a beaucoup de passages célèbres. Le livre est utilisé pour enseigner aux enfants la doctrine, pour donner des exemples de vie chrétienne et pour leur rappeler le grand amour et l'espoir de Dieu pour tous ses enfants.
Le livre joue un rôle essentiel dans l'œuvre missionnaire. C'est l'outil missionnaire le plus important de l'Église et il est destiné à aller à toutes les nations, tribus, langues et peuples (Ap. 14:6-7). Tous les missionnaires encouragent ceux avec qui ils entrent en contact à lire le livre et à prier à son sujet car c’est le moyen de recevoir soi-même le témoignage de Dieu concernant la véracité du Livre de Mormon, un témoin de Jésus-Christ.
Les saints des derniers jours sont régulièrement exhortés à faire un usage plus important du Livre de Mormon. En 1832, deux ans et demi après la publication du livre, la parole du Seigneur avertit les saints qu'ils avaient traité les révélations trop à la légère et avaient négligé de se souvenir « de la nouvelle alliance, c’est-à-dire le Livre de Mormon » (D&A 84:57). Les dirigeants de l’Église encouragent régulièrement les membres à intégrer davantage le Livre de Mormon à leur vie. Le président Benson a conseillé aux saints des derniers jours de lire le livre quotidiennement et d’en parler, ainsi que du message de l'Évangile, à tout monde.
LECTURE DU LIVRE DE MORMON. Ces annales sacrées demandent au lecteur d'aborder ce qu’elles disent avec la foi et la prière. Un de leurs enseignements est que le lecteur ne recevra « de témoignage qu’après la mise à l'épreuve de [sa] foi » (Ét. 12:6). Par conséquent, même si certains aspects du livre semblent étranges ou improbables au début, il invite ses lecteurs à les considérer comme des possibilités jusqu'à ce que le tableau d’ensemble devienne clair et que l’on éprouve d'autres sentiments et que d’autres pensées se présentent. En outre, la note finale de Moroni 2 à la page de titre demande au lecteur de regarder au delà des faiblesses humaines du livre : « S'il y a des fautes, ce sont les erreurs des hommes ; c'est pourquoi, ne condamnez pas les choses de Dieu. » Il termine son propre livre dans le Livre de Mormon en exhortant tous ceux qui reçoivent ces choses à demander à Dieu, d’un cœur sincère, avec une intention réelle, ayant foi au Christ, si elles ne sont pas vraies, et promet que Dieu leur en manifestera la véracité (Mro. 10:4).
Quels que soient leur âge et leurs intérêts, les saints des derniers jours trouvent la lecture du Livre de Mormon enrichissante. Au début, on a tendance à concentrer son attention sur ses messages et ses récits. Une fois qu’on lit mieux et que l’on y réfléchit, on découvre de nombreux thèmes, des nuances importantes, des détails intéressants et des expressions spirituelles profondes.
Néphi, Jacob et Abinadi, prophètes du Livre de Mormon, citent abondamment Ésaïe (voir, par exemple, 2 Né. 6-8 [És. 49-51] ; 2 Né. 12-24 [És. 2-14] ; Mos. 14 [És. 53]), un prophète de l'Ancien Testament dont le style et les allusions poétiques posent des problèmes aux lecteurs de la Bible et se sont également révélés difficiles pour beaucoup de ceux qui étudient le Livre de Mormon. Certains dirigeants de l’Église recommandent à ceux qui lisent le livre pour la première fois de survoler, dans un premier temps, ces chapitres, comprenant ce qui est accessible et laissant le reste pour une étude ultérieure. Dans les écrits d'Ésaïe, les saints des derniers jours trouvent un témoignage important du Christ et de l'accomplissement des alliances de Dieu avec la maison d'Israël. Le Christ a exhorté ses disciples à « sonder diligemment ces choses, car grandes sont les paroles d'Ésaïe » (3 Né. 23:1).
Un autre obstacle possible pour le lecteur, ce sont les insertions hors chronologie du livre. Néphi et Jacob et les descendants de Jacob ont écrit des récits à la première personne de 590 av. J.-C. jusqu'à environ 150 av. J.-C., ensuite Mormon (v. 385 apr. J.-C.) y a inséré un chapitre plus court pour expliquer qu’il est celui qui a abrégé les autres annales. Le lecteur est ensuite ramené par l'intermédiaire de l'abrégé de Mormon à l'histoire des successeurs de Néphi et des descendants d'Alma 1. Lorsque des groupes de personnes se détachent de la population principale puis y reviennent, des parties de leurs annales sont incorporées au livre, ce qui fait revenir le lecteur à des événements antérieurs. De même, l'abrégé fait par Moroni du livre très antique d'Éther apparaît en dehors de l'ordre chronologique vers la fin. En outre, le Livre de Mormon, comme l'Ancien Testament, décrit des événements qui se situent à des intervalles très séparés. C’est un abrégé et, comme tel, il ne contient qu’une petite partie de l’histoire de ces peuples antiques.
APPROCHE DU TEXTE. La façon dont le Livre de Mormon est disposé se prête à plusieurs approches. Trois méthodes qui se renforcent mutuellement sont généralement utilisées. D'abord, le livre est une source d’instructions et de doctrine d’où se dégagent des leçons et de la sagesse applicables à la vie contemporaine. Cette approche est recommandée dans les écrits de Néphi, qui dit qu'il « appliquai[t] toutes les Écritures à [son peuple], afin que cela fût pour [son] profit et [son] instruction » (1 Né. 19:23). Les saints des derniers jours trouvent ses pages riches en récits édifiants, en points de doctrine clairs, en vérités éternelles, en formules mémorables et en principes. Connaissant les conditions des derniers jours, les prophètes antiques s'adressent périodiquement de manière directe au lecteur. Les saints des derniers jours soulignent la nécessité de lire le Livre de Mormon dans l'esprit de la prière, avec foi en Dieu, pour bénéficier personnellement de ses enseignements et aller au Christ.
Une deuxième approche du Livre de Mormon, qui ajoute une dimension historique à la première, est d'étudier le livre comme un texte antique. Le lecteur qui accepte le Livre de Mormon comme l’histoire d’un lignage hébreu antique écrite par des prophètes dans le Nouveau Monde verra que le livre répond bien à cette description et à ce cadre. Le livre parle de cultures antiques qui sont aussi éloignées du lecteur moderne que celles des Ancien et Nouveau Testaments. Les recherches en cours ont montré que des formes poétiques hébraïques, des structures littéraires et les idiomes, ainsi que beaucoup de symboles, de traditions et d’objets façonnés mésoaméricains sont implicites dans le livre ou compatibles avec lui.
Enfin, on peut lire le Livre de Mormon comme une œuvre littéraire. Bien que le style puisse parfois sembler fastidieux ou répétitif, il y a un ordre, un but et de la clarté dans son langage. Ses paroles sont souvent aussi belles et aussi mémorables que des passages des Psaumes, de l'Évangile de Jean et d'autres œuvres religieuses notables en prose et en poésie.
Cependant, la plupart des lecteurs fidèles du Livre de Mormon ne se limitent pas à une approche ou méthodologie unique, car toutes ces approches ne sont que secondaires par rapport aux implications de l'origine divine et des buts éternels du livre. L’étude et la foi, la réflexion et l’application, tout cela aide à connaître et à comprendre les messages du Livre de Mormon. Mais pour des millions de saints des derniers jours, leur expérience la plus importante avec le Livre de Mormon a été la connaissance spirituelle qu'ils ont reçue de sa véracité. Elle a changé et enrichi leur vie et les a rendus plus proches de Jésus-Christ et de ses enseignements.

Livre de Mormon : Page de titre du Livre de Mormon
Auteur : RICKS, ELDIN

Joseph Smith a écrit un jour : « Je tiens à préciser ici que la page de titre du Livre de Mormon est la traduction littérale, tirée de la toute dernière feuille, située du côté gauche du recueil ou livre de plaques, qui contenait le document qui a été traduit … et que ladite page de titre n'est en aucune façon un écrit moderne, que ce soit de moi ou de tout autre homme qui ait vécu ou vive à notre époque » (HC 1:71.).
La page de titre est donc la traduction d'un document antique, au moins partiellement écrit par Moroni 2, fils de Mormon, au cinquième siècle apr. J.-C. Elle décrit le livre comme étant un « abrégé des annales du peuple de Néphi et aussi des Lamanites » et « aussi un abrégé tiré du livre d’Éther, qui contient les annales du peuple de Jared » (voir Livre de Mormon – Plaques et annales).
Selon la page de titre, le Livre de Mormon s’adresse aux Lamanites, aux Juifs et aux Gentils et vise à informer les Lamanites des promesses faites à leurs ancêtres et à convaincre « Juif et Gentil que Jésus est le Christ, le Dieu éternel, qui se manifeste à toutes les nations. »
La page de titre a été utilisée comme description du Livre de Mormon sur la demande de copyright fédéral introduite le 11 juin 1829, avec R.R. Lansing, greffier du Tribunal de district des États-Unis pour le district nord de New York, à Albany.

Bibliographie
Ludlow, Daniel H. “The title page”, dans The Book of Mormon: First Nephi, The Doctrinal Foundation, dir. de publ. Monte S. Nyman et Charles D. Tate, pp. 19-33. Provo, Utah, 1988.
ELDIN RICKS

Livre de Mormon : Premier livre de Néphi
Auteur : EAMES RULON D.

Écrit par Néphi 1, prophète antique qui s'enfuit de Jérusalem avec son père, Léhi et la famille de celui-ci peu après 600 av. J.-C., ce livre raconte leurs voyages sous la direction divine jusque sur le continent américain. Avec son témoignage détaillé de la mission de Jésus-Christ et sa vue panoramique de l'histoire sacrée, 1 Néphi est la base doctrinale et historique de tout le Livre de Mormon. Son intention avouée est de témoigner que le Dieu d'Israël peut sauver tous ceux qui se repentent et font preuve de foi en lui (1 Né. 1:20 ; 6:4).
Composées plusieurs années après l’arrivée de Néphi dans la « Terre promise », les annales, dont le premier livre de Néphi faisait partie, contiennent des prophéties et des prédications sacrées « à cause du Christ, et à cause de [son] peuple » (Jacob 1:4). Son message fondamental est que le Dieu d'Israël est miséricordieux et a le pouvoir de sauver ceux qui lui obéissent (1 Né. 1:20 ; 6:4; 22:30-31). Néphi étaie cette thèse par des arguments historiques et prophétiques. Il cite deux fois l'exode d'Israël hors d'Égypte comme preuve du pouvoir rédempteur de Dieu et voit le même pouvoir en action dans l'exode de sa famille hors d’une Jérusalem condamnée. Voyant d’une envergure spirituelle remarquable, Néphi témoigne que des actes rédempteurs plus grands attendent à l'avenir : Dieu lui-même viendra sur terre racheter l'homme de la mort et du péché (1 Né. 11:33 ; 19:10), et avant la fin du monde, Israël sera racheté.
Le récit de 1 Néphi est vivant et mouvementé ; les actes d'intervention divine dominent ce récit. Il commence la première année du roi judéen Sédécias (1 Né. 1:4 ; cf. 2 R. 24:8-18, dont la date, selon les documents babyloniens, est 597 av. J.-C.). Jérusalem vient de capituler après un bref siège babylonien et le roi Jojakin, ainsi que beaucoup de citoyens éminents de Juda, ont été déportés. Quand Jérusalem persiste dans son arrogance, une foule de prophètes, notamment Jérémie et Léhi, annoncent sa destruction. Comme le peuple conspire pour tuer Léhi, le Seigneur le prévient et il fuit vers le sud dans le désert. À deux reprises, ses quatre fils retournent dans la région, une fois pour obtenir une copie des Écritures écrites sur des plaques d’airain et une fois pour convaincre Ismaël et sa famille de fuir avec eux (chapitres 3-7). Guidé par un compas d’airain miraculeux (voir Liahona), le groupe de Léhi accomplit une odyssée épuisante qui va prendre huit ans dans le désert, pour arriver dans un endroit verdoyant sur la côte méridionale de la péninsule arabe. Là, le Seigneur convoque Néphi sur une montagne où il lui commande de construire un bateau pour transporter le groupe vers une terre de promission. Grâce à l'inspiration et à la protection fréquentes de Dieu, le bateau est achevé et le dangereux voyage a lieu (chapitres 16-18).
Pendant tout ce temps, Léhi et Néphi sont en butte à l’opposition de Laman et Lémuel, les fils aînés de la famille, qui sont non seulement sceptiques mais parfois violents dans leur opposition. Les annales prennent la défense de Néphi de plusieurs manières. Un ange intervient une fois pour protéger Néphi contre ses frères ; Néphi leur échappe deux fois, étant rempli de pouvoir de Dieu. À plusieurs reprises, par sa foi, il réussit là où ils échouent.
Le récit est parsemé de grandes visions. Léhi reçoit son mandat de prophète dans une vision tandis qu’il prie en faveur de Jérusalem : Il voit une colonne de feu demeurer sur un rocher et Dieu assis sur son trône et il reçoit un livre à lire qui décrète des jugements sur la ville (chapitre 1). Peu après, Néphi entend la voix du Seigneur dire que lui, Néphi, instruirait et gouvernerait ses frères aînés (chapitre 2) ; et Léhi a un songe qui tourne autour d’un arbre magnifique, une rivière, une barre de fer et un grand et spacieux édifice (chapitre 8 ; voir aussi Arbre de vie). La fuite de la famille hors d’une Jérusalem orgueilleuse et matérialiste et sa recherche du salut dans le désert sont fortement mises en évidence dans le langage figuré de ce songe. Léhi prophétise aussi sur la captivité babylonienne des Juifs, sur leur retour final en Palestine et sur la venue d'un Messie qui rachètera l'humanité de son état perdu et déchu (chapitre 10).
Inspiré des expériences spirituelles de Léhi et voulant connaître la signification du songe de son père, Néphi cherche à avoir et reçoit la même vision ainsi que son interprétation. Cette révélation met les expériences de Léhi et de sa postérité dans le contexte du plan rédempteur de Dieu et fournit une grande partie du cadre historique et doctrinal de la prophétie suivante du Livre de Mormon : (1) Néphi voit la naissance, le ministère et le sacrifice expiatoire du Fils de Dieu et le rejet de ses apôtres par Israël ; (2) il assiste à la division de la famille de Léhi suivie de la naissance, du déclin et de la destruction de sa propre postérité par les descendants de ses frères et il voit que l'agneau de Dieu visitera diverses branches d'Israël, notamment la postérité de Néphi ; (3) il voit une grande et abominable église parmi les Gentils ainsi qu’une dispensation de l'Évangile chez les Gentils et leur rôle crucial dans le rassemblement d’Israël et d'un reste de la postérité de Néphi ; et (4) la victoire finale de Dieu sur les puissances du mal à la fin du monde lui est montrée (chapitres 11-14).
Citant d'autres prophéties allant dans le même sens, 1 Néphi 19-22 renforce ces quatre thèmes, les piliers des perspectives néphites sur l'histoire du monde. Néphi donne d'abord un témoignage détaillé du sacrifice expiatoire du Dieu d'Israël, de son rejet et de la dispersion du peuple de l'alliance de Dieu, citant Zénos, Zénock, et Néum (chapitre 19) ; il cite ensuite Ésaïe pour prouver que Dieu différera sa colère et rassemblera finalement son peuple grâce à l'aide de rois et de reines gentils (chapitres 20-21) ; et finalement, il exhorte tout le monde à obéir aux commandements de Dieu et à être sauvé, parce que dans les derniers jours les méchants brûleront et les saints d'Israël régneront (chapitre 22).

Livre de Mormon : Deuxième livre de Néphi
Auteur : BALL, TERRY B.

Le deuxième livre de Néphi (2 Néphi) est une œuvre écrite vers 550 av. J.-C. par celui-là même qui a écrit 1 Néphi et qui l’a inclus dans ses petites plaques. Le deuxième livre contient quatre discours et traités prophétiques de trois prophètes du Livre de Mormon, Léhi, Jacob et Néphi 1, ainsi que des extraits substantiels des prophéties d'Ésaïe tirées des plaques d'airain. En plus, 2 Néphi rapporte brièvement la transition difficile de la génération fondatrice de la colonie de Léhi à la génération suivante dans leur nouvelle patrie.
La première section du livre se compose des exhortations et du testament de Léhi à sa postérité avant sa mort (1:1-4:11). Il adresse ses premières paroles à ses fils aînés, Laman, Lémuel et Sam, aussi bien qu’aux fils d'Ismaël. Il leur rappelle la miséricorde de Dieu qui les a conduits dans une terre promise, les a instruits de l'alliance de pratiquer la justice qui se rattache au pays, met en garde contre la perte de liberté et de prospérité qui découle de la désobéissance à Dieu et les supplie de se réconcilier avec leur frère Néphi, leur gouverneur (1:1-27).
Après cette exhortation, Léhi prononce des bénédictions spécifiques sur tous ses descendants, que ce soit à titre individuel ou comme groupes de familles. Ses bénédictions contiennent des prophéties et des promesses au sujet du futur de chaque individu ou groupe dans le pays de l’alliance et sont suivies de recommandations « selon l’inspiration de l'Esprit » (1:6). Ses instructions à Jacob et Joseph, ses fils cadets, sont importantes d’un point de vue doctrinal. Il parle à Jacob du plan du salut de Dieu pour ses enfants, enseignant les principes qui sont fondamentaux pour la compréhension de l'Évangile de Jésus-Christ, notamment la doctrine de la rédemption par le Messie, la nécessité de l'opposition et du libre arbitre, le rôle de Satan et l'importance de la chute d'Adam et Ève (2:1-30). Léhi instruit son fils Joseph sur les prophéties de son ancêtre Joseph d'Égypte, qui a prédit la mission, dans les derniers jours, d'un autre Joseph (le prophète Joseph Smith) et la parution du Livre de Mormon (3:1-25).
Néphi 1, fils de Léhi, est l’auteur de la section suivante, la seule partie historique du document (4:12-5:34). Après avoir raconté la mort de Léhi et la rébellion de Laman, de Lémuel et des fils d'Ismaël (4:12-13), Néphi précise qu'il tient deux annales : les grandes plaques, sur lesquelles il écrit l'histoire profane, et les petites plaques, sur lesquelles il écrit « ce qui est agréable à Dieu » notamment beaucoup d’extraits des plaques d’airain (4:14-15 ; 5:29-33).
En parlant du plaisir qu’il a à méditer les Écriture et « les choses du Seigneur », Néphi se sent poussé à composer un beau psaume (4:16-35). Dans ces versets, tout comme le Psalmiste biblique, Néphi utilise des images inspirantes et des parallélismes poétiques pour louer Dieu de sa bonté, se lamenter sur ses propres faiblesses et déclarer sa dévotion au Seigneur.
Néphi clôture cette section en racontant la division de la postérité de Léhi en deux peuples distincts, les Néphites (les croyants) et les Lamanites (les incroyants). Il décrit les divisions théologiques, culturelles et géographiques qui se produisent entre les partisans des frères, déplorant le fait que dans les quarante années de leur séparation, ils étaient en guerre (5:1-34).
Un sermon de Jacob constitue la troisième inscription dans 2 Néphi (chapitres 6-10), suivi de la quatrième et dernière partie, un long discours écrit de Néphi (chapitres 11-33). Citant des parties substantielles d'Ésaïe, Néphi et Jacob soulignent deux grands thèmes : l'histoire et le futur du peuple de l'alliance de Dieu et la mission du Messie. Pour son discours sur ces sujets, Néphi cite d’abord le texte d'És. 2-14 dans 2 Né. 12-24 et les commente ensuite aux chapitres 25-30, en intégrant des parties d'Ésaïe 29 dans ses commentaires. Jacob cite És. 50:1-52 :2 aux chapitres 7-8. Apparemment, Joseph Smith a mis ces citations d'Ésaïe dans l’anglais de la King James Version, mais avec beaucoup de variantes reflétant la source néphite.
En citant Ésaïe et en réfléchissant à son texte, Jacob et Néphi se concentrent sur des événements tels que la captivité babylonienne et le retour (6:8-9 ; 25:10-11) ; l'apostasie, la dispersion et l'oppression de la maison d'Israël et le rassemblement de ses descendants dans les derniers jours, son rétablissement par la conversion à l’Évangile du Christ et l'établissement de Sion – des thèmes qui les préoccupent à cause de leur propre ascendance israélite (6:6-18 ; 8:1-25 ; 10:1-25 ; 25:14-17 ; 26:14-30:18). Ils prophétisent en outre la destruction des méchants avant la seconde venue du Sauveur suivie de l'ère de paix (12:1-22 ; 21:1-24 :3).
Dans leurs discours, Jacob et Néphi parlent du ministère terrestre, du rejet et de la crucifixion du Messie (6:9; 7:1-11 ; 9:1-54 ; 10:3-5 ; 17-19) et des principes fondamentaux de son Évangile : la foi, le repentir, le baptême et l'obéissance (9:23-24 ; 31:1-21 ; voir Évangile de Jésus-Christ) ; ensuite ils prophétisent son baptême, son sacrifice expiatoire et sa résurrection suivie de son ministère parmi les Néphites, sa seconde venue finale et le jugement dernier (9:5-27 ; 26:1-9 ; 31:4-12).
Au chapitre 29, Néphi mentionne tout spécialement le désir du Seigneur que le Livre de Mormon soit utilisé comme une « bannière » par son peuple, conjointement avec la Bible (29:2), notant que d'autres livres paraîtront. En clôturant les annales, Néphi témoigne que les paroles qui s’y trouvent sont les paroles du Christ, celles par lesquelles les lecteurs seront jugés (33:10-15).

Bibliographie
Jackson, Kent P., dir. de publ., Studies in Scripture, Vol. 7, pp. 86-174. Salt Lake City, 1987.
McConkie, Joseph Fielding, et Robert L. Millet. Doctrinal Commentary on the Book of Mormon, Vol. 1, pp. 182-376. Salt Lake City, 1987.
Nyman, Monte S., et Charles D. Tate, dir. de publ.. The Book of Mormon: Second Nephi, The Doctrinal Structure. Provo, Utah, 1989.
TERRY B. BALL

Livre de Mormon : Livre de Jacob
Auteur : WILLIAMS, CLYDE J.

Écrite par Jacob, cinquième fils de Léhi, peu après 545 av. J.-C., l’œuvre suit le modèle donné par Néphi 1 pour porter des inscriptions sur les petites plaques : inclusion de sermons sacrés, de révélations importantes, de prophéties et de quelques données historiques. Jacob, prophète néphite, écrit pour persuader tous les hommes de « venir au Christ » (Jacob 1:7).
Le livre semble avoir été écrit en trois étapes. La première est un discours important de Jacob au temple, dans lequel il appelle son peuple à se repentir de l'immoralité, du matérialisme et de l'orgueil (chapitres 2-3). Il conseille aux hommes et aux femmes d’être généreux de leurs biens, promettant que, s’ils cherchent le royaume de Dieu avant de rechercher la richesse, ils auront en bénédiction suffisamment de richesse pour aider les autres (2:17-19). Il met vivement son peuple en garde contre les péchés d'immoralité parce que beaucoup ont transgressé la loi de chasteté, notamment en pratiquant une polygamie non autorisée par le Seigneur (2:30). Il rappelle à ses auditeurs que le Seigneur « [fait ses délices] de la chasteté des femmes » et que les péchés des hommes ont brisé le cœur de leurs femmes et de leurs enfants (2:22-35).
La deuxième partie contient des prophéties sur l'expiation du Christ, le rejet de Jésus de Nazareth par beaucoup de Juifs et la dispersion et le rassemblement d'Israël (chapitres 4-6). Jacob désire que les générations postérieures « sachent que nous [avons] connaissance du Christ et que nous [avons] l’espérance de sa gloire bien des centaines d’années sa venue » (4:4). L’élément principal de cette section est la citation par Jacob de l'allégorie des oliviers francs et sauvages (chapitre 5). Conçue par Zénos, un prophète israélite dont les écrits sont conservés sur les plaques d'airain, cette allégorie donne sous forme de récit symbolique l'histoire prophétique de la dispersion et du rassemblement d'Israël, y compris les descendants de Léhi, depuis la fondation d'Israël jusqu'à la fin de la terre.
La troisième section raconte la rencontre de Jacob avec un antéchrist appelé Shérem qui, avec habileté et un art consommé de la parole, essaie, par la flatterie et la tromperie, d’éloigner le peuple de la foi au Christ (7:1-4). Shérem accuse Jacob de blasphème et de fausse prophétie et essaie de convaincre le peuple qu'il n'y aura pas de Christ. Il finit par être confondu par Jacob et, après avoir cherché un signe, est frappé par Dieu et meurt peu après (7:7-8, 13-20). Débarrassé des enseignements séparatistes de Shérem en sondant les Écritures, le peuple de Jacob peut à nouveau connaître la paix et l'amour de Dieu (7:23).

Bibliographie
Matthews, Robert J. "Jacob: Prophet, Theologian, Historian." Dans The Book of Mormon: Jacob Through Words of Mormon, dir. de publ.. M. Nyman et C. Tate, Provo, Utah, 1990..
CLYDE J. WILLIAMS

Livre de Mormon : Livre d'Énos
Auteur : ARNOLD, MARILYN

Suivant le modèle donné par son père et ses prédécesseurs (Jcb. 1:2-4 ; cf. En. 1:13-16), Énos, fils de Jacob, met personnellement par écrit le témoignage et les promesses prophétiques qui lui ont été communiqués. Énos (v. 515-417 av. J.-C.) est une personnalité qui touche le cœur. Il incarne la conversion, la compassion, et la confiance devant le Seigneur. Tandis qu'il chasse, les paroles de son père « concernant la vie éternelle et la joie des saints pénétraient profondément [son cœur] » et son « âme était affamée » (1:3-4). Toute la journée et jusque dans la nuit il « lutte… devant Dieu » en une « supplication fervente » jusqu'à ce qu'il reçoive le pardon de ses péchés. Il prie successivement pour son propre bien-être, pour celui de ses frères, les Néphites, qui s’éloignent trop facilement de la justice, et puis pour le bien-être de ses frères les Lamanites, qui sont devenus de plus en plus féroces et sauvages. Énos reçoit une déclaration d'alliance du Seigneur que les annales néphites seront apportées aux Lamanites. Il sait avec certitude qu'il aura la joie de voir le visage de son Rédempteur et qu’il recevra une place dans les demeures du Père (1:27). MARILYN ARNOLD

Livre de Mormon : Livre de Jarom
Auteur : ARNOLD, MARILYN

Jarom, fils d'Énos, fait un bref résumé de l’évolution des Néphites de son vivant (v. 440-355 av. J.-C.). À deux reprises il justifie la brièveté de son récit, prétextant le manque de place et le peu de doctrine nouvelle à ajouter aux paroles de ses prédécesseurs. Faisant apparaître une ère de conservatisme strict dans la colonie florissante, Jarom raconte les grands efforts faits par les Néphites pour observer la loi de Moïse et annoncer la venue du Messie. En dépit de leur supériorité numérique, les Lamanites échouent dans leurs attaques fréquentes contre les Néphites prospères et Jarom attribue les succès des Néphites aux prophètes, aux prêtres et aux instructeurs qui les poussent continuellement au repentir. MARILYN ARNOLD

Livre de Mormon : Livre d'Omni
Auteur : ARNOLD, MARILYN

Ce livre conclut et remplit les petites plaques de Néphi. Il contient de brèves déclarations par une succession de gardiens des annales qui étaient descendants de Jacob mais n’étaient apparemment pas des dirigeants spirituels : Omni, Amaron, Chémish, Abinadom et Amaléki (IVe-IIe siècles av. J.-C.). Amaléki, dont le récit est le plus long des cinq, décrit la transition importante qui se produit dans l'histoire du Livre de Mormon quand Mosiah 1 dirige la fuite d’un groupe de Néphites fidèles du pays de Néphi vers Zarahemla (v. 200 av. J.-C.). Ils y découvrent les descendants d'un groupe qui a quitté Jérusalem avec Mulek, mais qui a perdu sa religion et sa langue. Amaléki relie la corruption de sa langue à l'absence de documents écrits, montrant l'importance de la conservation des annales. Mosiah apporte les plaques d’airain contenant « les annales des Juifs » (Om. 1:14), notamment les lois que les rois sont tenus de respecter en vertu de la loi de Moïse (voir De. 17:18-19). Il est accepté comme roi de ces deux peuples et va régner une génération. Amaléki survit à Mosiah mais n'a pas d’héritier. Il transfère donc ses annales au roi Benjamin, fils de Mosiah. MARILYN ARNOLD

Livre de Mormon : Paroles de Mormon
Auteur : RICKS, ELDIN

Mormon est occupé à faire son abrégé des grandes plaques de Néphi 1 quand il découvre les petites plaques de Néphi, des annales prophétiques du début de l'histoire néphite (P de M 1:3). Profondément impressionné par les prophéties messianiques qu'il trouve sur les petites plaques et en réponse à « l’inspiration de l'Esprit », Mormon annexe ce jeu de plaques à son résumé (P de M 1:4-7). Mais étant donné que ces annales finissent quelques années avant que le livre de Mosiah ne commence (v. 130 av. J.-C.), Mormon s’octroie des prérogatives d'éditeur et annexe ce post-scriptum historique aux petites plaques pour rattacher sa conclusion à l'ouverture du livre de Mosiah. Cette annexe, appelée Paroles de Mormon, sera écrite vers 385 apr. J.-C. ELDIN RICKS

Livre de Mormon : Livre de Mosiah
Auteur : GOFF, ALAN

Le livre de Mosiah est religieusement riche, symboliquement significatif, chronologiquement complexe et politiquement important. Bien que ses événements disparates aillent de 200 à 91 av. J.-C., ils sont unifiés en particulier par le thème de la délivrance et par le règne du roi néphite Mosiah 2.
Plusieurs groupes ressortent dans cette histoire : (1) le gros des Néphites sous le roi Benjamin et son fils Mosiah 2 ainsi que le peuple de Zarahemla (Mulékites), dont le nombre dépasse celui de ses gouverneurs et voisins néphites ; (2) le peuple de Zénif, qui a échoué dans sa tentative de réoccuper la patrie néphite, le pays de Néphi ; et (3) le peuple d'Alma 1, qui s’est détaché du peuple de Zénif et est devenu le peuple d'Alma, disciple du prophète martyrisé Abinadi. Les deux derniers groupes retournent à Zarahemla peu de temps après que Mosiah est devenu roi.
Le livre de Mosiah est tiré de plusieurs sources textuelles sous-jacentes : le discours de Benjamin (124 av. J.-C.) ; les annales de Zénif (v. 200-120 av. J.-C.), contenant le compte rendu du procès d'Abinadi par Alma (v. 150 av. J.-C.) et de son peuple (v. 150-118 av. J.-C.) et les annales de Mosiah (124-91 av. J.-C.).
LE DISCOURS DE BENJAMIN (CHAPITRES 1-6). Le couronnement de Mosiah a lieu selon des dispositions semblables à l’assemblée israélite traditionnelle au temple, avec les sacrifices, le renouvellement des alliances, les confessions, les déclarations concernant le sang expiatoire du Christ et l’invitation à servir Dieu et à aider les pauvres. Benjamin décède et Mosiah règne. Il autorise l'expédition d'Ammon pour retrouver le peuple de Zénif (7:1-8 :21).
ANNALES DE ZÉNIF (CHAPITRES 9-22). Retour en arrière de soixante-quinze ans. Zénif a fondé sa colonie ; il a combattu dans deux guerres et son fils, le méchant Noé, lui a succédé. À deux reprises, le prophète Abinadi lance une condamnation contre Noé ; il répète les dix commandements, cite Ésaïe 53 et discourt sur l'expiation de Jésus-Christ et sur la résurrection. Tandis qu’il subit la mort par le feu, il prophétise que sa mort préfigure celle de Noé. Alma 1, l’un des prêtres de Noé, croit en la prédication d’Abinadi, s’enfuit dans le désert et rassemble un groupe de convertis qui ont échappé ensemble aux soldats de Noé. Entre-temps, un officier de l’armée appelé Gédéon s’oppose à Noé, les Lamanites attaquent et Noé s’enfuit et est plus tard exécuté par son propre peuple de la façon prédite par Abinadi. Il reste Limhi, fils de Noé, qui va régner plusieurs années en tant que roi vassal asservi aux Lamanites. À la longue, Limhi et son peuple sont délivrés et s’échappent vers Zarahemla.
ANNALES D'ALMA (CHAPITRES 23-24). Les disciples d'Alma 1 pratiquent le baptême et mettent fortement l'accent sur l'unité, l’amour mutuel et le refus des querelles. Dans un discours qui présage les derniers mots de Mosiah établissant le règne des juges, Alma 1 refuse de devenir roi, voulant que son peuple ne soit asservi à personne. Néanmoins, ils tombent sous la servitude cruelle des Lamanites, maintenant dirigés par certains des anciens collègues d'Alma, les méchants prêtres de Noé. Plusieurs années plus tard, le peuple d'Alma est miraculeusement délivré.
ANNALES DE MOSIAH (CHAPITRES 25-29). Les Néphites, le peuple de Zarahemla (Mulékites), le peuple de Limhi et le peuple d'Alma 1 sont unifiés sous Mosiah comme roi, avec Alma comme grand prêtre. Alma reçoit l'autorité d’organiser et de réglementer les églises, mais beaucoup de membres apostasient et persécutent les justes. Parmi les méchants, il y a son fils Alma 2 et les quatre fils de Mosiah. Quand un ange du Seigneur leur apparaît, ils se repentent et se convertissent. Mosiah traduit les annales jarédites, passe les annales néphites et les objets sacrés à Alma 2 et installe Alma 2 comme premier grand juge selon la voix du peuple.
Les récits du livre de Mosiah mettent l’accent sur le thème de la délivrance de la servitude, qu’elle soit physique ou spirituelle. Dans son discours, Benjamin parle de délivrance spirituelle par le sang expiatoire du Christ, soulignant la dépendance de l'humanité à l'égard Dieu et sa responsabilité vis-à-vis des pauvres (les deux thèmes ou symboliques sont créés de la même façon dans la Bible par la tradition de l'Exode). Le récit de la conversion d'Alma 2 est un cas remarquable de délivrance de la servitude spirituelle par l’invocation du nom de Jésus-Christ (Mos. 27 ; Al. 36). Deux groupes sont délivrés de la servitude et de l'oppression physiques : le peuple de Limhi et les convertis d'Alma après leur asservissement par les Lamanites. Comme dans l'Exode, ils invoquent le Seigneur, qui les entend et les délivre de la servitude. Un émissaire appelé Ammon compare expressément la délivrance du peuple de Zénif à l'exode d'Israël hors d'Égypte et à celui de Léhi hors de Jérusalem (Mos. 7:19-22, 33).
Le livre de Mosiah élabore plusieurs paires de comparaisons d’une manière semblable à une technique littéraire souvent employée dans la Bible : Alma 1 et Amulon sont des exemples de bons et de mauvais prêtres ; Benjamin et Noé sont des exemples contrastants de royauté noble et de royauté corrompue. Mosiah cite le contraste extrême entre ces rois à la fin de son règne pour expliquer pourquoi il est sage de passer, dans le gouvernement des Néphites, de la royauté à un règne de juges (Mos. 29).
Les annales jarédites sont mentionnées trois fois (Mos. 8:9 ; 21:27; 28:11-19). Pour essayer d'obtenir l'aide de la colonie de Mosiah, Limhi lance une expédition d’exploration qui ne trouvera pas Mosiah, mais tombera sur des restes humains, des armes de guerre et vingt-quatre plaques d'or. L’expédition remet ces annales à Limhi, qui va les donner à Mosiah, lequel va les traduire à l’aide de deux pierres appelées « interprètes » (voir Urim et Thummim). Les annales racontent la naissance et la chute des Jarédites (voir Livre de Mormon : Livre d'Éther).

Bibliographie
Tate, George S. "The Typology of the Exodus Pattern in the Book of Mormon." dans Literature of Belief, dir. de publ. N. Lambert, pp. 245-266. Provo, Utah, 1981.
Thomasson, Gordon C. "Mosiah: The Complex Symbolism and the Symbolic Complex of Kingship in the Book of Mormon" F.A.R.M.S. Paper. Provo, Utah, 1982.
Tvedtnes, John A. "King Benjamin and the Feast of Tabernacles". Dans By Study and Also by Faith, dir. de publ. J. Lundquist et S. Ricks, Vol. 2, pp. 197-237. Salt Lake City, 1990.
ALAN GOFF

Livre de Mormon : Livre d'Alma
Auteur : BROWN, CHERYL

Le livre d'Alma est le livre le plus long du Livre de Mormon. Il a été abrégé par Mormon, principalement à partir des annales de trois hommes, Alma 2 (chapitres 1-16, 27-44), Ammon (chapitres 17-26) et le fils d’Alma, Hélaman 1 (chapitres 45-62) et conclut avec des réflexions de Mormon (chapitre 63). Son thème général est que la prédication de la parole de Dieu avec un témoignage pur est plus puissante que la politique ou l'épée pour assurer la paix, la justice, l'égalité et la bonté (Al. 4:19 ; 31:5). Le livre démontre ce thème par des exemples répétés de personnes qui sont converties à la foi au Sauveur prédit, Jésus-Christ, et des exemples de gens à qui Dieu donne la victoire sur leurs ennemis méchants et ambitieux.
Le livre d'Alma couvre trente-neuf ans (91-52 av. J.-C.). Les quatorze premières années sont couvertes par deux récits parallèles englobant les enseignements et les activités d'Alma 2, qui démissionne de sa fonction de juge pour se livrer à l'œuvre missionnaire au pays de Zarahemla (chapitres 1-16), et l'autre contenant les paroles et les actes des fils du roi Mosiah 2 et de leurs compagnons, qui font des sacrifices personnels considérables pour essayer de prêcher l'Évangile parmi les Lamanites (chapitres 17-26).
La première section commence par le procès de Néhor devant le grand juge Alma ; Néhor sera condamné et exécuté pour avoir commis le crime d'imposer les intrigues de prêtres par l'épée (chapitre 1). Alma mène ensuite une guerre civile contre les disciples de Néhor et l’emporte (chapitres 2-4), mais il abandonne bientôt la fonction de juge pour se consacrer à plein temps au ministère. Il fait des sermons puissants aux villes de Zarahemla (chapitres 5-6), Gédéon (chapitre 7), et Mélek (chapitre 8) et se rend à la ville méchante d'Ammonihah où il est chassé, mais un ange lui commande d’y retourner. À Ammonihah pour deuxième fois, il rencontre et est aidé par Amulek, qui a été chargé par un ange de trouver Alma (chapitre 8). Bien qu'ils doivent affronter un docteur de la loi habile appelé Zeezrom, ils finissent par en convertir beaucoup, dont Zeezrom. Cependant, leurs convertis masculins sont expulsés de la ville et Alma et Amulek sont mis en prison et forcés d’être témoins de la mise à mort par le feu des femmes et des enfants de leurs convertis. Alma et Amulek seront délivrés quand un tremblement de terre détruira la prison et tuera leurs geôliers (chapitres 9-14). Peu après, cette ville apostate est annihilée par une invasion lamanite (chapitre 16).
Pendant les quatorze mêmes années, les fils de Mosiah et leurs compagnons sont dans le pays situé du côté du sud. Ammon se rend au pays d’Ismaël et, grâce à la façon dont il sert le roi Lamoni et à l’amour qu’il lui porte, il convertit le roi et beaucoup de son peuple (chapitres 17-19), à qui il enseigne à pratiquer la loi de Moïse dans l’attente de la venue du Christ (Al. 25:15). Ammon et Lamoni iront ensuite au pays de Middoni libérer ses collègues missionnaires de prison. En cours de route, ils affrontent le père de Lamoni, roi de tous les Lamanites, qui a recours à l'épée. Ammon résiste à ses coups, prend le dessus sur le roi et lui fait promettre d’accorder la liberté à ses frères et l'autonomie pour Lamoni et son peuple (chapitre 20). Une fois libérés, Aaron, frère d'Ammon, et ses compagnons vont chez le père de Lamoni, l’instruisent et le convertissent, lui, sa maison et beaucoup de son peuple. Ces Lamanites convertis, ne tenant pas à ce que la culpabilité de leurs crimes sanglants antérieurs ne revienne sur eux, font le serment de ne plus jamais verser le sang (chapitre 23). D'autres Lamanites et des dissidents néphites attaquent ces convertis et en tuent 1.005, qui ne voulaient pas se défendre à cause de ce serment. Beaucoup parmi les agresseurs lamanites (mais pas les dissidents néphites) éprouvent du remords pour ce qu’ils ont fait, déposent les armes et se convertissent aussi (chapitres 24-25). Par la suite, Ammon conduira ces convertis, appelés Anti-Néphi-Léhis, en territoire néphite, où ils s’installeront au pays de Jershon (chapitre 27). Les Lamanites restés en arrière se mettent en colère contre les Néphites et attaquent et détruisent Ammonihah (Al. 25:1-2 ; décrit plus en détail dans Al. 16:1-11).
Après ces événements, Korihor, un antéchrist et propagandiste de doctrines blasphématoires, défie Alma, grand prêtre, à la cour du grand juge, où il demande un signe de Dieu, est frappé de mutisme et meurt peu de temps après (chapitre 30). Après cela, Alma part à la tête d’une délégation prêcher aux Zoramites, un groupe néphite dissident. Beaucoup de Zoramites victimes de la pauvreté sont reconvertis et expulsés par les autres Zoramites. Les non-convertis s’empressent de s’allier aux Lamanites, attaquent les Néphites et sont battus (chapitres 31-35, 43-44).
Les chapitres qui traitent tout particulièrement d’Alma contiennent également ses bénédictions et ses instructions à ses trois fils (chapitres 36-42) et le récit de sa disparition (son enlèvement au ciel, chapitre 45). Le livre d'Alma finit par les récits détaillés faits par Hélaman 1 d'autres guerres entre les Néphites et les Lamanites (chapitres 43-62 ; voir Livre de Mormon–Histoire de la guerre dans). Le chapitre final (chapitre 63) annonce le décès de Pahoran, de Moroni, de Hélaman et de son frère Shiblon, qui marque la fin de cette ère de domination juste des Néphites à Zarahemla. Il parle aussi de Hagoth, constructeur de navires qui transporte des gens vers le nord et dont on n’entendra plus jamais parler après son deuxième départ.
Le livre d'Alma couvre une période critique de l'histoire néphite, les premières années du règne des juges néphites (voir Livre de Mormon–Gouvernement et histoire juridique dans). La survie de cette forme de gouvernement sur base populaire est menacée plusieurs fois au cours du livre. Cela commence quand Amlici, disciple de Néhor, cherche à devenir roi. Elle est de nouveau menacée quand les Zoramites (décrits ci-dessus) font défection. D’autres conflits apparaissent quand le Zoramite Amalickiah persuade beaucoup de juges inférieurs de le soutenir comme roi. Un général appelé Moroni rallie les troupes néphites en brandissant une bannière qu'il appelle Titre de la liberté ; elle proclame la nécessité de se rappeler et de défendre leur Dieu, leur religion, leur liberté, leur paix, leurs épouses et leurs enfants. Amalickiah et quelques-uns de ses hommes se sauvent chez les Lamanites où, par la trahison et le meurtre, il devient roi et entraîne les Lamanites dans une longue guerre contre les Néphites. Amalickiah est tué après sept ans de guerre, mais les guerres continuent encore pendant six autres années sous son frère Ammoron. Ces années deviennent particulièrement périlleuses pour les Néphites quand des « hommes-du-roi » apparaissent à Zarahemla et expulsent le gouvernement néphite de la capitale (traité dans CWHN 8:328-79). Moroni est obligé de quitter le front pour reprendre la capitale avant de pouvoir concentrer toute son attention sur la victoire sur les Lamanites. Dans chaque cas, les Néphites finissent par l’emporter et rendent grâces et louanges à Dieu.
Dans le livre d'Alma, la démarcation entre les nations néphite et lamanite le long de frontières ancestrales devient floue. Plusieurs groupes de Néphites-Amlicites (chapitres 2-3), de Zoramites (chapitres 31-35, 43), d’Amalickiahites (chapitres 46-62) et d’hommes-du-roi (chapitres 51, 61) rejettent les principes religieux néphites et rejoignent les Lamanites afin d'essayer de renverser le gouvernement néphite. Plusieurs groupes lamanites – les Anti-Néphi-Léhis (chapitres 17-27), les convertis de l'armée qui a marché contre les Anti-Néphi-Léhis (chapitre 25) et certains soldats lamanites capturés par Moroni (chapitre 62) – adoptent l'Évangile et le mode de vie néphite et vont vivre parmi eux. Vers la fin du livre, ces populations se distinguent plus par leur idéologie que par leur lignage. Ceux qui désirent le gouvernement par « la voix du peuple » et adoptent les enseignements de l'Évangile sont comptés parmi les Néphites, alors que ceux qui s’y opposent s sont appelés Lamanites.
On trouve beaucoup d’enseignements religieux importants dans le livre d'Alma. Alma 5 est un discours prononcé par Alma appelant le peuple de la ville de Zarahemla à se repentir et enseignant à tous les disciples du Christ à juger de l'état de leur ancienne nouvelle naissance spirituelle et de leur bien-être actuel. Alma 7, prononcé devant la ville juste de Gédéon, enseigne aux croyants à faire de l'expiation du Christ une réalité dans leur vie. Les chapitres 12 et 13 expliquent les mystères de la rédemption, de la résurrection et de la prêtrise selon l'ordre du Fils de Dieu. Alma 32 et 33 sont un sermon fait par Alma aux Zoramites pauvres, expliquant la façon correcte de prier, le rapport entre l'humilité et la foi en Jésus-Christ et le processus par lequel on augmente la foi. Alma 34 est le discours d'Amulek sur la nécessité du « sacrifice infini et éternel » fait par le Fils de Dieu. Amulek y enseigne aussi au peuple comment prier et lui dit comment vivre de telle sorte que ses prières ne soient pas vaines.
Alma enseigne à ses fils la confiance en Dieu en racontant sa conversion personnelle (chapitre 36). Il donne aussi des instructions sur la tenue des annales sacrées et explique comment les desseins de Dieu sont accomplis par de petits moyens (chapitre 37). Il enseigne le caractère mauvais du péché sexuel (chapitre 39), la nature de la résurrection et du rétablissement (chapitres 40-41), le but et les conséquences de la chute d'Adam, notamment la mort spirituelle et temporelle et le rapport entre la justice et la miséricorde (voir le chapitre 42).
Les chapitres traitant des guerres comportent des exemples de raisons justifiant la guerre (chapitre 48), parallèlement à l'exemple du pouvoir protecteur de la foi exercée par les jeunes guerriers qui se battent sous Hélaman et dont aucun ne meurt au combat, parce qu’ils croient aux enseignements de leurs mères que « Dieu les délivrerait » (Al. 56:47-48).
De façon générale, le livre d'Alma enseigne par des récits vifs et détaillés comment l'ambition personnelle peut mener à l'apostasie et à la guerre et montre comment le Seigneur rassemble son peuple par la prédication de l'Évangile du Christ et le délivre en justice de l'agression.

Bibliographie
Pour des essais sur Alma le Jeune, Ammon, le roi Lamoni, Ammonihah, la sophistique de Korihor, Amlici, plusieurs dissidents, le capitaine Moroni, les grands juges néphites et d'autres figures du livre d'Alma, voir Jeffrey R. Holland, The Book of Mormon: It Begins with a Family, pp. 79-170. Salt Lake City, 1983.
CHERYL BROWN

Livre de Mormon : Livre d’Hélaman
Auteur : CHEESMAN, PAUL R.

Le livre d’Hélaman raconte l'une des périodes les plus tumultueuses de l'histoire des Néphites et des Lamanites (52-1 av. J.-C.). Le récit se concentre sur les difficultés inattendues (par exemple, l'invasion et l’occupation sans précédent du pays de Zarahemla par les Lamanites relatée aux chapitres 4 et 5) et les résolutions inattendues qui viennent de Dieu (par exemple, le retrait des forces lamanites résultant directement de l'œuvre missionnaire de deux fils d’Hélaman, Néphi 2 et Léhi, dans 5:49-52).
Ce livre doit son nom à son premier auteur, Hélaman 2, fils d’Hélaman 1. Les autres personnes qui participent à l’élaboration des annales sont Néphi et Léhi, fils d’Hélaman 2 (16:25), et Mormon, rédacteur principal du Livre de Mormon, qui ajoute le commentaire politique et religieux.
Le récit s'ouvre après qu’Hélaman a reçu de son oncle Shiblon la garde des annales néphites (Al. 63:11) la quarantième année du règne des juges (v. 52 av. J.-C. ; Hél. 1:1). Le récit se répartit en six sections principales : les annales d’Hélaman (chapitres 1-3), les annales de Néphi (chapitres 4-6), la prophétie de Néphi (chapitres 7-11), les réflexions rédactionnelles de Mormon sur la puissance de Dieu (chapitre 12), la prophétie de Samuel le Lamanite (chapitres 13-15) et une brève déclaration sur la période de cinq ans précédant la naissance de Jésus (chapitre 16). Plusieurs discours religieux sont intégrés au récit, notamment les exhortations d’Hélaman à ses fils (5:6-12), le psaume de Néphi (7:7-9), le sermon fait par Néphi du haut de la tour de son jardin (7:13-29 ; 8:11-28), la prière de Néphi (11:10-16) et le long discours de Samuel du haut des murs de Zarahemla (13:5-39 ; 14:2-15:17).
La personne la plus en vue mentionnée dans le livre est sans aucun doute Néphi 2. Après avoir démissionné de son poste de grand juge, Néphi, en compagnie de son frère Léhi, va se consacrer entièrement à la prédication du message de l'Évangile (5:1-4). Sa défense de la providence de Dieu affirme le pouvoir de la prophétie (8:11-28) et, à un niveau pratique, conduit à la condamnation du meurtrier du grand juge (9:21-38). Le Seigneur lui confie le pouvoir de sceller les cieux de sorte qu'aucune pluie ne tombe (10:4-11), un pouvoir que Néphi utilise pour provoquer la fin des conflits et de la perversion civils (11:1-18).
L'apparition des brigands de Gadianton (1:9-12 ; 2:3-11), une société hostile et secrète au sein du corps politique des Néphites et des Lamanites est incontestablement l’événement le plus décourageant et le plus inquiétant de ces cinquante et une années. Mormon informe ses lecteurs de la nature de l'organisation (6:17-30) et de son impact débilitant sur la société (2:13-14 ; 6:38-39 ; 11:24-34).
Par contraste avec ces observations désespérantes, il y a l’un des thèmes centraux du livre : l'ascendant étonnant des Lamanites dans le domaine spirituel. Les Néphites se font écraser en 35 av. J.-C. par une armée lamanite menée par des dissidents néphites et ne réussissent pas à récupérer les territoires perdus (4 :5-10). Néphi et Léhi vont alors chez les Lamanites prêcher l'Évangile (5:16-20). Le succès remarquable avec lequel ils convertissent leurs auditeurs au Christ leur vaut d’être jetés en prison (5:21). Mais dans un déversement extraordinaire de l'Esprit de Dieu, tous ceux qui sont dans la prison sont convertis, un événement qui provoque un revirement spirituel chez les Lamanites et, en fin de compte, le retrait des forces militaires lamanites des terres néphites (5:22-52). À partir de ce moment-là, ce sont les Lamanites qui accomplissent l’œuvre de l'Église, prêchant tant aux Néphites qu’à leur propre peuple (6:1-8, 34-36).
Presque trente ans après (v. 6 av. J.-C.), un prophète lamanite appelé Samuel prophétise à Zarahemla. Il condamne la décadence de la société néphite et met en garde contre la destruction des individus et de la société (13:5-39, en particulier 38 ; 14:20-15:3). Il prophétise aussi que des signes visibles sur le continent américain accompagneront la naissance et la mort de Jésus (14:2-25). Il déclare que l’Expiation a le pouvoir de racheter l'humanité de la chute d'Adam et de réaliser la Résurrection. Il parle enfin de la justice des Lamanites et des promesses de Dieu à leur égard dans les derniers jours (15:4-16).

Bibliographie
Jackson, Kent P., dir. de publ. Studies in Scripture, vol. 8, pp 92-124. Salt Lake City, 1988.
PAUL R. CHEESMAN

Livre de Mormon : Trois Néphi
Auteur : PAUL, CHARLES RANDALL

Le livre de 3 Néphi est le point culminant historique et spirituel du Livre de Mormon. Il se concentre sur trois avènements de Jésus : d'abord, comme l’enfant né à Bethléhem ; en second lieu, comme Seigneur ressuscité visitant les Néphites ; et troisièmement, à sa seconde venue comme juge final à la fin du monde. Dans l’année qui suit les destructions dévastatrices qui se sont produites moment de sa crucifixion, Jésus ressuscité descend parmi un groupe de justes dans la ville néphite d’Abondance. Il se révèle sans aucun doute possible comme le Seigneur et Sauveur du monde, expose son Évangile et établit son Église.
Néphi 3, l'auteur du livre, est le chef religieux d'un groupe ethniquement mélangé de Néphites et de Lamanites à l'époque de la naissance du Christ. Son livre couvre les événements allant de ce moment-là à 34 apr. J.-C. Il est évident que Mormon a copié in extenso dans son abrégé une grande partie du texte de Néphi.
Les annales de Néphi commencent au moment où l'accomplissement des prophéties messianiques de Samuel le Lamanite sauve miraculeusement les croyants de menaces de persécutions anti-messianiques. Les signes de la naissance de Jésus apparaissent : une nuit sans obscurité et une nouvelle étoile, ce qui donne raison à la foi de ceux qui ont cru aux prophéties que Jésus viendrait au monde (chapitre 1).
Après ces signes, beaucoup sont convertis à l’Église dirigée par Néphi. D'autre part, la cupidité, la recherche du plaisir et l'orgueil augmentent radicalement et le gouvernement ne tarde pas à être infiltré par une corruption organisée qui cause une anarchie complète et une désintégration du peuple en tribus familiales et en bandes de brigands. Les attaques incessantes de ces bandes harcèlent les Néphites, qui finissent par abandonner leurs propriétés et se regroupent en un seul corps avec assez de provisions pour subsister pendant sept ans. Les Néphites l’emportent finalement, mais ces perturbations et cette méchanceté causent l'effondrement du gouvernement central. Bien que la plupart des gens rejettent les avertissements et les miracles de Néphi 3, il baptise et ordonne ceux qui croient et le suivent (chapitres 2-7).
Les croyants commencent à attendre les signes désastreux de la mort du Christ, également prophétisés par Samuel. Un orage violent se produit ainsi que des tremblements de terre massifs qui démolissant beaucoup de villes, tuent des milliers de méchants et laissent pendant trois jours de deuil les survivants plus justes dans une épaisse vapeur de ténèbres. Une fois que le tumulte s’apaise, la voix de Jésus-Christ se fait entendre dans les ténèbres, exprimant sa tristesse pour les morts impénitents et son espoir que ceux qui ont été épargnés le recevront, lui et sa rédemption. Il annonce que son sacrifice a mis fin à la nécessité des sacrifices sanglants pratiqués en vertu de la loi de Moïse (chapitres 8-10).
Plus tard, revêtu d’un blanc rayonnant, le Christ ressuscité va descendre montrer ses plaies, guérir, enseigner et ordonner des dirigeants pour son Église. Le premier jour de plusieurs de ces visites, Jésus apparaît à un groupe de 2.500 hommes, femmes et enfants rassemblés au temple d’Abondance. Il ordonne douze disciples et leur donne le pouvoir de baptiser et de conférer le don du Saint-Esprit ; il enseigne au peuple les principes, les ordonnances et les commandements de son Évangile (voir Sermon sur la montagne) ; il explique qu'il a accompli la loi de Moïse ; il guérit les malades et bénit leurs familles. Il annonce son projet de se montrer à d'autres personnes encore inconnues alors des Juifs et des Néphites. Finalement, il contracte une alliance avec eux. Le peuple promet de garder les commandements qu'il lui a donnés et il bénit pour lui le sacrement du pain et du vin en souvenir de son corps ressuscité qu'il lui a montré et du sang par lequel il a accompli l'Expiation (chapitres 11-18).
Le matin du deuxième jour, les disciples baptisent les fidèles et leur confèrent le don du Saint-Esprit et ils sont environnés d’anges et du feu du ciel. Jésus apparaît de nouveau et fait trois prières merveilleuses, explique l'alliance de Dieu avec Israël et son accomplissement promis, passe en revue et corrige quelques points des Écritures néphites et prédit les événements du monde futur, citant les prophéties d'Ésaïe, de Michée et de Malachie. Il inspire même les bébés à révéler « des choses merveilleuses » (3 Né. 26:16). Ensuite il explique l'histoire passée et future du monde, en soulignant le fait que le salut sera accordé à tous ceux qui le suivent (chapitres 19-26).
Une troisième fois, Jésus apparaît aux douze disciples néphites seuls. Il donne un nom à son Église et explique les principes du jugement final. Trois des disciples sont transfigurés et ont des visions célestes. Jésus accorde à ces trois disciples leur souhait de rester sur la terre comme serviteurs spéciaux jusqu'à la fin du monde (chapitres 27-28 ; voir aussi Trois Néphites ; Êtres enlevés).
Le Christ revisite les Néphites pendant une période prolongée et leur dit qu'il visitera aussi les tribus perdues d'Israël.
Son Église grandit en ayant tout en commun, sans riches ni pauvres. Cet état de paix dure presque 180 ans et « assurément il ne pouvait y avoir de peuple plus heureux » (4 Né. 1:16).
Mormon va écrire son abrégé de 3 Néphi plus de trois cents ans après les événements. Entre-temps, les descendants des Néphites qui ont été si bénis ont dégénéré et se livrent des guerres génocidaires. Le témoignage final et sobre de Mormon à ses futurs lecteurs parle de la venue du Seigneur dans les derniers jours, qui, comme sa venue au pays d'Abondance, sera désastreuse pour les impies mais glorieuse pour les justes (chapitres 29-30).
Le texte de 3 Néphi entre dans plusieurs catégories. Tout d'abord, c'est un testament chrétien, un évangile chrétien. Il contient beaucoup de citations directes de Jésus et établit sa nouvelle alliance. Mis par écrit sur un ton personnel émouvant par un témoin oculaire participant à des événements extrêmement tragiques et beaux, le récit invite d'une façon convaincante le lecteur à croire en l'Évangile de Jésus-Christ et à sentir l'amour qu'il a pour tous.
Le texte a aussi été comparé à la littérature pseudépigraphique des quarante jours qui décrit le ministère du Christ auprès des fidèles en terre sainte après sa résurrection (voir Jésus-Christ : Ministère des quarante jours et autres apparitions de Jésus-Christ après sa résurrection ; CWHN 8:407-434). D'autres ont vu dans les chapitres 11-18 un rituel d'alliance qui amplifie fortement la signification du sermon sur la montagne dans l'Évangile de Matthieu (Welch, pp. 34-83). Le récit ressemble également au message apocalyptique des livres d’Énoch : Depuis le type et le but du cataclysme initial jusqu’au caractère sublime de ses révélations aux fidèles et à la création d'une société juste, 3 Néphi est une histoire de théodicée, de théophanie et de théocratie.
Le texte donne des instructions pratiques pour mener une vie sainte. Ce n'est pas un texte exprimant un rêve utopique mais un manuel pratique de commandements à accepter dans des ordonnances d’alliance et à respecter strictement avec dévotion et une consécration pure à Dieu. Ce n'est pas le genre de la littérature de sagesse, pas simplement un livre de suggestions morales pour une bonne vie. Il explique clairement l'Évangile du Christ et rend les idéaux élevés du sermon sur la montagne vivables par tous ceux qui reçoivent le Saint-Esprit. Dotés de pouvoir par de véritables ordonnances chrétiennes et les dons du Saint-Esprit, les Néphites vont créer un paradis que ne surpassé en justice que la Sion d’Hénoc.
Cette Sion fait bon accueil à chacun, d’où qu’il vienne, de quelque époque il vienne. Il promet des bénédictions à « tous ceux qui ont le cœur pur » qui vont au Christ (3 Né. 12:3-9, italiques ajoutés). Ainsi, 3 Néphi invite tout le monde à accepter et à vivre l'Évangile du Christ pour perfectionner la société terrestre et à se joindre à la Sion de tous les peuples justes passés et à venir de sorte que, comme le dit Malachie, la terre ne soit pas « frappée d’interdit » à la seconde venue du Christ (JS–H 1:39). C'est l’exploit antique de Hénoc et l’espoir moderne de Joseph Smith. Le texte ne traite pas du royaume millénaire de Dieu et le Christ ne prie pas non plus ici : «Que ton règne vienne. » Car parmi ces heureux Néphites, il est déjà venu. [Voir aussi Jésus-Christ dans les Écritures : Jésus-Christ dans le Livre de Mormon.]

Livre de Mormon : Quatre Néphi
Auteur : REEVE, REX C.

Abrégé par Mormon, ce bref récit contient les écrits de quatre prophètes néphites (34-320 apr. J.-C.) : Néphi 4, fils de Néphi 3, qui était un disciple de Jésus ressuscité, Amos, fils de Néphi 4 et Amos et Ammaron, deux fils d’Amos. La première section de 4 Néphi résume brièvement quatre générations de paix, de justice et d'égalité qui ont résulté de la conversion du peuple à l’Évangile de Jésus-Christ après la visite du Sauveur ressuscité. Par contraste, la dernière section annonce la destruction future de la nation néphite qui va suivre le rejet progressif et conscient du message de l'Évangile.
4 Néphi relate une époque inégalée dans la société humaine où tout le monde suit les enseignements du Christ pendant presque deux siècles. Ce que l’on retient le plus dans le livre, c’est sa description du pouvoir social et religieux de l'amour de Dieu qui a vaincu les querelles et les autres maux sociaux et politiques (4 Né. 1:15-16). Le peuple connaît un renouvellement urbain, une vie de famille stable, l'unité dans l'Église et l'égalité sociale et économique, ainsi que des miracles divins (1:3-13, 15-17). « Assurément il ne pouvait y avoir de peuple plus heureux… créé par la main de Dieu » (1:16).
Le livre annonce aussi l'apostasie future de la majeure partie de la population par rapport aux enseignements du Christ, introduisant un état de méchanceté et de chaos qui va finir par mener à une destruction totale. Selon le récit, le déclin individuel et collectif va être progressif, étape par étape, avec la perte de l'ordre social et religieux manifestée dans des querelles, l'orgueil engendré par la prospérité, les distinctions de classe avec une amplification des divisions sociales, le rejet du Christ et de son Évangile et la persécution de l'Église (1:24-46).

Bibliographie
Skinner, Andrew C. "The Course of Peace and Apostasy." Dans Studies in Scripture, dir. de publ. K. Jackson, vol. 8. Salt Lake City, 1988.
REX C. REEVE, Jr.

Livre de Mormon : Livre de Mormon
Auteur : REEVE, REX C.

Le bref livre de Mormon (320-400/421 apr. J.-C.), à l’intérieur du Livre de Mormon, raconte l'effondrement extraordinaire de la civilisation néphite, comme cela a été prédit (1 Né. 12:19-20 ; Al. 45:10-14). Il consiste en l'abrégé fait par Mormon de son histoire plus détaillée et plus complète (Mrm. 1-6), en son exhortation finale aux futurs Lamanites et aux autres restes de la maison d'Israël (chapitre 7), et dans les avertissements prophétiques de Moroni 2, fils de Mormon, aux futurs lecteurs des annales (chapitres 8-9). Comme les Néphites du temps de Mormon ont rejeté Jésus-Christ et son Évangile, la superstition et la magie ont remplacé la révélation divine (Mrm. 1:13-19). Une escarmouche à la frontière (1:10) se transforme en guerre majeure, chassant les Néphites de leurs terres traditionnelles (2:3-7, 16, 20-21). Après une paix négociée de dix ans, ils repoussent une attaque lamanite, mais ils le font sans Mormon, ancien commandant de l'armée néphite, qui a refusé d’encore les diriger. La situation s’aggravant, Mormon accepte à contrecœur de commander l'armée néphite à Cumorah, où elles sont détruites (chapitres 3-6). Avec une angoisse intense, Mormon se lamente sur son peuple massacré : « Ô belles créatures, comment avez-vous pu rejeter ce Jésus qui se tenait, les bras ouverts, pour vous recevoir ? » (6:17-22).
Mormon termine ses annales en invitant les Lamanites et les autres restes de la maison d'Israël à s’informer sur leurs ancêtres, à déposer leurs armes de guerre, à se repentir de leurs péchés et à croire que Jésus-Christ est le Fils de Dieu. Ses paroles finales sont : « Si vous croyez au Christ, et êtes baptisés, premièrement d'eau, ensuite de feu et du Saint-Esprit… tout ira bien pour vous au jour du jugement. Amen » (7:10).
Après la bataille finale (385 apr. J.-C.), Moroni 2, solitaire et incertain de sa propre survie, note la mort de son père et termine les annales de celui-ci (8:1-5). Quinze ans plus tard (400 apr. J.-C.), Moroni écrit que les survivants de son peuple ont été pourchassés d'un endroit à l'autre jusqu'à ce qu'il n'y en ait plus sauf lui. Il observe aussi que les Lamanites se font la guerre et que tout le pays est témoin de continuelles effusions de sang. Une deuxième fois il termine l’ouvrage en promettant que ceux qui recevront ces annales dans le futur et ne les condamneront pas apprendront des choses spirituelles plus grandes (8:6-13).
Moroni va apparemment revenir une troisième fois aux annales (entre 400 et 421 apr. J.-C.). Après avoir eu une vision du futur (8:35), il témoigne que les plaques du Livre de Mormon paraîtront par le pouvoir de Dieu un jour où les gens ne croiront plus aux miracles. Les combinaisons secrètes abonderont, les églises seront souillées et il y aura des guerres, des bruits de guerres, des tremblements de terre et de la souillure sur la terre. Moroni lance aussi des avertissements à ceux des derniers jours qui ne croient pas au Christ et qu nient les révélations de Dieu, s’opposant de ce fait aux œuvres du Seigneur (8:14-9 :27). Il mentionne la difficulté de tenir des annales, écrites comme elles l’étaient en « égyptien reformé » (9:31-33 ; cf. Ét. 12:23-25). Moroni termine le volume de son père par le témoignage de la véracité de ses paroles (9:35-37).

Bibliographie
MacKay, Thomas W. "Mormon and the Destruction of Nephite Civilization." Dans Studies in Scripture, dir. de publ. K. Jackson, vol. 8. Salt Lake City, 1988.
REX C. REEVE, Jr.

Livre de Mormon : Livre d'Éther
Auteur : TANNER, MORGAN W.

Le livre d’Éther est le récit abrégé par Moroni 2 de l'histoire des Jarédites, qui sont allés sur le continent américain à l'époque de la « grande tour » de Babel et ont vécu dans la région plus tard connue sous le nom de « pays situé du côté du nord » chez les Néphites, bien avant la colonie de Léhi. Moroni raconte leur histoire, écrite sur les vingt-quatre plaques d'or trouvées par le peuple de Limhi et traduites par Mosiah 2 (Mos. 28:11-19). Éther, dernier prophète des Jarédites et survivant de leur annihilation, grave ces plaques peu après la destruction finale de son peuple. On ne sait pas si Moroni s'est basé sur la traduction de Mosiah ou s’il a retraduit entièrement ou partiellement les annales jarédites. Moroni affirme humblement n’avoir pas écrit « la centième partie » des annales d’Éther (Ét. 15:33).
La structure du livre d’Éther ressemble beaucoup au reste du Livre de Mormon. Il parle de l'émigration d’un peuple par voie de terre et de mer du Proche-Orient, de l’intervention de Dieu pour conduire ce peuple par l’intermédiaire de prophètes, de sa croissance, de sa prospérité et de sa chute, le tout en rapport direct avec son obéissance aux commandements du Seigneur dans sa terre promise. Moroni inclut le livre d’Éther parce que son père Mormon avait projeté de le faire (Mos. 28:19) mais pour une raison quelconque ne l’a pas fait. Tous les deux connaissaient la valeur de ces annales et pouvaient voir que l'histoire des Jarédites ressemblait fort à certains événements néphites.
Moroni va annexer cette histoire au récit néphite comme deuxième témoin contre les maux et les combinaisons secrètes qui ont conduit à l'annihilation des Jarédites et des Néphites. Plusieurs de ses thèmes renforcent les messages de la section néphite du Livre de Mormon : la nécessité de suivre les prophètes et de s’éloigner de la méchanceté persistante et pernicieuse, le pouvoir de la foi au Seigneur manifesté par Jared et le frère de Jared, le témoignage que Jésus-Christ est le Dieu éternel sauveur et l'effondrement d'une nation quand son peuple choisit délibérément la méchanceté. Néanmoins, il y a des différences culturelles notables entre les civilisations jarédite et néphite ; par exemple, les Jarédites étaient exclusivement gouvernés par des rois et ils n’avaient pas les lois et les coutumes israélites puisqu'ils étaient antérieurs à Moïse.
Bien que condensé, le livre reflète un style épique (voir CWHN 5:153-449 ; 6:329-58). Il commence par l'émigration des Jarédites, partis « de la grande tour » (Ét. 1:33, cf. Ge. 11:9) et de la vallée de « Nimrod » (Ét. 2:1 ; cf. Ge. 10:8) vers une nouvelle terre de promission sur le continent américain. Il abrège ensuite l’histoire des rois et des guerres jarédites et conclut par la destruction de la civilisation jarédite. Voici une brève esquisse du livre : Le lignage royal d’Éther est donné (chapitre l) ; Jésus prémortel apparaît au frère de Jared en réponse à ses prières et touche seize petites pierres, les faisant briller pour fournir de la lumière pendant que les barques jarédites traversent la mer (chapitres 2-6) ; les générations des rois jarédites vivent, chassent, se disputent, entrent dans des combinaisons secrètes et les prophètes jarédites mettent en garde contre la destruction imminente (chapitres 7-11) ; Moroni certifie qu’Éther était un prophète qui avait une grande foi et une grande connaissance (chapitres 12-13) ; Éther est témoin de l'annihilation des armées jarédites et la rapporte (chapitres 14-15).
Les personnages principaux et les déclarations doctrinales principales apparaissent pour le plupart au commencement et à la fin du livre d’Éther. Le choix des textes fait par Moroni est d'importance capitale, parce qu’il imprègne l'histoire d’idées, d’exhortations et de comparaisons majeures. Jared est mentionné dès le départ comme fondateur du peuple jarédite. Les révélations et la foi du frère de Jared se voient accorder une importance spéciale au commencement et à la fin du livre. Shiz et Coriantumr sont des figures historiques et symboliques cruciales parce qu'ils deviennent les instruments de l'annihilation. Éther, l'auteur du texte sous-jacent, est témoin oculaire des batailles finales et Moroni considère ses prophéties comme « grandes et merveilleuses » (Ét. 13:13). Le milieu du livre raconte les événements plus banals liés aux règnes des rois jarédites.
Plusieurs points de doctrine enseignés dans le livre d’Éther sont très estimés chez les saints des derniers jours, à savoir que la prospérité dans la terre promise (l’Amérique) est conditionnée par le service du « Dieu du pays qui est Jésus-Christ » (Ét. 2:12), que le Christ prémortel avait un corps d'esprit « semblable à la chair et au sang » (3:6), que Dieu est un Dieu de puissance et de vérité (3:4, 12), que trois témoins confirmeront la véracité du Livre de Mormon (5:3), que la corruption et la chute de la société peuvent venir des combinaisons secrètes (8:22), que le Seigneur montrera à l’humanité sa faiblesse pour que par l'humilité les choses faibles puissent devenir des forces (12:27) et qu’une nouvelle Jérusalem sera un jour édifiée sur le continent américain (13:3-12).

Bibliographie
Sperry, Sidney B. Book of Mormon Compendium, pp. 460-481. Salt Lake City, 1968.
Welch, John W. "Sources Behind the Book of Ether" F.A.R.M.S. Paper. Provo, Utah, 1986.
MORGAN W. TANNER

Livre de Mormon : Livre de Moroni
Auteur : WILCOX, S. MICHAEL

Entre 400 et 421 apr. J.-C., Moroni 2, le dernier gardien des plaques d'or, compile le livre final des annales du Livre de Mormon. Il écrit : J'avais pensé que je n’écrirais plus ; mais j'écris encore un petit nombre de choses, afin qu’elles aient peut-être de la valeur pour mes frères » (Mro. 1:4). Il rassemble ensuite des points plus ou moins apparentés mais importants, notamment les ordonnances accomplies dans l'Église de son temps et dans le l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours aujourd'hui (chapitres 2-6), l’un des sermons de son père (chapitre 7) et deux des lettres de son père (chapitre 9). Il conclut par son propre témoignage et ses exhortations au lecteur (chapitre 10).
ORDONNANCES (CHAPITRES 2-6). Le chapitre 2 contient des instructions données par Jésus-Christ ressuscité à ses douze disciples sur le continent américain au moment où il leur confère le don du Saint-Esprit. Ce don est conféré au nom de Jésus-Christ et par l’imposition des mains de quelqu’un qui a reçu l'autorité. Le chapitre 3 explique que les prêtres et les instructeurs étaient ordonnés au nom de Jésus-Christ par l’imposition des mains par quelqu’un détenant l’autorité requise. La fonction principale des prêtres et des instructeurs était d'enseigner le repentir et la foi en Jésus-Christ. Les chapitres 4 et 5 contiennent les prières fixes pour bénir le sacrement du repas du Seigneur, prières actuellement utilisées dans l'Église. Le chapitre 6 décrit les conditions pour le baptême, notamment le « cœur brisé », l’esprit contrit et le repentir véritable. Moroni explique ensuite comment les membres de l’Église enregistrent les noms de tous les membres, s’instruisent mutuellement, se réunissent dans le jeûne et la prière et prennent souvent la Sainte-Cène.
SERMON ET LETTRES DE MORMON (CHAPITRES 7-9). Le sermon de Mormon (chapitre 7) traite de la foi, de l’espérance et de la charité et comprend des enseignements sur la façon de distinguer le bien du mal, la nécessité des dons spirituels, la nature des miracles et des instructions sur la façon d’obtenir la charité, « l'amour pur du Christ » (7:47).
La première lettre (chapitre 8) condamne le baptême des petits enfants. Mormon enseigne que les enfants sont rendus purs par l'expiation du Christ et n'ont pas besoin du pouvoir purificateur du baptême tant qu’ils ne sont pas assez âgés pour être responsables de leurs actions et être capables de se repentir de leurs péchés.
La deuxième lettre (chapitre 9) expose le niveau de dépravation auquel les Néphites et les Lamanites sont tombés (avant 385 apr. J.-C.), donnant les raisons de leur destruction prophétisée (« [ils sont] sans principes et [ont] perdu toute sensibilité », verset 20), ainsi que la charge donnée par Mormon à son fils de rester fidèle au Christ malgré la méchanceté de leur société.
EXHORTATION ET ADIEU (CHAPITRE 10). Moroni recommande instamment à tous ceux qui lisent le Livre de Mormon de réfléchir et de prier pour avoir le témoignage divin de sa véracité (versets 3-5) et de ne pas nier les dons du Saint-Esprit, qu'il énumère (versets 8-19). Il rend son témoignage personnel de Jésus-Christ et lance cette invitation à tout le monde : « Venez au Christ, et soyez rendus parfaits en lui, et refusez-vous toute impiété » (verset 32). Il dit adieu à ses lecteurs jusqu'à ce qu'il les rencontre le jour final du jugement « devant la barre agréable du grand Jéhovah » (verset 34).

Bibliographie
Jackson, Kent P., dir. de publ., Studies in Scripture, Vol. 8, pp. 282-312. Salt Lake City, 1988.
S. MICHAEL WILCOX

Livre de Mormon – Auteurs
Auteur : Wirth, Diane E.

Beaucoup d’études ont été faites pour savoir qui étaient les auteurs du Livre de Mormon parce que le livre se présente comme l’œuvre composite de plusieurs auteurs antiques. Ceux qui rejettent l'affirmation de Joseph Smith qu'il a traduit le livre par la puissance divine considèrent que c’est lui ou l’un de ses contemporains qui a écrit le livre. Divers arguments ont été avancés pour appuyer ou réfuter ces points de vue opposés.
La controverse sur le point de savoir qui était l’auteur du livre a commencé dès que son existence est devenue de notoriété publique. La première réaction générale a été la moquerie. L’esprit moderne n'accepte pas facilement l'idée qu'un ange puisse remettre des documents antiques à un jeune homme sans formation pour qu’il les traduise. De plus, la plupart des chrétiens de 1830 considéraient le canon de l'Écriture comme complet avec la Bible ; par conséquent, le simple fait d’envisager qu’il puisse exister des Écritures supplémentaires était une violation d’un dogme de base de leur foi. Les adversaires de Joseph Smith, comme par exemple Alexander Campbell, affirmaient aussi que le Livre de Mormon plagiait la Bible et qu’on y retrouvait des thèmes et une phraséologie courants à New York dans les années 1820. Beaucoup de critiques ont avancé la supposition que Sidney Rigdon ou Solomon Spaulding ont joué un rôle dans la rédaction du livre (voir Spaulding – Manuscrit de). On a également avancé que Joseph Smith a emprunté des idées à un autre livre (voir View of the Hebrews). Bien que ces diverses objections et théories soient encore défendues dans beaucoup de milieux, elles ne sont pas confirmées par les études modernes en matière d’auteurs et continuent à soulever autant de questions que celles auxquelles elles essayent de répondre (par exemple, CWHN 8:54-206).
Certains ont prétendu que Joseph Smith avait reconnu qu'il était l'auteur du Livre de Mormon parce que la page de titre de la première édition le présente comme « auteur et propriétaire ». Mais cette formule était exigée par les statuts fédéraux sur le copyright et les formules juridiques fédérales qui avaient cours en 1829 (1 Stat. 125 [1790], modifié 2 Stat. 171 [1802]). Dans la préface de la même édition de 1830, Joseph Smith dit avoir traduit les écrits de Mormon « par le don et le pouvoir de Dieu » (voir Livre de Mormon–Traductions). La position de l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours a invariablement été que la véracité du témoignage de Joseph Smith peut être validée par le témoignage du Saint-Esprit.
La recherche a fait ressortir une diversité d’éléments à l'appui de l'affirmation que les textes du Livre de Mormon ont été écrits par des auteurs antiques multiples. Ces études augmentent de manière considérable le caractère plausible des dires de Joseph Smith concernant l'origine du livre.
La complexité interne du Livre de Mormon est souvent citée comme une forte indication de l’existence d'auteurs multiples. Les nombreux écrits censément abrégés par Mormon sont entremêlés d’une manière complexe et souvent expressément identifiés (voir Livre de Mormon–Plaques et annales). Les divers livres à l’intérieur du Livre de Mormon diffèrent entre eux par le cadre historique, le style et les caractéristiques distinctives tout en étant précis et cohérents dans le moindre détail.
Les études historiques ont démontré que beaucoup de choses, soit inconnues soit d’accès difficile en 1829 en ce qui concerne le Proche-Orient antique, se retrouvent avec précision dans le Livre de Mormon. Cet ensemble de recherches historiques a été étendu par l’œuvre de Hugh W. Nibley (voir Livre de Mormon–Études sur), qui a récemment découvert que des communautés antiques telles que Qumran ont beaucoup de caractéristiques parallèles à celles des peuples du Livre de Mormon (CWHN 5-8). Les Juifs de Qumran étaient des « sectaires », des puristes qui avaient quitté Jérusalem pour éviter la corruption de leurs alliances ; ils pratiquaient des ablutions (un type de baptême) avant la période du Christ et ont écrit l’un de leurs documents sur un rouleau de cuivre qu'ils ont scellé et ont caché en vue de sa parution un jour futur. L’une des analyses de Nibley démontre que le discours d'adieu du roi Benjamin à son peuple (Mos. 2-5) est un bon exemple d’une fête antique de nouvel an (CWHN 6:295-310). Des études ultérieures ont suggéré que le peuple du roi Benjamin a pu célébrer la fête israélite de soukkoth et fait des choses requises par des lois juives qui n’ont été traduites en anglais qu'après la parution du Livre de Mormon (Tvedtnes, 1990).
Les études sur la structure du livre ont dégagé une forme littéraire artistique, le chiasme, qui apparaît dans une riche diversité dans la Bible et dans le Livre de Mormon (voir Livre de Mormon–Littérature). Les études structurelles les plus importantes du Livre de Mormon découlent de l'analyse de John W. Welch (Reynolds, pp. 33-52). Peu connue en 1829, cette forme littéraire crée un parallélisme inversé comme on en trouve dans ce passage biblique du Lévitique 24:17-21 :

Celui qui frappera un homme mortellement…
   Celui qui frappera un animal mortellement…
      Si quelqu’un blesse son prochain …
         Fracture pour fracture,
            oeil pour œil,
            dent pour dent.
         Il lui sera fait la même blessure …
      Celui qui tuera un animal …
Celui qui tuera un homme ….

Et dans le Livre de Mormon, dans Alma 41:13-14 (cf. Welch, pp. 5-22) :

Le bien à ce qui est bien,
   le droit à ce qui est droit,
      le juste à ce qui est juste,
         le miséricordieux à ce qui est miséricordieux.
            C’est pourquoi, mon fils,
         veille à être miséricordieux…
      agis avec justice,
   juge avec droiture
et fais continuellement le bien.

Bien que le chiasme puisse apparaître dans presque n'importe quelle langue ou littérature, il était répandu à l’époque biblique vers le début du septième siècle av. J.-C., époque des prophètes Léhi et Néphi 1 du Livre de Mormon. La rédaction particulièrement précise et belle de plusieurs textes du Livre de Mormon confirme l'idée que leurs auteurs suivaient délibérément et minutieusement les conventions littéraires antiques, ce qui contredit la conception selon laquelle Joseph Smith, né en Nouvelle Angleterre, a pu être l’auteur de ces passages.
D'autres études stylistiques ont examiné la fréquence des mots racines, des idiomes et de la syntaxe hébraïques dans le Livre de Mormon (Tvedtnes, 1970). Certains noms du Livre de Mormon qui n'ont pas d’équivalent anglais ont des noms hébreux apparentés (Hoskisson ; CWHN 6:281-294). Il y a aussi des différences perceptibles entre les vocabulaires et les techniques d'abrègement de Mormon et de son fils Moroni (voir Keller).
Des études statistiques intensives, notamment la stylométrie (ou wordprinting), ont été entreprises sur le Livre de Mormon (Reynolds, pp. 157-188 ; cf. Hilton). Des blocs de texte ont été analysés pour mettre en évidence la tendance quasiment inconsciente des auteurs à utiliser des mots non contextuels avec une fréquence et dans des combinaisons qui leur sont propres. La technique du wordprinting [NdT : le mot « wordprint » a été créé à partir de « fingerprint », voulant dire que de même qu’un individu donné a des empreintes digitales qui l’identifient à coup sûr, de même toute personne qui écrit a une empreinte sémantique, caractérisée par une utilisation de mots non liés au contexte qui lui est propre et donc l’identifie] a été utilisée pour découvrir qui était l’auteur de documents tels que les douze Federalist Papers dont l’origine faisait l’objet de controverses et un roman de Jane Austen publié à titre posthume. Appliquée au Livre de Mormon, la technique du wordprinting révèle que les tendances dans l’utilisation de mots non contextuels dans Livre de Mormon diffèrent considérablement des écrits personnels de Joseph Smith, de Salomon Spaulding, de Sidney Rigdon et d'Oliver Cowdery, qui ont été les secrétaires de Joseph Smith. En outre, celles de Néphi 1 sont cohérentes entre elles mais différentes de celles d'Alma 2. Les résultats de la mesure objective de ces phénomènes sont qu’il est statistiquement hautement improbable que le Livre de Mormon ait pu être écrit par un seul auteur. L'introduction d’un vocabulaire nouveau dans le texte est très lente, ce qui cadre avec le rôle uniforme joué par Joseph Smith comme traducteur.

Bibliographie
Hilton, John L. "On Verifying Wordprint Studies: Book of Mormon Authorship." BYU Studies 30 (Summer 1990), pp. 89-108.
Hoskisson, Paul. "An Introduction to the Relevance of and a Methodology for a Study of the Proper Names of the Book of Mormon." Dans By Study and Also by Faith, dir. de publ. J. Lundquist et S. Ricks, Vol. 2, pp. 126-135. Salt Lake City, 1990.
Keller, Roger R. "Mormon and Moroni as Authors and Abridgers." F.A.R.M.S Update, avr. 1988.
Reynolds, Noel B., dir. de publ. Book of Mormon Authorship: New Light on Ancient Origins. Provo, Utah, 1982.
Tvedtnes, John. "Hebraisms in the Book of Mormon: A Preliminary Survey." BYU Studies 2 (Autumn 1970), pp. 50-60.
Tvedtnes, John. "King Benjamin and the Feast of Tabernacles." Dans By Study and Also by Faith, dir. de publ. J. Lundquist et S. Ricks, Vol. 2, pp. 197-237. Salt Lake City, 1990.
Welch, John W. "Chiasmus in Biblical Law." Dans Jewish Law Association Studies IV, dir. de publ. B. Jackson, pp. 5-22. Atlanta, 1990.
Wirth, Diane E. A Challenge to the Critics: Scholarly Evidences of the Book of Mormon. Bountiful, Utah, 1986.
D. BRENT ANDERSON
DIANE E. WIRTH

Livre de Mormon – Chronologie
Auteur : Pratt, John P.

Le Livre de Mormon contient une chronologie qui a une cohérence interne sur les mille années d'histoire néphite, avec des dates néphites précises pour plusieurs événements, notamment la crucifixion de Jésus-Christ. Cependant, on n’a pas pu relier sa chronologie de manière formelle à d'autres calendriers à cause du caractère incertain des dates bibliques et du manque de détails concernant les calendriers néphites. Il existe encore moins de renseignements sur la chronologie jarédite (Sorenson, 1969).
CHRONOLOGIE NÉPHITE INTERNE. Les Néphites tenaient avec précision le calcul de leur temps par rapport à au moins trois points de référence : 1. Les années étaient comptées à partir du moment où Léhi avait quitté Jérusalem (Én. 1:25 ; Mos. 6:4) ; c’était non seulement une date d'origine importante, mais un ange avait également dit que le Sauveur viendrait « 600 ans » après cette date (1 Né. 19:8).
2. Le temps était également mesuré à partir du commencement du règne des juges (v. 91 av. J.-C. ; cf. 3 Né. 1:1), qui a marqué une réforme politique importante mettant fin à cinq siècles de royauté néphite (Jcb. 1:9-11 ; Al. 1:1), pendant lesquels les années du règne de chaque roi étaient comptées selon les pratiques typiques du monde antique (1 Né. 1:4 ; Mos. 29:46).
3. Les Néphites ont calculé plus tard le temps à partir du signe de la naissance du Christ (3 Né. 2:8).
Le Livre de Mormon relie les trois systèmes dans plusieurs passages qui sont manifestement cohérents. Le tableau 1 mentionne plusieurs événements utilisant les systèmes néphite.
La majeure partie des annales néphites concerne trois périodes historiques : l’époque de Léhi et de ses fils (v. 600-500 av. J.-C.), les événements précédant et suivant la venue du Christ (v. 150 av.-34 apr. J.-C.), et la destruction des Néphites (v. 300-420 apr. J.-C.). C’est ainsi que le livre relativement grand d'Alma ne couvre que trente-neuf ans, alors que les livres beaucoup plus petits d'Omni et de 4 Néphi couvrent chacun plus de deux cents ans.
Les éditions du Livre de Mormon publiées par l’Église donnent les dates en années néphites, déduites du texte, au bas des pages. Il n’y a cependant pas de description de la nature exacte de l'année néphite. Elle commençait par le « premier jour » du « premier mois » (Al. 51:37-52:1 ; 56:1), et elle comptait probablement douze mois parce que le onzième mois était « tout à la fin » de l'année (Al. 48:2, 21 ; 49:1), mais la durée des mois et de l'année elle-même n’est pas mentionnée.
Jusqu'à la venue du Christ, les Néphites ont observé la loi de Moïse (2 Né. 25:24 ; Al. 25:15), qui utilisait généralement les mois lunaires (de nouvelle lune à nouvelle lune). Le Sauveur a été crucifié le quatorzième jour du premier mois lunaire du calendrier juif (Jn. 19:14 ; Lé. 23:5), mais le quatrième jour du premier mois néphite (3 Né. 8:5). Cela peut vouloir dire que les mois néphites n'étaient pas lunaires à ce moment-là et que leur calendrier civil a pu être différent de leur calendrier religieux.
John L. Sorenson (1990) a observé que pendant le règne des juges les guerres se limitaient la plupart du temps à quatre mois néphites consécutifs. On peut faire correspondre approximativement ces mois à notre calendrier parce que même aujourd'hui les guerres en Mésoamérique (la région probable de la géographie du Livre de Mormon pendant la majeure partie de l'histoire néphite) ont lieu la plupart du temps pendant la saison sèche après la moisson d’automne. Cette corrélation implique que l'année néphite commençait à ce moment-là en décembre (voir Livre de Mormon–Histoire de la guerre dans). Cela signifierait que parce que la crucifixion du Christ (vraisemblablement début avril) s'est produite le premier mois néphite, les Néphites ont probablement décalé leur calendrier pour faire commencer le premier mois en avril en même temps qu’ils ont commencé à compter le temps à partir de la naissance du Christ. Cette conclusion correspond à ce que disent les annales néphites que le Christ est né peu après la fin de l'année néphite (3 Né. 1:1-9).
CHRONOLOGIE EXTERNE. Les éléments dont nous disposons nous permettent d’attribuer deux longueurs possibles à l’année néphite : 365 jours et 360 jours. On peut faire correspondre chacune d’elles à l'histoire externe. La chronologie interne est cohérente, de sorte que si l’on connaissait la nature exacte du calendrier néphite, il suffirait d’un seul point de référence dans l'histoire externe pour fixer la chronologie néphite tout entière. Il faudrait cependant au moins deux dates de ce genre pour déterminer la durée de l'année néphite. Trois événements principaux sont communs aux sources néphites et à celles du Vieux Monde : (1) la première année du règne de Sédécias, roi de Juda ; (2) la naissance du Christ et (3) la mort du Christ. Comme il y a divers degrés d'incertitude au sujet de ces trois points de référence, on a proposé des méthodes de corrélation alternatives, chacune utilisant deux de ces dates.
D'abord, Orson Pratt a proposé la théorie que les Néphites utilisaient une année de 365 jours, comme les Égyptiens avant eux et comme les Mésoaméricains après eux (Millennial Star 28, 22 déc. 1866, p. 810). On a noté (Lefgren) qu'une telle année correspond, au jour près, à l’un des choix pour les dates de naissance et de décès du Christ, à savoir respectivement le jeudi 6 avril de l’an 1 av. J.-C., et le vendredi 1er avril de l’an 33 apr. J.-C. (calendrier grégorien). Ces deux dates sont soutenues par d'autres arguments (J. Pratt, 1985 et 1990). Cette théorie suppose que le troisième système du calcul néphite a commencé le jour même de la naissance du Christ, ce qui n'est pas dit explicitement dans le Livre de Mormon mais correspond aux conclusions de Sorenson ci-dessus.
En second lieu, la plupart des historiens croient que la première année du roi Sédécias a commencé en 598-596 av. J.-C. Léhi a quitté Jérusalem peu après (1 Né. 1:4 ; 2:4). La date de la naissance du Christ n'est pas connue directement d’après les sources historiques, mais on croit que le roi Hérode est mort en 5-4 av. J.-C., ce qui veut dire que le Christ a dû naître un peu plus tôt (Mt. 2:1). En prenant ces deux événements comme points de référence, Huber a proposé une année néphite de 360 jours parce que 600 années de ce genre correspondent à l'intervalle entre Léhi et le Christ (3 Né. 1:1) ; pareil système a un précédent historique et est apparemment à la base de certaines prophéties dans lesquelles le mot « temps » peut être égal à 360 jours (par exemple, Ap. 12:14).

Bibliographie
Brown, S. Kent; C. Wilfred Griggs et H. Kimball Hansen. "Review of April Sixth by John C. Lefgren." BYU Studies 22 (Summer 1982), pp. 375-383. Voir réfutation et réponse dans BYU Studies 23 (Spring 1983), pp.252-255.
Huber, Jay H. "Lehi's 600 Year Prophecy and the Birth of Christ." F.A.R.M.S. Paper. Provo, Utah, 1982.
Lefgren, John C. April Sixth. Salt Lake City, 1980.
Pratt, John P. "The Restoration of Priesthood Keys on Easter 1836. Part 1: Dating the First Easter." Ensign 15 (juin 1985), pp. 59-68.
Pratt, John P. "Yet Another Eclipse for Herod." The Planetarian 19 (déc. 1990), pp. 8-14.
Sorenson, John L. "The Years of the Jaredites." F.A.R.M.S. Paper. Provo, Utah, 1969.
Sorenson, John L. "Seasonality of Warfare in the Book of Mormon and in Mesoamerica." Dans Warfare in the Book of Mormon, dir. de publ. S. Ricks et W. Hamblin, pp. 445-477. Salt Lake City, 1990.
JOHN P. PRATT

Tableau 1 Choix d’événements de l'histoire néphite

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Note : Les années entre parenthèses sont calculées en faisant commencer l'année –600 juste 600 années néphites avant la naissance du Christ.

Livre de Mormon dans une culture biblique
Auteur : Smith, Timothy L.

Point n’est besoin de voir plus loin que les sectes revivalistes qui régnaient en Amérique pour découvrir pourquoi les tout premiers missionnaires mormons ont trouvé directement des gens pour les écouter au sujet de leur livre sacré. Les appels fermes à la justice et à l'obéissance personnelles aux exigences morales des Écritures judéo-chrétiennes étaient, en 1830, les motifs dominants de toutes les confessions protestantes. De plus, toutes les sectes américaines avaient leur théorie au sujet de l'histoire ancienne et future des Indiens et des Juifs.
Ces intérêts et ces croyances étaient également prédominants parmi les pasteurs méthodistes, congrégationalistes et baptistes desservant des assemblées dans et autour du Cheshire, dans le nord de l’Angleterre. Le Journal de Heber C. Kimball, où se trouve le récit de sa mission en Grande-Bretagne, montre comment l’épanouissement de l'étude biblique et des théories millénaristes y avait préparé le terrain à une première évangélisation mormone. Il raconte que même les ecclésiastiques de l’Église anglicane disaient à leurs assemblées que les enseignements des saints des derniers jours révélaient les mêmes principes que les apôtres d’autrefois avaient enseignés.
Le Livre de Mormon donne aussi des indications précises sur plusieurs sujets que les Écritures chrétiennes semblent avoir laissés peu clairs, notamment le baptême par immersion et les promesses selon lesquelles tous les croyants, et pas simplement les apôtres, peuvent « être remplis du Saint-Esprit », que les croyants chrétiens peuvent être rendus purs de cœur (comme John Wesley l’avait souligné le siècle précédent), que tout le monde, et pas simplement les « élus », peut faire l'expérience de recevoir le salut en répondant librement à une grâce accordée gratuitement et que l’obéissance et les œuvres de justice sont le fruit de cette expérience. Le livre affirme aussi la véracité des récits bibliques concernant la dispersion d'Israël en affirmant que les indigènes Américains proviennent de descendants de Joseph et de Juda.
Le pouvoir de persuasion des nouvelles Écritures et des missionnaires qui les ont exposées résidait donc dans leur témoignage de croyances qui étaient essentielles pour les sectes protestantes évangéliques tant dans l’Amérique jacksonienne que dans l’Angleterre victorienne de l’époque. Parley P. Pratt, l’un de ces premiers missionnaires mormons, disait à ses auditeurs anglais que deux erreurs dans l'interprétation de la Bible avaient causé une incertitude généralisée. L’une d’elles était la croyance que l'inspiration directe par le Saint-Esprit n'était pas prévue pour toutes les époques de l'Église et l'autre était que les Écritures juives et chrétiennes contenaient toute la vérité nécessaire au salut ainsi qu’une règle suffisante pour la foi et la pratique.
Certains diacres et anciens du XIXe siècle et un petit nombre de pasteurs évangéliques se débattaient contre la tentation grave de douter de la vérité et de la pertinence de grandes parties du livre sur lequel on leur avait enseigné à faire dépendre leur destin éternel. C’est vrai que les détails des histoires racontées dans les deux livres sacrés étaient radicalement différents. Mais ils s’adaptaient merveilleusement l’un à l’autre. Et leur structure morale, l'histoire qu'ils racontaient sur Jésus, leur promesse de salut et leur description des derniers jours de l'humanité étaient remarquablement semblables. Bien que les nouvelles Écritures eussent des ressemblances avec l’arminianisme évangélique aux dépens des idées calvinistes longtemps dominantes dans l’Amérique coloniale, il en allait de même des enseignements dispensés au début du XIXe siècle par beaucoup de protestants, même presbytériens, sans parler des méthodistes et des disciples du Christ. Les saints des derniers jours déclaraient que, par la voix de deux témoins, la Bible et le Livre de Mormon, la vérité était confirmée, tout comme le prophète Néphi 1 l’avait prédit (cf. 2 Né. 29:8).
Aux yeux de certains qui ne sont pas membres de l'Église, le Livre de Mormon renforce l'autorité de l'Écriture sainte de cinq manières importantes. La toute première en importance est l'affirmation du volume que la religion chrétienne est basée sur les Ancien et Nouveau Testaments. Le livre affirme ce que les recherches bibliques récentes rendent certain : la continuité de la théologie, de l'éthique et de la spiritualité que les deux testaments ont proclamées. Dans le Livre de Mormon, Jésus est le Seigneur qui a donné la loi à Moïse et le Christ ressuscité est identique au Messie d'Ésaïe le prophète. Il remet exactement le même message de rédemption, de foi et d'une nouvelle vie de justice par le Saint-Esprit que le Nouveau Testament lui attribue.
Deuxièmement, le Livre de Mormon renforce la vision unificatrice de la religion biblique, la fondant sur la conviction d'une humanité commune que les histoires de la création déclarent, que la promesse de Dieu à Abraham implique et que Jésus affirme. Le millénarisme puritain a pu inspirer une conception ethnocentrique de la destinée anglo-saxonne, mais l'image du futur dans le Livre de Mormon va tout à fait à l’opposé. Elle envisage une conversion mondiale des croyants et leur rassemblement final dans le royaume de Dieu. Cela commence là où la « paroisse mondiale » de John Wesley s’arrête.
Troisièmement, le lien biblique qui rattache la sainteté à l'espérance de salut, tant individuel que social, trouve aussi sa confirmation dans le Livre de Mormon. Il est certain que les méthodistes n'avaient pas l’exclusivité de ce rattachement, car les prédicateurs baptistes, les congrégationalistes de Charles G. Finney, les disciples du Christ d'Alexander Campbell et des unitariens comme William E. Channing l'ont affirmé. Les anciens Néphites écoutaient la parole de leurs prophètes et attendaient la seconde venue de Jésus-Christ, le Fils de la Justice. Quand il est apparu à leurs descendants dans le Nouveau Monde, Jésus a répété d’une manière encore plus claire les paroles du sermon sur la montagne qu'il avait proclamé dans le Vieux.
Quatrièmement, la traduction par Joseph Smith d'un livre sacré ancien a contribué à amener à maturité un autre mouvement, qui grandissait depuis longtemps chez les puritains, les piétistes, les quakers et les méthodistes, celui de restaurer dans la doctrine chrétienne l'idée de la présence du Saint-Esprit dans la vie des croyants. Charles G. Finney en vint finalement à croire, par exemple, que le baptême du Saint-Esprit ou l'expérience de la sanctification complète remédierait aux insuffisances de la justice et de l’amour qu’il voyait chez ses convertis. C’était, bien entendu, aussi le cas pour presque tous les méthodistes. Les observateurs tant de l’intérieur que de l’extérieur de l'Église rétablie ont témoigné que dans les premières années quelque chose d’apparenté aux phénomènes de pentecôte modernes se produisait au moins le cercle intérieur des saints. Dans les années 1830, les évangéliques de plusieurs traditions ont considérablement étendu leur utilisation de l'exemple du jour de la Pentecôte pour déclarer que la puissance de Dieu est à l’œuvre dans le monde.
Cinquièmement, le Livre de Mormon a eu sa part dans le rétablissement de certaines espérances chrétiennes que dans les derniers temps les prophéties bibliques s’accompliront littéralement. Ceux qui par la foi et le baptême deviennent des saints seront inclus parmi le peuple de Dieu, choisis à la « onzième heure ». Eux aussi doivent se rassembler en Sion, une nouvelle Jérusalem pour le Nouveau Monde, et dans une Jérusalem rétablie dans le Vieux ; et le Christ reviendra effectivement.
Quelles que soient les interprétations de la King James Version des Écritures que les saints des derniers jours aient élaborées plus tard, le rôle de soutien mutuel de la Bible et du Livre de Mormon était au cœur de la pensée de Joseph Smith, des premiers missionnaires et de leurs convertis.

Bibliographie
Kimball, Heber C. Journal. Nauvoo, Ill., 1840.
Smith, Timothy L. "The Book of Mormon in a Biblical Culture." Journal of Mormon History 7 (1980):3-21.
TIMOTHY L. SMITH

Livre de Mormon – Économie et technologie
Auteur : Peterson, Daniel C.

Le Livre de Mormon donne des renseignements sur trois peuples américains préhispaniques. Bien que ses auteurs ne donnent pas une image détaillée de la culture économique et matérielle de leurs sociétés, de nombreux détails accessoires sont préservés dans le récit. Dans beaucoup de cas, bien que pas dans tous, l'archéologie confirme les détails généraux. Les problèmes que l’on a encore à faire entrer le Livre de Mormon dans son cadre ancien présumé sont dus sans aucun doute à la rareté des informations fournies dans le livre lui-même et au caractère incomplet des données archéologiques.
Tester ce que le Livre de Mormon dit au sujet de la culture matérielle précolombienne est plus difficile qu’on pourrait le croire au premier abord. Par exemple, c'est un fait historiquement bien établi que les techniques artisanales peuvent se perdre ; on ne peut donc pas considérer sans risque de se tromper que les technologies mentionnées pour les populations limitées du Livre de Mormon ont survécu après la destruction des Néphites. On ne peut pas non plus considérer que l’on a réussi à transférer les technologies du Vieux Monde dans le Nouveau. Beaucoup d’artisanats devaient être inconnus des petits groupes de colons, et même parmi les techniques qui ont été transportées de l’autre côté de la mer, beaucoup ont pu ne pas s’avérer utiles ou adaptables dans le nouvel environnement. On ne peut même pas avoir la certitude que les techniques attestées dans les premières parties du Livre de Mormon ont survécu dans l'histoire ultérieure au sein du livre lui-même.
L'économie des peuples du Livre de Mormon paraît, dans l'ensemble, avoir été relativement simple. Bien que beaucoup de Néphites et de Jarédites aient vécu dans des villes de taille modeste (un fait dont la plausibilité a été augmentée par les recherches récentes), leurs sociétés étaient basées sur l’agriculture. Le commerce est mentionné pour certaines époques, mais il était entravé par des guerres fréquentes. Dans les périodes rarement mentionnées de liberté de déplacements, les barrières aux échanges commerciaux tombaient et les Lamanites et les Néphites prospéraient comme on pouvait le prévoir (par exemple, Hél. 6:7-9).
En dépit de la base agraire de l'économie, la richesse se manifestait sous forme de troupeaux de gros et de petit bétail, de vêtements coûteux, d’or, d’argent et de « choses précieuses » plutôt que de terres (Jcb. 2:12-13 ; Én. 1:21 ; Jm. 1:8 ; Mos. 9:12 ; Al. 1:6, 29 ;17:25;32:2; Ét. 10:12). L'idéologie des principaux peuples du Livre de Mormon a sans aucun doute contribué à ce phénomène : Ils se considéraient comme un reste juste obligé d’abandonner ses demeures confortables et de partir dans le désert à cause de ses convictions religieuses. Puisque des populations entières semblent s'être déplacées souvent, les terres ne devaient pas être une source stable de richesse (2 Né.. 5:5-11 ; Om. 12-13, 27-30 ; Mos. 9 ;18:34-35 ; 22; 24:16-25 ; Al. 27 ; 35:6-14 ; 63:4-10 ; Hél. 2:11 ; 3:3-12 ; 4:5-6, 19 ; 3 Né. 3:21-4 :1 ; 7:1-2). Idéalement, la richesse devait être partagée avec les pauvres et pour le bien commun, mais ce que l’on observe le plus souvent, ce sont les contrastes marqués entre riches et pauvres.
L'agriculture dans le Livre de Mormon portait sur le bétail et la culture. Par exemple, au cinquième siècle av. J.-C., le peuple néphite « laboura la terre, et cultiva toutes sortes de grains, et de fruits, et éleva de nombreux troupeaux, et des troupeaux de toutes sortes de bétail de toute espèce, et des chèvres, et des chèvres sauvages, et aussi beaucoup de chevaux » (Én. 1:21). Au deuxième siècle av. J.-C., le peuple de Zénif cultive le maïs, le blé, l'orge, le « néas » et le « shéum » (Mos. 9:9 ; cf. Al. 11:7). Le maïs était et est l’aliment de base du régime alimentaire de la plupart des populations indigènes d'Amérique. Certains des autres points énumérés restent moins sûrs. Ce n’est qu’en 1982 que l’on a publié des éléments de preuve démontrant la présence de cultures d’orge précolombiennes dans le Nouveau Monde (Sorenson, 1985, p. 184). Le « néas » n'est pas identifiable ; mais le mot « shéum » semble apparenté au vieux she-um akkadien, un grain probablement du type orge (voir Personnel de F.A.R.M.S., « Weights and Measures »).
La mention dans le Livre de Mormon de chevaux en Amérique précolombienne a donné lieu à beaucoup de critiques et l’on ne dispose à ce jour d’aucune réponse définitive à cette question. Les données linguistiques suggèrent que le « cheval » du Livre de Mormon ne doit pas forcément désigner l'equus, mais pourrait désigner un autre quadrupède pouvant être monté par l’homme, comme le donne à penser l'art mésoaméricain (Sorenson, 1985, p. 295). Il existe, en outre, des données archéologiques auxquelles on n’a pas prêté grande attention qui tendent à montrer que dans certaines régions le cheval du pléistocène américain a pu survivre jusque dans les temps du Livre de Mormon (Update, juin 1984).
La plupart des transports se faisaient manifestement à dos d’homme ; dans les deux contextes où le Livre de Mormon mentionne des « chars » il s'avère que leur utilisation a été très limitée (Al. 18:9-12 ;20:6; 3 Né. 3:22). Les chars ne sont jamais mentionnés dans un contexte militaire. La roue n’est mentionnée nulle part dans le Livre de Mormon (sauf dans une citation d'Ésaïe). Cela veut dire qu’on ne sait pas ce que pouvaient être les « chars » néphites. On nous dit que les Néphites utilisaient des « routes » et des « grandes routes » (3 Né.. 6:8). Certains saints des derniers jours pensent qu’il doit s’agir là des systèmes routiers considérablement attestés du Mexique antique. Des « bateaux » de forme inconnue ont été utilisés au milieu du premier siècle av. J.-C. pour faire du cabotage dans « la mer de l’ouest » (Al. 63:6) et pour transporter le bois de construction vers le nord (Hél. 3:10) et il semble évident que les voyages maritimes étaient parfois importants (Hél. 3:14). Le texte mentionne aussi les perles fines comme articles coûteux (4 Né. 1:24).
Il est question de « soie » et de « fin lin retors » (par exemple dans Al. 1:29 ; Ét. 10:24) en même temps que du tissu simple (de coton ?). Il est peu probable que la « soie » ait été produite par des vers à soie comme en Chine, mais des tissus du même genre étaient connus, du moins en Mésoamérique. Par exemple, au Guatemala on se servait de la fibre de la plante d'ananas blanc, et chez les Aztèques de poils de lapin pour faire des tissus semblables à la soie. Bien que le lin n'ait apparemment pas été connu en Amérique avant l'arrivée des Espagnols (le linge était fait de lin dans le Vieux Monde), plusieurs tissus d’origine végétale ayant des caractéristiques semblables sont bien attestés en Amérique antique (Update, nov. 1988).
Quand on lit le Livre de Mormon ou n'importe quel autre texte provenant d'une culture étrangère ou antique, il faut veiller à éviter de se méprendre sur ce qui est inconnu sur la base de ce qui est connu. Par exemple, on dit que les Néphites se servaient d’ « argent » mais comme les Israélites du temps de Léhi ne savaient pas battre monnaie, « l’argent » néphite n’était probablement pas sous forme de pièces..
Alma 11 décrit un système bien intégré de mesures de capacité pour matières sèches et d’unités de métal pesé; certains analystes ont fait remarquer que le système esquissé est étonnamment simple, efficace et rationnel (Smith). Dans sa configuration mathématique binaire et son utilisation d'orge et d'argent comme moyens monétaires de base, le système néphite rappelle les systèmes semblables connus en Égypte et dans les lois babyloniennes d'Eshnunna (personnel de F.A.R.M.S., « Weights and Measures » ; Update, mars 1987).
Les Néphites ne parlent de fabrication d’armes en « acier » et en « fer » que pendant leurs quelques premières générations (2 Né. 5:15 ; Jm. 1:8); le fer n’est mentionné que comme un métal ornemental « précieux » du temps de Mosiah (Mos. 11:8). On ne sait pas au juste ce que ces termes signifient à l'origine. De l’» acier » et du « fer » et d'autres métaux jarédites sont mentionnés deux fois mais ne sont pas décrits (Ét. 7:9 ;10:23). Les armes du soldat ordinaire étaient nettement plus simples : des pierres, des massues, des lances et l'arc et la flèche (par exemple, Al. 49:18-22).
La simplicité relative de la société dans le Livre de Mormon n'implique pas une absence d’évolution selon les normes antiques. Par exemple, il semblerait que l'instruction n'ait pas été rare parmi les Néphites ou les Jarédites. Les dirigeants fondateurs des migrations étaient à coup sûr instruits et il est dit des Néphites, au milieu de leur histoire, qu’ils avaient produit « beaucoup de livres, et beaucoup d’annales de toute espèce » (Hél. 3:15). Par contre, les Lamanites et les Mulékites tenaient moins bien leurs annales (Om. 1:17-18 ; Mos. 24:4-6 ; Hél. 3:15). Les Jarédites et les Néphites tenaient leurs annales les plus sacrées sur des plaques de métal presque impérissables, bien que certains de leurs livres aient été écrits sur des supports inflammables (Al. 14:8). Les plaques que Joseph Smith avait en sa possession, et que lui et d'autres témoins oculaires contemporains ont décrites, semblent tout à fait relever de la compétence des métallurgistes préhispaniques (Putnam ; Sorenson, 1985, pp. 278-288) et il y a, pour la façon dont elles ont été enterrées, de riches précédents dans le Vieux Monde (Wright).

Livre de Mormon – Éditions (1830-1981)
Auteur : Skousen, Royal

Les deux grands objectifs de chaque édition du Livre de Mormon ont été (1) de reproduire fidèlement le texte et (2) de rendre le texte accessible au lecteur. L’objectif de la fidélité au texte a amené les vérificateurs ultérieurs à retourner aux éditions plus anciennes et, là où ils étaient accessibles, au manuscrit original et à celui de l'imprimeur (voir Livre de Mormon – Manuscrits). L’objectif de l'accessibilité a conduit à une certaine modernisation et à une certaine standardisation du texte lui-même et à l’ajout d’aides au lecteur (texte introductif, division en versets, notes de bas de page, sommaires de chapitre, dates, guide de prononciation et index).
Quatre éditions ont été publiées du vivant de Joseph Smith : 1. 1830 : 5.000 exemplaires édités par E. B. Grandin à Palmyra (New York). D’une manière générale, la première édition est une copie fidèle du manuscrit de l'imprimeur (bien qu'à un moment donné, ce soit le manuscrit original plutôt que celui de l'imprimeur qui ait été utilisé pour la composition). Pour l’essentiel, cette édition reproduit ce que John H. Gilbert, le compositeur, considérait comme des « erreurs grammaticales ». Gilbert a ajouté la ponctuation et déterminé la division en paragraphes pour la première édition. Dans la préface, Joseph Smith explique la perte du livre de Léhi, 116 pages du manuscrit (voir Manuscrit, 116 pages perdues). Les témoignages des trois et des huit témoins sont placés à la fin du livre. Dans cette édition et toutes les autres éditions primitives, il n’y a pas de division en versets.
2. 1837: 3.000 ou 5.000 exemplaires publiés par Parley P. Pratt et John Goodson à Kirtland (Ohio). Pour cette édition, des centaines de changements grammaticaux et quelques corrections ont été apportés au texte. L'édition de 1830 et le manuscrit de l'imprimeur ont été utilisés comme base pour cette édition.
3. 1840 : 2.000 exemplaires publiés pour Ebenezer Robinson et Don Carlos Smith (par Shepard et Stearns, Cincinnati, Ohio) à Nauvoo. Joseph Smith a comparé le texte imprimé au manuscrit original et a découvert un certain nombre d'erreurs commises lorsque le manuscrit de l'imprimeur a été copié de l'original. L'édition de 1840 rétablit donc certaines des formulations du manuscrit originel.
4. 1841 : 4.050 (5.000 prévus au contrat) publiés pour Brigham Young, Heber C. Kimball et Parley P. Pratt (par J. Tompkins, Liverpool, Angleterre). Cette première édition européenne a été imprimée avec la permission de Joseph Smith ; elle est essentiellement une réimpression de l'édition de 1837 avec l’orthographe britannique.
Deux autres éditions britanniques, l’une de 1849 (publiée par Orson Pratt) et l'autre de 1852 (publiée par Franklin D. Richards) comportent des changements mineurs du texte. Dans l'édition de 1852, Richards a ajouté des numéros aux paragraphes pour aider à trouver les passages, créant de ce fait la première division en versets, quoique primitive, du Livre de Mormon.
Trois autres éditions importantes comportent des changements majeurs de format ainsi que des modifications mineures : 1. 1879: Publiée par Orson Pratt. Les grands changements dans le format du texte consistent en la division des longs chapitres du texte original, un véritable système de versets (qui a été suivi dans toutes les éditions suivantes de l’Église) et des notes de bas de page (essentiellement des références scripturaires).
2. 1920: Publié par James E. Talmage. Autres changements : introduction, doubles colonnes, sommaires de chapitres et de nouvelles notes de bas de page. Une partie des retouches mineures que l’on trouve dans cette édition se trouvaient déjà dans les éditions de 1905 et de 1911, aussi sous la direction rédactionnelle de Talmage.
3. 1981: Publiée par un comité dirigé par des membres du Collège des Douze. Cette édition est un remodelage important de l'édition de 1920 : Le texte paraît de nouveau en deux colonnes, mais contient une nouvelle introduction, de nouveaux sommaires de chapitre et de nouvelles notes de bas de page. Une vingtaine d’erreurs textuelles importantes qui s’étaient glissées dans le manuscrit de l'imprimeur sont corrigées grâce à un retour au manuscrit originel. D'autres corrections ont été faites suite à une comparaison avec le manuscrit de l'imprimeur et l'édition de Nauvoo de 1840.
L'Église réorganisée de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jour (RLDS) a également sa propre tradition textuelle. Avant 1874, les RLDS utilisaient une édition du Livre de Mormon publiée par James O. Wright (1858, New York), fondamentalement une réimpression de l'édition de Nauvoo de 1840. Les première et deuxième éditions RLDS (1874, Plano, Illinois et 1892, Lamoni, Iowa) suivaient le texte de 1840 et avaient leur propre système de division en versets. À la différence des éditions ultérieures de l’Église, toutes les éditions des RLDS ont maintenu les chapitres plus longs originaux.
En 1903 les RLDS ont obtenu le manuscrit de l'imprimeur et l'ont utilisé pour créer leur troisième édition (1908, Lamoni, Iowa). Le texte de l'édition de 1908 rétablit beaucoup de formulations qui se trouvent dans ce manuscrit, mais, d‘une manière générale, ne touche pas aux changements grammaticaux apportés dans l'édition de Kirtland de 1837. Cette édition comporte aussi une nouvelle division en versets, qui est restée sans changement dans toutes les éditions RLDS suivantes. En 1966, les RLDS ont publié un texte complètement modernisé du Livre de Mormon. On peut se procurer les éditions de 1908 (avec des retouches mineures) et de 1966, mais seule l'édition de 1908 est autorisée pour utilisation dans l'Église réorganisée.
Un texte critique du Livre de Mormon a été publié en 1984-1987 par la Foundation for Ancient Research and Mormon Studies. C'est le premier texte publié du Livre de Mormon qui montre l'histoire précise de nombreuses variantes textuelles. Bien que cette étude textuelle des éditions et des manuscrits du Livre de Mormon soit inachevée et préliminaire, elle est utile comme aperçu général de l'histoire textuelle du Livre de Mormon.

Bibliographie
Anderson, Richard L. "Gold Plates and Printer's Ink." Ensign, 6 (Sept. 1976), pp.71-76.
Heater, Shirley R. "Gold Plates, Foolscap, & Printer's Ink; Part II: Editions of the Book of Mormon." Zarahemla Record 37-38 (1987), pp. 2-15.
Larson, Stanley R. "A Study of Some Textual Variations in the Book of Mormon Comparing the Original and the Printer's Manuscripts and the 1830, the 1837, and the 1840 Editions." Mémoire de maîtrise, université Brigham Young, 1974.
Matthews, Robert J. "The New Publication of the Standard Works 1979, 1981." BYU Studies 22 (1982), pp. 387-424.
Skousen, Royal. "Towards a Critical Edition of the Book of Mormon." BYU Studies 30 (1990), pp. 41-69.
Stocks, Hugh G. "The Book of Mormon, 1830-1879: A Publishing History." Mémoire de maîtrise, UCLA, 1979.
Stocks, Hugh G. "The Book of Mormon in English, 1870-1920: A Publishing History and Analytical Bibliography." Thèse de doctorat., UCLA, 1986.
ROYAL SKOUSEN

Livre de Mormon – Enseignements et pratiques en matière de religion
Auteur : Welch, John W.

La majeure partie du Livre de Mormon traite d’un groupe d'Israélites qui était guidé par des prophètes, qui avait la doctrine et les ordonnances de l'Évangile de Jésus-Christ, mais qui a pratiqué la loi de Moïse jusqu'à l’avènement du Christ. Après sa résurrection, Jésus est apparu à certains d'entre eux et a organisé son Église et, pendant quatre générations, ils ont vécu dans la paix et le bonheur. Beaucoup de détails sur les enseignements et les pratiques religieuses de ces gens sont donnés dans le Livre de Mormon. Les saints des derniers jours croient que ces enseignements chrétiens sont applicables dans le monde d’aujourd'hui, parce que la doctrine éternelle de Dieu fait autant force de loi sur une génération que sur la suivante et parce que le contenu du Livre de Mormon a été sélectionné et préservé par des prophètes qui avaient le monde moderne à l'esprit. On trouve aussi ces enseignements dans les révélations qui ont fondé les pratiques et les ordonnances des saints des derniers jours contemporains.
Dans 3 Néphi et Moroni, des documents enregistrés par des témoins oculaires conservent beaucoup de paroles de Jésus ressuscité et donnent les points de doctrine, les alliances et les ordonnances de base de son Église. En voici les points principaux :
1. Jésus a défini sa doctrine. Les hommes doivent « se repentir et… croire en moi… et être baptisés en mon nom, et devenir semblables à un petit enfant…. c'est ma doctrine » (3 Né. 11:32, 38-39). La promesse est donnée que Dieu visitera ces personnes « de feu et du Saint-Esprit » (3 Né. 11:35).
2. Jésus a commandé au peuple de se faire baptiser par immersion et a donné les paroles de la prière baptismale (3 Né. 11:26-27). Seuls ceux qui étaient « responsables et capables de commettre le péché » étaient baptisés (Mro. 8:9-15 ; cf. 6:3).
3. Jésus a ordonné douze disciples et leur a donné l'autorité de baptiser (3 Né. 11:21-22). Moroni 2:2 conserve les mots que Jésus a prononcés quand il a posé les mains sur ces disciples et leur a donné le pouvoir de conférer le Saint-Esprit (3 Né. 18:36-37). Les paroles utilisées par les disciples lors d’ordinations ultérieures de prêtres et d’instructeurs se trouvent dans Moroni 3:1-4.
4. Les prières de la Sainte-Cène se trouvent dans Moroni 4-5. Les mots de ces prières dérivent des expressions à la première personne que Jésus a prononcées quand il a administré la Sainte-Cène dans 3 Néphi 18:6-11.
5. L'Église néphite se réunissait souvent « pour jeûner et pour prier, et pour se parler l’un à l’autre du bien-être de leur âme, et… pour prendre le pain et le vin en souvenir du Seigneur Jésus » (Mro. 6:5-6).
6. Ces chrétiens renouvelaient régulièrement leur alliance de garder les commandements que Jésus leur avait donnés : par exemple, de n’avoir ni querelles, ni colère, ni dérision, d’offrir le sacrifice d'un cœur brisé et d'un esprit contrit, de respecter la loi de chasteté dans la pensée et dans les actes, d’aimer leurs ennemis, de donner de leurs biens aux pauvres, d’accomplir des actes de charité en secret, de prier seuls et avec les autres, de ne servir que Dieu, pas les choses du monde et de s’efforcer d’être rendus parfaits comme Dieu et Jésus (3 Né. 11-14 ; voir le sermon sur la montagne). Ils avaient la promesse que l'esprit de Jésus resterait avec eux et qu'ils seraient ressuscités au dernier jour.
7. Cette Église était dirigée par Néphi 3, l’un des douze disciples choisis par Jésus et envoyés pour prêcher les choses qu'ils l'avaient entendu dire et l'avaient vu faire (3 Né. 27:1). Le peuple a reçu cette exhortation : « Prêtez attention aux paroles de ces douze » (3 Né. 12:1).
8. Sur l’ordre du Seigneur, l'Église a reçu le nom de Jésus-Christ et les membres ont invoqué le Père au nom du Christ en toutes choses (3 Né. 27:8-9 ; voir Nom de l'Église).
9. Les disciples ont guéri les malades et accompli des miracles au nom de Jésus (4 Né. 1:5 ; voir Malades – Bénédiction des).
10. Ils ont suivi l’exemple de Jésus et ont prié, révéré et loué Dieu, demandé le pardon et prié pour que la volonté de Dieu se fasse (3 Né. 13:9-13 ; 19:16-35). Le peuple a reçu le commandement : « Priez… dans vos familles » (3 Né. 18:21 ; voir Prière en famille).
11. « Ils avaient tout en commun, tous agissant avec justice l’un envers l’autre… c’est pourquoi il n'y avait ni riches ni pauvres » (3 Né. 26:19 ; 4 Né. 1:3 ; voir Consécration : Loi de consécration).
12. Comme Jésus l’avait commandé, ses disciples étaient stricts à garder l'iniquité hors de leurs communautés et de leurs synagogues, « trois témoins de l'Église » étant requis pour excommunier les contrevenants ; néanmoins, tous étaient aidés, et ceux qui se repentaient sincèrement étaient pardonnés (3 Né. 18:28-32 ; Mro. 6:7-8 ; voir Discipline – Procédure).
Pendant les siècles qui précédèrent le Christ, les prophètes néphites avaient enseigné la plénitude de l'Évangile et avaient préparé le peuple à la venue de Jésus-Christ. En ce qui concerne les points mentionnés ci-dessus, comparez les antécédents suivants dans l'histoire néphite. Certains peuvent remonter à l'Israël antique, d'autres ont été introduits à diverses occasions par l'inspiration ou la révélation :
1. La doctrine du Christ – la foi au Seigneur Jésus-Christ, le repentir, le baptême et la purification du péché par le feu du Saint-Esprit – est enseignée dans le Livre de Mormon dès le temps de Néphi 1 (2 Né. 31). Les prophètes néphites parlaient souvent du « plan de rédemption » ou, comme Alma l'appelait : « le grand plan du bonheur » (Al. 42:8). Ils attendaient l’avènement de Dieu lui-même sur la terre pour racheter l'humanité de son état perdu et déchu. Ils savaient qu'il expierait la transgression d'Adam et tous les péchés de ceux qui ne différeraient pas le jour de leur repentir (voir Al. 34:33) et que toute l'humanité ressusciterait physiquement et serait ensuite jugée selon la justice et la miséricorde de Dieu (Al. 40-42).
2. Des baptêmes d’alliance ont été accomplis dès le début des annales, notamment par Alma 1 aux eaux de Mormon (Mos. 18). Sa prière baptismale demandait la sanctification du cœur, tandis que celui qui contractait l’alliance promettait de servir Dieu « même jusqu'à la mort » pour se voir accorder la vie éternelle par la rédemption du Christ (Mos. 18:12-13). Le groupe d'Alma resta intact même après son, installation chez les autres Néphites et les Néphites qui s’étaient soumis au baptême « comme il [avait baptisé] ses frères dans les eaux de Mormon » appartinrent à cette Église (Mos. 25:18).
3. Des siècles avant le temps du Christ, des prêtres et des instructeurs néphites furent consacrés (2 Né. 5:26), désignés (Mos. 6:3 ; Al. 45:22-23) ou ordonnés par l’imposition des mains (Al. 6:1 ; cf. No. 27:23). Ils veillaient sur l'Église, incitaient le peuple à se rappeler ses alliances (Mos. 6:3), prêchaient la loi et la venue du Fils de Dieu (Al. 16:18-19) et offraient les premiers-nés de leurs troupeaux « afin d’offrir des sacrifices et des holocaustes, selon la loi de Moïse » (Mos. 2:3 ; cf. De. 15:19-23), qu'ils savaient être un symbole du Christ (2 Né. 11:4). Les Néphites et les Lamanites avaient des temples, le premier étant construit « à la manière du temple de Salomon » (2 Né. 5:16). L'autel était un lieu de culte où le peuple se réunissait, « veillant et priant continuellement, afin d’être délivré[s] de Satan, et de la mort, et de la destruction » (Al. 15:17). Les prêtres néphites enseignaient aussi dans les synagogues ou lieux de réunion et idéalement personne n’était exclu (2 Né. 26:26 ; Al. 32:2-12). Parce qu'ils détenaient la Prêtrise de Melchisédek (Al. 13:6-19), ils pouvaient fonctionner dans les ordonnances de la Prêtrise d’Aaron bien que n’étant pas Lévites. Les prêtres néphites étaient ordonnés de telle manière que « le peuple pût ainsi attendre le Fils de Dieu, [l’ordination étant] une figure de son ordre » (Al. 13:16).
4. La terminologie de l’alliance employée par le roi Benjamin (v. 124 av. J.-C.) était semblable à la celle des prières de la Sainte-Cène néphite. Le peuple de Benjamin témoignait qu'il était disposé à toujours garder les commandements de Dieu, prenait sur lui le nom du Christ et promettait de « [se souvenir] de toujours retenir le nom écrit dans [leur] cœur » (Mos. 5:5-12 ; cf. No. 6:27).
5. Les Néphites se réunissaient pour jeûner et prier pour avoir des bénédictions spirituelles (Mos. 27:22 ; Hél. 3:35). En outre, comme leurs ancêtres israélites, ils jeûnaient lors du deuil pour les morts (Hél. 9:10 ; cf. 2 S. 3:35).
6. Les renouvellements d'alliances faisaient de longue date partie de la Loi de Moïse, conformément à laquelle tous les hommes, femmes et enfants étaient tenus de se réunir autour du temple à des moments désignés pour entendre la loi de Dieu et s’engager de nouveau à la respecter (De. 31:10-13 ; cf. Mosiah 2:5). La loi religieuse néphite du temps d'Alma 2 interdisait la sorcellerie, le culte des idoles, l'oisiveté, le babillage, l'envie, les querelles, le port de vêtements coûteux, l’orgueil, le mensonge, la duperie, la méchanceté, les moqueries, le vol, le brigandage, la fornication, l'adultère, le meurtre et toutes les espèces de méchanceté (Al. 1:32 ; 16:18). En outre, Néphi 2 mettait en garde contre l’oppression des pauvres, le refus de nourriture aux affamés, le sacrilège, le refus de reconnaître l'esprit de prophétie et la désertion vers les Lamanites (Hél. 4:12).
7. Les justes parmi les Néphites étaient habitués à être dirigés par des prophètes, des rois inspirés, des grands prêtres et des grands juges. Ces dirigeants tenaient les annales sacrées qui étaient fréquemment citées dans les observances religieuses néphites. Les institutions de la prophétie néphite changeaient de temps en temps : certains prophètes étaient également des rois ; des prophètes secondaires travaillaient sous le roi Benjamin (Pa. 1:17-18) ; d'autres, comme Abinadi, étaient des voix solitaires appelant au repentir. Néanmoins ceux de leurs messages qui nous sont parvenus étaient constants et précis : ils prêchaient l'Évangile et la venue du Christ et ils savaient que quand il viendrait il ordonnerait douze dirigeants autorisés tant à l’Est (1 Né. 1:10 ; 11:29) que dans l'Ouest (1 Né. 12:7-10).
8. Le nom de Jésus-Christ fut révélé aux premiers prophètes néphites (2 Né. 10:3 ; 25:19) et ensuite les Néphites prièrent et agirent au nom de Jésus-Christ (2 Né. 32:9 ; Jcb. 4:6). Alma 1 appelait ses disciples « l'Église du Christ » (Mos. 18:17).
9. Comme les prophètes israélites, les prophètes néphites faisaient des miracles au nom du Seigneur. Comme Élie (1 R. 17), par exemple, Néphi 2 ferma les cieux et causa une famine (Hél. 11:4) et Néphi 3 ressuscita les morts et guérit les malades (3 Né. 7:19-22).
10. Les Néphites veillaient et priaient continuellement (Al. 15:17). Il leur était conseillé de prier trois fois par jour, matin, midi et soir, pour la miséricorde, pour être délivrés de la puissance du diable, pour la prospérité et pour le bien-être de leurs familles (Al. 34:18-25 ; cf. Ps. 55:17). Ils enseignaient que pour être efficace, la prière devait s’accompagner d’actes charitables (Al. 34:26-29), qui sont nécessaires pour conserver le pardon des péchés (Mos. 4:26).
11. Concernant la richesse et les possessions, beaucoup des premiers prophètes du Livre de Mormon condamnaient la perversion qu’était la recherche du pouvoir et de la richesse. Le cycle qui menait de la prospérité à l’orgueil, à la méchanceté et ensuite à la catastrophe se répétait souvent, faisant écho à des formules caractéristiques du Deutéronome. Les justes parmi les Néphites faisaient alliance de donner libéralement aux pauvres et de supporter les fardeaux les uns des autres.
12. Typiquement, ceux qui contractaient l'alliance requise étaient « comptés » parmi les Néphites. S'ils transgressaient, leurs noms étaient « effacés », vraisemblablement retirés d’une liste (Mos. 5:11 ; 6:1). Des procédures détaillées pour excommunier les transgresseurs furent créées par Alma 1, qui avait reçu du roi Mosiah 2 l’autorité de juger les membres de l'Église. Le pardon devait être accordé « toutes les fois que [le] peuple se repentira[it] » (Mos. 26:29-30).
Des enseignements et des pratiques de ce type ont spécifiquement préparé la voie à la     venue personnelle de Jésus-Christ après sa résurrection. En dépit d’années de préparation, la réaction immédiate d'une partie de la multitude néphite aux premières paroles du Christ ressuscité fut quand même de se demander « ce qu'il voulait concernant la loi de Moïse » (3 Né. 15:2). Malgré le fait que les prophètes avaient expliqué depuis longtemps la fonction limitée de la loi, elle continua à faire partie intégrante et sacrée de leur vie jusqu'à ce qu'elle fût accomplie par Jésus (par exemple, 2 Né. 25:24-25 ; Al. 30:3 ; 3 Né. 1:24). Quand Jésus parla, il devint évident que les vieilles choses « étaient devenues nouvelles » (3 Né. 15:2).
La diversité des expériences religieuses du Livre de Mormon ressort aussi du grand nombre des communautés religieuses qu’il mentionne dans des situations variables. En dehors des cercles néphites orthodoxes (dont le succès variait de temps en temps), il y avait le culte royal extravagant du roi Noé et de ses prêtres du temple (Mos. 11) ; une église rivale fausse à Zarahemla constituée par Néhor (Al. 1) ; des centres de culte chez les Lamanites (Al. 23:2) ; le méchant et agnostique Korihor (Al. 30) ; une étonnante chaire de prière aristocratique et apostate (une plate-forme élevée recevant un seul adorateur à la fois) des Zoramites (Al. 31:13-14) et des combinaisons ou sociétés secrètes avec des adhérents assermentés convaincus résolus à assassiner et à obtenir du gain (3 Né. 3:9). Des missionnaires tels qu’Alma 2, Ammon et Néphi 2, firent des efforts fréquents pour convertir les personnes appartenant à ces groupes à l’Évangile de Jésus-Christ et pour les organiser en Églises et en communautés justes. Il arrivait que les convertis deviennent plus justes que tous leurs contemporains. Même parmi les justes, il y avait des niveaux variables de compréhension et de connaissance, parce que les mystères de Dieu étaient donnés par Dieu et par ses prophètes selon la diligence des auditeurs (Al. 12:9-11).
Beaucoup de points doctrinaux et d’idées pratiques remplissent les pages du Livre de Mormon. En voici quelques-uns : Alma 2 explique que Jésus a souffert « afin qu’il sache, selon la chair, comment secourir son peuple » (Al. 7:12). Alma 2 décrit comment on peut nourrir la foi pour qu’elle devienne connaissance (Al. 32). Benjamin définit le péché comme une « rébellion contre Dieu » (Mos. 2:36-37) et propose de belles perspectives d’avenir à tous ceux qui « se rende[nt] aux persuasions de l'Esprit-Saint et… se dépouille[nt] de l'homme naturel » (Mos. 3:19). Alma 2 décrit la situation des esprits après la mort quand ils retournent à Dieu, « qui leur a donné la vie » (Al. 40:11). Jacob parle de manière émouvante de la nudité de ceux qui sont impénitents, qui resteront souillés devant le jugement de Dieu (2 Né. 9:14). Benjamin exalte « l'état béni et bienheureux » des justes qui goûtent l'amour et la bonté de Dieu (Mos. 2:41 ; 4:11). Et Léhi énonce le but de l'existence : « Les hommes sont pour avoir la joie » (2 Né. 2:25). Le Livre de Mormon enseigne l'unique chemin du bonheur éternel à l’aide de nombreuses images, instructions et exemples inspirants.
Beaucoup d’enseignements prophétiques du Livre de Mormon se sont déjà accomplis (par exemple, 1 Né. 13 ; 2 Né. 3 ; Hél. 14), mais plusieurs concernent toujours le futur. Une raison pour laquelle certains furent intrigués quand Jésus déclara qu’il avait accompli la loi et les prophètes était que beaucoup de prophéties d'Ésaïe, de Néphi 1 et d'autres restaient en suspens : en particulier, les Néphites n'avaient pas encore été réunis à un peuple d'Israël racheté. Jésus expliqua : « Je ne détruis pas ce qui a été dit concernant les choses qui sont à venir » (3 Né. 15:7). Doivent encore s’accomplir dans la perspective prophétique du Livre de Mormon, les promesses que les branches de l'Israël dispersé seront rassemblées dans le Christ et combineront leurs annales en une seule (2 Né. 29:13-14), que les restes des descendants de Léhi seront considérablement renforcés dans le Seigneur (2 Né. 30:3-6 ; 3 Né. 21:7-13), et qu’une grande division se produira : les justes édifieront une nouvelle Jérusalem sur le continent américain (3 Né. 21:23 ; Éther 13:1-9), tandis que les méchants seront détruits (1 Né. 30:10). « Alors, dit Jésus, le pouvoir du ciel descendra parmi eux, et je serai aussi au milieu » (3 Né. 21:25). [Voir aussi Jésus-Christ dans les Écritures : Jésus-Christ dans le Livre de Mormon.]

Bibliographie
La plupart des écrits doctrinaux des saints des derniers jours se rapportent au Livre de Mormon sur des sujets déterminés, mais aucune analyse complète de l'expérience religieuse néphite en tant que telle n'a été écrite.
Voir généralement Sidney B. Sperry, Book of Mormon Compendium, Salt Lake City, 1968, et Rodney Turner, "The Three Nephite Churches of Christ" dans The Keystone Scripture, dir. de publ. P. Cheesman, pp. 100-126 (Provo, Utah, 1988).
On trouvera le point de vue d'un anthropologue sur les institutions et les pratiques religieuses néphites dans John L. Sorenson, An Ancient American Setting for the Book of Mormon, Salt Lake City, 1985.
JOHN W. WELCH

Livre de Mormon et Proche-Orient
Auteur : Nibley, Hugh W.

Selon le Livre de Mormon, les Jarédites, les Néphites et les « Mulékites » (voir Mulek) émigrèrent du Proche-Orient vers le continent américain dans l'Antiquité, une affirmation qui a été contestée. Les spécialistes du Livre de Mormon reconnaissent volontiers qu'il n'existe actuellement aucune preuve directe et concrète qui confirme les liens avec le Proche-Orient antique indiqués dans le livre, mais on peut citer des indices – en grande partie externes et indirects – qui imposent le respect pour les affirmations du Livre de Mormon en ce qui concerne son enracinement dans le Proche-Orient antique (CWHN 8:65-72). Quelques exemples donneront une idée de la nature et de la force de ces liens, en particulier parce que Joseph Smith, le traducteur du Livre de Mormon, n’aurait pu trouver aucun de ces détails dans aucune des sources qui existaient au début du XIXe siècle (voir Livre de Mormon – Traduction de Joseph Smith).
1. Léhi (v. 600 av. J.-C.) était un homme juste et de bonne naissance de la tribu de Manassé, qui vivait à ou près de Jérusalem. Il voyageait beaucoup, avait une riche propriété à la campagne et s’y connaissait en beaux ouvrages en métal. Sa famille était fortement influencée par la culture égyptienne contemporaine. À une époque où les tensions allaient croissant à Jérusalem (les édiles tenaient des réunions secrètes la nuit), il était pour le parti de la réforme religieuse de Jérémie, alors que les membres de sa famille étaient déchirés par les options politiques. Faisant partie des nombreux prophètes qui annonçaient le malheur sur le pays, visionnaire, il fut forcé de se sauver avec sa famille, craignant d’être poursuivi par les troupes d'un certain Laban, haut fonctionnaire militaire de la ville. Des documents importants dont Léhi avait besoin étaient conservés chez Laban (1 Né. 1-5 ; CWHN 6:46-131 ; 8:534-535). Une situation qui a des parallèles étroits avec celle de Lakisch à l’époque, comme la décrivent les documents contemporains découverts en 1934-1935 (H. Torczyner, The Lachish Letters, 2 vols., Oxford, 1938 ; cf. CWHN 8:380-406). Les lettres de Bar Kochba, découvertes en 1965-1966, racontent la manière dont les riches fuyaient Jérusalem dans des circonstances semblables au cours des siècles précédents et postérieurs (Y. Yadin, Bar Kokhba, chapitres 10 et 16, Jérusalem, 1971 ; Cf, CWHN 8:274-288).
2. La fuite de Léhi fait penser à la décision que prirent plus tard les membres de la secte qui se retira dans le désert près de la mer Morte, les deux groupes visant à « garder les commandements du Seigneur » (cf. 1 Né. 4:33-37 ; Rouleau de la Guerre [1QM] x. 7-8). Parmi les sectaires du désert, tous les volontaires prêtaient serment par alliance (Rouleau de la Guerre [1QM] vii. 5-6). Dans le cas de Néphi 1, fils de Léhi, il est accusé d’avoir « pris sur lui d'être notre gouverneur et notre instructeur… Il dit que le Seigneur a parlé avec lui… [pour] nous entraîner dans quelque désert étrange » (1 Né. 16:37-38). Plus tard, dans le Nouveau Monde, Néphi, puis Mosiah 1 et ensuite Alma 1 (vers 150 av. J.-C.) emmèneront d’autres adeptes, par exemple, le dernier cité, dans un lieu d’arbres près des « eaux de Mormon » (2 Né. 5:10-11 ; Om. 1:12-13 ; Mos. 18). L'organisation et les pratiques mises sur pied par Alma sont semblables à celles des communautés du Vieux Monde : serment, baptême, un prêtre pour cinquante membres, des instructeurs ou inspecteurs itinérants, un jour spécial pour l'assemblée, tous travaillent et partagent de la même façon, appelés « enfants de Dieu », tous se réclament d’un Maître prééminent et ainsi de suite (Mos. 18 ; 25). Les parallèles avec les communautés des manuscrits de la mer Morte sont frappants, jusqu’aux colonies rivales de la mer Morte menées par le Faux Maître (CWHN 6:135-144, 157-167, 183-193 ; 7:264-270 ; 8:289-327).
3. « Et mon père demeurait sous une tente » (1 Né. 2:15). Mentionnée quatorze fois dans 1 Néphi, la tente du cheik est le centre de tout. Quand les fils de Léhi reviennent sains et saufs de Jérusalem après s'être enfuis devant les hommes de Laban et s'être cachés dans des cavernes, « ils se réjouirent… et offrirent des sacrifices… [sur] un autel de pierres… et rendirent grâces » (1 Né. 2:7 ;5:9). Prenant des « semences de toutes sortes » pour un séjour prolongé « dans les parties plus fertiles du désert », ils chassent en cours de route, ne faisant « pas beaucoup de feu », vivant de viande crue, parfois guidés par un « Liahona », une boule d’airain « d’une exécution habile » avec deux flèches de divination qui montrent le chemin. Un campement de longue durée a lieu « à l’endroit que nous avions appelé Shazer » (cf. arabe shajer, arbres ou lieu d’arbres) ; et ils enterrent Ismaël à Nahom, où ses filles pleurent et réprimandent Léhi (1 Né. 16 ; cf. l’arabe Nahm, gémissements ou soupirs collectifs, réprimande). Léhi décrit de manière vivante un sayl, une crue subite « d’eau souillée » sortant d’un oued ou du lit d’un cours d’eau qui peut balayer un camp (1 Né. 8:13, 32 ; 12:16), un événement courant dans la région où il voyageait. À leur première « rivière d'eau », Léhi récite un « qasida », une vieille forme de poésie de désert, à ses fils Laman et Lémuel, les exhortant à être semblables au cours d’eau et à la vallée dans le respect des commandements de Dieu (1 Né. 2). Il décrit la terreur de ceux qui dans « un brouillard de ténèbres… perdirent leur chemin, de sorte qu’ils s’éloignèrent et se perdirent. » Il voit « un grand et spacieux édifice » semblant se dresser haut « en l’air … rempli de gens… et leur façon de s’habiller était très raffinée » (1 Né. 8; cf. les « gratte-ciel » de l'Arabie méridionale, par exemple, la ville de Shibam). Le bâtiment tombe dans tout son orgueil comme le château fabuleux de Ghumdan. Il y a de nombreuses autres images du désert (CWHN 5:43-92).
4. Parmi des récits d’une certaine longueur, Moroni 1 (vers 75 av. J.-C.), menant un soulèvement contre un oppresseur, « s’en alla parmi le peuple, agitant la partie déchirée de son vêtement » pour montrer ce qui était écrit dessus (Al. 46:19-20). Le héros perse légendaire Kawe fait la même chose avec son vêtement. Le peuple de Moroni « accourut … déchirant ses vêtements… comme alliance [disant]… [Dieu] peut nous jeter aux pieds de nos ennemis… pour être foulés aux pieds » (Al. 46:21-22). Déchirer et piétiner les vêtements étaient des pratiques antiques (CWHN 6:216-218 ; 7:198-202 ; 8:92-95). L'inscription sur l’étendard, « en souvenir de notre Dieu, de notre religion, et de notre liberté, et de notre paix, de nos épouses, et de nos enfants » (Al. 46:12), ressemble aux étendards et aux trompettes des armées dans le Rouleau de la Guerre ([IQM] iii. 1 iv.2). Avant la bataille, Moroni va devant l'armée et consacre le pays situé du côté du sud du pays de Désolation comme « pays de choix, et terre de liberté » (Al. 46:17). Dans le Rouleau de la Guerre ([1QM] vii.8 et suiv.) le grand prêtre va pareillement devant l'armée et consacre le pays de l'ennemi à la destruction et celui d'Israël au salut (CWHN 6:213-216). Moroni compare son vêtement-étendard déchiré à la tunique de Joseph, dont la moitié a été préservée et dont l’autre s’est décomposée : « Souvenons-nous des paroles de Jacob avant sa mort… Comme ce reste [de la tunique] a été préservé, de même un reste de [Joseph] sera préservé. » C’est ainsi que Jacob a connu simultanément la tristesse et la joie (Al. 46:24-25). Une histoire presque identique est racontée par Tha'labi, savant du dixième siècle, collectionneur des traditions des réfugiés juifs en Perse (CWHN 6:209-221 ; 8:249, 280-281).
5. Il y a, dans le Livre de Mormon, une description détaillée d'un couronnement qui n’a de parallèles que dans les sources non bibliques antiques, particulièrement la description par Nathan haBablil du couronnement du Prince de la Captivité. La version du Livre de Mormon dans Mos. 2-6 (vers 125 av. J.-C.) est un compte rendu classique du « Rite de l'année » antique, un rite bien attesté : (a) Le peuple se réunit au temple, (b) apportant des prémices et des offrandes (Mos. 2:3-4) ; (c) il campe par familles, toutes les ouvertures des tentes faisant face au temple ; (d) une tour spéciale est érigée, (e) du haut de laquelle le roi s'adresse au peuple, (f) lui dévoilant « les mystères » (le vrai souverain est Dieu, etc.) ; (g) tous acceptent l'alliance dans une grande acclamation ; (h) c'est l'anniversaire universel, tous naissent de nouveau ; (i) ils reçoivent un nouveau nom, sont dûment scellés et enregistrés dans un recensement national ; (j) il y a une musique chorale émouvante (cf. Mos. 2:28 ; 5:2-5), (k) ils festoient par familles (cf. Mos. 2:5) et rentrent chez eux (CWHN 6:205-310). Ce schéma n’est reconnu que depuis les années 1930.
6. Les indications littéraires des liens entre le Vieux Monde et le Livre de Mormon sont centrées sur les influences égyptiennes, ce qui nécessite un traitement spécial. Le colophon d'ouverture de l'autobiographie de Néphi dans le Livre de Mormon est caractéristique : « Moi Néphi… je les fais de ma propre main » (1 Né. 1:1, 3). Les caractères de l’écrit originel du Livre de Mormon ressemblent très fort au méroïtique, « un égyptien reformé » utilisé par une colonie égyptienne établie à la même période dans le cours supérieur du Nil (voir la Transcription Anthon ; langue du Livre de Mormon). Parmi les noms propres du Livre de Mormon il y a Ammon (le nom le plus commun tant dans l’Égypte de la XXVIe Dynastie [664-525 av. J.-C.] que dans le Livre de Mormon) ; Alma, dont on s’est longtemps moqué pour son utilisation comme nom d'homme (que l’on trouve maintenant dans les lettres de Bar Kochba dans l’expression « Alma, fils de Juda ») ; Aha, général néphite (cf. l’égyptien aha, « guerrier ») ; Paankhi (nom royal important de la période égyptienne récente [525-332 av. J.-C.]) ; Hermounts, région de bêtes sauvages (cf. l’égyptien Hermonthis, dieu des lieux sauvages) ; Laman et Lémuel, « noms jumeaux » généralement donnés aux fils aînés (cf. Qabil et Habil, Harout et Marout) ; Léhi, nom propre (trouvé sur un tesson de poterie antique à Ebion Guézer vers 1938) ; Manti, forme du dieu égyptien Month ; Korihor (cf. l’égyptien Herhor, Horihor) ; et Giddianhi (cf. l’égyptien Djhwti-ankhi, « Thoth est ma vie »), etc. (CWNH 5:25-34 ; 6:281-292 ; 7:149-152, 168-172 ; 8:281-282 ; voir Livre de Mormon – Noms).
7. L'authenticité des Plaques d'or sur lesquelles le Livre de Mormon était gravé a souvent été mise en doute jusqu'à la découverte des plaques de Darius en 1938. Depuis lors, on a trouvé beaucoup d'autres exemples d'écrits sacrés et historiques sur des plaques métalliques (C. Wright dans By Study and Also by Faith, 2:273-334, dir. de publ. J. Lundquist et S. Ricks, Salt Lake City, 1990). Les plaques d’airain (de bronze) rappellent le rouleau de cuivre des manuscrits de la mer Morte, le métal étant employé pour préserver les informations particulièrement précieuses, à savoir les cachettes des trésors – manuscrits, argent, ustensiles sacrés – cachés à l'ennemi. Il est commandé aux Néphites : « [ils] cacheront leurs trésors lorsqu’ils fuiront devant leurs ennemis » mais si ces trésors sont employés par la suite à des fins privées, « parce qu'ils ne les cacheront pas pour [Dieu], maudits soient-ils et aussi leurs trésors » (Hél. 13:19-20 ; CWHN 5:105-107 ; 6:21-28 : 7:56-57, 220-221, 272-274).
8. Contrairement aux autres cultures du livre, les Jarédites conservent les techniques guerrières des steppes de l'Asie sur « ce pays du nord » (Ét. 1, 3-6). Originaires du centre de dispersion bien connu des grandes migrations d’Asie occidentale, ils ont accepté tous les volontaires pour une migration massive (Ét. 1:41-42). Parcourant l'Asie centrale, ils traversent les mers peu profondes dans des barques (Ét. 2:5-6). Ces grandes mers intérieures étaient ce qui restait de la dernière période glaciaire (CWHN 5:183-185, 194-196). Arrivés à la « grande mer » (probablement le Pacifique), ils construisent des bateaux munis de ponts fermés et d’extrémités pointues, « comme l'arche de Noé » (Ét. 6:7), ressemblant fort aux « magours » préhistoriques de la Mésopotamie. Les huit bateaux sont éclairés par des pierres lumineuses, comme l’était l'arche de Noé selon le Talmud palestinien, les pierres mentionnées dans le Talmud et ailleurs étant produites par un processus particulier décrit dans les légendes antiques. Ces dispositions étaient nécessaires en raison du « vent furieux… [qui] ne cessa jamais de souffler » (Ét. 6:5, 8). À ce propos, il y a beaucoup de récits anciens sur le « Déluge de vent » – des vents terribles et soutenus pendant tout un temps – qui suivirent le Déluge et détruisirent la Tour (CWHN 5:359-379 ; 6:329-334 ; 7:208-210).
9. La société du livre d'Éther est celle « du milieu épique » ou de « l'âge héroïque », un produit du bouleversement du monde et des migrations forcées (cf. descriptions dans H. M. Chadwick, The Growth of Literature, 3 vols., Cambridge, 1932-1940). Sur les plaines illimitées, la fidélité doit être garantie par des serments, qui sont violés parce que les individus recherchent toujours plus de puissance et de gain. Les fils ou les frères des rois se rebellent pour former de nouvelles armées et de nouveaux empires, assignant parfois le roi et sa famille à résidence à vie, tout en « détournant » des partisans à coups de cadeaux et de terres à la manière féodale. La splendeur royale s’édifie sur le travail effectué en prison ; il y a des complots et des contre complots, des querelles et des vendettas. La guerre se joue comme un jeu d'échecs, avec des moments et des endroits fixés pour la bataille et des défis à coups de trompette et de messagers, le tout aboutissant au duel personnel des souverains, le gagnant s’emparant de tout. Cela conduit à des guerres d'extermination et à une désintégration sociale totale, « chacun avec sa bande combattant pour ce qu'il désirait » (Ét. 7-15 ; CWHN 5:231-237, 285-307).
10. Des éléments du matriarcat archaïque sont apportés du Vieux Monde par les peuples du Livre de Mormon (Ét. 8:9-10). Par exemple, une reine jarédite complote de mettre un jeune successeur sur le trône par traîtrise ou un duel et puis le supplante par un autre, tout en gardant les choses en main comme l’éternelle Grande Mère antique dans une cour royale (cf. CWHN 5:210-213). La déesse-mère apparaît apparemment aussi chez les Néphites dans un endroit de culte (Siron), où la prostituée Isabel et ses disciples reçoivent la visite d’une foule d’adeptes (Al. 39:3-4, 11) ; Isabel était le nom de la grande hiérodule des Phéniciens (CWHN 8:542).

Livre de Mormon – Études
Auteur : Ricks, Stephen D.

Depuis la publication du Livre de Mormon en 1830, on a publié un nombre considérable d’écrits qui l’analysent, le défendent et l'attaquent. Les études de ce document complexe ont abordé la question de diverses manières, parce que le livre lui-même invite à un approfondissement minutieux et récompense les recherches patientes et réfléchies.
Pour la plupart des saints des derniers jours le but premier de l'étude des Écritures n'est pas de se prouver à eux-mêmes la véracité des documents scripturaires – ils les acceptent déjà – mais d’acquérir de la sagesse et la compréhension des enseignements de ces Écritures sacrées et d’appliquer à la vie quotidienne les principes de l'Évangile qu’ils y ont appris. Cependant, à cause de l’origine du Livre de Mormon, beaucoup de gens ont également exploré les composants secondaires de ce document : son vocabulaire, son style, les faits qu’il avance, ses thèmes principaux et ses nuances subtiles.
Les recherches dans le Livre de Mormon ont généralement suivi les mêmes formes que la recherche biblique. Dans les deux domaines, les écrits vont des textes narratifs aux commentaires doctrinaux, historiques, géographiques, textuels, littéraires et comparatifs. Mais il y a également plusieurs différences marquées. Par exemple, à la différence des auteurs de la Bible, les prophètes, les compilateurs et les abréviateurs du Livre de Mormon donnent souvent de manière explicite les dates auxquelles ils ont travaillé, les buts de leurs écrits et les sources dans lesquelles ils ont puisé, clarifiant ainsi beaucoup de questions relatives à la rédaction et à l’interprétation ; en outre, les études scientifiques et archéologiques du Livre de Mormon sont plus limitées que dans la recherche biblique parce que le texte le plus ancien qui existe est la traduction anglaise de 1829 faite par Joseph Smith et que l’emplacement exact des concentrations de population du Livre de Mormon est inconnu. Néanmoins, un grand nombre d'analyses internes et comparatives a été fait. Les travaux les plus notables sont ceux des personnes suivantes.
ALEXANDER CAMPBELL. Fondateur des Disciples du Christ et collègue de Sidney Rigdon avant que celui-ci ne se convertisse au mormonisme, Alexander Campbell (1788-1866) a rédigé une réponse au Livre de Mormon qu'il a publiée le 7 février 1831 dans son périodique le Millennial Harbinger (réimprimé sous forme d’une brochure intitulée Delusions). Il y conteste l'idée que le Livre de Mormon ait été écrit par des prophètes antiques multiples et attaque la personnalité de Joseph Smith. Pour lui, le livre est l’œuvre du seul Joseph Smith, écrit uniquement par lui et « certainement conçu dans un seul crâne » (p. 13). Il affirme que le livre représente simplement les réflexions de Joseph Smith sur les polémiques sociales, politiques et religieuses de son temps : « le baptême des petits enfants, l’ordination, la Trinité, la régénération, le repentir, la justification, la chute de l'homme, l'Expiation, la transsubstantiation, le jeûne, le châtiment, le gouvernement de l'Église, l’expérience religieuse, l'appel au ministère, la résurrection générale, le châtiment éternel, qui peut baptiser et même la question de la franc-maçonnerie, le gouvernement républicain et les droits de l'homme » (p. 13). Il affirme aussi que le Livre de Mormon se méprend sur l’histoire israélite et juive (du fait qu’il décrit les Néphites comme étant chrétiens des centaines d'années avant la naissance du Christ) et qu’il est écrit dans une grammaire anglaise épouvantable. Il qualifie Joseph Smith de « filou ignorant et effronté » (p. 11 ; voir aussi Publications antimormones). Delusions est important parmi les études du Livre de Mormon parce qu’à bien des égards il détermine le programme de la plupart des détracteurs ultérieurs du Livre de Mormon (par exemple, que le livre découle de, ou correspond à diverses tendances existant au début du dix-neuvième siècle dans le nord de l’état de New York). Plus tard, cependant, Campbell changera d’attitude et adoptera la théorie Spaulding-Rigdon, selon laquelle Sidney Rigdon aurait volé un exemplaire d'un manuscrit écrit par Solomon Spaulding, en aurait élaboré ce qui allait devenir le Livre de Mormon, qu'il transmit à Joseph Smith vers la fin des années 1820, prétendant plus tard avoir rencontré Joseph pour la première fois en 1830 (voir Manuscrit Spaulding).
ORSON PRATT. Dans Divine Authenticity of the Book of Mormon (1850-1851), une série de six brochures, Orson Pratt (1811-1881), membre du Collège des douze apôtres, rassemble les idées des premiers saints des derniers jours sur le Livre de Mormon. Il argumente, pour des raisons logiques, en faveur de l'authenticité divine du Livre de Mormon, affronte les critiques qu’on en fait et présente les éléments en faveur de sa véracité en s’appuyant fortement sur les preuves bibliques et historiques. Il ne traite pas directement du contenu du Livre de Mormon, mais des idées des autres églises qui les empêchent d’accepter ou même d’examiner sérieusement le Livre de Mormon.
Les trois premières brochures traitent de la nature de la révélation, avançant des arguments étayant l’affirmation de Pratt que la communication continue de la part de Dieu est nécessaire et scripturaire. Les trois dernières brochures signalent les nombreux témoins qui ont reçu des visions célestes confirmant les affirmations de Joseph Smith (voir Livre de Mormon – Témoins) et déclarent que la divinité du Livre de Mormon est confirmée par les nombreux miracles, semblables à ceux que l’on trouve dans la Bible, vécus par les saints des derniers jours. Enfin, il fait appel aux éléments prophétiques en faveur du Livre de Mormon, tirés de Daniel et d'Ésaïe. Dans un discours prononcé en 1872, Pratt propose une géographie pour le Livre de Mormon qui a considérablement influencé la pensée des saints (voir Livre de Mormon – Géographie).
GEORGE REYNOLDS ET JANNE M. SJODAHL. Pendant le dix-neuvième siècle, la plupart des défenses du Livre de Mormon et des attaques contre lui ont été basées principalement sur la raison, sur l’examen de l’environnement contemporain du livre ou sur la Bible. Mais George Reynolds (1842-1909) et Janne M. Sjodahl (1853-1939), dans leur Commentary on the Book of Mormon en sept volumes (réédité 1955-1961), ont étudié la plausibilité des affirmations du Livre de Mormon en examinant des éléments de preuve externes à caractère historique, culturel, linguistique ou religieux du Vieux Monde et du Nouveau. Bien que leurs exemples et leurs explications soient souvent insuffisamment documentés et soient parfois erronés, cet ouvrage a été le premier grand effort fait pour étudier les contextes culturels et historiques du Livre de Mormon (c.-à-d., pour placer le livre dans un contexte historique en faisant intervenir la documentation correspondante en provenance du monde antique).
Alors que dans The Story of the Book of Mormon, un précédent ouvrage, Reynolds s’était montré d’accord avec Orson Pratt sur la géographie du Livre de Mormon, dans leur Commentary,Sjodahl et lui donnent peu de place à la géographie et s’intéressent surtout à élaborer une carte, ayant une cohérence interne, de tous les emplacements du Livre de Mormon, sans essayer de les faire correspondre à des emplacements modernes (Reynolds, pp. 19, 49, 301-330 ; Reynolds et Sjodahl, vol. 1, pp. Ix-xi). Reynolds sera par la suite l’auteur de près de trois cents articles et de plusieurs ouvrages de référence sur le Livre de Mormon. Sjodahl publiera An Introduction to the Study of the Book of Mormon comportant une grande variété de théories culturelles et linguistiques.
B. H. ROBERTS. Parmi les auteurs mormons les plus influents de son temps, B. H. Roberts (1857-1933) a beaucoup écrit sur toutes sortes de sujets relatifs à l’Église, dont le Livre de Mormon. Comme Reynolds et Sjodahl, il s’intéresse non seulement aux implications théologiques du Livre de Mormon mais également à son cadre historique, géographique et culturel (1909, vol. 2, pp. 143-144, 162, 347-458 ; Vol. 3, pp. 3-92). Roberts n'avait pas peur de poser des questions difficiles – et parfois sans réponse pour lui – au sujet du Livre de Mormon, mais il affirmera jusqu’à la fin de sa vie sa foi au livre (1985, pp. 61-148 ; J. Welch, Ensign 16, mars 1986, pp. 58-62).
FRANCIS KIRKHAM. Dans son étude en deux volumes A New Witness for Christ in America (1942), Francis Kirkham (1877-1972) examine les faits historiques des années 1820 concernant la parution du Livre de Mormon. Il montre que les témoignages de Joseph Smith et de ses amis sont cohérents et fidèles à eux-mêmes, alors que ceux de ses ennemis sont fréquemment contradictoires et incohérents. Il étaie soigneusement sa démonstration que les autres explications de l'origine du Livre de Mormon ont parfois changé ou ont été abandonnées. Tout en favorisant la conception traditionnelle de l’origine du Livre de Mormon, il permet à tout le monde de s’exprimer, avec peu de commentaires. Il présente généreusement les documents primaires, publiés ou non, provenant des bibliothèques et des archives de partout aux États-Unis. L’utilisation qu’il a faite du plus grand éventail de sources primaires existantes a créé une nouvelle façon de travailler dans l'étude des origines du Livre de Mormon.
Le deuxième tome de A New Witness for Christ in America de Kirkham (1951) examine les autres explications de l’origine du Livre de Mormon. Concernant l'affirmation que Joseph Smith a écrit le livre lui-même, il présente les déclarations de personnes qui connaissaient bien Joseph, avec des points de vue représentant les deux côtés de la question de savoir s'il était capable d'écrire un tel livre. Il avance aussi d’abondants arguments pour montrer que l'hypothèse Spaulding est bourrée de problèmes. La théorie ne fournit que les éléments les plus indirects et les plus douteux concernant le vol du manuscrit par Rigdon et son transfert à Joseph Smith à l’insu de tous. Bien que, ces quelques dernières décennies la théorie Spaulding ne soit plus retenue comme explication du Livre de Mormon, on la ressort encore de temps en temps.
HUGH W. NIBLEY. Dans son grand nombre d’écrits sur le Livre de Mormon, rédigés sur une période d’une quarantaine d’années, Hugh W. Nibley (1910-2005) a adopté plusieurs méthodes, principalement la mise en contexte historique sur la base des affirmations internes du Livre de Mormon considéré comme annales d’un peuple venu du Proche-Orient antique, mais examinant aussi l'authenticité du livre sur la base des données internes uniquement et voyant dans l'effondrement fatal de grandes civilisations un avertissement menaçant pour les hommes d’aujourd'hui.
Dans Léhi dans le Désert (1949-1952), après avoir passé en revue les critères du grand archéologue américain William F. Albright pour déterminer la plausibilité historique des récits antiques, Nibley pose ces questions sur l'histoire de Léhi : « Reflète-t-elle correctement ‘l’horizon culturel et les idées et les pratiques religieuses et sociales de l’époque’ ? A-t-elle un cadre historique et géographique authentique? La mise en scène est-elle mythique, tout à fait imaginaire ou improbable par son extravagance? Sa couleur locale est-elle correcte et ses noms propres sont-ils convaincants? » (CWHN 5:4). La façon correcte d’aborder le Livre de Mormon, selon Nibley, est simplement de donner au livre le bénéfice du doute, lui accordant qu'il est ce qu’il prétend être (les annales antiques historiquement authentiques d'un peuple provenant de l'Israël ancien) et examinant ensuite les données internes du livre lui-même (les noms, les idées culturelles et religieuses) en les comparant à ce que l’on sait du Proche-Orient antique. Quand on fait ceci, il se dégage une image qui correspond de manière saisissante à ce qu’on peut savoir du Proche-Orient antique. La plupart des exemples de Nibley viennent des Arabes, des Égyptiens et des Israélites.
Avec beaucoup d'esprit et d'érudition, Nibley argumente contre les autres explications du Livre de Mormon. Par exemple, en traitant de la théorie environnementale de Thomas O'Dea que le livre est de toute évidence un ouvrage américain, Nibley considère que les sentiments américains qui sont censés imprégner l’œuvre devraient être plus précis et mieux ressortir (CWHN 8:185-86). À l’aide de parades habiles et dans un style vigoureux, Nibley va de l’avant dans ses études sur le Livre de Mormon, tantôt défendant certains points du livre, tantôt passant à l'offensive contre ceux qui l'attaquent, enrichissant toujours la compréhension qu’a le lecteur de son cadre. En tant qu'enseignant, conférencier et auteur, Nibley a exercé une très grande influence sur les études faites plus tard sur le Livre de Mormon.
JOHN L. SORENSON. John L. Sorenson (1924-) examine le texte du Livre de Mormon en consacrant son attention à la Méso-Amérique pour mieux comprendre le cadre géographique, anthropologique et culturel des peuples du livre. Il analyse soigneusement les données méso-américaines, en particulier la géographie, les conditions climatiques, le mode de vie et la guerre, ainsi que les restes archéologiques dans Un environnement pour le Livre de Mormon dans l’Amérique ancienne, afin de créer une matrice plausible et cohérente pour la compréhension du livre. En ce qui concerne la géographie du Livre de Mormon, Sorenson conclut que les événements rapportés dans le Livre de Mormon se sont produits dans une région assez restreinte du sud du Mexique et du Guatemala : L‘étroite bande de terre est l’isthme de Tehuantepec. La mer de l’est est le Golfe du Mexique ou son composant, le Golfe de Campeche. La mer de l’ouest est l’océan Pacifique à l’ouest du Mexique et du Guatemala. Le pays situé du côté du sud comprend la partie du Mexique située à l’est et au sud de l’isthme de Tehuantepec… Le pays situé du côté du nord consiste pour une partie du Mexique à l’ouest et au nord de l'isthme de Tehuantepec… Le champ de bataille final où les peuples jarédite et néphite ont péri se trouvait autour des monts Tuxtla dans la partie centrale et méridionale de Veracruz [pp. 46-47].
Un environnement pour le Livre de Mormon dans l’Amérique ancienne a placé l'étude du cadre américain antique du Livre de Mormon sur un niveau scientifique comme aucun des ouvrages qui l’ont précédé (voir Livre de Mormon – Géographie).
ORIENTATIONS ACTUELLES DES ÉTUDES SUR LE LIVRE DE MORMON. Une grande partie du travail spécialisé sur le Livre de Mormon a été consacrée à une compréhension plus complète de sa richesse théologique ou s’est occupée de mettre en pratique le principe énoncé par le livre d’ « appliqu[er] toutes les Écritures à nous » (1 Né. 19:23). Certaines des publications récentes du Religious Studies Center à l’université Brigham Young se sont concentrées sur divers aspects théologiques du Livre de Mormon et sur la recherche d’applications du livre à la vie (par exemple, les essais de divers auteurs dans Cheesman, dans McConkie et Millet, et dans Nyman et Tate).
Sous l’impulsion de Nibley, de Sorenson et d'autres, plusieurs études récentes sur le livre se sont occupées d’améliorer la compréhension de ses racines dans le Vieux Monde et dans son cadre américain. Les recherches et les publications de la Fondation pour les Recherches dans l’Antiquité et les Études mormones (F.A.R.M.S.), de la Société pour l'archéologie historique ancienne (SEHA) et de l'Institut de Recherche archéologique se sont tout particulièrement concentrées sur le contexte historique et géographique du Livre de Mormon.
Dans certains cercles, l’un des grands points focaux de l’étude actuelle du Livre de Mormon est son historicité. Alors que, par le passé, les positions vis-à-vis du Livre de Mormon se répartissaient en gros entre ceux qui l'acceptaient comme un document antique historiquement authentique et inspiré et ceux qui le rejetaient à ces deux points de vue, plusieurs angles d’approche différents sont apparus.
Selon l’un des points de vue, une position qui existait déjà avant sa publication, le Livre de Mormon est une invention délibérée de Joseph Smith. Les tenants de cette thèse ne voient aucune inspiration dans le livre ni aucune valeur historique, tout en voulant bien lui accorder une certaine valeur religieuse en tant qu’énoncé des sentiments religieux de Joseph Smith. La philosophie qui sous-tend cette conception peut être le rejet doctrinaire de toute intervention divine dans les affaires des hommes ou le rejet spécifique des affirmations de Joseph Smith concernant ses expériences avec le divin. Ceux qui entretiennent ce point de vue peuvent accepter soit la théorie Spaulding, soit, plus communément, diverses explications environnementales du contenu du livre (voir View of the Hebrews). Une explication environnementaliste qui a suscité, il y a quelque temps, un certain intérêt tant parmi les croyants que les non-croyants est basée sur la soi-disant « conception magique du monde » qui aurait imprégné l'environnement dans lequel Joseph Smith a grandi. Cependant, ce point de vue a été fortement critiqué et n’a pas rencontré un grand succès.
Une autre conception du Livre de Mormon accepte son inspiration mais rejette son authenticité historique, le considérant comme inspiré dans un certain sens mais pas comme un produit de l'Antiquité et venant plutôt de la plume de Joseph Smith.
Une troisième vision des choses accepte des parties du Livre de Mormon comme antiques, mais voit dans d'autres parties du livre des expansions inspirées sur le texte. Cette conception a souffert du fait que concéder qu’une partie quelconque du livre est authentiquement antique (et au-delà de la capacité de Joseph Smith d’y parvenir par la recherche), c’est reconnaître que le Livre de Mormon est ce qu’il prétend être et ce qui est traditionnellement affirmé à son sujet, à savoir qu'il est antique.
S’il est vrai que ces idées ont été formulées par certains membres de la communauté mormone, la majorité des saints des derniers jours qui étudient le Livre de Mormon acceptent la conception traditionnelle de son authenticité divine et l'étudient à la fois comme document antique et comme un traité pour l’époque moderne, ce qui fortifie leur appréciation pour le livre et le profit qu’ils en retirent.

Bibliography
On trouvera des bibliographies dans les numéros annuels de la Review of Books on the Book of Mormon et John W. Welch, Gary P. Gillum et DeeAnn Hofer, Comprehensive Bibliography of the Book of Mormon, F.A.R.M.S. Report, Provo, Utah, 1982. Pour les essais sur Pratt, Reynolds, Roberts, Kirkham, Sperry et Nibley, voir les articles dans l’Ensign, 1984-1986.
Bush, Lester E., Jr. "The Spalding Theory Then and Now", Dialogue 10, Automne 1977, pp. 40-69.
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Clark, John. "A Key for Evaluating Nephite Geographies" (critique de F. Richard Hauck, Deciphering the Geography of the Book of Mormon). Review of Books on the Book of Mormon, 1 1989, pp. 20-70.
Kirkham, Francis W. A New Witness for Christ in America, éd. rév., 2 vols. Salt Lake City, 1959-1960.
McConkie, Joseph Fielding et Robert L. Millet. Doctrinal Commentary on the Book of Mormon, 2 vols. Salt Lake City,
Nibley, Hugh. Lehi in the Desert/The World of the Jaredites/There Were Jaredites; An Approach to the Book of Mormon;Since Cumorah; et The Prophetic Book of Mormon. Dans CWHN 5-8.
Nyman, Monte S. et Charles D. Tate, dir. de publ. The Book of Mormon: First Nephi, The Doctrinal Foundation; Second Nephi, The Doctrinal Structure; Jacob Through Words of Mormon, to Learn with Joy. Provo, Utah, 1988-1990.
Reynolds, George. The Story of the Book of Mormon. Salt Lake City, 1888.
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Reynolds, Noel B., dir. de pub. Book of Mormon Authorship: New Light on Ancient Origins. Provo, Utah, 1982.
Ricks, Stephen D., et William J. Hamblin, dir. de pub. Warfare in the Book of Mormon. Salt Lake City, 1990.
Roberts, B. H. New Witnesses for God, Vols. 2-3. Salt Lake City, 1909.
Id., Studies of the Book of Mormon, dir. de pub. B. Madsen, Urbana, Ill., 1985.
Sjodahl, Janne M. An Introduction to the Study of the Book of Mormon. Salt Lake City, 1927.
Sorenson, John L. An Ancient American Setting for the Book of Mormon. Salt Lake City, 1985.
Sperry, Sidney B. Book of Mormon Compendium. Salt Lake City, 1968.
STEPHEN D. RICKS

Livre de Mormon – Géographie
Auteur : Clark, John E.

Bien que le Livre de Mormon soit principalement un document religieux des Néphites, des Lamanites et des Jarédites, on trouve assez de détails géographiques dans le récit pour permettre la reconstitution d’au moins une géographie rudimentaire des pays du Livre de Mormon. Dans le sens technique du terme « géographie » (par exemple, physique, économique, culturelle ou politique), aucune géographie du Livre de Mormon n'a encore été écrite. La plupart des saints des derniers jours qui écrivent des géographies ont à l'esprit l’une des deux activités suivantes ou les deux : premièrement, la reconstitution interne de la taille et de la configuration relatives des pays du Livre de Mormon sur la base des affirmations ou des allusions du texte ; deuxièmement, des tentatives de faire correspondre la géographie interne à un endroit d’Amérique du Nord ou du Sud. Nous traitons ici de trois questions concernant la géographie du Livre de Mormon : (1) Comment peut-on reconstituer une géographie du Livre de Mormon ? (2) À quoi la géographie du Livre de Mormon ressemble-t-elle ? (3) Quels endroits hypothétiques a-t-on proposés pour les pays du Livre de Mormon ?
RECONSTITUTION DE LA GÉOGRAPHIE INTERNE DU LIVRE DE MORMON. Bien que les dirigeants de l’Église prennent officiellement et uniformément leurs distances par rapport aux questions relatives à la géographie du Livre de Mormon pour concentrer l'attention sur le message spirituel du livre, les supputations privées et les recherches spécialisées dans ce domaine ont été abondantes. En se basant sur les indices fournis par le texte, amateurs et savants ont formulé plus de soixante géographies possibles. Les désaccords entre eux proviennent de différences dans (1) l'interprétation des passages scripturaires et des déclarations des Autorités générales ; (2) de la manière de procéder pour harmoniser les renseignements donnés par les Écritures ; (3) les hypothèses de départ concernant le texte et l'identification traditionnelle dans l’Église de certains lieux mentionnés (particulièrement la colline Cumorah et « l’étroite bande de terre » qui jouent un rôle important dans le texte) ; et (4) les préférences personnelles et la formation professionnelle.
Ceux qui croient que la reconstitution d'une géographie du Livre de Mormon est possible doivent d'abord régler les problèmes habituels d'interprétation des textes historiques. Il faut attribuer un poids différent à divers passages en fonction de la quantité et de la précision des renseignements fournis. Beaucoup de villes du Livre de Mormon ne peuvent pas être situées parce que l’on ne dispose pas de renseignements suffisants ; cela vaut particulièrement pour les villes lamanites et jarédites. Le Livre de Mormon est essentiellement un document néphite et la plupart des éléments géographiques mentionnés sont en territoire néphite.
Sur la base des données fournies par le texte, on peut localiser approximativement les unes par rapport aux autres diverses caractéristiques naturelles et certaines villes. Les distances dans le Livre de Mormon sont données en termes du temps requis pour voyager d'un endroit à l'autre. Les meilleurs renseignements pour reconstituer la géographie interne viennent des récits des guerres entre Néphites et Lamanites pendant le premier siècle av. J.-C., avec des données plus limitées provenant des voyages missionnaires néphites. Les distances parcourues peuvent être évaluées dans une certaine mesure en tenant compte, là où c’est possible, de la nature du terrain (par exemple, montagnes plutôt que plaines) et de la vitesse relative (par exemple, la marche d'une armée par rapport à un déplacement avec des enfants ou des animaux). La géographie interne élémentaire présentée ci-dessous est basée sur une interprétation des distances évaluées de cette façon et de directions basées sur le texte.
GÉOGRAPHIE INTERNE DU LIVRE DE MORMON. De nombreuses tentatives ont été faites pour créer des plans représentant les géographies physiques et politiques décrites dans le texte, mais ceci exige beaucoup d’hypothèses supplémentaires et est difficile à faire sans donner l’impression que les localisations sont précises alors qu’elles sont en réalité approximatives (Sorenson, 1991). La description présentée ci-dessous de la taille et de la configuration des pays du Livre de Mormon et de l’emplacement des concentrations de population résume les données les moins ambiguës.
Les pays du Livre de Mormon étaient plus longs du nord au sud que d'est en ouest. Ils se composaient de deux entités territoriales reliées par un isthme (« une étroite bande de terre ») flanqué d'une « mer de l’est » et d'une « mer de l’ouest » (Al. 22:27, 32). Le pays situé au nord de l‘étroite bande de terre était appelé « le pays situé du côté du nord » et celui du sud « le pays situé du côté du sud » (Al. 22:32). Le récit jarédite se situe entièrement dans le pays situé du côté du nord (Om. 1:22 ; Ét. 10:21), mais nous n’avons pas suffisamment de détails pour situer leurs villes les unes par rapport aux autres. D’autre part, la majeure partie du récit néphite s’est déroulée dans le pays situé du côté du sud. Les récits de voyage dans le pays situé du côté du sud indiquent que les Néphites et les Lamanites occupaient une région qu’il était possible de parcourir du nord au sud lors d’un voyage normal en une trentaine de jours.
Le pays situé du côté du sud était divisé par « une bande étroite de désert » qui allait de la « mer de l’est » à la « mer de l’ouest » (Al. 22:27). Les Néphites occupaient le territoire au nord de ce désert et les Lamanites, celui du sud. Sidon, le seul cours d’eau dont le nom soit donné, coulait vers le nord entre les déserts de l’est et de l’ouest et prenait sa source dans la bande étroite de désert (Al. 22:29). Le Sidon se déversait probablement dans la mer de l'est si l’on se base sur la description du désert de l’est comme étant une zone côtière plutôt large, mais son embouchure n’est indiquée nulle part.
On peut déduire du texte l’emplacement de quelques villes néphites importantes. Zarahemla était la capitale néphite au premier siècle av. J.-C. La partie du pays situé du côté du sud occupée par les Néphites était appelée « le pays de Zarahemla » (Hél. 1:18). La ville de Néphi, la colonie néphite originelle, avait entre-temps été occupée par les Lamanites et était parfois l’une de leurs capitales pour le pays situé au sud de l’étroit désert qui servait de séparation (Al. 47:20). Si l’on se base sur le récit de migration d'Alma 1, la distance entre les villes de Zarahemla et de Néphi peut être estimée à environ vingt-deux jours de voyage pour un groupe comprenant des enfants et des troupeaux, la plupart du temps par terrain montagneux (cf. Mos. 23:3 ; 24:20, 25).
La distance de Zarahemla à la bande étroite était probablement inférieure à celle séparant Zarahemla et Néphi. La concentration de population principale près de l’étroite bande de terre était la ville d’Abondance, située près de la mer de l’est (Al. 52:17-23). Cette ville située dans les terres basses était le verrou qui commandait l'accès au pays situé du côté du nord en venant du côté de la mer de l’est.
L'emplacement relatif de la colline Cumorah est très ténu du fait que le temps de voyage d’Abondance, ou de l’étroite bande de terre, jusqu’à Cumorah n’est indiqué nulle part. Cumorah était près de la mer de l’est dans le pays situé du côté du nord et les indications limitées dont nous disposons donnent à penser qu’elle n’était probablement pas à beaucoup de jours de voyage de l’étroite bande de terre (Mos. 8:8 ; Ét. 9:3). Il est également probable que la partie du pays situé du côté du nord occupée par les Jarédites était plus petite que le pays néphite-lamanite au sud.
Les pays du Livre de Mormon comportaient des déserts montagneux, des plaines côtières, des vallées, un grand fleuve, un lac de montagne et des marécages dans les terres basses. La région connaissait apparemment aussi des éruptions volcaniques et des tremblements de terre occasionnels (3 Né. 8:5-18). Culturellement, le Livre de Mormon décrit un peuple urbanisé et agricole connaissant la métallurgie (Hél. 6:11), l’écriture (1 Né. 1:1-3), des calendriers, lunaires et solaires (2 Né. 5:28 ; Om. 1:21), des animaux domestiques (2 Né. 5:11), divers grains (1 Né. 8:1), l’or, l’argent, les perles et « des vêtements somptueux » (Al. 1:29 ; 4 Né. 1:24). Sur la base de ces critères, beaucoup de savants considèrent actuellement le nord de l'Amérique Centrale et le sud du Mexique (la Mésoamérique) comme l’endroit le plus susceptible d’être les pays du Livre de Mormon. Cependant, ce point de vue est privé et ne représente pas la position officielle de l'Église.
LOCALISATION PRÉSUMÉE DES PAYS DU LIVRE DE MORMON. Deux questions valent d’être étudiées en ce qui concerne les correspondances externes possibles de la géographie du Livre de Mormon. Quelle est la position officielle de l'Église et que pensent généralement ses membres ?
Au début de l'histoire de l’Église, l'opinion la plus courante parmi les membres et les dirigeants de l’Église était que les pays du Livre de Mormon englobaient toute l’Amérique du Nord et du Sud, bien que certains aient entretenu pendant un certain temps une autre conception plus limitée. La position officielle de l'Église est que les événements relatés dans le Livre de Mormon se sont produits quelque part en Amérique, mais que l'endroit spécifique n'a pas été révélé. Cette position s'applique aux géographies internes et aux correspondances externes. Aucune géographie interne n'a encore été proposée ou approuvée par l'Église et aucune des géographies internes ou externes proposées par différents membres (y compris celle proposée ci-dessus) n'a reçu l'approbation. Les efforts faits par les membres dans cette direction ne sont ni encouragés ni découragés. Pour employer les termes de John A. Widtsoe, un apôtre : « Toutes les études de ce genre sont légitimes, mais les conclusions qui en sont tirées, bien qu'elles puissent être correctes, doivent être considérées tout au plus comme des conjectures intelligentes » (vol. 3, p. 93).
Trois déclarations parfois attribuées au prophète Joseph Smith sont souvent citées comme preuve d'une position officielle de l’Église. Une déclaration de 1836 affirme que « Léhi et son groupe… ont débarqué sur le continent de l'Amérique du Sud, au Chili, à trente degrés de latitude sud » (Richards, Little, p. 272). Ce point de vue était accepté par Orson Pratt et a été imprimé dans les notes de bas de page de l'édition de 1879 du Livre de Mormon, mais il n’y a pas de preuves suffisantes pour l'attribuer formellement à Joseph Smith (« Did Lehi Land in Chili ? »; cf. Roberts, vol. 3, pp. 501-503, et Widtsoe, vol. 3, pp. 93-98).
En 1842, un éditorial dans le journal de l’Église affirmait que « Léhi… a débarqué un peu au sud de l'isthme de Darien [Panama] » (T&S 3 [15 septembre 1842], pp. 921-922). Ceci déplacerait l'emplacement du débarquement de Léhi d’environ 5.000 kilomètres au nord de celui proposé au Chili. À ce moment-là, c’était Joseph Smith qui avait la responsabilité de la rédaction du périodique, mais on ne sait pas si c’est lui qui est à l’origine de cette déclaration ni même si elle représente son opinion. Deux semaines plus tard, un autre éditorial paraissait dans le Times and Seasons, qui constituait en fait une critique du livre Incidents of Travel in Central America, Chiapas and Yucatan, de John Lloyd Stephens. C'était le premier livre accessible en anglais contenant des descriptions et des dessins détaillés des ruines maya antiques. Des extraits en furent reproduits dans le Times and Seasons avec le commentaire que « ce ne serait pas une mauvaise idée de comparer les villes ruinées de M. Stephens à celles du Livre de Mormon : la lumière s’attache à la lumière et les faits sont étayés par les faits. La vérité ne nuit à personne » (T&S 3 [1er oct. 1842], p. 927).
Dans les déclarations faites depuis lors, les dirigeants de l’Église ont généralement refusé de donner un avis quelconque sur les questions de géographie du Livre de Mormon. Quand on lui a demandé d’examiner une carte montrant le lieu de débarquement supposé du groupe de Léhi, le président Joseph F. Smith a déclaré que le « Seigneur ne l'avait pas encore révélé » (Cannon, p. 160 n.). En 1929, Anthony W. Ivins, conseiller dans la Première Présidence, a ajouté : « On n’a encore jamais rien proposé qui règle de manière définitive cette question [de la géographie du Livre de Mormon]… Nous attendons simplement de découvrir la vérité » (CR, avr. 1929, p. 16). Bien que l’Église n'ait pas pris de position officielle en ce qui concerne la localisation des lieux géographiques, les autorités ne découragent pas les efforts privés de traiter le sujet (Cannon).
L'éditorialiste non identifié du Times and Seasons semble avoir favorisé l'Amérique Centrale moderne comme cadre des événements du Livre de Mormon. Comme nous l’avons dit, les géographies récentes de certains membres de l’Église sont en faveur de cette identification, mais d'autres considèrent que c’est le nord de l’État de New York ou l'Amérique du Sud qui sont le cadre correct. La diversité des avis reste considérable parmi des membres de l’Église concernant la géographie du Livre de Mormon ; cependant, la plupart de ceux qui ont étudié le problème conviennent que les centaines de références géographiques du Livre de Mormon sont remarquablement cohérentes, même si les spécialistes ne peuvent pas toujours se mettre d’accord sur des endroits précis.
Parmi les nombreuses géographies externes proposées pour le Livre de Mormon, aucune n'a été confirmée positivement et sans équivoque par l’archéologie. Chose plus fondamentale, il n'y a aucun accord sur le point de savoir si pareille identification incontestable est possible ou, si c’était le cas, quelle forme une « preuve » devrait revêtir ; ce qui n’est pas clair non plus, c’est ce qui constituerait une « falsification » ou une « réfutation » de diverses géographies proposées. Tant que ces problèmes de méthodologie n’auront pas été résolus, toutes les géographies internes et externes, y compris leurs tests archéologiques supposés, ne pourraient être considérés tout au plus que comme des conjectures intelligentes.

Bibliographie
Allen, Joseph L. Exploring the Lands of the Book of Mormon. Orem, Utah, 1989.
Cannon, George Q. "Book of Mormon Geography." Juvenile Instructor 25 (1er janv. 1890), pp. 18-19; reimpr., Instructor 73 (avr. 1938), pp. 159-160.
Clark, John E. "A Key for Evaluating Nephite Geographies." Review of Books on the Book of Mormon 1 (1989), pp. 20-70.
Hauck, F. Richard. Deciphering the Geography of the Book of Mormon. Salt Lake City, 1988.
Palmer, David A. In Search of Cumorah: New Evidences for the Book of Mormon from Ancient Mexico. Bountiful, Utah, 1981.
Richards, F., and J. Little, eds. Compendium of the Doctrines of the Gospel, éd. rév. Salt Lake City, 1925.
Roberts, B. H. New Witnesses for God, 3 vols. Salt Lake City, 1909.
Sorenson, John L. An Ancient American Setting for the Book of Mormon. Salt Lake City, 1985.
Sorenson, John L. A Hundred and Fifty Years of Book of Mormon Geographies: A History of the Ideas. Salt Lake City, 1991.
Warren, Bruce W., et Thomas Stuart Ferguson. The Messiah in Ancient America. Provo, Utah, 1987.
Washburn, J. Nile. Book of Mormon Lands and Times. Salt Lake City, 1974.
Widtsoe, John A. Evidences and Reconciliations, 3 vols. Salt Lake City, 1951.
JOHN E. CLARK

Livre de Mormon, gouvernement et histoire juridique dans
Auteur : Reynolds, Noel B.

Étant donné que le Livre de Mormon se concentre sur des thèmes religieux, les informations sur les institutions politiques et juridiques n’apparaissent qu’en toile de fond par rapport au récit religieux. Néanmoins, il est évident que plusieurs institutions politiques caractérisaient les sociétés néphite, lamanite et jarédite.
Les Néphites furent gouvernés par des rois héréditaires de v. 550 à 91 av. J.-C., quand le gouvernement passa au règne des juges. Après la venue du Christ, deux siècles de paix sous le gouvernement de son Église furent suivis de la désintégration de la société en unités tribales et finalement de la destruction des Néphites.
Dès le commencement, le système juridique néphite fut basé sur la loi de Moïse telle qu’elle était écrite dans les Écritures, telle qu’elle était probablement pratiquée par Israël au septième siècle av. J.-C., et telle qu’elle fut modifiée (légèrement) au cours des années jusqu'à l’avènement de Jésus-Christ. Comme les prophètes néphites l’avaient longtemps prédit (2 Né. 25:24), Jésus accomplit la loi de Moïse. Après son avènement, la loi néphite fut constituée des commandements du Christ.
GOUVERNEMENT. Après avoir emmené sa famille et quelques autres hors de Jérusalem, Léhi établit sa colonie sur le continent américain comme une branche d'Israël dans une nouvelle terre promise, mais son organisation était instable en elle-même, parce qu’elle semble n'avoir donné aucun principe clair pour résoudre les conflits politiques. Les sept groupes de lignées créés à la mort de Léhi et mentionnés de manière constante dans le Livre de Mormon étaient les Néphites, les Jacobites, les Joséphites, les Zoramites, les Lamanites, les Lémuélites et les Ismaélites (Jcb. 1:13 ; 4 Né. 1:36-38 ; Mrm. 1:8 ; Welch, 1989, p. 69). Quand ce système se révéla incapable de maintenir la paix, Néphi 1 emmena les quatre premiers de ces groupes de familles, qui croyaient aux révélations de Dieu, fonda une nouvelle ville et accepta le poste de roi néphite par acclamation populaire. Les trois autres groupes élaborèrent par la suite un système monarchique, avec un roi lamanite recevant le tribut d'autres rois vassaux ismaélites, lamanites et lémuélites.
Cette scission originelle constitua le thème politique de base d’une grande partie de l'histoire néphite et lamanite. Laman et Lémuel étaient les fils aînés de Léhi, et ils revendiquaient naturellement le droit de régner. Mais ce fut Néphi, un frère cadet, qui fut choisi par le Seigneur pour être leur gouverneur et leur instructeur (1 Né. 2:22) et le récit fait par Néphi de ces débuts a été écrit en partie pour justifier son appel comme gouverneur (Reynolds). Le conflit sur le droit de régner continua, fournissant une grande partie de la base rhétorique pour les guerres récurrentes entre les Lamanites et les Néphites des centaines d'années plus tard.
C’est probablement à cause de la controverse qu’a suscité l’établissement de la royauté néphite que son idéologie a été claire dès les temps les plus reculés. Les rois néphites étaient acclamés par le peuple (2 Né. 5:18). Ils avaient un temple comme centre religieux (2 Né. 5:16) et veillaient à conserver les symboles vénérables d’une royauté divinement désignée qu’étaient l'épée de Laban, le Liahona et les annales antiques (2 Né. 5:12-14 ; cf. Ricks).
Seuls le premier roi néphite (Néphi 1) et les trois derniers rois (Mosiah 1, Benjamin et Mosiah 2) sont appelés par leur nom dans le Livre de Mormon. Ces quatre rois remplissaient les fonctions de chefs militaires et de prophètes et travaillaient en collaboration étroite avec d'autres prophètes pour rappeler au peuple ses obligations vis-à-vis de Dieu et les uns envers les autres. Par exemple, dans son discours final à son peuple, le roi Benjamin fait rapport au peuple d’une révélation de Dieu et lui fait contracter l'alliance de prendre sur lui le nom du Christ et de garder les commandements de Dieu et du roi.
Certains rois néphites étaient impies. Noé, roi d'un sous-groupe néphite (le peuple de Zénif), exploita les faiblesses du système néphite, assurant son entretien et celui de son conseil de prêtres corrompus dans une vie de débauche par les travaux du peuple. Les doutes concernant l’institution de la royauté devinrent aigus quand l’oppression exercée par Noé fut rapportée au groupe principal des Néphites. Le roi Mosiah 2, quand ses fils refusèrent la monarchie, résolut la crise de succession en proposant de remplacer la royauté par un système de juges inférieurs et supérieurs. Cette forme de gouvernement fut acceptée par le peuple en 91 av. J.-C. (Mosiah 29) et dura, malgré plusieurs crises et corruptions, pendant approximativement cent ans. Bien que le poste de grand juge continuât à avoir la prééminence militaire et religieuse et fût fréquemment passée de père en fils, il différait de la royauté en ce que les juges supérieurs pouvaient être jugés par les juges inférieurs s'ils violaient la loi ou opprimaient le peuple (Mosiah 29:29).
Alma 2 devint le premier grand juge et a fut simultanément grand prêtre, gouverneur et capitaine en chef militaire. Comme ces postes exigeaient l'approbation du peuple, qui avait rejeté la monarchie, les détracteurs ont eu tendance à confondre le système néphite avec la démocratie des États-Unis. Il n’y avait cependant pas de législature représentative, qui est l’institution essentielle de l'idéologie républicaine américaine. En outre, les postes principaux passaient habituellement du père au fils, sans élections (Bushman, pp. 14-17) ; on nous dit bien souvent que « la voix du peuple » autorisait ou confirmait les nominations aux postes de direction et les autres actes civiques ou politiques.
Il apparaît que pendant les deux premiers siècles après l’avènement du Christ, les Néphites fonctionnèrent sous un système ecclésiastique sans juges ni rois, avec des tribunaux constitués seulement des anciens de l’Église (4 Né. 1:1-23 ; Mro. 6:7). Avec l'apostasie et l'effondrement de l'Église néphite, aucune institution civile n'était plus en place pour préserver la loi et l'ordre. Les tentatives d'organiser et de gérer les affaires publiques par le retour au système tribal et, plus tard, au gouvernement par les militaires, n'empêchèrent pas la destruction finale de la civilisation.
Le Livre de Mormon fait également une brève histoire des Jarédites, une civilisation beaucoup plus ancienne, qui commença à l’époque de la grande Tour et fut monarchique de bout en bout. Les rois jarédites semblent avoir été des autocrates et la succession était plus souvent déterminée par l'aventurisme politique et militaire que par des procédures légales.
LÉGISLATION. Jusqu'à la venue du Christ, les Néphites et les Lamanites convertis respectèrent strictement la loi de Moïse telle qu'ils la connaissaient et la comprenaient (2 Né. 5:10 ; 25:24-26 ; Jm. 1:5 ; Jcb. 4:4-5 ; Al. 25:15 ; 30:3 ; Hél. 13:1 ; 3 Né. 1:24-25). Conservée sur les plaques d'airain, la loi de Moïse était la base de leur droit pénal et de leur code civil, aussi bien que des règles de pureté, des sacrifices au temple et de l’observances des fêtes néphites ; ils savaient, cependant, que la loi de Moïse serait remplacée lors de la future ère messianique (2 Né. 25:24-27).
Des publications récentes (Welch, 1984, 1987, 1988, 1989, 1990) ont mis au jour une grande panoplie de renseignements juridiques dans le texte du Livre de Mormon. Les aspects procéduraux et administratifs de la loi néphite évoluèrent d'un siècle à l'autre, alors que la substance de la loi coutumière changeait très peu. Les dirigeants néphites semblent avoir considéré toute nouvelle législation comme présomptueuse et généralement mauvaise (Mosiah 29:23) et tout changement non autorisé de la loi de Dieu comme blasphématoire (Jacob 7:7). Leurs lois religieuses comportaient de nombreuses dispositions et protections humanitaires pour les personnes, pour leur liberté religieuse et leurs biens. Ces règles étaient basées sur un principe fort d'égalité juridique (Al. 1:32 ; 16:18 ; Hél. 4:12).
Lors de deux incidents au début de l’histoire, Jacob, frère de Néphi 1, fut impliqué dans des polémiques au sujet de la loi. La première concernait le droit revendiqué par certains Néphites d'avoir des concubines (Jcb. 2:23-3:11), et la seconde se produisit quand Shérem accusa Jacob de profaner la loi de Moïse (Jcb. 7:7).
Le procès d'Abinadi (Mosiah 11-17) indique que, au moins dans le cas de Noé, le roi avait pouvoir sur les questions politiques mais se faisait conseiller sur les sujets religieux par une assemblée de prêtres : Des chefs d’accusation furent lancés contre Abinadi pour avoir maudit le souverain, porté un faux témoignage, fait une fausse prophétie et avoir blasphémé (Mos. 12:9-10, 14 ; 17:7-8, 12). Les sanctions légales dans le Livre de Mormon étaient souvent conçues de manière à correspondre à la nature du délit ; ainsi, Abinadi fut brûlé pour avoir insulté le roi dont il avait dit que la vie serait estimée comme un vêtement dans une fournaise (Mosiah 12:3 ; 17:3).
Lorsque les Néphites abandonnèrent la monarchie, Mosiah 2 institua une réforme importante de la procédure néphite. Un système de juges et d'autres officiers fut institué ; les juges inférieurs étaient jugés par un juge supérieur (Mos. 29:28) ; les juges étaient payés pendant le temps passé au service du public (Al. 11:3) ; un système normalisé de poids et mesures fut institué (Al. 11:4-19) ; l'esclavage fut formellement interdit (Al. 27:9) et les débiteurs défaillants risquaient l'exil (Al. 11:2). Il y avait des officiers (Al. 11:2) et des avocats qui aidaient, mais leurs fonctions officielles ne sont pas claires. Il semble que seuls les citoyens ordinaires avaient le pouvoir d’intenter des procès (sinon les juges en auraient intenté un à Néphi 2 dans Hél. 8:1).
Le procès de Néhor fut un précédent important, fixant la juridiction plénière et de première instance du grand juge (Al. 1:1-15). Il apparaît qu’en vertu de Mosiah 29, les juges supérieurs n’étaient censés juger que si les juges inférieurs portaient un faux jugement. Mais dans le procès de Néhor, Alma 2 s’empara directement de l’affaire, augmentant le pouvoir du grand juge.
La réforme protégeait aussi la liberté de croyance, mais certains comportements publics étaient punis (Al. 1:17-18 ; 30:9-11). Le cas de Korihor fixa la règle que certaines formes de parole (blasphème, incitation du peuple à pécher) étaient punissables en vertu de la loi néphite, même après la réforme de Mosiah.
Pendant tout ce temps, la loi néphite sous-jacente restait la loi de Moïse interprétée à la lumière de la connaissance de l'Évangile. Les décrets publics interdisaient régulièrement le meurtre, le pillage, le vol, l'adultère et toute iniquité (Mos. 2:13 ; Al. 23:3). Le meurtre était défini comme le fait de « tuer délibérément » (2 Né. 9:35), ce qui excluait les cas où l’on ne se mettait pas à l’affût (sur le meurtre de Laban par Néphi, cf. Ex. 21:13-14 et 1 Né. 4:6-18). Le vol était habituellement une infraction mineure, mais le brigandage était un crime capital (Hél. 11:28) ordinairement commis par des étrangers organisés et des brigands violents et politiquement motivés, qui étaient traités par les forces militaires (comme ils l’étaient typiquement dans le Proche-Orient antique).
Il est évident que l’on observait systématiquement les principes techniques de la loi de Moïse dans la civilisation néphite. Par exemple, la résolution juridique d'un meurtre sans témoins dans le cas de Séantum dans Hélaman 9 prouve que les Néphites reconnaissaient une exception technique à la règle interdisant de témoigner contre soi-même comme le firent plus tard les juristes juifs, comme quand la divination détectait un corpus delicti (Welch, février 1990). L'exécution de Zemnarihah par les Néphites préfigurait un point obscur attesté plus tard dans la loi juive qui exigeait que l'arbre auquel un criminel avait été pendu soit abattu (3 Né. 4:28 ; Welch, 1984). Le cas de l'exemption des Ammonites du service militaire donne à penser que la compréhension rabbinique de Deutéronome 20 à cet égard était probablement identique à celle des Néphites (Welch, 1990, pp. 63-65).
On peut aussi déduire de preuves indirectes que les Néphites observaient les lois rituelles traditionnelles des fêtes israélites. Un exemple pourrait être l'assemblée du peuple de Benjamin dans des tentes autour du temple et de la tour du haut de laquelle il parle. Il y a des choses dans le récit qui sont semblables aux fêtes du nouvel an entourant la fête des tabernacles et le jour des expiations (Tvedtnes, dans Lundquist et Ricks, By Study and Also by Faith, Salt Lake City, 1990, 2:197-237).
Avec l’avènement du Christ ressuscité, rapporté dans 3 Néphi, la loi de Moïse fut accomplie et reçut un sens nouveau. Les dix commandements étaient toujours d’application sous une nouvelle forme (3 Né. 12) ; « les observances et les ordonnances » de la loi devinrent périmées (4 Né. 1:12), mais pas la « loi » ni les « commandements » comme Jésus les avait reformulés dans 3 Néphi 12-14.

Bibliographie
Bushman, Richard L. "The Book of Mormon and the American Revolution." BYU Studies 17, Automne 1976, pp. 3-20.
Reynolds, Noel B. "The Political Dimension in Nephi's Small Plates." BYU Studies 27, automne 1987, pp. 15-37.
Ricks, Stephen D. "The Ideology of Kingship in Mosiah 1- 6." F.A.R.M.S. Update, août 1987.
Welch, John W. "The Execution of Zemnarihah." F.A.R.M.S. Update, novembre 1984.
Welch, John W. "The Law of Mosiah." F.A.R.M.S. Update, mars 1987.
Welch, John W. "Statutes, Judgments, Ordinances and Commandments." F.A.R.M.S. Update, juin 1988.
Welch, John W. "Lehi's Last Will and Testament: A Legal Approach." Dans The Book of Mormon: Second Nephi, the Doctrinal Structure, dir. de publ. M. Nyman et C. Tate, pp. 61-82. Provo, Utah, 1989.
Welch, John W. "The Case of an Unobserved Murder." F.A.R.M.S. Update, Feb. 1990.
Welch, John W. "Law and War in the Book of Mormon." Dans Warfare in the Book of Mormon, dir. de publ. S. Ricks et W. Hamblin, pp. 46-102. Salt Lake City, 1990.
NOEL B. REYNOLDS

Livre de Mormon – Histoire de la guerre dans
Auteur : Hamblin, William J.

Une grande partie du Livre de Mormon traite de conflits militaires. Dans des récits divers, instructifs et moralement édifiants, le Livre de Mormon rapporte une grande variété de coutumes, de techniques et de tactiques militaires semblables à celles que l’on trouve dans beaucoup de sociétés pré-modernes (avant 1600-1700 apr. J.-C.), particulièrement certaines croyances et conventions typiquement israélites adaptées à la région de la Méso-Amérique.
Le Livre de Mormon enseigne que la guerre est le résultat de l'iniquité. Des guerres et des destructions s’abattent sur les Néphites à cause des querelles, des meurtres, de l'idolâtrie, des fornications et des abominations « qui existaient parmi eux », tandis que ceux qui étaient « fidèles à garder les commandements du Seigneur furent délivrés en tout temps » de la captivité, de la mort ou de l'incrédulité (Al. 50:21-22).
Le Livre de Mormon condamne implicitement les guerres d'agression. Jusqu'à leur calamité finale, tous les objectifs militaires néphites étaient strictement défensifs. Tous les Néphites de sexe masculins qui étaient aptes avaient l’obligation formelle et sacrée de défendre leurs familles, leur pays et leurs libertés religieuses (Al. 43:47 ; 46:12), mais seulement quand Dieu le leur commandait (voir Guerre et paix).
GUERRE. Dans le Livre de Mormon, hormis les convertis ammonites qui ont fait serment de ne plus jamais verser le sang et la période remarquable de paix qui suit la visite du Christ, les conflits armés à différents niveaux d'intensité sont un phénomène presque constant. Plusieurs prophètes et héros du Livre de Mormon sont des militaires qui combattent pour défendre leur peuple, témoins des réalités sinistres de la guerre dans l'histoire antique.
La religion et la guerre ont des liens étroits dans le Livre de Mormon. Certains éléments du principe de la « guerre sainte » israélite s’y retrouvent, comme l'idée importante dans l’antiquité que le succès à la guerre était dû fondamentalement à la volonté de Dieu et à la justice du peuple (Al. 2:28 ; 44:4-5 ; 50:21 ; 56:47 ; 57:36 ; 58:33 ; Mrm. 2:26). Les armées néphites consultaient les prophètes avant d'aller au combat (Al. 16:5 ; 43:23-24 ; 3 Né. 3:19) contractaient des alliances avec Dieu avant la bataille. À une certaine occasion, les soldats néphites font le serment solennel d’obéir aux commandements de Dieu et de combattre vaillamment pour la cause de la justice, jetant leurs vêtements par terre aux pieds de leur chef et invitant Dieu à les jeter de la même façon aux pieds de leurs ennemis s'ils violent leur serment (Al. 46:22 ; cf. 53:17). Dans l’histoire des jeunes guerriers d’Hélaman on peut voir un code de pureté pour les guerriers (Al. 56-58).
Comme c’était le cas dans toutes les situations pré-modernes, la guerre dans le Livre de Mormon était étroitement liée à l'environnement et à l'écologie naturels : temps, altitude, terrain, approvisionnements en nourriture, caractère saisonnier et cycles agricoles. La géographie détermine dans une certaine mesure la stratégie et les tactiques (Sorenson, 1985, pp. 239-276). Le moment favorable pour les campagnes militaires dans le Livre de Mormon semble avoir été entre les onzième et quatrième mois, que l’on a comparé au fait que les actions militaires avaient souvent lieu pendant les mois frais et secs succédant à la moisson, soit à partir de novembre jusqu’en avril en Méso-Amérique (voir Alma 16:1 ; 49:1 ; 52:1 ; 56:27 ; Ricks et Hamblin, pp. 445-477).
Les animaux, utilisés comme bêtes de somme ou montés pour aller au combat, n'étaient de toute évidence ni très disponibles ni d’usage pratique dans le monde néphite : le Livre de Mormon ne mentionne jamais l’utilisation d’un animal à des fins militaires.
Du point de vue de la technique, les soldats néphites se battaient, d’une façon ou d’une autre, avec des armes de jet ou de corps à corps et portaient fréquemment une armure. Ils se servaient de la métallurgie pour faire les armes et les armures et du génie pour dresser des fortifications. Dans le Livre de Mormon, Néphi enseigne à son peuple à faire des épées sur le modèle de l'épée de Laban (2 Né. 5:14-15). Les innovations décrites comportent une prolifération des fortifications (que l’on croyait jadis inexistantes dans l’Amérique antique) et des armures néphites au premier siècle av. J.-C. (Al. 43:19 ; 48), bientôt copiées par les Lamanites (Al. 49:24). On a fait remarquer que les armes (épées, cimeterres, arcs et flèches) et les armures (plastrons de cuirasse, boucliers, écus et casques [le mot casque a été utilisé dans la version française à cause de la difficulté de rendre l’anglais « headplate », littéralement « plaque de tête »]) mentionnés dans le Livre de Mormon sont comparables à ceux qui ont été trouvés en Méso-Amérique ; les cottes de mailles, les casques, les chars de combat, la cavalerie et les machines de siège complexes sont absents dans le Livre de Mormon et en Méso-Amérique, en dépit de leur importance dans les descriptions bibliques (Ricks et Hamblin, pp. 329-424).
La capacité de recruter, d’équiper, de former, d’alimenter et de déplacer de grands groupes de soldats représentait une entreprise importante pour ces sociétés, les poussant souvent au-delà de leurs limites et contribuant de ce fait à leur effondrement final. Comme l’illustre l'histoire de Moroni 1 et de Pahoran, la guerre exerçait une pression sociale et économique terrible sur la société néphite (Al. 58-61). La taille des armées néphites coïncidait avec la croissance démographique générale : Les armées comptaient des milliers d’hommes au premier siècle av. J.-C. et des dizaines de milliers au quatrième siècle apr. J.-C.
Il apparaît que l'organisation militaire dans le Livre de Mormon était aristocratique et dominée par une élite héréditaire hautement entraînée. Ainsi, par exemple, des chefs militaires tels que Moroni 1, son fils Moronihah et Mormon deviennent chacun capitaine en chef à un jeune âge (Al. 43:17 ; 62:39 ; Mrm. 2:1).
Les armées du Livre de Mormon étaient organisées selon un système décimal de centaines, de milliers et de dix mille, comme c’était typiquement le cas dans l’Israël ancien et dans beaucoup d'autres organisations militaires antiques.
Le livre d'Alma fait d’une manière vivante et réaliste le récit des sombres réalités, des tensions et des souffrances de la guerre (CWHN 7:291-333). Les préparatifs pour la guerre étaient complexes : il y est souvent question d'approvisionnements, de marches et de contre-marches. La main d'œuvre était recrutée dans les rangs des citoyens ordinaires ; les soldats devaient être équipés et organisés pour les marches et la tactique et mobilisés à des endroits centraux.
Certaines batailles étaient menées à des moments et dans des endroits arrangés au préalable, comme quand Mormon rencontre les Lamanites à Cumorah (Mrm. 6:2 ; cf. 3 Né. 3:8). Mais une grande partie du temps on a affaire à de la guérilla ou à des attaques surprise : Les brigands de Gadianton ont l’habitude de piller les villes, d’éviter les conflits ouverts, lancent des exigences terroristes et assassinent secrètement les autorités gouvernementales.
Les opérations proprement dites sur le champ de bataille ne représentent habituellement qu’une petite partie d'une campagne. Les éclaireurs et les espions partaient en reconnaissance pour trouver de la nourriture, des pistes et l'endroit où se trouvaient les troupes ennemies. Les plans de bataille étaient généralement faits peu avant la rencontre avec l'ennemi et ils avaient fréquemment la forme d'un conseil, comme celui tenu par Moroni dans Alma 52:19.
Quand le combat lui-même commençait, il s’avérait sans aucun doute qu’il était difficile de contrôler l'armée. Les soldats combattaient généralement dans des unités distinguées par des bannières tenues par un officier. L’étendard de Moroni, ou « titre de la liberté », a apparemment rempli de telles fonctions (Al. 43:26, 30 ; 46:19-21, 36).
Dans la mesure où l’on peut le déterminer, les attaques commençaient traditionnellement par un échange de missiles visant à blesser et à démoraliser l'ennemi ; venait ensuite le combat en corps à corps. La bataille décrite dans Alma 49 fait une bonne description des duels d’archers précédant des mêlées en corps à corps. Quand la panique commençait à se répandre dans les rangs, l'effondrement complet pouvait être soudain et dévastateur. La mort du roi ou du commandant menait habituellement à la défaite ou à la reddition immédiate, comme cela se passe dans Alma 49:25. La mort d'un roi lamanite pendant la nuit précédant la nouvelle année se révéla particulièrement démoralisante (Al. 52:1-2). La plupart des pertes se produisaient pendant la fuite et la poursuite après la désintégration des unités principales ; il y a, dans le Livre de Mormon, plusieurs exemples de déroute, de fuite et de destruction d'une armée (par exemple, Alma 52:28 ; 62:31).
Des lois et un comportement coutumier géraient également les relations militaires et la diplomatie. Les serments militaires étaient pris très au sérieux. Les serments de fidélité de la part des troupes et les serments de reddition des prisonniers sont mentionnés fréquemment dans le Livre de Mormon et les traités étaient principalement conclus avec des serments de non-agression (Al. 44:6-10, 20 ; 50:36 ; 62:16 ; 3 Né. 5:4-5). Légalement, les brigands étaient considérés comme des cibles militaires au contraire des contrevenants ordinaires (Hél. 11:28). Parmi les autres éléments de loi martiale dans le Livre de Mormon il y a la suspension des processus juridiques ordinaires et le transfert de l'autorité légale aux officiers militaires commandants (Al. 46:34), les restrictions aux déplacements, les avertissements avant le commencement des hostilités (3 Né. 3 ; cf. De. 20:10-13), l'octroi extraordinaire de l'exemption militaire à condition que les exemptés fournissent des approvisionnements et un appui (Al. 27:24 ; cf. De. 20:8 ; Talmud babylonien, Sotah 43a-44a) et des exigences de traitement humanitaire pour les captifs et les femmes.
GUERRES. On peut distinguer quatre-vingt-cinq conflits armés dans le Livre de Mormon (Ricks et Hamblin, pp. 463-474). Certains sont de brèves escarmouches, d'autres, de longues campagnes. Certains sont des guerres civiles, d'autres sont interethniques. Les causes des guerres varient et les alliances fluctuent en conséquence. Les guerres principales sont les suivantes :
Dans les premiers conflits tribaux (v. 550-200 av. J.-C.), les conflits sociaux, religieux et culturels donnent lieu à des agressions lamanites répétées après que les Néphites se sont séparés des Lamanites. Les Néphites ne s'épanouissent pas dans ces circonstances et, pour échapper à d'autres attaques, ils finissent par quitter le pays de Néphi et se dirigent vers le nord jusqu’à Zarahemla.
Le fils du roi Laman (v. 160-150 av. J.-C.), envieux de la prospérité néphite et irrité contre eux parce qu’ils avaient pris les annales (particulièrement les plaques d’airain, Mosiah 10:16), attaque le peuple de Zénif (des Néphites qui sont revenus au pays de Néphi) et le peuple de Benjamin (Néphites et Mulékites au pays de Zarahemla). Suite à ces campagnes, Zénif devient vassal des Lamanites. La victoire de Benjamin unit plus fermement le pays de Zarahemla sous son règne (Pa. ; Mosiah 9-10).
La guerre d'Amlici (87 av. J.-C.) est une guerre civile à Zarahemla, déclenchée par le remplacement de la fonction royale à celle de juge et par l'exécution de Néhor. Amlici, partisan de Néhor, milite en faveur du retour à la royauté. Cette guerre civile est la première fois, à notre connaissance, que des dissidents néphites s'allient à des Lamanites ; elle débouche sur une paix instable (Al. 2-3).
La destruction soudaine d'Ammonihah (81 av. J.-C.), un centre des partisans récalcitrants de Néhor, est déclenchée par la colère lamanite envers certains Néphites qui ont amené certains Lamanites à en tuer d'autres (Al. 16 ;24-25).
Le passage des Ammonites (77 av. J.-C.) du territoire lamanite au pays de Jershon pour rejoindre les Néphites conduit à une invasion lamanite majeure des terres néphites (Al. 28).
Trois ans après, beaucoup de Zoramites pauvres sont convertis par les Néphites et passent d'Antionum (la capitale zoramite) à Jershon (pays donné aux Ammonites par les Néphites avec des garanties de protection). La perte de cette main d’œuvre va provoquer l'attaque des Zoramites alliés aux Lamanites et d'autres contre les Néphites (Al. 43-44). De nouvelles formes d'armure introduites par les Néphites caractérisent cette guerre.
Pendant cette décennie turbulente, un homme politiquement ambitieux appelé Amalickiah, avec des alliés lamanites, va chercher à rétablir une royauté à Zarahemla après la disparition d'Alma 2. Amalickiah est battu (72 av. J.-C.), mais il jure de revenir et de tuer Moroni 1 (Al. 46-50). Il s’ensuit une campagne de sept ans (67-61 av. J.-C.), avec des combats dans deux arènes, une au sud-ouest de Zarahemla et l'autre sur le bord de mer au nord de Zarahemla. Les villes périphériques tombent et la capitale est infestée de conflits civils. À la longue, les Néphites remporteront une victoire coûteuse (Al. 51-62).
Lors de la courte guerre de Tubaloth (51 av. J.-C.), Tubaloth, fils d'Ammoron, et Coriantumr (un descendant du roi Zarahemla) s’emparent du pays de Zarahemla, mais ne peuvent pas le conserver, pendant le chaos politique qui suit la rébellion de Paanchi après la mort du grand juge Pahoran (Hél. 1). Suite à cela, les brigands de Gadianton parviennent au pouvoir et certains Néphites commencent à émigrer vers le nord.
La guerre de Moronihah (38, 35-30 av. J.-C.) suit la nomination de Néphi 2 comme grand juge (Hél. 4). Les dissidents néphites, de concert avec les Lamanites, occupent la moitié des terres néphites et Néphi 2 démissionne du siège du jugement.
Les guerres de Gadianton et de Kishkumen (26-19 av. J.-C.) commencent par l’assassinat de deux grands juges consécutifs, Cézoram et son fils ; la cupidité et les luttes pour le pouvoir suscitent des conflits avec les brigands de Gadianton autour de Zarahemla. Les Lamanites s'unissent aux Néphites contre ces brigands jusqu'à ce qu’une famine, appelée du ciel par le prophète Néphi 2, apporte une victoire néphite temporaire (Hél. 6-11).
Giddianhi et Zemnarihah (13-22 apr. J.-C.) lancent des campagnes menaçantes contre les quelques Néphites et Lamanites justes qui restent et ont uni leurs forces à ce moment-là (3 Né. 2-4). À court d’approvisionnements, les brigands de Gadianton deviennent plus visibles et plus agressifs ; ils revendiquent des droits sur les terres et sur le gouvernement néphites. La coalition des Néphites et des Lamanites finit par battre les brigands.
Les guerres néphites finales (322, 327-328, 346-350 apr. J.-C.) commencent après qu’une croissance de population et une infestation de brigands causent un conflit frontalier, et les Néphites sont refoulés jusqu’à une étroite bande de terre. Les Néphites fortifient la ville de Sem et parviennent à obtenir un traité de paix de dix ans (Mrm. 1-2), mais ils finissent par contre-attaquer dans le sud. Une grande méchanceté existe des deux côtés (Mrm 6 ; Mro. 9), jusqu'à ce que sur un champ de bataille convenu d’avance, les Néphites affrontent les Lamanites et soient annihilés (v. 385 apr. J.-C.).
Il y a plusieurs raisons pour lesquelles beaucoup de chapitres du Livre de Mormon traitent de guerre.
1. L'inévitabilité de la guerre était un souci fondamental dans pratiquement toutes les civilisations antiques. Les ressources économiques disponibles étaient souvent en grande partie consacrées à entretenir une force militaire ; la conquête est un facteur important dans la transformation et le développement des sociétés du Livre de Mormon comme elle l’a été dans la croissance de la plupart des civilisations du monde.
2. Le Livre de Mormon est un document religieux, et pour le peuple du Livre de Mormon, comme pour presque toutes les cultures antiques, la guerre est fondamentalement sacrale. On la fait dans un mélange complexe d'idéologie et de rituel religieux.
3. Mormon, qui a compilé et abrégé le Livre de Mormon, était lui-même un commandant militaire. Beaucoup de dirigeants politiques et religieux du Livre de Mormon étaient étroitement associés si pas identiques à leurs commandants ou élites militaires.
4. Ces récits faisaient passer des messages religieux importants. Les guerres dans l'histoire néphite vérifient les paroles de leurs prophètes tels qu'Abinadi et Samuel le Lamanite (Mrm. 1:19). Les guerres étaient les instruments du jugement de Dieu (Mrm. 4:5) et de la délivrance accordée par Dieu (Al. 56:46-56). Elles sont, en fin de compte, un témoin contraignant mettant en garde les hommes d’aujourd'hui contre le danger d’être victimes du même sort que les Néphites et les Jarédites ont fini par s’infliger à eux-mêmes (Mrm. 9:31 ; Ét. 2:11-12).

Bibliographie
De Vaux, Roland. Ancient Israel. New York, 1965.
Hillam, Ray. "The Gadianton Robbers and Protracted War." BYU Studies 15, 1975, pp. 215-224.
Ricks, Stephen D., et William J. Hamblin, dir. De publ. Warfare in the Book of Mormon. Salt Lake City, 1990. (On trouvera une bibliographie supplémentaire aux pages 22-24.)
Sorenson, John L. An Ancient American Setting for the Book of Mormon, pp. 239-276. Salt Lake City, 1985.
WILLIAM J. HAMBLIN

Livre de Mormon – Langue
Auteur : Stubbs, Brian Darrel

La langue du Livre de Mormon présente les caractéristiques typiques d'une traduction d'un texte provenant du Proche-Orient antique aussi bien que la marque de l’anglais du XIXe siècle et le style de la King James Version (KJV) de la Bible. Que la langue du Livre de Mormon ressemble à celle de la KJV semble tout naturel puisque du temps du prophète Joseph Smith, la KJV était le livre le plus lu en Amérique et constituait la langue religieuse standard de la plupart des anglophones (voir CWHN 8:212-18). En outre, le Livre de Mormon a certaines affinités avec la KJV : les deux contiennent des œuvres de prophètes anciens d'Israël aussi bien que des récits d'une partie du ministère de Jésus-Christ, les deux sont des traductions en anglais et les deux doivent devenir « un » dans la main de Dieu comme recueils de sa parole à ses enfants (Éz. 37:16-17 ; 1 Né. 13:41 ; D&A 42:12).
LANGUES UTILISÉES PAR LES NÉPHITES. Les déclarations que l’on trouve dans le Livre de Mormon ont engendré des conceptions différentes en ce qui concerne la langue dans laquelle le livre a été écrit à l'origine. Vers 600 av. J.-C., Néphi 1, le premier auteur du Livre de Mormon, quelqu’un qui avait passé sa jeunesse à Jérusalem, écrit : « Je fais [les petites plaques de Néphi] dans la langue de mon père, consistant en la science des Juifs et la langue des Égyptiens » (1 Né. 1:2). Mille ans plus tard, Moroni 2, le dernier prophète néphite, remarque au sujet des plaques de Mormon que « nous avons écrit ces annales … dans les caractères qui sont appelés parmi nous l'égyptien reformé, transmis et altérés par nous, selon notre manière de parler. Et si nos plaques [feuilles en métal] avaient été suffisamment grandes, nous aurions écrit en hébreu ; mais l’hébreu a été altéré aussi par nous … Mais le Seigneur sait… qu’aucun autre peuple ne connaît notre langue » (Mrm. 9:32-34). À la lumière de ces deux passages, il est évident que ceux qui tenaient les annales néphites connaissaient l’hébreu et un peu d’égyptien. On ne sait pas si Néphi, Mormon ou Moroni écrivaient de l'hébreu en caractères égyptiens modifiés ou gravaient leurs plaques en langue égyptienne et en caractères égyptiens ou si Néphi a écrit dans une langue et Mormon et Moroni, qui ont vécu quelque neuf cents ans plus tard, dans une autre. La mention de « caractères » appelés égyptien réformé tend à confirmer l'hypothèse de l’hébreu en caractères égyptiens. Bien que l’observation de Néphi (1 Né. 1:2) contrecarre un peu cette idée, la déclaration est ambiguë et peu concluante pour les deux thèses.
Les auteurs néphites semblent avoir modelé leur écriture sur les plaques d’airain, un document contenant les textes bibliques composés avant 600 av. J.-C., qui était en la possession des descendants de Joseph d'Égypte (1 Né. 5:11-16). Certaines parties au moins de ce document étaient écrites en égyptien, puisque la connaissance de « la langue des Égyptiens » a permis à Léhi, père de Néphi, de « lire ces inscriptions » (Mos. 1:2-4). Mais on ne peut encore une fois pas dire si c'était de l’égyptien ou de l'hébreu écrit en égyptien. L'égyptien était employé couramment du temps de Léhi, mais parce que les écrits poétiques sont déformés dans la traduction, parce que les écrits prophétiques étaient généralement considérés comme sacrés et parce que l'hébreu était la langue des Israélites au VIIe siècle av. J.-C., il aurait été étonnant que l’on ait traduit, dès ce moment-là, de l’hébreu en une langue étrangère, les écrits d'Ésaïe et de Jérémie dont une partie substantielle se trouvait sur les plaques d’airain (1 Né. 5:13 ; 19:23). Ainsi donc, des parties hébraïques écrites en hébreu, des parties égyptiennes en égyptien et des parties hébraïques en égyptien sont toutes des possibilités. Si les plaques d'airain ont été créées tandis que les Israélites étaient toujours en Égypte, les parties les plus anciennes (p.ex. les prophéties de Joseph en Égypte) ont pu être écrites en égyptien et les parties plus tardives (par exemple, les paroles de Jérémie) en hébreu.
Pour ce qui est de la composition du Livre de Mormon, Mrm. 9:33 indique que l'espace limité sur les plaques d'or imposait l’utilisation de caractères égyptiens plutôt que l'hébreu. Du temps de Léhi, l'hébreu et l'égyptien s’écrivaient uniquement avec les consonnes. À la différence de l'hébreu, l'égyptien avait des signes représentant deux voire même trois consonnes. L’utilisation de tels caractères, surtout sous forme modifiée, devait faire gagner de la place.
Les caractères ont été transmis et modifiés selon la façon de parler des Néphites (Mrm. 9:32). Ce commentaire donne à penser que les générations postérieures de Néphites au moins ont utilisé des caractères égyptiens pour écrire leur langue parlée contemporaine, une forme altérée d'hébreu. Il est extrêmement peu probable qu’un peuple isolé de tout contact simultané avec les deux langues ait pu conserver le bilinguisme dans ces deux langues sur une période de mille ans. Donc, si les caractères égyptiens ont été modifiés à mesure que la langue vivante changeait, cela veut dire que les Néphites utilisaient probablement de tels caractères pour écrire leur langue parlée, qui était essentiellement l’hébreu.
Bien qu'une partie du groupe de Léhi qui a quitté Jérusalem ait pu parler l’égyptien, l’aptitude à lire les inscriptions figurant sur les plaques d'airain devait leur permettre de « lire ces inscriptions gravées » (Mos. 1:4). Mais il est tout à fait improbable que la colonie de Léhi ait pu conserver pendant mille ans l'égyptien parlé comme deuxième langue sans le fusionner avec l’hébreu ou le perdre. Par conséquent, le fait que les Néphites avaient « altéré » les caractères égyptiens selon leur « manière de parler » renforce la probabilité qu'ils écrivaient l'hébreu avec des caractères égyptiens. En outre, la langue de Moroni (v. 400 apr. J.-C.) était sans doute suffisamment différente de celle de Léhi (v. 600 av. J.-C.) pour que la lecture de la langue de Léhi exige autant d’étude du temps de Moroni qu’il n’en faut à ceux qui parlent l’anglais moderne pour comprendre le vieil anglais.
LANGUE DES INDIGÈNES AMÉRICAINS. Étant donné que l’époque de Moroni se situe presque à égale distance entre celle de Léhi et la nôtre, il pourrait être utile d’examiner notre bout de cette ligne du temps. L'image vague que nous proposent les passages du texte pourrait être rendue plus précise par l’examen des langues amérindiennes. La profondeur de champ du latin aux langues romanes modernes n’est que légèrement moindre que de celle de Léhi à l’époque actuelle. Les ressemblances entre les langues romanes sont abondantes et évidentes. Bien que certains professionnels aient fait allusion à des similitudes, aucune étude n'a encore convaincu les savants qu’il y ait des liens entre le Proche-Orient et l’une quelconque des langues américaines précolombiennes.
Il y a pourtant une étude qui promet de démontrer des liens avec la famille des langues uto-aztèques (Stubbs, 1988). Bien que d'autres groupes de langues proposent des pistes suggestives, l’uto-aztèque présente plus de sept cents ressemblances avec l'hébreu dans des structures phonologiques, morphologiques et sémantiques cadrant avec les méthodes linguistiques modernes. Si une poignée de mots égyptiens sont identifiables, ils sont minimes si on les compare à leurs correspondants hébreux.
HÉBRAÏSMES DANS LE LIVRE DE MORMON. On a trouvé beaucoup de structures typiques de l’hébreu dans le Livre de Mormon, bien que plusieurs soient également caractéristiques d'autres langues du Proche-Orient. Par exemple, l’accusatif interne, littérairement superflu en anglais, est utilisé en hébreu pour marquer l’insistance : « Ils tremblent de tremblement » (Ps. 14:5, texte hébreu, [trad. Chouraqui en français]). Des structures semblables apparaissent dans le Livre de Mormon : « craindre extrêmement de crainte » (Alma 18:5 [traduction littérale de l’anglais ; ce genre de forme est impossible en français]), autre traduction possible du même accusatif interne (cf. 1 Né. 3:2 ; 8:2; Én. 1:13).
L'hébreu utilise comme adverbes des locutions prépositives plus fréquemment que des adverbes, un trait typique de la langue du Livre de Mormon : « avec précipitation » (3 Né. 21:29) au lieu de « rapidement » et « avec joie » (2 Né. 28:28) au lieu de « joyeusement ».
Tvedtnes relève un exemple possible d'accord hébreu : « Ce peuple est un peuple libre » (Alma 30:24). En anglais « people » est habituellement considérés grammaticalement comme un pluriel, mais en hébreu il est souvent singulier. Cette expression dans Alma a pu être dépourvue de verbe, mais elle a également pu contenir le pronom de la troisième personne du singulier /hou/ placé entre les deux groupes nominaux ou à l'extrémité comme démonstratif anaphorique jouant le rôle de verbe copule. Les langues indiennes uto-aztèques ont également le mot /hou/, qui est un pronom de la troisième personne du singulier dans quelques langues mais un verbe « être » dans d'autres.
En anglais, la possession se rend par deux constructions « the man’s house » et « the house of the man», mais l’hébreu ne connaît que cette dernière construction. L’absence de « cas possessif » dans le [texte anglais du] Livre de Mormon correspond bien à une traduction de la construction hébraïque. De plus, la construction avec « de » est courante pour les rapports adjectivaux en hébreu. On retrouve ceci dans le [texte anglais du] Livre de Mormon qui utilise uniformément des expressions telles que « plates of brass » [plaques d’airain] (1 Né. 3:12) au lieu de « brass plates » et « walls of stone » [murs de pierre] (Alma 48:8) plutôt que « stone walls ».
La structure de la phrase et les mécanismes de combinaison des propositions en hébreu diffèrent de ce qui se pratique en anglais. Les longs chapelets de propositions subordonnées et d’expressions verbales tels que ceux d’Hél. 1:16-17 et de Mos. 2:20-21 et 7:21-22, sont acceptables en hébreu, mais peu orthodoxes et déconseillés en anglais : « Vous êtes tous témoins… que Zénif, qui fut fait roi… était animé d’un zèle excessif… il fut trompé par… [le] roi Laman, qui conclut un traité… et céda [diverses villes]… et le pays alentour – et tout cela il le fit dans l’unique but de réduire ce peuple… en servitude » (Mos. 7:21-22).
Les expressions fréquentes comme « de devant » et « de la main de » représentent des traductions plutôt littérales de l'hébreu. Par exemple, « il s'enfuit [de] devant eux » [anglais : he fled from before them] (Mos. 17:4) au lieu du plus typiquement anglais « he fled from them » est une illustration d’une préposition composée hébraïque courante /millifne/.
Si beaucoup de mots et de noms qui se trouvent dans le Livre de Mormon ont des équivalents exacts dans la Bible hébraïque, certains autres présentent des caractéristiques sémitiques, bien que leur orthographe ne corresponde pas toujours à des formes hébraïques connues. Par exemple, « Rabbanah » avec le sens de « grand roi » (Al. 18:13) peut avoir des affinités avec la racine hébraïque /rbb/, signifiant « être grand ou beaucoup ». « Raméumptom » (Al. 31:21), signifiant « sainte chaire », contient des structures consonantiques suggérant les racines /rmm/ramah/, « être haut » et/tmm/tam/tom/, « être complet, parfait, saint ». Le /p/entre le /m/ et le /t/ découle de manière linguistiquement naturelle d'une bilabiale /m/ couplée à une occlusive /t/, comme le /p/ dans /assomption/, de /assumer + tion/ et le /b/ dans l'espagnol /hombre/ du latin /homere/.
Les affirmations selon lesquelles Joseph Smith aurait composé le Livre de Mormon en imitant tout simplement l’anglais de la King James, en utilisant des noms bibliques et en en inventant d'autres, démontrent une insensibilité typique à l’égard de son caractère linguistique. On a cru que des noms tels que « Alma » étaient des inventions farfelues. Or, la découverte du nom « Alma » dans un texte juif (deuxième siècle apr. J.-C.), les sept cents ressemblances relevées entre l'hébreu et l’uto-aztèque, des structures telles que le chiasme et les nombreuses autres structures littéraires relevées dans les études faites depuis 1830 s’unissent pour faire de l‘invention du livre un problème insoluble pour n'importe quel contemporain de Joseph Smith. [Voir aussi Livre de Mormon – auteurs ; Livre de Mormon – littérature ; Livre de Mormon – Noms ; Livre de Mormon – Source au Proche-Orient ; Livre de Mormon – Traduction par Joseph Smith.]

Bibliographie
Hoskisson, Paul Y. "Ancient Near Eastern Background of the Book of Mormon." F.A.R.M.S. Reprint. Provo, Utah, 1982.
Nibley, Hugh. Lehi in the Desert and the World of the Jaredites. CWHN 5.
Nibley, Hugh. An Approach to the Book of Mormon. CWHN 6.
Sperry, Sidney B. "The Book of Mormon as Translation English." IE 38 (Mar. 1935): 141,187-188.
Sperry, Sidney B. "Hebrew Idioms in the Book of Mormon." IE 57 (Oct. 1954): 703, 728-729.
Sperry, Sidney B. Book of Mormon Compendium. Salt Lake City, 1968. Stubbs, Brian D. "A Creolized Base in Uto-Aztecan." F.A.R.M.S. Paper. Provo, Utah, 1988.
Tvedtnes, John A. "Hebraisms in the Book of Mormon: A Preliminary Survey." BYU Studies 11 (Autumn 1970), pp. 50-60.
BRIAN D. STUBBS

Livre de Mormon – Littérature
Auteur : Rust, Richard Dilworth

Bien que minimisé comme littérature à cause de son langage clair et simple, le Livre de Mormon présente une grande variété de formes littéraires, notamment de la poésie hébraïque complexe, des récits mémorables, des sermons à la rhétorique efficace, des lettres diverses, de l'allégorie, du langage figuré, de la symbolique et de la littérature de sagesse. Ces dernières années, ces aspects de la traduction anglaise de Joseph Smith de 1829 ont été de plus en plus appréciés, particulièrement par comparaison avec les formes bibliques et les autres formes antiques de littérature.
Il y a beaucoup de raisons d'étudier le Livre de Mormon en tant que littérature. Au lieu d'être « informe », comme le prétend un détracteur (Bernard DeVoto, American Mercury 19, 1930, p. 5), le Livre de Mormon est à la fois cohérent et soigneusement écrit (quoique pas ostensiblement). Il raconte « une histoire compacte au rythme rapide qui entrelace des dizaines d’intrigues avec une fertilité d'invention inépuisable et une cohérence extraordinaire, qui ne se laisse jamais surprendre par un faux pas ou une contradiction » (CWHN 7:138).
En dépit de son vocabulaire restreint d'environ 2.225 mots racine en anglais, le livre distille beaucoup d'expérience humaine et de contact avec le divin. Il présente habilement ses thèmes à l’aide d’images simples et cependant profondes, de discours directs et cependant complexes et de structures évidentes et cependant élaborées. Lire le Livre de Mormon en tant que littérature, c’est découvrir comment ces techniques littéraires sont utilisées pour transmettre les messages de son contenu. Si l’on fait attention à la forme, au langage figuré et aux techniques rhétoriques, on acquiert une sensibilité plus grande pour la structure du texte et de l'appréciation pour le travail des divers auteurs. Le but explicite du Livre de Mormon est de montrer aux Lamanites, un reste de la maison d'Israël, les alliances faites avec leurs pères et de convaincre Juif et Gentil que Jésus est le Christ (voir le Livre de Mormon : Page de titre du Livre de Mormon). Mormon a choisi les matériaux et a donné au livre une forme littéraire permettant de présenter ces messages d’une manière émouvante et mémorable.
Si la discipline permettant de dégager et d'évaluer les composants littéraires du Livre de Mormon est très jeune et ne supplante pas la lecture spirituelle du texte, ceux qui analysent le livre sous cet angle constatent que c’est un travail d’immédiateté qui montre autant qu’il raconte comme c’est habituellement le cas dans la grande littérature. Il ne répond plus à la définition de Mark Twain qu'un classique est essentiellement un livre dont tout le monde parle mais que personne ne lit ; c’est au contraire un ouvrage qui « vient à bout de vous avant que vous ne veniez à bout de lui » (J. Welch, « "Study, Faith, and the Book of Mormon », BYU 1987-88 Devotional and Fireside Speeches, p. 148, Provo, Utah, 1988). On voit de plus en plus en lui un ouvrage sans pareil qui révèle et exprime admirablement et irrésistiblement l’essence de la condition humaine.
POÉSIE. Intégrée au récit du Livre de Mormon, la poésie donne les meilleurs exemples du lien fondamental qui existe entre la forme et le contenu dans le livre. Quand on analyse les nombreuses paroles inspirées du Seigneur, des anges et des prophètes selon les formes antiques de versification, on perçoit plus aisément leur signification. Ces formes sont celles des lignes, la symétrie, le parallélisme et les structures chiastiques, comme définis par Adele Berlin (The Dynamics of Biblical Parallelism, Bloomington, Ind., 1985) et par Wilford Watson (Classical Hebrew Poetry, Sheffield, 1984). Les textes du Livre de Mormon passent avec beaucoup de naturel de la narration à la poésie, comme dans ce passage conçu pour exprimer une intensification :
« Mais voici, l'Esprit m'a dit ceci: Crie à ce peuple, disant:
Repentez-vous, et préparez le chemin du Seigneur, et marchez dans ses sentiers, qui sont droits; car voici, le royaume des cieux est proche, et le Fils de Dieu vient sur la surface de la terre » [Alma 7:9].
Certains ont critiqué le style du Livre de Mormon qu’ils déclarent verbeux et redondant, mais dans la plupart des cas ces répétitions sont à leur place et efficaces. Par exemple, les parallélismes, qui abondent dans le Livre de Mormon, remplissent diverses fonctions. Ils soulignent les notions par la répétition et permettent des contrastes fortement marqués. Il y a un parallélisme synonyme typique dans 2 Néphi 9:52 :
« Priez-le continuellement le jour,
et rendez grâces à son saint nom la nuit. »
Le discours de Néphi, qui vise ses frères obstinés, contient un parallélisme fortement antithétique :

« Vous êtes prompts à commettre l'iniquité,
mais lents à vous souvenir du Seigneur, votre Dieu. [1 Né. 17:45.]
On trouve aussi plusieurs beaux exemples de chiasmes (un schéma a-b-b-a) dans le Livre de Mormon. Dans le psaume de Néphi (2 Né. 4:15-35), les premiers appels à l'âme et au cœur s’accompagnent de négations, alors que l’équivalent miroir qui suit utilise le cœur et l'âme assortis d’affirmations fortes, ce qui rend les contrastes littérairement efficaces et paroxysmiques :
« Éveille-toi, mon âme! Ne languis plus dans le péché.
Réjouis-toi, ô mon cœur, et n'accorde plus de place à l'ennemi de mon âme.
Ne t'irrite plus à cause de mes ennemis.
N'affaiblis plus mes forces à cause de mes afflictions.
Réjouis-toi, ô mon cœur, et invoque le Seigneur, et dis:
Ô Seigneur, je te louerai à jamais; oui, mon âme se réjouira à cause de toi, mon Dieu, rocher de mon salut. » [2 Né. 4:28-30.]
On repère facilement d'autres exemples précis de chiasmes étendus (a-b-c-c-b-a) dans Mos. 5:10-12 et Al. 36:1-30 et 41:13-15. Cette forme littéraire dans Alma 36 attire efficacement l’attention sur le passage central du chapitre (Alma 36:17-18) ; dans Alma 41, elle fait très bien passer la notion même de justice distributive exprimée dans le passage (cf. Lé. 24:13-23, qui utilise de même le chiasme pour faire passer une notion semblable de justice).
Une autre figure appelée a fortiori est utilisée pour communiquer une impression exagérée de multitude, comme dans Al. 60:22, où un « parallélisme de nombre » est encadré de manière chiastique par une expression paraissant deux fois :
« Oui, resterez-vous assis dans l'oisiveté
pendant que vous êtes entourés de milliers de gens,
oui, et de dizaines de milliers,
qui sont aussi assis dans l'oisiveté ? »
On peut analyser des dizaines de passages du Livre de Mormon comme poésie. Cela va des brefs poèmes du désert de Léhi (1 Né. 2:9-10, une forme dans laquelle Hugh Nibley voit une quasida arabe) [CWHN 6:270-275] aux longs sermons de Jacob, d'Abinadi et de Jésus ressuscité (2 Né. 6-10 ; Mos. 12-16 et 3 Né. 27).
TEXTES NARRATIFS. Dans le Livre de Mormon, les textes narratifs sont souvent rendus vivants par des conflits vigoureux et des dialogues passionnés ou des récits personnels. Néphi relate ses actes héroïques pour se procurer les plaques d'airain de Laban ; Jacob résiste aux accusations fausses de Shérem, sur qui le jugement du Seigneur tombe ; Ammon combat les pillards aux eaux de Sébus et gagne la confiance du roi Lamoni ; Amulek doit affronter l'avocat beau parleur Zeezrom ; Alma 2 et Amulek sont protégés tandis que leurs accusateurs sont écrasés par l’effondrement des murs de la prison ; le capitaine Moroni 1 s'engage dans une épreuve de force avec le chef lamanite Zérahemnah ; Amalickiah monte au pouvoir par la trahison et la malveillance ; un prophète postérieur appelé Néphi 2 révèle à une foule incroyante le meurtre de son grand juge par le propre frère de celui-ci ; et les deux derniers rois jarédites combattent jusqu’à la destruction mutuelle de leurs peuples.
Vu dans son ensemble, le Livre de Mormon est un récit épique de l'histoire de la nation néphite. D’une grande envergure, avec un héros éponyme, il présente une action impliquant de longs et laborieux voyages et des actes héroïques, avec la participation active d’êtres surnaturels. À cette histoire millénaire de la fondation, de l’épanouissement et de la destruction des Néphites est intégrée une épopée condensée de la naissance et de la chute des Jarédites, qui les ont précédés dans le genre et dans le temps. (Pour son milieu épique, voir CWHN 5:285-394.) Le point culminant du livre est le récit spectaculaire de la visite de Jésus ressuscité à une assemblée de Néphites justes.
SERMONS ET DISCOURS. Le discours prophétique est une forme littéraire dominante dans le Livre de Mormon. Des discours tels que celui du roi Benjamin (Mos. 1-6), le défi lancé par Alma 2 au peuple de Zarahemla (Al. 5), et les enseignements de Mormon sur la foi, l'espérance et la charité (Mro. 7) sont travaillés avec art et font passer leurs objectifs religieux avec une grande efficacité rhétorique. Le discours public de Samuel le Lamanite (Hél. 13-15) est un discours de jugement prophétique classique. Quand on prend la critique rhétorique pour guide, on peut voir comment le discours rituel de Benjamin vise d'abord à persuader l’auditoire de réaffirmer un point de vue actuel et emprunte ensuite la rhétorique délibérative « qui vise à pousser à une décision concernant une action future, souvent dans un futur très immédiat » (Kennedy, New Testament interpretation Through Rhetorical Criticism [1984], p. 36). Le discours du roi Benjamin est également chiastique dans son ensemble et dans plusieurs de ses parties (Welch, pp. 202-205).
LETTRES. Les huit épîtres du Livre de Mormon ont le ton de la conversation, révélant les personnalités respectives de leurs auteurs. Ces lettres sont du capitaine Moroni 1 (Al. 54:5-14 ; 60:1-36), d’Ammoron (Al. 54:16-24), d’Hélaman 1 (Al. 56:2-58:41), de Pahoran (Al. 61:2-21), de Giddianhi (3 Né. 3:2-10) et de Mormon (Mro. 8:2-30 ; 9:1-26).
ALLÉGORIE, MÉTAPHORE, LANGAGE FIGURÉ ET TYPOLOGIE. Ces formes sont également répandues dans le Livre de Mormon. L'allégorie de Zénos sur l'olivier (Jcb. 5) intègre de manière vivante des dizaines de détails horticoles pendant qu'elle dépeint l'histoire des relations de Dieu avec Israël. On trouve une malédiction comparative frappante, qui a des parallèles dans le Proche-Orient, quand Abinadi, en sa qualité de prophète, lance sa dénonciation : La vie du roi Noé sera « comme un vêtement dans une fournaise de feu… comme une tige, comme une tige desséchée du champ, qui est renversée par les bêtes et foulée aux pieds » (Mos. 12:10-11).
Une métaphore étendue efficace, c’est celle que fait Alma quand il compare la parole de Dieu à une semence plantée dans le cœur, qui grandit ensuite pour devenir un arbre de vie plein de fruits (Al. 32:28-43). En développant cette métaphore, Alma utilise un exemple saisissant de synesthésie : Une fois que la parole leur éclaire l’esprit, ses auditeurs peuvent savoir que c'est vrai : « Vous avez goûté cette lumière » (Al. 32:35).
La répétition d’archétypes tels que l'arbre, la rivière, les ténèbres et le feu confirme de manière très réaliste que Léhi comprenait bien qu'il y a une « opposition en toutes choses » (2 Né. 2:11) et cette opposition sera salutaire pour les justes.
Le Livre de Mormon insiste, sans toujours la développer, sur l’interprétation figurée des paroles données par Dieu et des personnes ou des événements dirigés par Dieu. « Tout ce qui a été donné par Dieu à l'homme depuis le commencement du monde est une figure [du Christ] » (2 Né. 11:4) ; toutes les observances et ordonnances de la loi de Moïse « étaient des figures de choses à venir » (Mos. 13:31) ; et le Liahona, ou compas, était considéré comme un symbole : « Car tout aussi sûrement que ce directeur a amené nos pères, lorsqu'ils ont suivi sa direction, à la terre promise, de même les paroles du Christ, si nous suivons leur direction, nous transporteront au-delà de cette vallée de tristesse dans une terre de promission bien meilleure » (Al. 37:45). Dans sa grande structure typologique, le Livre de Mormon répond bien aux sept phases de la révélation élaborées par Northrop Frye : création, révolution ou exode, loi, sagesse, prophétie, évangile et apocalypse (The Great Code: The Bible and Literature, New York, 1982).
LITTÉRATURE DE SAGESSE. Les dictons des sages qui ont été transmis sont parsemés dans tout le Livre de Mormon, particulièrement dans les recommandations faites par les pères à leurs fils. Alma conseille : « Oh! souviens-toi, mon fils, et apprends la sagesse dans ta jeunesse; oui, apprends dans ta jeunesse à garder les commandements de Dieu » (Al. 37:35 ; voir aussi 38:9-15). Benjamin dit : « Et voici, je vous dis ces choses afin que vous appreniez la sagesse; afin que vous appreniez que lorsque vous êtes au service de vos semblables, vous êtes simplement au service de votre Dieu » (Mos. 2:17). Un aphorisme mémorable est donné par Léhi : « Adam tomba pour que les hommes fussent ; et les hommes sont pour avoir la joie » (2 Né. 2:25). Les saints des derniers jours répètent souvent des formules percutantes telles que « Les insensés se moquent, mais ils se lamenteront » (Ét. 12:26) et « la méchanceté n'a jamais été le bonheur » (Al. 41:10).
LITTÉRATURE APOCALYPTIQUE. La vision de 1 Né. 11-15 (VIe siècle av. J.-C.) est comparable par sa forme à la littérature apocalyptique ancienne. Elle contient une vision, est donnée sous forme de dialogue, comporte un médiateur ou un accompagnateur appartenant à l’autre monde, contient un commandement d’écrire, traite de l’état d’esprit du bénéficiaire, prophétise des persécutions, prédit les transformations cosmiques et a une place dans l'au-delà en tant que son axe spatial. L’évolution juive postérieure avec une angélologie complexe, une numérologie mystique et du symbolisme est absente.
STYLE ET TON. Les auteurs du Livre de Mormon montrent un souci intense pour le style et le ton. Alma voudrait pouvoir « parler avec la trompette de Dieu, d'une voix qui fait trembler la terre » et cependant il se rend compte qu’il est « un homme, et [qu’il] pèche dans [s]on souhait; car [il] devrai[t se] contenter des choses que le Seigneur [lui] a assignées » (Al. 29:1-3). Moroni 2 exprime son impuissance à écrire : « Seigneur, les Gentils se moqueront de ces choses à cause de notre faiblesse à écrire…. Tu as aussi rendu nos paroles puissantes et grandes au point que nous ne pouvons les écrire; c'est pourquoi, lorsque nous écrivons, nous voyons notre faiblesse et trébuchons à cause de l'arrangement de nos paroles » (Ét. 12:23-25 ; cf. 2 Né. 33:1). Pourtant les mots écrits par Moroni ne sont pas faibles. Dans des cadences d’une force croissante il déclare hardiment :
« Ô souillures, hypocrites, instructeurs, qui vous vendez pour ce qui se corrompra, pourquoi avez-vous souillé la sainte Église de Dieu? Pourquoi avez-vous honte de prendre sur vous le nom du Christ? … qui peut résister aux œuvres du Seigneur? Qui peut nier ses paroles? Qui s'élèvera contre la toute-puissance du Seigneur? Qui méprisera les œuvres du Seigneur? Qui méprisera les enfants du Christ? Voici, vous tous qui méprisez les œuvres du Seigneur, car vous serez dans l'étonnement et vous périrez » [Mrm. 8:38,9:26].
Les styles utilisés par les différents auteurs du Livre de Mormon passent du tout simple au sublime. Le ton va des condamnations virulentes de Moroni aux supplications les plus humbles de Jésus : « Voici, le bras de ma miséricorde est étendu vers vous, et celui qui viendra, je le recevrai » (3 Né. 9:14).
Jésus est un modèle de communication, qui, rapporte Moroni, « m’a parlé de ces choses avec une humilité évidente, comme un homme parle à un autre, dans ma propre langue; et je n'en ai écrit que quelques-unes à cause de ma faiblesse à écrire » (Ét. 12:39-40). Deux notions de ce rapport sont répétées dans tout le Livre de Mormon : un discours clair et l’incapacité d'écrire sur certaines choses. « Je vous ai parlé clairement », dit Néphi, « afin que vous ne puissiez vous méprendre » (2 Né. 25:28). « Mon âme fait ses délices de la clarté », poursuit-il, « car c'est de cette manière que le Seigneur Dieu agit parmi les enfants des hommes » (2 Né. 31:3). Pourtant Néphi met aussi ses délices dans les paroles d’Ésaïe, qui « ne sont pas claires pour vous, néanmoins elles sont claires pour tous ceux qui sont remplis de l'esprit de prophétie » (2 Né. 25:4). Contenant aussi bien du langage clair que des termes voilés, le Livre de Mormon est un livre spirituellement et littérairement puissant qui est direct et pourtant complexe, simple et pourtant profond.

Bibliographie
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Jorgensen, Bruce W., Richard Dilworth Rust et George S. Tate. Essays on typology dans Literature of Belief, dir. de publ. Neal E. Lambert. Provo, Utah, 1981.
Nichols, Robert E., Jr. "Beowulf and Nephi: A Literary View of the Book of Mormon" Dialogue 4 (Autumn 1969), pp.40-47.
Parry, Donald W. "Hebrew Literary Patterns in the Book of Mormon" Ensign 19 (Oct. 1989), pp. 58-61.
Rust, Richard Dilworth. "Book of Mormon Poetry" New Era (Mar. 1983), pp. 46-50
Welch, John W. "Chiasmus in the Book of Mormon." Dans Chiasmus in Antiquity, dir. de publ. J. Welch, pp. 198-210. Hildesheim, 1981.
RICHARD DILWORTH RUST
DONALD W. PARRY

Livre de Mormon – Manuscrits
Auteur : Skousen, Royal

Les versions imprimées du Livre de Mormon proviennent de deux manuscrits. Le premier, appelé le manuscrit original (O), a été écrit par au moins trois secrétaires pendant que Joseph Smith traduisait et dictait. Le secrétaire le plus important a été Oliver Cowdery. Ce manuscrit a été commencé au plus tard en avril 1829 et a été terminé en juin 1829.
Une copie de l'original a ensuite été faite par Oliver Cowdery et deux autres secrétaires. Cette copie est appelée le manuscrit de l'imprimeur (P), parce que c’est celle qui a été normalement utilisée pour la composition de la première édition (1830) du Livre de Mormon. Elle a été commencée en juillet 1829 et finie au début de 1830.
Le manuscrit de l'imprimeur n'est pas une copie exacte du manuscrit original. Il y a en moyenne trois changements par page du manuscrit original. Ces changements semblent être des erreurs de copie normales ; il n’y a quasiment aucune indication de modification délibérée. La plupart des changements sont mineurs et une sur cinq environ cause une différence perceptible dans la signification. Comme elles étaient toutes relativement mineures, la plupart des erreurs ainsi introduites dans le texte sont restées dans les éditions imprimées du Livre de Mormon et n'ont pas été détectées ni corrigées sauf par référence au manuscrit original. Une vingtaine de ces erreurs ont été corrigées dans l'édition de 1981.
Le compositeur de l'édition de 1830 a ajouté la ponctuation, la division en paragraphes et d'autres marques d’impression sur un tiers environ des pages du manuscrit de l'imprimeur. Ces mêmes marques apparaissent sur un fragment de l'original, indiquant qu'il a été utilisé au moins une fois dans la composition de l'édition de 1830.
En vue de la deuxième édition (1837), des centaines de changements grammaticaux et quelques corrections de texte ont été apportés dans P. Après la publication de cette édition, P a été conservé par Oliver Cowdery. Après sa mort en 1850, son beau-frère, David Whitmer, a conservé P jusqu'à sa mort en 1888. En 1903, le petit-fils de Whitmer a vendu P à l'Église réorganisée de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, qui le possède aujourd'hui. Il existe dans sa totalité excepté deux lignes au bas de la première feuille.
Le manuscrit original n'a pas été consulté pour les corrections de l'édition de 1837. Cependant, pour l'édition de 1840, Joseph Smith a utilisé O pour rétablir certains de ses termes originaux. En octobre 1841, Joseph Smith a placé O dans la pierre angulaire de la Nauvoo House. Plus de quarante ans plus tard, Lewis Bidamon, second mari d'Emma Smith, a ouvert la pierre angulaire et a constaté que les infiltrations d'eau avaient détruit la majeure partie d'O. Les pages restantes ont été distribuées à diverses personnes au cours des années 1880.
Il reste aujourd'hui approximativement 25 pour cent du texte d'O : 1 Néphi 2 jusqu’à 2 Néphi 1 avec des lacunes, Alma 22 à Hélaman 3 avec des lacunes, et quelques autres fragments. Toutes les pages authentiques d’O sauf une et tous les fragments authentiques se trouvent dans les archives du département historique de l’Eglise ; une demi feuille (de 1 Néphi 14) appartient à l'université d'Utah.

Livre de Mormon – Noms
Auteur : Hoskisson, Paul Y.

Le Livre de Mormon contient 337 noms propres et 21 formes analogues basées sur des noms propres. Dans ce calcul sont compris des noms que l’on ne qualifierait normalement pas de noms propres, comme les espèces animales, s'ils apparaissent comme translittérations dans le texte anglais et pas comme traductions. Réciproquement, les noms propres qui apparaissent seulement sous forme de traduction ne sont pas inclus, comme Abondance et Désolation. Sur ces 337 noms propres, 188 ne se trouvent que dans le Livre de Mormon, tandis que 149 sont communs au Livre de Mormon et à la Bible. Si les passages textuels communs au Livre de Mormon et à la Bible sont exclus, 53 noms apparaissent dans les deux livres.
La solution pratique serait de diviser la liste des noms du Livre de Mormon en trois groupes parce qu'il mentionne (1) les Jarédites, (2) la communauté fondée par Léhi (qu’on pourrait appeler « Léhites ») et (3) le peuple désigné sous le nom de peuple de Zarahemla (qu’on pourrait appeler « Mulékites »), qui ont tous contribué à l'histoire du Livre de Mormon et donc à la liste de noms propres (voir Livre de Mormon – Peuples). Si l’on peut faire cette répartition avec une certaine exactitude pour des noms jarédites, il n'est pas facile de maintenir la distinction entre Léhites et Mulékites, parce qu'une partie des Léhites s’est unie à un moment donné avant 130 av. J.-C. aux Mulékites ; on ne sait pratiquement rien des noms mulékites d’avant ce moment-là. Pour le moment, les noms léhites et mulékites doivent être traités ensemble. Étant donné ce regroupement des noms du Livre de Mormon, 142 des 188 noms propres au Livre de Mormon sont léhites-mulékites, 41 sont jarédites et 5 sont communs aux deux groupes.
Il reste encore beaucoup de travail préliminaire à effectuer sur les noms du Livre de Mormon. Le système de translittération du texte anglais doit être clarifié : est-ce que le j du texte indique seulement le phonème néphite /y/ ou peut-il également représenter le /h/ dans le nom « Job » comme c’est le cas une fois dans la KJV ? Une analyse critique fiable du texte est nécessaire : quelle est la gamme des orthographes possibles de Cumorah qui pourraient indiquer des valeurs phonémiques ? Les phénomènes linguistiques nécessitent une explication : il n'y a pas de noms appartenant exclusivement au Livre de Mormon qui commencent par /b/, mais plusieurs commencent par /p/. Q et x n’apparaissent dans aucun nom du Livre de Mormon. V, w et y n’apparaissent dans aucun nom appartenant exclusivement au Livre de Mormon. D, f et u ne commencent aucun nom appartenant exclusivement au Livre de Mormon.
Les noms léhites-mulékites montrent souvent une très grande affinité avec les langues sémitiques (CWHN 6:281-94). Par exemple, Abish et Abinadi ressemblent à ab, père, des noms en hébreu ; Alma apparaît dans une lettre de Bar Kochba (v. 130 apr. J.-C.) trouvée dans le désert de Judée ; Mulek pourrait être un diminutif du mlk sémitique occidental, signifiant roi ; Omni et Limhi semblent avoir la même morphologie que Omri et Zimri dans l’Ancien Testament ; Jershon est remarquablement proche d'une forme de nom de la racine hébraïque yrs (voir ci-dessous). Certains noms léhites-mulékites ressemblent davantage à l'égyptien : Ammon, Korihor, Pahoran et Paanchi (CWHN 5:25-34). Les noms jarédites ne présentent aucune affinité linguistique uniformément évidente.
Comme les noms propres de la plupart des langues, ceux du Livre de Mormon avaient probablement des significations sémantiques pour les peuples du Livre de Mormon. Ces significations ressortent clairement de plusieurs cas où le Livre de Mormon fournit la traduction d’un nom propre. Par exemple, Irréantum signifie « de nombreuses eaux » (1 Né. 17:5), et Rabbanah est interprété comme voulant dire « roi puissant ou grand roi » (Al. 18:13). Le plus grand de tous les obstacles à la compréhension des possibilités sémantiques des noms propres du Livre de Mormon reste l’absence du texte néphite d’origine. Les translittérations du texte anglais ne permettent que des conjectures et des approximations quant à la nature des noms et de leur plage sémantique possible. En outre, si l’on veut qu’elles aient une valeur quelconque, de telles suppositions doivent être basées sur une connaissance des origines linguistiques possibles des noms, comme l’hébreu et l’égyptien de l'âge du fer pour les noms léhites et mulékites.
Les noms propres du Livre de Mormon peuvent fournir des informations au sujet du texte et de la/les langue/s employés pour le composer. Une fois qu’on les étudie en employant la méthodologie qui convient, ces noms témoignent de l'origine ancienne du Livre de Mormon. Par exemple, Jershon est le toponyme d’un pays donné par les Néphites à un groupe de Lamanites comme terre d’héritage ; sur la base de la correspondance habituelle dans la KJV entre j et le phonème hébreu /y/, le Jershon du Livre de Mormon pourrait correspondre à la racine hébraïque yrs signifiant « hériter », ce qui donnerait un jeu de mots approprié dans Al. 27:22 : « et ce pays de Jershon est le pays que nous donnerons en héritage à nos frères. » De même, Alma, un nom du Livre de Mormon qui, utilisé pour un homme, pourrait sembler maladroit, est maintenant attesté dans deux documents hébreux du IIe siècle apr. J.-C., de l’époque de Bar Kochba (Yadin, p. 176) et milite donc pour une présence hébraïque forte et continue parmi les peuples du Livre de Mormon.

Bibliographie
Hoskisson, Paul Y. "An Introduction to the Relevance of and a Methodology for a Study of the Proper Names of the Book of Mormon." Dans By Study and Also by Faith, dir. de publ. J. Lundquist et S. Ricks, Vol.2, pp. 126-35. Salt Lake City, 1990.
Tvedtnes, John A. "A Phonemic Analysis of Nephite and Jaredite Proper Names." F.A.R.M.S. Paper. Provo, Utah, 1977.
Yadin, Y. Bar Kokhba, p. 176. Jerusalem, 1971.
PAUL Y. HOSKISSON

Livre de Mormon – Personnalités

[Les expériences, pensées, sentiments et personnalités de plusieurs individus sont mis en évidence dans le Livre de Mormon. Jésus-Christ est au centre du livre ; voir Jésus-Christ dans les Écritures : Jésus-Christ dans le Livre de Mormon.
Le prophète fondateur est Léhi. On trouvera des articles à son sujet et au sujet des membres de sa famille dans Léhi, Laman, Néphi 1, Jacob, fils de Léhi et Ismaël. Pour ce qui est de Sariah, épouse de Léhi, et des autres femmes du Livre de Mormon, voir Femmes dans le Livre de Mormon.
Le dernier roi néphite (153-90 av. J.-C.) est Mosiah 2. On trouvera des articles sur son grand-père, son père et son frère dans Mosiah 1, Benjamin, Hélaman 1. De 90 av. J.-C. à 321 apr. J.-C., les annales néphites ont été tenues par des descendants d'Alma 1 ; voir Alma 1 , Alma 2, Hélaman 2, Hélaman 3, Néphi 2, Néphi 3, Néphi 4. Les derniers prophètes, chefs militaires et historiens néphites sont Mormon et son fils, Moroni 2, baptisé du nom d'un précédent capitaine en chef, Moroni 1.
Quatre autres prophètes ont une place importante dans le Livre de Mormon ; voir Abinadi, Amulek, Samuel le Lamanite et Frère de Jared. Les prophètes du Vieux Monde cités dans le Livre de Mormon sont Ézias, Ésaïe, Joseph, Moïse, Néum, Zénock et Zénos. Concernant les divers groupes de personnes du Livre de Mormon, voir Livre de Mormon – Peuples, Jarédites, Lamanites, Mulek et Néphites. Voir aussi Livre de Mormon – Noms.]

Livre de Mormon – Peuples
Auteur : Sorenson, John L.

Quinze groupes distincts de peuples au moins sont mentionnés dans le Livre de Mormon. Quatre (Néphites, Lamanites, Jarédites et le peuple de Zarahemla [Mulékites]) ont joué un rôle de premier plan ; cinq sont secondaires et six autres tertiaires.
LES NÉPHITES. Le noyau de ce groupe est constitué des descendants directs de Néphi 1, fils du père fondateur Léhi. La direction politique dans l'aile néphite de la colonie « n’avait été conféré[e] qu’à ceux qui étaient descendants de Néphi » (Mos. 25:13). Ce ne sont pas seulement les premiers rois et juges mais même Mormon, le dernier commandant militaire des Néphites, qui se qualifient à cet égard (il note de manière explicite qu'il est « pur descendant de Léhi » [3 Né. 5:20] et « descendant de Néphi » [Mrm. 1:5]).
Dans un sens plus large, « Néphites » est le nom donné à tous ceux qui sont gouvernés par un souverain néphite, comme dans Jcb. 1:13 : « Ceux qui n'étaient pas Lamanites était Néphites ; néanmoins, ils étaient appelés [quand c’était spécifié selon le lignage] Néphites, Jacobites, Joséphites, Zoramites, Lamanites, Lémuélites et Ismaélites. » Il est intéressant de noter que les groupes sans liens ancestraux directs peuvent se retrouver sous l’égide sociopolitique néphite. Ainsi, « tout le peuple de Zarahemla était compté avec les Néphites » (Mos. 25:13). Ce processus d'amalgame politique a, dans beaucoup de cas, une connotation de parenté comme quand un groupe de Lamanites convertis « prirent sur eux le nom de Néphi, afin d’être appelés les enfants de Néphi et d’être comptés parmi ceux qui étaient appelés Néphites » (Mos. 25:12). L'expression « peuple néphite » ou « peuple de Néphi » dans des passages tels que Al. 54:14 et Hél. 1:1 suggère une structure sociale dans laquelle des populations probablement diverses (« le peuple ») sont dominées par une élite (« les Néphites »).
Être Néphite peut également impliquer un ensemble de croyances et de pratiques religieuses (Al. 48:9-10 ; 4 Né. 1:36-37) aussi bien que la participation à une tradition culturelle (Én. 1:21 ; Hél. 3:16). On pouvait apparemment distinguer la plupart des Néphites des Lamanites (Jcb. 3:5 ; Al. 55:4, 8 ; 3 Né. 2:15).
L'unité socioculturelle et politique qu’implique l'utilisation du titre général « Néphites » est démentie par le contexte historique qui révèle une longue série de « dissensions » par rapport au gouvernement néphite, des groupes importants allant périodiquement rejoindre les Lamanites (Al. 31:8 ;43:13 ; Hél. 1:15).
Le Livre de Mormon, l’histoire à orientation religieuse d’une lignée, est avant tout un compte rendu tenu par des Néphites, lesquels en sont les acteurs principaux. Étant donné que le récit a été écrit du point de vue de ce peuple (en réalité, de ses dirigeants), tous les autres groupes sont compris et représentés comme les voient les élites néphites. Il n’y a, dans les annales néphites, que des fragments qui indiquent directement le point de vue d'autres groupes ou même d’hommes du peuple néphite.
LES LAMANITES. Ce nom est, lui aussi, appliqué de plusieurs manières. Les descendants directs de Laman, fils aîné de Léhi, constituent, en termes généraux, l'ossature des Lamanites (Jcb. 1:13-14 ; 4 Né. 1:38-39). Les « Lémuélites » et les « Ismaélites », qui se sont alliés aux descendants de Laman en matière de croyance et de comportement, sont également appelés Lamanites (Jcb. 1:13-14). C’est aussi le cas de « tous les dissidents des Néphites » (Al. 47:35). Cette terminologie est employée dans les annales néphites, bien qu'on ne puisse pas être sûr que tous les dissidents s’appliquaient le terme à eux-mêmes. Cependant, l’un de ces dissidents au moins, Ammoron, un Zoramite, se vante : « Je suis un fier Lamanite » (Al. 54:24).
Les souverains dans le système lamanite semblent avoir eu plus de difficultés que les souverains néphites à unir les groupes composant leur société sous un même régime (Al. 17:27-35 ; 20:4, 7, 9, 14-15 ; 47:1-3). On a l’impression qu’ils comptent plus sur le charisme ou sur la contrainte que sur une tradition commune, des idéaux ou un appareil de fonctionnaires. Nous ne savons pas s’il existait une règle selon laquelle les rois lamanites devaient être descendants de Laman. Au début du deuxième siècle av. J.-C., deux rois lamanites successifs s’appelaient Laman (Mos. 7:21 ; 24:3) ; étant donné que c’est un chroniqueur de culture néphite qui interprète cette désignation de l’autre côté d’une frontière culturelle, il est possible que « Laman » ait vraiment été un titre de fonction, de la même manière que les rois néphites portaient le titre « Néphi » (Jcb. 1:9-11). Cependant, plus tard, Lamoni, souverain lamanite local, est décrit comme « un descendant d'Ismaël », pas de Laman (Al. 17:21) et son père, roi de tout le pays de Néphi (patrie originelle des Néphites prise et occupée par les Lamanites pendant une grande partie du reste de l’histoire du Livre de Mormon), devait avoir la même ascendance. De toute évidence, s'il y avait une règle que les descendants de Laman héritent du trône, elle n’était pas appliquée systématiquement. De plus, Amalickiah et son frère, tous deux dissidents néphites, vont obtenir le trône lamanite et prétendre à la légitimité (Al. 47:35 ; 52:3).
Il est dit à plusieurs reprises que les Lamanites sont beaucoup plus nombreux que les Néphites (Jm 1:6 ; Mos. 25:3 ; Hél. 4:25), un fait qui pourrait sembler contredire la description que font d’eux les Néphites au commencement quand ils les traitent de chasseurs sauvages, ce qui nécessite normalement beaucoup plus de territoire par personne qu’il n’en faut aux fermiers (Én. 1:20 ; Jm 1:6). L'expression « peuple des Lamanites » (Al. 23:9-12) peut indiquer que des élites lamanites dominaient une paysannerie disparate.
Les quelques aperçus directs que l'histoire néphite nous donne des Lamanites indiquent un niveau bien au-delà d’une culture « sauvage », bien qu’inférieure à la « civilisation » attribuée aux Néphites. Leur sophistication était peut-être due un peu à l'influence des dissidents néphites parmi eux (voir Mos. 24:3-7). Apparemment certains Lamanites se sont montrés prompts à apprendre auprès de cette source ; de plus, ceux qui se convertissent à la religion prophétique enseignée par les missionnaires néphites sont habituellement décrits comme exemplaires (Al. 23:5-7 ; 56 ; Hél. 6:1).
LE PEUPLE DE ZARAHEMLA (MULÉKITES). Au troisième siècle av. J.-C., quand le dirigeant néphite Mosiah 1 et son peuple descendent du pays de Néphi jusqu’au fleuve Sidon, « ils découvrirent un peuple qui s’appelait le peuple de Zarahemla » (Om. 1:13-14) parce que leur souverain porte ce nom. Ces gens descendent d'un groupe qui a fui la conquête babylonienne de Jérusalem en 586 av. J.-C., et dont faisait partie Mulek, un fils du roi juif Sédécias. C’est pour cela que les saints des derniers jours appellent souvent Mulékites les descendants de ce groupe, bien que le Livre de Mormon n'emploie jamais le terme. Au moment où les Néphites le découvrent vers 200 av. J.-C., ce peuple est « extrêmement nombreux » bien que culturellement dégénéré à cause de l'analphabétisme et de la guerre (Om. 1:16-17). Le récit néphite dit que l’ensemble de la population accueillit Mosiah comme roi.
Mosiah apprend que le peuple de Zarahemla a découvert le dernier survivant connu des Jarédites peu avant sa mort. Grâce à cela ou par des survivants non mentionnés, des éléments de la culture jarédite semblent avoir été apportés aux Néphites par le peuple de Zarahemla (CWHN 5:238-247). Le fait que le peuple de Zarahemla parle une langue inintelligible pour les Néphites est une indication complémentaire d’un mélange ethnique plus diversifié que le laisse entendre le court récit, qui suppose une origine purement juive.
Les Mulékites sont peu mentionnés par la suite, probablement parce qu'ils ont été complètement amalgamés dans une société néphite éclectique (Mos. 25:13). Il n’empêche qu’en 51 av. J.-C. encore, un homme affilié aux Lamanites, qui est un descendant du roi Zarahemla, attaque la capitale néphite et s’en empare brièvement (Hél. 1:15-34)
LES JARÉDITES. Le peuple le plus ancien mentionné dans le Livre de Mormon provient de la Mésopotamie, de la « grande tour » mentionnée dans Genèse 11. C’est de là qu'un groupe de probablement huit familles a voyagé jusqu’en l'Amérique sous la direction divine.
L’histoire existante est un résumé, fait par Moroni 2, le dernier gardien des annales néphites, d'une histoire écrite sur des plaques d'or par Éther, dernier prophète jarédite, vers la moitié du premier millénaire av. J.-C. Composée et retravaillée par Éther, Moroni 2 et Mosiah 2 (Mos. 28:11-17) et tributaire du manque de place, l’histoire ne fait qu’un récit squelettique couvrant plus de deux millénaires d'histoire jarédite. La majeure partie ne concerne qu’une des huit lignées, celle de Jared, la lignée régnante à laquelle appartenait Éther, d’où le nom Jarédites (voir Livre de Mormon – Plaques et annales).
Une tradition culturelle florissante finit par se développer (Ét. 10:21-27), bien que le maintien d'une population viable semble parfois n’avoir pas été une mince affaire (Ét. 9:30-34 ;11 :6-7). À la fin, ce sont des millions qui sont déclarés victimes des guerres d'extermination dont Éther, le prophète, est témoin (Ét. 15:2). Le peuple de Zarahemla trouvera un unique survivant, Coriantumr, le dernier roi, peu avant 200 av. J.-C., bien qu'il soit plausible que plusieurs groupes isolés aient aussi pu survivre pour fusionner, à l’insu des historiens, avec les successeurs mulékites et lamanites.
GROUPES SECONDAIRES. Les sept mêmes lignées mentionnées parmi les descendants de Léhi vers le commencement des annales néphites le sont de nouveau 900 ans plus tard (Jcb. 1:13 ; Mrm. 1:8). Chacune a été baptisée du nom d'un ancêtre de la première génération et se compose vraisemblablement de ses descendants. Parmi les Néphites il y en a quatre : les Néphites proprement dits, les Jacobites, les Joséphites et les Zoramites. Au sein de la faction lamanite, les Lémuélites et les Ismaélites se sont joints aux descendants proprement dits de Laman. Cette division disparaît après l’apparition du Christ à Abondance (il n'y avait ni « Lamanites, ni aucune sorte d’-ites » [4 Né. 1:17]), mais cette descendance ne sera pas oubliée, parce que les vieilles lignées vont réapparaître plus tard (4 Né. 1:20, 36-37). Ce qui a pu se produire, c’est que certaines fonctions publiques que les groupes avaient remplies ont été reprises pendant plusieurs générations par l'Église chrétienne, dont ils étaient tous devenus membres. Si l’on se base sur ce qui se pratiquait dans les systèmes sociaux des nations du même genre, il est possible que l'appartenance à l’un de ces sept groupes gouvernait les choix matrimoniaux et les droits en matière de succession et peut-être la résidence (Al. 31:3). Les Lémuélites avaient de toute évidence leur propre ville (Al. 23:12-13) et c’est la descendance qui a déterminé l’endroit où les Néphites et le peuple de Zarahemla se sont assis lors de l’assemblée politico-religieuse de Mosiah 2 (Mos. 25:4 ; cf. 25:21-23). Ces fonctions ont également pu être remplies par des groupes autres que les sept lignées.
Les sept lignées peuvent être qualifiées de « tribus », comme dans 3 Né. 7:2-4. Juste avant les catastrophes naturelles qui vont marquer la crucifixion de Jésus-Christ, l'unité sociale néphite s'effondre, et ils « se séparèrent les uns des autres en tribus, chaque homme selon sa famille, et sa parenté, et ses amis… c’est pourquoi leurs tribus devinrent extrêmement grandes » (3 Né. 7:2-4).
Les Jacobites sont toujours cités les premiers parmi les trois peuples secondaires chez les Néphites. Ils sont descendants de Jacob, frère cadet de Néphi. On ne nous dit rien sur ce groupe, si ce n’est qu'il est considéré, politiquement et culturellement, comme néphite. Puisque Jacob lui-même est prêtre principal sous le règne de son frère Néphi, et puisque c’est lui et ses descendants qui tiennent les annales religieuses commencées par Néphi, il est possible que les Jacobites, en tant que lignée, aient eu certaines responsabilités sacerdotales.
Les Joséphites sont, semble-t-il, descendants de Joseph, frère cadet de Néphi. Le texte est silencieux sur les caractéristiques distinctives du groupe.
Les Zoramites descendent de Zoram, le serviteur de Laban qui a accepté sous la contrainte de se joindre au groupe de Léhi après le meurtre de Laban à Jérusalem (1 Né. 4:31-37). Tant à la fin qu’au début du récit (Jcb. 1:13 et 4 Né. 1:36), les Zoramites sont comptés parallèlement aux descendants de Néphi, bien que vers 75 av. J.-C., certains d'entre eux au moins aient fait dissidence pendant un certain temps et se soient joints à l'alliance lamanite (Al. 43:4). Étant donné qu’on les a alors nommés « … capitaines en chef » des armées lamanites (Al. 48:5), il est possible qu’ils aient précédemment joué un rôle militaire officiel chez les Néphites. Une raison de leur scission d’avec les Néphites est évidemment le souvenir de ce qui est arrivé à leur ancêtre fondateur : Ammoron, dissident néphite et roi des Lamanites au premier siècle av. J.-C., rappelle : « Je suis… un descendant de Zoram, que tes pères ont enrôlé de force et ont fait sortir de Jérusalem » (Al. 54:23).
Pendant leur dissidence, leur culte, caractérisé comme idolâtre et pourtant adressé à un Dieu d'esprit, a lieu dans des « synagogues » d’où les riches ont chassé les pauvres (Al. 31:1, 9-11 ; 32:5). Leurs pratiques se sont écartées de la manière d’agir des Néphite et de la loi de Moïse (Al. 31:9-12). Peu de temps après les signes marquant la naissance du Christ et presque huit ans après la mention la plus ancienne de leur séparation d’avec les Néphites, ces Zoramites sont toujours dissidents et incitent, à l’aide de « mensonges » et de « paroles flatteuses » (3 Né. 1:29), les Néphites naïfs à se joindre aux brigands de Gadianton. Pourtant deux siècles plus tard ils seront de retour dans la bergerie néphite (4 Né. 1:36).
La liste des peuples secondaires parmi les Lamanites commence par les Lémuélites. Ils sont vraisemblablement la postérité de Lémuel, deuxième fils de Léhi. On ne nous dit rien du groupe en tant qu’entité séparée à part les listes habituelles des ennemis des Néphites (Jcb. 1:13-14 ; Mrm. 1:8-9), bien qu'une « ville de Lémuel » soit mentionnée dans Al. 23:12.
Les Ismaélites sont descendants du beau-père de Néphi et de ses frères (1 Né. 7:2-5). On ne nous dit nulle part pourquoi les fils d'Ismaël (1 Né. 7:6) n'ont pas fondé des lignées à eux. Comme pour les autres groupes secondaires, nous n’avons pas grand chose permettant de les caractériser. À un moment donné, ils vont occuper un pays dit d'Ismaël au sein du pays de Néphi, où l’un d’eux, Lamoni, est roi (Al. 17:21).
D’une façon ou d'une autre, à l’époque d'Ammon et de ses collègues missionnaires (premier siècle av. J.-C.), les Ismaélites sont au pouvoir dans tout le pays de Néphi ainsi que sur certains royaumes qui le composent. (Dans Al. 20:9, le grand roi laisse entendre que les frères de Lamoni sont, eux aussi, des souverains.) Pourtant le roi revient avec la sempiternelle plainte lamanite que dans la première génération Néphi a privé ses pères du droit de régner (Al. 20:13). C’est, de toute évidence, un Lamanite culturellement loyal, même s’il fait partie d’une lignée mineure.
L'information finale que nous avons sur les Ismaélites et les Lémuélites est leur présence dans les armées combinées luttant contre les Néphites du temps de Mormon (Mrm. 1:8). On peut supposer que leurs contingents ont été impliqués dans le massacre final des Néphites à Cumorah.
GROUPES TERTIAIRES. Six autres groupes se qualifient comme peuples, même s'ils ne montrent pas la puissance des sept lignées.
Les premiers décrits sont le peuple de Zénif (Zénifites). Zénif, un Néphite, un demi-siècle environ après que Mosiah a découvert le peuple et le pays de Zarahemla, emmène, hors de Zarahemla, un groupe de gens qui désirent vivement recoloniser « le pays de Néphi, ou pays du premier héritage de nos pères » (Mos. 9:1). Accueillis au début par les Lamanites locaux, ils se retrouvent avec le temps forcés de payer un impôt élevé à leurs suzerains. Une longue section sur eux dans le livre de Mosiah (Mos. 9-24) relate leurs expériences temporelles et spirituelles dramatiques sur trois générations jusqu'à ce qu'ils réussissent à s'échapper et à retourner à Zarahemla. Là, ils redeviennent Néphites, bien que conservant peut-être une certaine autonomie résidentielle et religieuse en tant que l'une des « sept Églises » (Mos. 25:23).
Deux groupes se sont détachés du peuple de Zénif. Le peuple d'Alma 1 est constitué de réfugiés religieux qui ont cru aux paroles du prophète Abinadi et ont fui l'oppression et la méchanceté existant sous le roi Noé, deuxième roi zénifite (Mos. 18, 23-24). Au nombre de quelques centaines, ils conservent un statut social et politique indépendant pendant moins de vingt-cinq ans avant d'échapper à la domination lamanite et de retourner en territoire néphite, où ils fondent l’ « Église de Dieu » à Zarahemla (Mos. 25:18), mais ne tardent pas à disparaître du récit en tant que groupe identifiable.
Le deuxième fragment zénifite commence quand les prêtres du roi Noé, dirigés par Amulon, s’enfuient dans le désert pour éviter de se faire exécuter par leurs sujets rebelles. Au cours de leur fuite, ils enlèvent des femmes lamanites et les prennent pour femmes, fondant ainsi les Amulonites dans un pays où ils créent leur propre version de la culture néphite (Mos. 24:1). Avec le temps, ils vont adopter l’ordre religieux de Néhor (voir ci-dessous), usurper la direction politique et militaire et « exciter » les Lamanites pour qu’ils attaquent les Néphites (Al. 21:4 ; 24:1-2 ; 25:1-5). Eux et les Amalékites (voir ci-dessous) aident les Lamanites à construire une ville appelée Jérusalem dans le pays de Néphi. À en juger par les brèves déclarations des Néphites (Mos. 12-13 ; Al. 21:5-10), les Amulonites et les Amalékites se considèrent comme les défenseurs d'un système de croyances basé sur l’Ancien Testament, ce qui explique certainement le nom qu’ils donnent à leur ville.
Un des groupes de dissidents néphites les plus anciens, ce sont les Amlicites. L’ambitieux Amlici, disciple de Néhor, se réclamant vraisemblablement d’une naissance noble (Al. 51:8), rassemble un grand nombre de partisans et défie le système néphite innovateur du règne des juges institué par Mosiah 2 ; Amlici veut être roi. Quand son projet est contrecarré par « la voix du peuple », il complote une attaque coordonnée avec les Lamanites grâce à laquelle il réussit presque à s’emparer de Zarahemla, la capitale néphite. Les forces loyalistes commandées par Alma 2 finissent par détruire ou disperser l'ennemi (Al. 2:1-31). Amlici est tué, mais on ne sait pas quel sort sera réservé à ses forces. Il est vraisemblable que certains de leurs éléments auront accompagné l'armée lamanite battue au pays de Néphi. Le nom Amlicite n'est plus utilisé après cela.
Un autre groupe de dissidents néphites, les Amalékites, vit au pays de Néphi (Al. 21:2-3 ; 43:13). Leur origine n'est expliquée nulle part. Cependant, si l’on se base sur les noms et les dates, il est possible qu'ils aient constitué le reste amlicite précédemment mentionné, leur nouveau nom étant peut-être une « lamanitisation » de l'original. [ Voir aussi, « Les ennemis d’Alma », dans http://idumea.org/Etudes/Ecritures/LM/Ennemi_Alma.htm ] Ils sont mieux armés que les Lamanites ordinaires (Al. 43:20) et, comme certains Zoramites, sont désignés comme chefs militaires dans l'armée lamanite en raison de leurs « dispositions plus méchantes et plus meurtrières » (Al. 43:6). Les annales des missionnaires néphites nous apprennent qu'ils croient en un Dieu (Al. 22:7). Bon nombre d'entre eux, comme les Amlicites, appartiennent à l'ordre religieux de Néhor et construisent des sanctuaires ou des synagogues où ils rendent le culte (Al. 21:4, 6). Comme les Amulonites, ils refusent absolument d’accepter la religion orthodoxe néphite (Al. 23:14). Au lieu de cela, ils croient que Dieu sauvera tout le monde. Entre leur première et leur dernière mention, il ne s’écoule que quinze ans.
Pendant une mission de quatorze ans au pays de Néphi, les missionnaires néphites Ammon et ses frères font beaucoup de convertis lamanites (Al. 17-26). Lamoni, un roi lamanite qui fait partie de ces convertis, donne aux convertis lamanites le nom d'Anti-Néphi-Léhis. Ces gens se distinguent singulièrement par leur engagement ferme vis-à-vis de l'Évangile de Jésus-Christ, notamment les commandements du Sauveur d’aimer ses ennemis et de ne pas résister au méchant (3 Né. 12:39, 44 ; Mt. 5:39, 44). Ammon affirme que ces gens surpassent les Néphites pour ce qui est de l’amour chrétien (Al. 26:33). Après leur conversion, dit le Livre de Mormon, ils « n'avaient plus le désir de faire le mal » (Al. 19:33) et « ne combattirent plus Dieu, ni aucun de leurs frères » (Al. 23:7). Ayant précédemment versé le sang humain, ils font alliance, en tant que peuple, de ne plus jamais ôter la vie à un être humain (Al. 24:6) et enterrent même toutes leurs armes (Al. 24:17). Ils ne veulent pas se défendre quand ils sont attaqués par les Lamanites et 1.005 d'entre eux se font tuer (Al. 24:22). Ammon exhorte les Anti-Néphi-Léhis vulnérables à s’enfuir en territoire néphite. Chez les Néphites, on va les appeler peuple d'Ammon (ou Ammonites ; voir Al. 56:57). Ils aboutissent dans un lieu séparé en pays néphite, le pays de Jershon (Al. 27:26). Plus tard, ils vont s’installer en masse au pays de Mélek (Al. 35:13), où les rejoindront de temps en temps d'autres réfugiés lamanites.
Quelques années plus tard, désirant aider les armées néphites à défendre le pays, mais ne souhaitant pas rompre son alliance (Al. 53:13), le peuple d'Ammon envoie 2.000 de ses fils volontaires comme soldats, puisque ceux-ci n'ont pas, comme lui, contracté l’alliance de la non-violence. Ces « deux mille jeunes soldats » (Al. 53:22) seront connus comme fils d’Hélaman, leur chef néphite et auront beaucoup de succès au combat (Al. 56:56). Bien que tous aient été blessés, aucun ne sera jamais tué, une bénédiction remarquable attribuée « au pouvoir miraculeux de Dieu, à cause de leur foi extrême » (Al. 57:26 ; cf. 56:47).
Selon Hél. 3:11, une génération plus tard, certains du peuple d'Ammon vont émigrer au « pays situé du côté du nord ». C'est la dernière fois qu’on parle d’eux dans le Livre de Mormon.
AUTRES GROUPES. Parmi les autres groupes mentionnés dans le Livre de Mormon, il y a les combinaisons secrètes ou « brigands » très répandues. Pourtant ces groupes ne se qualifient pas comme « peuples » mais comme associations, auxquelles les gens peuvent se joindre ou qu’ils peuvent quitter de leur propre gré.
Un autre groupe, l’ « ordre de Néhor », est un culte centré sur les idées que les prêtres doivent être payés et que Dieu rachètera tout le monde. Ce n'est pas vraiment un « peuple » au sens technique : le terme implique une continuité biologique qu’une secte ne possède pas.
Les habitants des différentes villes sont parfois appelés peuples. Il est certain que des croyances et des coutumes locales les distinguaient les uns des autres, mais nous ne disposons pas de détails suffisants pour décrire des unités à cette échelle.

Bibliographie
Nibley, Hugh W. Lehi in the Desert; The World of the Jaredites; There Were Jaredites. CWHN 5. Salt Lake City, 1988.
Sorenson, John L. An Ancient American Setting for the Book of Mormon. Salt Lake City, 1985.
Welch, John W. "Lehi's Last Will and Testament: A Legal Approach." Dans The Book of Mormon: Second Nephi, The Doctrinal Structure, dir. de publ. M. Nyman et C. Tate, pp. 61-82. Provo, Utah, 1989.
JOHN L. SORENSON

Livre de Mormon – Plaques et annales
Auteur : Hardy, Grant R.

Le Livre de Mormon est un texte complexe avec une histoire compliquée. C'est principalement l’abrégé de plusieurs documents plus anciens fait par son rédacteur en chef et homonyme, Mormon. Tous ces documents sont qualifiés de « plaques » parce qu'ils ont été gravés sur de fines feuilles de métal. Mormon s’est servi de divers documents sources dans sa compilation, ce qui est à l’origine de transitions brusques et de disjonctions chronologiques qui peuvent perturber le lecteur. Cependant, quand on connaît bien l'histoire du texte, elles sont cohérentes et ont du sens. Les diverses plaques et annales mentionnées dans le Livre de Mormon et utilisées pour le composer sont (1) les plaques d’airain, (2) les annales de Léhi, (3) les grandes plaques de Néphi 1, (4) les petites plaques de Néphi, (5) les plaques de Mormon et (6) les vingt-quatre plaques d'or d’Éther.
LES PLAQUES D'OR. Les plaques d'or que le prophète Joseph Smith a reçues et traduites sont les plaques de Mormon sur lesquels celui-ci et son fils Moroni 2 avaient fait leur abrégé. Mormon, un prophète et chef militaire qui a vécu à la fin de l'ère néphite (v. 385 apr. J.-C.), était l’avant-dernier gardien des annales des prophètes et souverains néphites précédents. Il avait en particulier les grandes plaques de Néphi, qui étaient la chronique néphite officielle et qu’il reçut le commandement de continuer (Mrm. 1:4). Il fit plus tard ses propres plaques de Mormon, sur lesquelles il compila un abrégé des grandes plaques de Néphi (Pa. 1:3-5 ; 3 Né. 5:9-10), qui couvrent 985 ans d'histoire néphite, depuis le temps de Léhi jusqu’au sien. Les grandes plaques puisaient dans des annales encore plus anciennes et dans les écrits de divers prophètes et contenaient fréquemment diverses sources telles que lettres, bénédictions, discours et mémoires.
Après avoir fait son abrégé jusqu’au règne du roi Benjamin inclus (v. 130 av. J.-C.), Mormon découvrit les petites plaques de Néphi, une histoire séparée de la même période de temps focalisée sur les événements spirituels de ces années et citant considérablement les plaques d’airain. Poussé par l’inspiration à ajouter les petites plaques de Néphi à ses propres annales, Mormon inséra une brève explication de ce double récit des débuts de l'histoire néphite (Pa. 1:2-9).
Mormon continua son abrégé, choisissant parmi les grandes plaques, paraphrasant et ajoutant souvent ses propres commentaires, poursuivant le récit jusqu’à son époque. Prévoyant sa mort, il passa les plaques à son fils Moroni. Pendant les quelques décennies suivantes, Moroni erra en solitaire, faisant des ajouts aux annales de son père, notamment deux chapitres maintenant inclus dans un livre précédemment abrégé par son père (Mrm. 7-8) et l’histoire des Jarédites qu'il avait abrégée des vingt-quatre plaques d'or d’Éther. Il copia aussi une grande vision des derniers jours qui avait été écrite par l’un des premiers prophètes jarédites, le frère de Jared, et qu’il avait été commandé à Moroni de sceller (Ét. 4:4-5). Il ajouta aussi de brèves notes sur des rituels de l’Église (Mro. 1-6), un sermon et deux lettres de son père (Mro. 7-9), et une exhortation aux futurs lecteurs (Mro. 10). Finalement, Moroni prit cette collection quelque peu hétérogène d’annales – les plaques de Mormon, les petites plaques de Néphi, son abrégé des plaques d’Éther et la partie scellée contenant la vision du frère de Jared – et les enterra. Quelque 1.400 ans plus tard, en 1823, Moroni, alors ressuscité, apparut au prophète Joseph Smith et révéla l'endroit où se trouvaient ces annales. Les plaques de Mormon, qui, à l’exception de la partie scellée, ont été traduites par après par Joseph Smith, sont appelées aujourd'hui les plaques d'or.
Cependant, le Livre de Mormon anglais actuel n'est pas simplement la traduction de toutes ces plaques d'or. Joseph Smith et Martin Harris commencèrent par traduire les plaques de Mormon et quand ils furent parvenus au règne du roi Benjamin, ils avaient 116 pages de traduction. Harris emprunta ces pages pour les montrer à sa femme, puis les perdit, et on ne les retrouva jamais (voir Manuscrit, 116 pages perdues). Il fut commandé à Joseph de ne pas retraduire ces pages (D&A 10:30-46), mais de leur substituer la traduction des petites plaques parallèles de Néphi comprenant les livres de 1 Néphi, 2 Néphi, Jacob, Énos, Jarom et Omni. Le Livre de Mormon actuel ne contient donc que le deuxième récit du début de l'histoire néphite.
Vient ensuite la traduction du reste des plaques de Mormon, abrégé des grandes plaques de Néphi, qui comporte les livres de Mosiah, d'Alma, d’Hélaman, de 3 Néphi, de 4 Néphi et de Mormon (dont les deux derniers chapitres ont été écrits par Moroni). Ils sont suivis de l’abrégé de l'histoire jarédite (le livre d’Éther) par Moroni et de ses notes de clôture (le livre de Moroni). Joseph Smith reçut le commandement de ne pas traduire la vision scellée du frère de Jared, qui constituait apparemment une partie substantielle des plaques d'or (Ludlow, p. 320). Bien que Joseph Smith n’ait traduit que les plaques d'or, lui et ses associés ont vu beaucoup d'autres annales (JD 19:38 ; Millennial Star 40, 1878, pp. 771-772).
LES PLAQUES D’AIRAIN. On sait maintenant que beaucoup d'anciens du monde méditerranéen écrivaient sur des plaques en métal. « Quand le document était d’importance majeure, on se servait de plaques de cuivre, de bronze ou même de métaux précieux au lieu des tablettes habituelles de bois, de plomb ou d'argile » (CWHN 5:119 ; voir aussi H.C. Wright, dans Journal of Library History 16, 1981, pp. 48-70). L’un de ces documents sur métal était dans la possession d'un certain Laban, un dirigeant de Jérusalem en 600 av. J.-C. On ne sait pas d’où Laban tenait ces plaques ni comment il les avait obtenues à l'origine. Plusieurs théories ont été avancées, notamment la possibilité que les plaques d’airain provenaient du temps de Joseph d'Égypte (Ludlow, p. 56). Le Livre de Mormon dit que Laban et son père avaient hérité des annales et les conservaient parce qu'ils étaient descendants de ce Joseph (1 Né. 5:16).
Ce que le Livre de Mormon dit, c’est comment le prophète Léhi a obtenu la possession des plaques d’airain. Après avoir fui Jérusalem, Léhi reçut de Dieu le commandement de renvoyer ses fils à la ville pour se procurer les plaques auprès de Laban. Quand il les reçut, il constata qu'elles contenaient les cinq livres de Moïse, les annales des Juifs depuis le commencement jusqu’au règne de Sédécias, les prophéties des saints prophètes au cours de cette même période (y compris certaines des prophéties de Jérémie) et la généalogie des pères de Léhi (1 Né. 3-5).
Néphi et les chefs spirituels successifs tenaient les plaques d’airain en haute estime. Elles furent transmises par les prophètes principaux depuis Néphi jusqu’à Mormon et comme elles étaient écrites sous une forme adaptée de l'égyptien (voir Livre de Mormon – Langue), ceux qui les tenaient apprenaient à lire cette langue (Mos. 1:2-4). Les plaques d’airain furent les écritures de base de la nation néphite et pendant des siècles leurs prophètes les lurent, les citèrent dans leurs sermons et en utilisèrent des extraits pour enrichir leurs propres écrits. Par exemple, quand le prophète Abinadi cite les dix commandements dans une controverse avec les prêtres de Noé, sa connaissance des dix commandements est due, au moins indirectement, aux plaques d’airain (Mos. 12-13). Comme Mosiah 2 le dit : « Car il n’aurait pas été possible à notre père, Léhi, de se souvenir de toutes ces choses, pour les enseigner à ses enfants, s’il n’y avait pas eu l’aide de ces plaques » (Mos. 1:4).
Les annales du Livre de Mormon, en particulier les petites plaques de Néphi, citent de temps en temps en long et en large les plaques d’airain et ces citations contiennent vingt et un chapitres complets d'Ésaïe. Bien que la traduction de ces citations suive généralement la formulation de la King James Version de la Bible, il y a beaucoup de différences importantes, qui peuvent indiquer l'existence de sources textuelles plus anciennes (Tvedtnes, pp. 165-177). Il ressort également des citations scripturaires du Livre de Mormon que les plaques d’airain contenaient davantage des écrits des prophètes hébreux que l’Ancien Testament actuel. Par exemple, le Livre de Mormon mentionne des prophéties de Joseph d'Égypte qui ne se trouvent pas dans la Bible, ainsi que des écrits de Zénos, de Zénock, de Néum et d'Ézias, des prophètes qui ne sont pas mentionnés dans l’Ancien Testament.
LES ANNALES DE LÉHI. Malheureusement, l’abrégé fait par Mormon des annales de Léhi est le texte traduit dans les 116 pages de manuscrit qui ont été perdues et par conséquent il n'est pas disponible dans le Livre de Mormon actuel. Léhi a écrit un récit de sa vie et de ses expériences spirituelles qui fut inclus dans les grandes plaques de Néphi (1 Né. 19:1). Mormon a abrégé ces annales dans ses plaques et Joseph Smith les a traduites, mais comme elles ont été perdues par Martin Harris, on n’en sait quasiment rien maintenant excepté ce que l’on peut déduire des allusions faites dans d'autres textes (Brown, pp. 25-32 ; voir aussi la préface de la première édition [1830] du Livre de Mormon). Quand ils citent les paroles de Léhi, Néphi et Jacob semblent citer ce texte aujourd’hui perdu et les huit premiers chapitres de 1 Néphi (une partie des petites plaques) au moins semblent être basés sur les annales de Léhi. D'autres passages des petites plaques pourraient aussi provenir de ces annales.
LES GRANDES PLAQUES DE NÉPHI. Néphi commença les grandes plaques peu après son arrivée dans le Nouveau Monde. Elles furent la chronique continue officielle des Néphites depuis le moment où ils quittèrent Jérusalem (v. 600 av. J.-C.) jusqu'à leur destruction (385 apr. J.-C.). Apparemment les grandes plaques étaient divisées en livres, chacun portant le nom de son auteur principal. Ces plaques « contenaient ‘le récit complet de l'histoire [du people de Néphi]’ (1 Né. 9:2, 4 ; 2 Né. 4:14 ; Jcb. 1:2-3), la généalogie de Léhi (1 Né. 19:2) et ‘la plus grande partie’ des enseignements de Jésus-Christ ressuscité à la nation néphite (3 Né. 26:7) » (Ludlow, p. 57). Commencées comme histoire fondamentalement profane, elles devinrent plus tard un document mixte, mélangeant mille ans d'histoire et d'expériences religieuses néphites.
Les grandes plaques mettent l’accent sur les alliances faites avec la maison d'Israël et citent des prophéties messianiques des prophètes du Vieux Monde que l’on ne trouve pas dans l’Ancien Testament. Cette information a été extraite des plaques d’airain apportées par la colonie de Léhi de Jérusalem. Elles rapportent aussi des guerres et des querelles et contiennent de la correspondance entre chefs militaires et des informations sur divers voyages missionnaires. Les interventions et la puissance miraculeuse de Dieu imprègnent cette histoire. Les sermons enregistrés du roi Benjamin, d’Abinadi, et d’Alma 2 sont une indication de la compréhension profonde que ces hommes avaient de l'Évangile de Jésus-Christ et de leur foi en son avènement prédit. Ces plaques contiennent un récit du ministère du Christ et des enseignements qu’il a donnés après sa résurrection aux habitants du monde américain (3 Né. 11-28).
Les grandes plaques de Néphi furent transmises de roi en roi jusqu'à ce qu'elles parviennent à Mosiah 2. Il y ajouta des annales telles que celles de Zénif et d'Alma 1, puis il les donna à Alma 2. Les plaques passèrent ensuite par une lignée de prophètes jusqu'à l’époque d'Ammaron au début du quatrième siècle apr. J.-C. Ammaron choisit Mormon, qui était encore enfant, pour continuer les annales quand il serait mûr. Mormon écrivit les événements de son temps sur les grandes plaques puis les utilisa comme source pour son abrégé, lequel fut plus tard enterré dans la colline Cumorah. Joseph Smith ne reçut pas les grandes plaques, mais le Livre de Mormon laisse entendre qu’elles pourraient un jour être publiées au monde (3 Né. 26:6-10).
LES PETITES PLAQUES DE NÉPHI. Une vingtaine d’années après avoir commencé les grandes plaques, Néphi reçut le commandement de faire un autre jeu. Ce deuxième jeu devait être réservé au récit du ministère de son peuple (1 Né. 9 ; 2 Né. 5:28-33). Elles devaient contenir les choses considérées comme étant les plus précieuses : « une prédication qui était sacrée, ou une révélation qui était grande, ou de la prophétie » (Jcb. 1:2-4).
Les petites plaques ont été tenues pendant plus de quatre siècles, un peu moins que la     moitié du temps couvert par les grandes plaques, par neuf auteurs : Néphi, Jacob, Énos, Jarom, Omni, Amaron, Chémish, Abinadom, et Amaléki. Tous ces auteurs étaient les fils ou les frères de leurs prédécesseurs. Bien que ces plaques contiennent les écrits de plusieurs personnes sur une longue période de temps, 80 pour cent du texte ont été écrits par Néphi, le premier auteur, et les 12 pour cent restants par son frère Jacob.
Mormon annexa les petites plaques à ses annales quand il remit les plaques de Mormon à son fils Moroni parce que leur témoignage du Christ lui plaisait et parce qu'il était poussé par l'Esprit du Seigneur à les inclure « dans un but sage » (Pa. 1:3-7). Cependant, étant donné que les petites plaques couvraient la période historique déjà gravée dans son abrégé des annales de Léhi (à savoir, de Léhi au règne du roi Benjamin) et que le livre de Mosiah commençait par la fin du règne du roi Benjamin, Mormon estima nécessaire d'écrire une brève explication pour montrer comment les petites plaques de Néphi se rattachaient au livre de Mosiah. Il intitula cette explication « Paroles de Mormon ».
Bien que conscients de la nécessité de fournir un récit historique, les auteurs des petites plaques avaient pour but principal de parler du Christ, de prêcher le Christ, et de prophétiser sur le Christ (2 Né. 25:26). Préoccupé d’enseigner à son peuple les alliances et les promesses faites à l’Israël antique, Néphi tira ces enseignements de prophètes plus anciens dont les textes se trouvaient sur les plaques d’airain. Il cita copieusement le prophète Ésaïe (2 Né. 12-24 ; cf. És. 2-14) puis en fit un commentaire, prédisant l’avenir des Juifs, des Lamanites et des Gentils et prophétisant sur beaucoup de choses qui se produiraient dans les derniers jours (2 Né. 25-30).
Jacob poursuivit la méthode de son frère en enregistrant ses propres sermons et une longue citation d'une prophétie de Zénos et son explication. Les écrits des auteurs ultérieurs des petites plaques sont beaucoup plus brefs et moins préoccupés de questions spirituelles.
Amaléki note dans ses écrits que les petites plaques étaient pleines et il les confia au roi Benjamin (Om. 1:25, 30), qui posséda ainsi les grandes et les petites plaques de Néphi aussi bien que les plaques d’airain. Tous ces jeux de plaques furent transmis de génération en génération jusqu'à ce qu'ils fussent confiés à Mormon.
LES PLAQUES DE MORMON. Après avoir reçu les plaques, Mormon fit un nouveau jeu sur lequel il grava son abrégé des grandes plaques de Néphi (3 Né. 5:10-11). C'est cet abrégé, avec quelques ajouts de Moroni, fils de Mormon, qui constitue les plaques d'or données à Joseph Smith. Il les décrit comme suit : Ces annales étaient gravées sur des plaques qui avaient l'apparence de l'or, chaque plaque avait quinze centimètres de large et vingt centimètres de long et n’était pas tout à fait aussi épaisse que du fer blanc ordinaire. Elles étaient remplies d’inscriptions gravées, en caractères égyptiens et reliées en un volume, comme les feuilles d'un livre, trois anneaux traversant le tout. Le volume avait quelque chose comme quinze centimètres d'épaisseur à peu près, dont une partie était scellée. Les caractères de la partie non scellée étaient petits et admirablement gravés [Jessee, p. 214].
Les descriptions rapportées par d'autres témoins ajoutent des détails qui donnent à penser que les plaques étaient constituées d’un alliage d'or (probablement du tumbaga) et qu'elles pesaient environ vingt-deux kilos (Putnam, pp. 788-789, 829-831). Chaque plaque était aussi épaisse que du parchemin ou du papier épais.
La majeure partie du temps, Mormon tirait ses renseignements des grandes plaques de Néphi. Une grande partie du récit historique du Livre de Mormon semble être une paraphrase de sa part d’annales plus anciennes, mais de temps en temps des documents à la première personne sont insérés dans le texte. Par exemple, dans Mos. 9 et 10, le récit contient subitement une histoire à la première personne de Zénif (apparemment un document plus ancien que Mormon a simplement copié) et puis, au chapitre 11, la paraphrase de Mormon reprend. En outre, beaucoup de sermons, de bénédictions et de lettres semblent avoir été reproduits tels quels.
Néanmoins, certains passages peuvent être attribués à coup sûr à Mormon : l’abrégé de ses contributions aux grandes plaques (Mrm. 1-7), son sermon et ses lettres enregistrés par Moroni (Mro. 7-9) et les commentaires explicatifs qu'il insère dans son récit. Il s’identifie dans certaines de ces interpolations (Pa. ; 3 Né. 5:8-26 ; 26:6-12 ; 28:24 ; 4 Né. 1:23), mais il semble probable que les fréquents commentaires introduits par « et ainsi nous voyons » sont aussi de Mormon essayant de mettre l’accent sur les sujets ayant une importance spirituelle particulière pour ses lecteurs (par exemple, Al. 24:19, 27; 50:19-23 ; Hél. 3:27-30 ;12:1-2).
LES VINGT-QUATRE PLAQUES D'OR D'ÉTHER. Ces vingt-quatre plaques d'or étaient des annales des anciens Jarédites, habitants de l’Amérique avant les Néphites. Ce peuple en particulier avait quitté la tour de Babel au moment de la confusion des langues. Leurs dirigeants prophètes furent conduits jusqu’à l'océan où ils construisirent huit barques étranges. Celles-ci furent poussées par le vent à travers les eaux jusqu’en Amérique, où les Jarédites devinrent une grande et puissante nation. Après de nombreux siècles, la méchanceté et les guerres débouchèrent sur une guerre d’extermination finale. Pendant cette guerre finale, Éther, un prophète de Dieu, écrivit leur histoire et leurs expériences spirituelles sur vingt-quatre plaques d'or, peut-être en se basant sur des annales jarédites plus anciennes (voir J. Welch, « Preliminary Comments on the Sources behind the Book of Éther », dans F.A.R.M.S. Manuscript Collection, pp. 3-7. Provo, Utah, 1986).
Après avoir été témoin de la destruction de son peuple, Éther cacha les vingt-quatre plaques d'or. De nombreuses années plus tard, (v. 121 av. J.-C.), elles furent découvertes par une petite expédition d’exploration néphite et données à Mosiah 2, roi prophète, qui les traduisit en langue néphite à l’aide de pierres de voyant (Mos. 8:8-9 ; 28:11-16). Beaucoup plus tard (v. 400 apr. J.-C.), Moroni abrégea cette histoire des Jarédites comme son père Mormon en avait eu l’intention, se concentrant sur les questions spirituelles et ajoutant des commentaires inspirés. Moroni inclut cet abrégé, maintenant connu sous le nom de livre d'Éther, à ce que son père et lui avaient déjà écrit. (Les vingt-quatre plaques d'or d’Éther n'étaient pas parmi les plaques reçues par Joseph Smith.)
CARACTÉRISTIQUES DE L'INTERVENTION RÉDACTIONNELLE DE MORMON. Le Livre de Mormon est fort compliqué. Le résumé ci-dessus des plaques et d'autres annales dont est tiré le livre provient d'un certain nombre de commentaires dispersés mais cohérents inclus dans le texte actuel. Le récit lui-même est souvent complexe. Par exemple, dans Mos. 1-25, Mormon relate l’histoire de trois groupes et sous-groupes distincts – principalement les peuples de Mosiah, de Limhi et d’Alma – avec leur histoire et leurs interactions respectives entre eux et avec les Lamanites (voir Livre de Mormon – Peuples). L'histoire aurait pu être tout à fait embrouillée, parce qu’elle saute d'un peuple à l'autre et fait des sauts dans les deux sens dans le temps, mais Mormon est resté remarquablement clair. Al. 17-26 est un long retour en arrière racontant l’histoire de plusieurs missionnaires à l'occasion de leurs retrouvailles avec de vieux amis et Al. 43-63 relate l'histoire d'une guerre avec les Lamanites sans s’embrouiller dans des événements qui se passent sur deux fronts.
Le récit de Mormon aurait pu être beaucoup plus complexe. Il souligne qu'il présente moins d'un centième de la documentation dont il dispose (par exemple, Pa. 1:5; 3 Né. 26:6-7). En outre, ses sources donnent l’histoire d’une seule lignée familiale, celle de Léhi et de ses descendants, et n'englobe pas tous les événements du monde américain antique (Sorenson, 1985, pp. 50-56). Mormon simplifie encore ses annales en continuant la pratique de Jacob de fusionner des peuples divers en deux groupes principaux : « Or, ceux qui n'étaient pas Lamanites étaient Néphites; néanmoins, ils étaient appelés Néphites, Jacobites, Joséphites, Zoramites, Lamanites, Lémuélites et Ismaélites. Mais moi, Jacob, je ne les distinguerai dorénavant plus par ces noms, mais j'appellerai Lamanites ceux qui cherchent à détruire le peuple de Néphi, et ceux qui sont amicaux envers Néphi, je les appellerai Néphites, ou peuple de Néphi, selon les règnes des rois. » [Jcb. 1:13-14 ; voir également Mrm. 1:8-9].
Le choix des textes à inclure dans le vaste projet rédactionnel qui a produit le Livre de Mormon devait reposer sur une politique bien précise. Mormon est tout à fait explicite quant au but de son abrégé. Comme Néphi, il écrit une histoire pour conduire les gens au Christ, et il écrit spécifiquement pour les hommes du futur (2 Né. 25:23 ; Mrm. 7). Les plaques de Mormon ont été créées pour paraître dans les derniers jours. Ce qui intéresse Mormon, c’est faire ressortir les principes qui seront les plus utiles à de telles personnes et son travail soigneux de rédaction et ses passages introduits par « ainsi » et « ainsi nous voyons que » visent tous à faciliter l’identification et la compréhension des leçons morales.
En conclusion, Mormon a pris très au sérieux son travail d’historien et d’abréviateur. Il reçut de Dieu le commandement de faire ses annales (page de titre du Livre de Mormon ; 3 Né. 26:12). Par ailleurs, la société néphite avait une tradition forte de l'importance des documents écrits et c'était l'un des critères par lesquels ils se distinguaient de la majorité mulékite (Om. 1:14-19). De plus, les diverses plaques semblent avoir été transmises d'un prophète ou roi à l'autre à titre de reliques sacrées et de symboles d'autorité (Mos. 28:20 ; 3 Né. 1:2). En outre, les Néphites procédaient à un échange cérémoniel de documents quand différentes branches de la famille étaient réunies (Mos. 8:1-5 ; 22:14). La chose la plus importante était que les Néphites savaient qu'ils seraient tenus pour responsables et jugés en fonction de ce qui était écrit dans les annales, comme le seront tous les hommes (2 Né. 25:21-22 ; 33:10-15 ; Mrm. 8:12).

Livre de Mormon – Témoins
Auteur : Anderson, Richard Lloyd

À partir de la première édition de 1830, le Livre de Mormon a généralement contenu deux groupes de témoignages : le « Témoignage de trois témoins » et le « Témoignage de huit témoins ». Quand Joseph Smith est entré en possession des plaques d'or, il lui a été dit de ne les montrer à personne. Pendant que la traduction avançait, lui et ceux qui l'aidaient ont appris, dans les pages du livre et par révélation supplémentaire, que trois témoins spéciaux sauraient, par la puissance de Dieu, « que ces choses sont vraies » et que plusieurs en plus de lui-même verraient les plaques et témoigneraient de leur existence (Ét. 5:2-4 ; 2 Né. 27:12-13 ; D&A 5:11-13). Les témoignages des témoins affirment que ces choses se sont produites.
Les témoins étaient des hommes connus pour leur honnêteté et leur sérieux. Chacun des trois témoins fut par la suite excommunié de l'Église (deux d’entre eux y retournèrent), mais aucun d’eux ne renia ni ne rétracta jamais son témoignage publié. Chacun d’eux réaffirma à chaque occasion la véracité de son témoignage et la réalité de ce qu'il avait vu et éprouvé.
Une révélation de juin 1829 confirma qu'Oliver Cowdery, David Whitmer et Martin Harris seraient les trois témoins (D&A 17). Peu de temps après, ils se retiraient avec Joseph Smith dans les bois près de Fayette (New York) et prièrent pour avoir la manifestation divine promise. Le « Témoignage de trois témoins » résume l'événement surnaturel qui suivit quand un ange apparut et leur montra les plaques et les inscriptions et qu’ils entendirent le Seigneur déclarer que le Livre de Mormon « a été traduit par le don et le pouvoir de Dieu ». Ils dirent que la même voix divine leur « a commandé d’en rendre témoignage ».
La mère de Joseph Smith raconta plus tard le grand soulagement de Joseph de ne plus être le témoin unique des expériences divines du Rétablissement (voir Loi des témoins). Le fait que d'autres aient également vu un ange et devraient « témoigner de la véracité de ce que j'ai dit car ils savent maintenant eux-mêmes » le soulagea d'un grand fardeau (manuscrit préliminaire de Lucy Smith, archives de l’Église).
Peu après, à la ferme des Smith à New York, huit autres furent autorisés à voir et à manipuler les plaques : Christian Whitmer, Jacob Whitmer, Peter Whitmer, fils, John Whitmer, Hiram Page, Joseph Smith, père, Hyrum Smith et Samuel H. Smith. Leur « Témoignage de huit témoins », signé, déclare que Joseph Smith a montré à ces huit hommes les plaques en métal, qu'ils les ont « soupesées » tout en tournant les « feuilles » une à une, et qu’ils ont examiné les inscriptions, qui étaient « d’une exécution habile ». Cinq de ces huit témoins restèrent fermement dans l'Église ; John Whitmer fut excommunié en 1838 et son frère Jacob Whitmer et son beau-frère Hiram Page devinrent alors non pratiquants.
La plupart de ces onze témoins étaient membres des grandes familles Smith et Whitmer, des familles qui avaient aidé à garder et à traduire les annales antiques. On ne s’étonnera pas que d'autres membres de ces familles aient signalé un contact indirect avec les plaques et la traduction. Le jeune William Smith aida un jour son frère Joseph à porter les plaques enveloppées dans un sarrau. Emma Smith, femme de Joseph, palpa les plaques flexibles pendant qu'elle époussetait autour des annales couvertes d’un tissu sur la table de traduction de son mari. La maman Whitmer (femme de Peter Whitmer, père), accablée de corvées quotidiennes à s'occuper de sa famille et des visiteurs travaillant à la traduction, vit les plaques que lui montra un messager céleste pour lui assurer que l’œuvre était de Dieu.
Martin Harris, un fermier prospère de Palmyra (New York), qui avait longtemps cherché une religion qui accomplissait les prophéties bibliques, aida à la traduction avant son expérience comme témoin. En 1828, il passa deux mois à écrire pendant que Joseph Smith dictait la première grande section de la traduction du Livre de Mormon, 116 pages manuscrites. Après avoir perdu ces pages, Martin n’écrivit plus pour le prophète, mais il finança plus tard la publication du livre.
Oliver Cowdery fut le secrétaire principal pour le Livre de Mormon. Instituteur, il apprit l’existence des plaques d'or et de la traduction tandis qu’il était en pension chez les parents de Joseph Smith près de Palmyra (New York). Au début d'avril 1829, Oliver se rendit à pied de chez les Smith jusqu’à Harmony (Pennsylvanie), où Joseph Smith traduisait. En route, il rendit visite à son ami David Whitmer, qui se prit, lui aussi, d’un intérêt intense pour la nouvelle Écriture. Quand les persécutions augmentèrent à Harmony, David arriva comme on le lui avait demandé et déménagea Joseph et Oliver jusque dans sa ferme familiale près de Fayette (à plus de 150 kilomètres de là), vers le 1er juin.
Joseph Smith parla plus tard des supplications insistantes de Harris, de Whitmer et de Cowdery lorsqu’ils apprirent que trois personnes seraient autorisées à voir les plaques. La révélation de juin 1829 confirma qu'ils seraient les trois Témoins et qu'ils devraient alors témoigner tant par leur connaissance de première main que par « le pouvoir de Dieu » afin que « mon serviteur, Joseph Smith, fils, ne soit pas détruit » (D&A 17:3-4). Sur les quelque deux cents interviews enregistrées avec les trois témoins, un pourcentage important met l’accent sur l'intensité spirituelle des témoins quand ils décrivaient l'ange et les plaques. À eux seuls, la réputation et les affirmations du prophète étaient vulnérables, mais le témoignage d’autres témoins honorables et formels, qui faisaient part d’une expérience divine, apportaient de la crédibilité.
L'autobiographie de Lucy Smith rapporte l’immense gratitude des trois témoins quand ils revinrent à la maison des Whitmer après avoir connu cette expérience. C’est la propre histoire de Joseph Smith qui donne les détails les plus complets de l'événement : des prières répétées suivies d'une vision donnée simultanément au prophète, à Cowdery et à Whitmer, et peu après une vision presque identique vécue par le prophète avec Harris. Selon Joseph, la gloire intense de Dieu enveloppa les environs naturels, et dans cette lumière divine l'ange apparut, exposa soigneusement les plaques, recommanda expressément à David Whitmer – le seul des trois à ne pas revenir finalement dans l’Église – à persévérer jusqu’à la fin et la voix de Dieu déclara le livre divin (HC 1:54-56).
Au début de 1838, des désaccords sur les règles de l’Église furent à l’origine du mécontentement et de l'excommunication de chacun des trois témoins, et ils se séparèrent ; Cowdery mourut en 1850, Harris en 1875 et Whitmer en 1888. Sa vie durant, chacun des témoins répondit sans hésiter aux questions concernant son expérience directe de l'ange et des plaques. Ne se basant manifestement pas sur le récit de Joseph Smith, qui ne fut écrit qu’au cours des mois qui suivirent leur excommunication, chacun d’eux parla spontanément et indépendamment et cependant les détails s’accordaient entre eux et avec l'histoire de Joseph Smith.
L'aliénation des témoins par rapport à l'Église découla en grande partie de conflits concernant l'autorité. Ayant reçu une révélation, les trois témoins estimaient qu'ils avaient une part égale à celle de Joseph Smith dans les expériences fondatrices et leur certitude d’avoir eu une vision dans le passé contribua à leur inflexibilité vis-à-vis de futures révélations. Ils prirent le parti des détracteurs du prophète qui réagirent négativement lors de la faillite de la Kirtland Safety Society (voir Kirtland – Économie) et ils s’opposèrent au leadership doctrinal et administratif vigoureux de Joseph Smith. Après leur excommunication, chacun eut un sentiment de rejet profond, ce qui eut pour résultat prévisible de dures critiques à l’égard des dirigeants de l’Église. Même dans ces circonstances, chacun des trois témoins continua à défendre vigoureusement l'authenticité de son témoignage publié. Aucun d’eux n'exprima le moindre doute vis-à-vis de ce dont ils avaient témoigné. Oliver Cowdery et Martin Harris revinrent à l'Église à la fin de leur vie ; David Whitmer resta religieusement indépendant, mais défendit agressivement le Livre de Mormon jusqu’au bout.
Les sceptiques ont écarté le « Témoignage de trois témoins » en l’imputant à de la connivence ou de la tromperie. Or, chacun des trois fut un membre respecté et indépendant d’une société qui n’était pas mormone et fut actif dans sa communauté. Leur vie, pleinement documentée, démontre clairement leur honnêteté et leur intelligence. David Whitmer réagit à diverses reprises contre les accusations de possibilité d’ « illumination ». Il répondit à un sceptique : « C’est évident que nous étions dans l'esprit quand nous avons eu la vision… mais nous étions dans le corps également et tout était aussi naturel pour nous qu’à n’importe quel autre moment » (Anderson, p. 87). On peut aller jusqu’à dire que leur aliénation ultérieure les rend bien plus crédibles comme témoins, parce qu’aucune connivence n’aurait pu résister aux années passées loin de l’Église et les uns des autres.
Les témoignages des trois et des huit témoins équilibrent le surnaturel et le naturel, l’un mettant l’accent sur l'ange et la voix céleste, l'autre sur l'existence d'un document tangible sur des plaques d'or. Jusqu’à la fin de sa vie, chacun des trois a déclaré qu'il avait vu les plaques, et chacun des huit a insisté sur le fait qu'il les avait manipulées. La plupart des huit témoins et les trois témoins ont réitéré leur témoignage du Livre de Mormon juste avant de mourir. Avec Joseph Smith ils accomplissent la prophétie de Néphi : « Ils témoigneront de la vérité du livre et des choses qui s’y trouvent » (2 Né. 27:12).

Bibliographie
Les apports des trois témoins à la traduction du Livre de Mormon sont détaillés dans Lucy Mack Smith, Biographical Sketches of Joseph Smith the Prophet and His Progenitors for Many Generations, Liverpool, 1853, réimprimé en 1902 à Salt Lake City sous le titre History of Joseph Smith by his Mother Lucy Mack Smith. On trouve les souvenirs de Joseph Smith concernant les événements de 1829 dans Dean C. Jessee, dir. de publ., The Papers of Joseph Smith, vol. 1, Salt Lake City, 1989 (voir les transcriptions de l’avant-projet de 1839 et de l’histoire manuscrite de 1839). Voir aussi la History of the Church publiée par Joseph Smith.
Pour les témoignages des témoins et leur vie en dehors de l’Église, voir Richard Lloyd Anderson, Investigating the Book of Mormon Witnesses, éd. corr., Salt Lake City, 1989. Les documents primaires concernant leurs témoignages apparaissent dans Preston Nibley, Witnesses of the Book of Mormon, éd. corr. Salt Lake City, 1953. On trouvera des notices biographiques dans Andrew Jenson, Latter-day Saints Biographical Encyclopedia, vol. 1, Salt Lake City, 1901. Le profil de la plupart des témoins se trouve aussi dans Lyndon Cook, Revelations of the Prophet Joseph Smith, Salt Lake City, 1985.

Livre de Mormon – Traduction de Joseph Smith
Auteurs : Rathbone, Tim et Welch, John W.

Comme il le dit lui-même, le Livre de Mormon est la traduction d'un livre antique ; pourtant Joseph Smith ne connaissait aucune langue ancienne lorsqu'il a dicté ce texte à ses secrétaires. Plusieurs de ses proches collaborateurs et lui ont témoigné que la traduction a été faite « par le don et le pouvoir de Dieu » (HC 1:315 ; voir aussi D&A 1:29 ; 20:8).
On ne sait pas grand chose du processus de traduction proprement dit. On ne peut glaner que peu de détails dans les commentaires faits par les secrétaires et les proches collaborateurs de Joseph. Seul Joseph Smith connaissait le processus réel et il a refusé de le décrire en public. À une conférence de l’Église en 1831, Hyrum Smith invita le prophète à expliquer plus complètement comment le Livre de Mormon avait paru. Joseph Smith répondit qu’il « n’était pas prévu de raconter au monde tous les détails de la parution du Livre de Mormon ; et… il ne s’indiquait pas qu’il relate ces choses » (HC 1:220).
On sait cependant beaucoup de choses sur la période et les lieux où le travail de traduction a eu lieu. Les événements sont racontés par plusieurs témoins oculaires indépendants. Joseph Smith obtint les plaques d'or sur la colline Cumorah, dans l’état de New York, au petit matin du 22 septembre 1827. Pour éviter le harcèlement local et les émeutiers, il alla s’installer, en décembre 1827, à Harmony, en Pennsylvanie. Là il copia et traduisit certains des caractères des plaques, avec sa femme Emma et son beau-frère Reuben Hale comme secrétaires. En 1856, Emma raconta que Joseph lui dictait la traduction mot à mot, épelait les noms propres et corrigeait les erreurs qu’elle commettait en écrivant alors même qu’il ne pouvait pas voir ce qu'elle avait écrit. À un moment donné au cours de la traduction, Joseph eut la surprise d'apprendre que Jérusalem était entourée de murailles (E. C. Briggs, « Interview with David Whitmer », Saints’ Herald 31, 21 juin 1884, pp. 396-397). Plus tard, lors d’une autre interview, on demanda à Emma si Joseph utilisait des livres ou des notes pendant qu’il dictait. Elle répondit : « Ni l’un ni l’autre » et comme son intervieweur insistait, elle ajouta : « S'il avait eu quoi que ce soit de la sorte il n’aurait pas pu me le cacher » (Saints’ Herald, 26, 1er octobre 1879, p. 290).
Martin Harris se rendit à Harmony en février 1828 et, peu de temps après, emporta une transcription et une traduction de certains des caractères à New York City, où il les montra au professeur Charles Anthon au Columbia College (voir Anthon – Transcription). Il revint entièrement convaincu que Joseph disait la vérité et, du 12 avril au 14 juin 1828, fit fonction de secrétaire pendant que Joseph Smith traduisait le livre de Léhi.
Le 15 juin 1828, le fils aîné de Joseph et d'Emma naquit mais mourut quelques heures plus tard. Vers le 15 juillet, Joseph apprit que Martin Harris avait perdu les 116 pages qu'ils avaient traduites (voir Manuscrit – 116 pages perdues), après quoi l'ange Moroni reprit provisoirement les plaques et les interprètes à Joseph, qui fut réprimandé mais assuré par le Seigneur que l’œuvre continuerait (D&A 3:15-16).
Le 22 septembre 1828, les plaques et les outils de traduction furent rendus à Joseph Smith et au cours de cet hiver il traduisit « encore quelques pages » (D&A 5:30). Le travail avança lentement jusqu'au 5 avril 1829, quand Oliver Cowdery, un instituteur qui avait vu le Seigneur et les plaques dans une vision (PWJS, p. 8), arriva à Harmony et offrit ses services à Joseph. Pratiquement tout le texte anglais du Livre de Mormon fut alors traduit entre le 7 avril et la dernière semaine de juin, soit moins de soixante jours ouvrables.
La dictée se déroula sans heurts. Il ressort des parties encore existantes du manuscrit original que Joseph dictait environ une douzaine de mots à la fois. Oliver redisait ces mots à haute voix pour vérification, ensuite ils continuaient. Emma ajouta plus tard qu'après un repas ou une nuit de repos, Joseph commençait sans rien relire là où il s’était précédemment arrêté (Saints’ Herald 26, 1er octobre 1879, p. 290). Aucun temps n'était consacré à faire de la recherche, à vérifier la logique interne ou à réécrire le texte. En 1834 Oliver écrivit : « Ce furent là des jours inoubliables ! Cela éveillait en mon sein la gratitude la plus profonde que de pouvoir être là à écouter le son d’une voix parlant sous l'inspiration du ciel. Jour après jour, je continuai, sans interruption, à écrire l’histoire… telle qu’elle tombait de ses lèvres, tandis qu'il traduisait » (Messenger and Advocate 1, octobre 1834, p. 14).
Pendant les mois d’avril, mai et juin 1829, beaucoup d'événements se produisirent en même temps que la traduction du Livre de Mormon. À la date du 15 mai, le récit du ministère du Christ dans 3 Néphi était traduit. Ce texte mentionne explicitement la nécessité d'être baptisé par l’autorité appropriée et ce commandement inspira Joseph Smith et Oliver Cowdery à prier, ce qui conduisit au rétablissement de la Prêtrise d’Aaron, le 15 mai (JS–H 1:68-74) et, peu de temps après, à celui de l ;a Prêtrise de Melchisédek (voir Prêtrise d'Aaron – Rétablissement ; Prêtrise de Melchisédek – Rétablissement de la Prêtrise de Melchisédek). Il fallut aussi consacrer du temps à des voyages jusqu’à Colesville (New York), située à cinquante kilomètres de là, pour aller chercher des provisions et aussi pour gagner de l'argent afin d’acheter du papier, pour obtenir le copyright fédéral le 11 juin 1829, pour baptiser Samuel et Hyrum Smith, pour prêcher à plusieurs personnes intéressées et, pendant la première semaine de juin, pour déménager et s’installer à la ferme de Peter Whitmer, à Fayette (New York), à cent cinquante kilomètres de là, où les quelque cent cinquante dernières pages furent traduites, avec la collaboration de certains des Whitmer comme secrétaires. Le travail fut terminé avant la fin du mois de juin, et à ce moment-là, il fut permis aux trois et aux huit témoins de voir les plaques (voir Livre de Mormon – Témoins).
La plupart des données dont nous disposons soutiennent l'idée que Joseph et Oliver commencèrent leur travail en avril 1829 par le discours de Benjamin (Mosiah 1-6), traduisirent jusqu’à la fin du livre de Moroni en mai, puis traduisirent la page de titre et finalement les petites plaques de Néphi (1 Néphi-Omni) et les Paroles de Mormon avant la fin de juin (Welch et Rathbone). Le texte de la page de titre, « la dernière feuille » des plaques de Mormon (HC 1:71), fut utilisé comme description du livre sur le formulaire de copyright introduit le 11 juin 1829.
Beaucoup de facteurs, y compris des sources divines de connaissance et les efforts spirituels et le vocabulaire personnel de Joseph ont apparemment joué un rôle dans l’élaboration du texte anglais du Livre de Mormon. Certains récits mettent l’accent sur le facteur divin. Des années plus tard, David Whitmer déclara que les mots apparaissaient à Joseph sur quelque chose qui ressemblait à un morceau de parchemin et qu'il lisait les mots à haute voix à son secrétaire (An Address to All Believers in Christ, 1887, p. 12). D'autres récits disent que des efforts humains étaient également requis. Quand Oliver Cowdery essaya de traduire en avril 1829, le Seigneur lui dit : « Tu dois l'étudier dans ton esprit ; alors tu dois me demander si c’est juste » (D&A 9:8). Selon David Whitmer, Joseph ne pouvait traduire que quand il était humble et fidèle. Un matin quelque chose était allé de travers dans la maison ; Joseph ne put traduire une seule syllabe jusqu'à ce qu'il fût allé dans un verger, eût prié et se fût réconcilié avec Emma (CHC 1:131). La capacité de Joseph de traduire augmenta apparemment à mesure que le travail avançait.
La plupart des comptes rendus déclarent que pendant toute l’entreprise Joseph utilisa les « interprètes néphites » ou alors, par facilité, il se servait d’une pierre de voyant (voir CHC 1:128-30). Les deux instruments étaient parfois appelés par d'autres l'Urim et le Thummim. On rapporte qu’en 1830, Oliver Cowdery témoigna devant un tribunal que ces outils permettaient à Joseph « de lire en anglais les caractères égyptiens réformés qui étaient gravés sur les plaques » (Benton, Evangelical Magazine and Gospel Advocate 2, 9 avril 1831, p. 15). Dans une interview de 1891, William Smith dit que quand son frère Joseph utilisait les « interprètes » (qui étaient comme un arc argenté tordu en forme de huit avec deux pierres entre les bords de l'arc reliées par une tige à un plastron de cuirasse), cela lui laissait les mains libres pour tenir les plaques. D’autres rapports tardifs mentionnent divers autres détails, mais on ne peut pas les confirmer ou les infirmer historiquement.
Pour ce qui est de la nature de la traduction anglaise, sa langue est sans ambiguïté et directe. Joseph a dit un jour que le livre a été « traduit dans notre langue » (EPJS, p. 17 ; cf. D&A 1:24). Dans plusieurs chapitres, pour de bonnes et utiles raisons, cela signifiait que la langue respectait l'idiome de la King James Version de l’époque (voir CWHN 8:212-216 ; Welch, 1990, pp. 134-163). Cela voulait aussi dire que le manuscrit allait contenir des fautes d'orthographe humaines et des singularités grammaticales, impliquant que s'il avait été traduit au cours d’une autre décennie sa phraséologie et le vocabulaire auraient pu être légèrement différents.
En même temps, des preuves indirectes dans le texte anglais donnent à penser que la traduction était très précise. Par exemple, les traductions indépendantes et identiques de 1 Néphi 1:8 et Alma 36:22 (citant avec précision vingt et un des mots de Léhi dans 1 Néphi 1:8 [19 dans la traduction française]) sont typiques de la précision interne manifestée dans ce document long et complexe. Par ailleurs, plusieurs termes stéréotypés, hébraïsmes, indices stylistiques révélateurs de l’intervention de plusieurs auteurs, une diversité de parallélismes et de chiasmes étendus (voir Livre de Mormon – Auteurs ; Livre de Mormon – Littérature), ainsi que certains noms propres sémitiques et quelques variantes textuelles, pas du tout évidents dans la King James Bible, corroborent l’affirmation que la traduction était fidèle à un texte cohérent sous-jacent.
Naturellement, il est rarement possible de traduire exactement, mot à mot, la même gamme de significations d'une langue à l’autre et par conséquent les avis ont varié au sujet de la nature de la correspondance du texte antique avec la traduction anglaise. Une citation de David Whitmer lui fait dire que « il arrivait souvent qu’un seul caractère fasse deux lignes de manuscrit tandis que d'autres ne faisaient qu’un mot ou deux mots » (Deseret News, 10 novembre 1881). On ne peut cependant pas établir le rapport linguistique entre la traduction anglaise et les caractères des plaques sans consulter l'original néphite, qui a été rendu en 1829 à l'ange Moroni (voir Moroni – Visites de).

Bibliographie
Roberts, B. H. "Translation of the Book of Mormon." IE 9 (avril 1906), pp. 706-736.
Ricks, Stephen D. "Joseph Smith's Means and Methods of Translating the Book of Mormon." F.A.R.M.S. Paper. Provo, Utah, 1984.
Welch, John W. "How Long Did It Take Joseph Smith to Translate the Book of Mormon?" Ensign 18 (janvier 1988), p. 46.
Welch, John W. The Sermon at the Temple and the Sermon on the Mount, pp. 130-163. Salt Lake City, 1990.
Welch, John W., et Tim Rathbone. "The Translation of the Book of Mormon: Basic Historical Information." F.A.R.M.S. Paper. Provo, Utah, 1986.
JOHN W. WELCH
TIM RATHBONE

Loi

[Quatre articles traitent de divers aspects des croyances et des expériences des saints des derniers jours par rapport à la loi. Deux des articles sont groupés ci-dessous:
Loi: Aperçu
Loi: Loi divine et éternelle
L’Aperçu traite du concept mormon de la loi en général et de la loi divine et éternelle en particulier. Loi divine et éternelle récapitule et décrit les mentions dans les Écritures modernes du rôle central de la loi en ce qui concerne Dieu.
L’article Loi de la Nature traite de l’absence d’une tradition élaborée d’une loi morale naturelle chez les saints des derniers jours et décrit leurs efforts limités pour fournir une explication raisonnable aux lois de la nature telles que les décrivent les sciences naturelles. Loi constitutionnelle résume le respect des saints pour la loi civile en général et les lois constitutionnelles américaines en particulier.
L’expérience des saints des derniers jours et de l’Église devant les tribunaux est rapportée dans Histoire juridique et judiciaire. Les traditions et l’expérience juridiques du Livre de Mormon sont décrites dans Livre de Mormon, Gouvernement et histoire juridique dans le. Concernant les idées des saints sur des aspects spécifiques de la loi civile, voir aussi Église et État; Devoirs civiques; Droits civiques; Constitution des États-Unis d’Amérique; Liberté; Politique: Enseignements politiques. On trouvera des renseignements sur d’autres sujets en rapport avec la loi dans Justice et miséricorde; Loi de Moïse; Témoins, loi des. Les commandements et les principes de l’Évangile sont souvent qualifiés de «lois»; sur ces sujets, voir des rubriques telles que Commandements; Consécration: Loi de consécration; Obéissance.]

Loi: Aperçu
Auteur: WELCH, JOHN S.

Il y a trois types de lois: les lois spirituelles ou divines, les lois de la nature et les lois civiles. Les saints des derniers jours sont profondément et uniformément axés sur la loi parce que les lois, qu’elles soient spirituelles, physiques ou civiles, sont les règles qui définissent l’existence et guident l’action. Ils s’attendent à ce qu’en obéissant aux lois ils reçoivent des bénédictions et des récompenses et à ce qu’en cas de violation des lois se produisent la souffrance, les privations et même le châtiment.
L’attitude fondamentale des saints vis-à-vis de la loi et de la jurisprudence est façonnée principalement par les révélations contenues dans les Doctrine et Alliances et par les explications données par les présidents de l’Église. Dieu est, par définition, un Dieu d’ordre: «Voici, ma maison est une maison d’ordre, dit le Seigneur Dieu, et pas une maison de confusion» (D&A 132:8). Dieu et la loi sont inséparables, parce que s’il n’y a pas de loi, il n’y a pas de péché; et s’il n’y a pas de péché, il n’y a pas de justice, «et si ces choses ne sont pas, il n’y a pas de Dieu» (2 Né. 2:13). La loi émane de Dieu par le Christ. Jésus a dit: «Je suis la loi et la lumière» (3 Né. 15:9) et la parole de Dieu est sa loi (D&A 132:12).

Dans une révélation de 1832, Joseph Smith a appris que la loi est une manifestation omniprésente de la lumière et de la puissance de Dieu: «La lumière qui est en tout… est la loi par laquelle tout est gouverné» (D&A 88:12-13). À propos de la loi spirituelle et de la loi naturelle, il n’existe aucun espace ou relation où la loi soit inexistante. «Il y a beaucoup de royaumes; car il n’est pas d’espace dans lequel il n’y ait pas de royaume… Et à tout royaume est donnée une loi; et à toute loi il y a certaines limites et certaines conditions» (D&A 88:37-38).
Il y a autant de lois qu’il y a de royaumes, qui reflètent plus ou moins de lumière et de vérité. Certaines lois sont supérieures, d’autres inférieures. Le Royaume de Dieu fonctionne selon des lois supérieures correspondant à la position exaltée de Dieu, alors que la terre, toute la condition mortelle et les autres royaumes appartiennent à des sphères inférieures et fonctionnent donc sous des lois différentes. Le degré de gloire qu’une personne ou une chose peut supporter dépend du niveau de loi qu’il ou elle peut supporter (D&A 88:22-25).
Les lois inférieures sont englobées dans les lois supérieures. Si le peuple garde les lois de Dieu, il «n’a pas besoin d’enfreindre les lois du pays» (D&A 58:21). De même, quand la loi de Moïse a été accomplie par Jésus-Christ, elle a été engloutie en lui.
L’existence est un processus par lequel on apprend progressivement à obéir à la loi supérieure. L’obéissance et la soumission à la loi sont considérées comme un signe de progrès, de maturité et de compréhension, et une obéissance plus grande à la loi produit une plus grande liberté (D&A 98:5) et les bénédictions qui vont de pair (D&A 130:20-21).
Les principes du libre arbitre et de la responsabilité fonctionnent à tous les niveaux: les gens peuvent choisir les lois auxquelles ils vont obéir et celles qu’ils vont ignorer, mais Dieu les tiendra pour responsables et les récompensera en conséquence (D&A 82:4). Ceci n’est pas considéré comme menace; le but de la loi n’est pas de forcer ou de punir mais de guider et d’assurer une structure.
Dans la sphère divine ou spirituelle, la loi n’est pas le produit d’une recherche philosophique ou théorique de ce qui est juste ou bon. Elle émane de la Divinité et est révélée par Jésus-Christ et ses prophètes.
Les lois spirituelles données par Dieu à l’humanité sont généralement appelées commandements et sont constituées d’interdits, d’obligations et de prescriptions. Les commandements sont uniformément associés aux bénédictions promises en cas d’obéissance fidèle. Ainsi, les saints des derniers jours se décrivent comme un peuple de l’alliance qui peut être récompensé maintenant, et dans l’au-delà, pour sa fidélité. Beaucoup de ces alliances sont bilatérales, c’est-à-dire que les membres prennent l’engagement personnel dans diverses ordonnances officielles de se conformer à certains commandements.
On considère généralement que les lois spirituelles ou les commandements de Dieu ont été décrétés à bon escient par un Père céleste aimant, qui désire réaliser l’exaltation de ses enfants d’esprit. Ainsi, «il y a une loi, irrévocablement décrétée dans les cieux avant la fondation de ce monde, sur laquelle reposent toutes les bénédictions» (D&A 130:20). Les saints des derniers jours croient que Dieu sait ou stipule tous les types d’actes et de retenues requis de tous les hommes pour atteindre cet état éternel béni d’exaltation et qu’il a révélé ces exigences à l’humanité par ses serviteurs. Aucune loi donnée de Dieu n’est temporelle (D&A 29:34).
Le caractère «irrévocable» évoqué dans la citation ci-dessus a une connotation de permanence et d’immuabilité. Puisque Dieu ne peut pas mentir, les commandements et les promesses contenus dans ses alliances avec le peuple ne seront pas révoqués, bien qu’il puisse le faire pour un commandement bien déterminé pour ceux qui désobéissent (D&A 56:3-6). Les principes fondamentaux ne sont pas conjoncturels et ne fluctuent pas avec les notions changeantes de la moralité ou de la théologie en dehors de l’Église. Le président de l’Église est un prophète de Dieu qui reçoit des révélations et l’inspiration pour interpréter et appliquer ces principes de base pendant que les circonstances humaines changent.
Selon le principe du libre arbitre, Dieu commande, mais il ne contraint pas. Aucun mécanisme terrestre n’existe qui impose l’application des lois de Dieu. Le prophète enseigne aux membres des principes corrects et ils sont censés se gouverner eux-mêmes. L’œuvre missionnaire et l’éducation des membres de l’Église se font de telle sorte que les gens puissent choisir en connaissance de cause. On leur enseigne qu’un choix fait en connaissance de cause a pour résultat soit une bénédiction (immédiate ou différée) soit une conséquence indésirable (immédiate ou différée). L’ignorance de la loi est considérée comme une excuse légitime. À cause de l’expiation de Jésus-Christ, le repentir n’est pas exigé de ceux «qui ont péché par ignorance» ou «qui sont morts sans connaître la volonté de Dieu à leur sujet» (Mosiah 3:11), même si le fait de ne pas respecter le commandement peut avoir comme conséquence la perte des bénédictions qui découleraient de la conduite appropriée. Dans la plupart des cas, les violateurs de la loi divine peuvent échapper au châtiment lié à l’offense par le repentir, les exigences de la justice ayant été satisfaites par l’expiation du Christ dans l’intérêt de tous (voir Justice et miséricorde).

Bibliographie
Firmage, Edwin B., et Christopher L. Blakesley. "J. Reuben Clark, Jr.: Law and International Order." BYU Studies 13, printemps 1973, pp. 273-346.
Garrard, LaMar E. "God, Natural Law, and the Doctrine and Covenants." Dans Doctrines for Exaltation, pp. 55-76. Salt Lake City, 1989.
JOHN S. WELCH

Loi: Loi divine et éternelle
Auteurs: PARKER, DOUGLAS H. et HAWKINS, KARL S.

La révélation moderne souligne l’existence et le caractère indispensable de la loi. La relation entre la loi divine et les autres espèces de loi n’a pas été traitée de manière systématique dans la pensée mormone comme elle l’a été dans la théologie chrétienne traditionnelle (par exemple, la Somme théologique de Thomas d’Aquin). Mais on peut déduire, des Écritures modernes et des sources apparentées, des observations distinctives au sujet de la loi divine et de la loi éternelle.
Thomas d’Aquin distingue quatre catégories de loi: (1) la loi éternelle, qui coexiste avec la volonté divine et avec le but et le plan globaux de Dieu; (2) la loi naturelle, qui concerne la participation appropriée de l’humanité à la loi éternelle mais se découvre par la raison sans l’aide de la révélation ni de la promulgation; (3) la loi positive divine, qui fait aussi partie de la loi éternelle, qui a trait aux sacrements et aux ordonnances nécessaires à l’accomplissement du but surnaturel de l’humanité communiqué par la révélation; et (4) la loi positive créée par l’homme, qui régit les affaires de l’humanité dont ne traite pas expressément la loi de Dieu (par exemple, les lois qui régissent des choses telles que les sociétés commerciales, les titres, les actes, les testaments et les dépôts) ou qui imposent la loi naturelle par le pouvoir de l’État.
Les sources chez les saints affirment des lois correspondant en gros à chacun de ces quatre types. Mais à la différence des théologies juive et chrétienne traditionnelles, qui situent Dieu en dehors de la nature et antérieurement à elle, la théologie des saints situe Dieu au sein de la nature.
Les lois «divines» sont instituées par Dieu pour régir ses créations et ses royaumes et pour prescrire le comportement de sa postérité. Une telle loi, selon les termes des catégories de Thomas d’Aquin, serait une loi positive divine (c.-à-d., une loi existant en vertu du fait qu’elle est posée en principe ou décrétée par Dieu). Certains saints des derniers jours croient que la loi «éternelle» est une loi auto-existante, sans auteur, que Dieu lui-même honore et administre parce que c’est la condition de sa perfection et de son état divin. Il convient de noter que les adjectifs «divin» et «éternel» n’ont pas d’usage fixe dans les écrits (voir Temps et éternité).
Les Écritures et autres sources modernes ne disent pas explicitement que la loi éternelle existe indépendamment ou coéternellement avec Dieu. Toutefois, cette caractéristique de la loi éternelle est parfois déduite de deux concepts qui trouvent un appui dans les Écritures et d’autres sources chez les saints:
1. Dieu est régi (lié) par la loi. Les Écritures disent que «Dieu cesserait d’être Dieu» s’il devait permettre à la miséricorde de détruire la justice ou à la justice de l’emporter sur la miséricorde ou au plan de rédemption de s’accomplir à des conditions injustes (Al. 42:13). Les Écritures disent en outre: «Moi, le Seigneur, je suis lié lorsque vous faites ce que je dis» (D&A 82:10), ce qui implique que Dieu, par nature et par définition, et non par une coercition externe, est juste et digne de confiance. Certains auteurs de l’Église ont dit que «[Dieu] lui-même gouverne et est gouverné par la loi» (MD, p. 432) et que «le Seigneur agit en accord avec la loi naturelle» (DS 2:27). Ils parlent de même de «lois supérieures» qui expliquent la providence et les miracles.
2. L’intelligence et la vérité n’ont pas été créées; elles sont coéternelles avec Dieu. «L'intelligence, ou la lumière de la vérité, n'a été ni créée ni faite et ne peut assurément pas l'être. Toute vérité est indépendante dans la sphère dans laquelle Dieu l'a placée, libre d'agir par elle-même; et il en va de même pour toute intelligence; sinon il n'y a pas d'existence» (D&A 93:29-30). Joseph Smith s’est étendu sur cet enseignement dans son discours sur King Follett, disant que «nous en déduisons… que Dieu avait des matériaux pour organiser le monde à partir du chaos…. L’élément existait depuis que Dieu existait. Les principes de l’élément… n’ont jamais eu de commencement et ne peuvent avoir de fin… L’esprit ou intelligence que l’homme possède est [coéternel avec] Dieu lui-même» (EPJS, pp. 284-286). Si la vérité et l’intelligence n’ont pas été créées par Dieu et sont coéternelles avec lui, il se peut qu’elles soient ordonnées par et fonctionnent selon des lois ou des principes éternels qui sont auto-existants. C’est ce qu’on peut déduire de l’expression de Joseph Smith: «lois des principes éternels et existant par eux-mêmes» (EPJS, p. 145).
Conformément aux lois éternelles, Dieu façonne et décrète des lois éternelles qui fonctionnent dans les mondes qu’il crée et qui fixent les règles de conduite qu’il faut observer pour obtenir la bénédiction promise pour l’obéissance à cette loi. Joseph Smith a enseigné que «[Dieu] a été le premier Auteur de la loi ou de son principe pour l’humanité» (EPJS, p. 41).
Les Écritures modernes soulignent la nature omniprésente de la loi divine: «[Dieu] a donné une loi à toutes choses, par laquelle elles se meuvent en leurs temps et leurs saisons» (D&A 88:42). «C’est là la lumière du Christ… qui sort de la présence de Dieu pour remplir l'immensité de l'espace — la lumière qui est en tout, qui donne la vie à tout, qui est la loi par laquelle tout est gouverné, oui, la puissance de Dieu, qui est assis sur son trône» (D&A 88:7, 12-13).
Ces mêmes sources donnent cependant à penser que la loi divine fonctionne dans le domaine dont elle relève en elle-même ou auquel Dieu l’affecte et a donc des limites ou des bornes: «Tous les royaumes ont reçu une loi. Et il y a beaucoup de royaumes; car il n'est pas d'espace dans lequel il n'y ait pas de royaume; et il n'y a pas de royaume dans lequel il n'y ait pas d'espace, que ce soit un grand ou un petit royaume. Et à tout royaume est donnée une loi; et à toute loi il y a certaines limites et certaines conditions» (D&A 88:36-38).
Les références ci-dessus ont apparemment trait à la loi descriptive, c’est-à-dire à la loi divine qui agit directement sur les ordres physiques et biologiques ou à travers eux (voir Nature, Loi de).
D’autres lois de Dieu sont normatives. Elles ont trait à la volonté libre de l’homme, définissant les normes et les règles de conduite nécessaires au salut et à l’entente sociale. Les saints des derniers jours adhèrent aux commandements normatifs de Dieu qui se trouvent dans les dix commandements et le sermon sur la montagne. La révélation moderne confirme également que les bénédictions et le salut découlent de l’application des lois divines: «Il y a une loi, irrévocablement décrétée dans les cieux avant la fondation de ce monde, sur laquelle reposent toutes les bénédictions; et lorsque nous obtenons une bénédiction quelconque de Dieu, c'est par l'obéissance à cette loi sur laquelle elle repose» (D&A 130:20-21). «Et ceux qui ne sont pas sanctifiés par la loi que je vous ai donnée, c'est-à-dire la loi du Christ, doivent hériter un autre royaume, un royaume terrestre ou un royaume téleste» (D&A 88:21).
De ces lois ou commandements normatifs de Dieu, les enseignements des saints tendent à souligner les caractéristiques suivantes: (1) l’ampleur des lois divines révélées à l’humanité peut varier d’une dispensation à l’autre, selon les besoins et la situation de l’humanité comme Dieu le décrète; (2) ils sont donnés par l’intermédiaire de ses prophètes et interprétés par eux; (3) ils sont relativement concis, mais «doux» ou bienveillants, donnés pour favoriser le bonheur qu’il a conçu pour ses enfants (EPJS, pp. 206-207); et (4) ils sont efficaces pour l’humanité comme l’harmonie de Dieu avec la loi éternelle était et est efficace pour lui, et ils réaliseront l’exaltation de ses enfants justes.

Bibliographie
D’Aquin, Thomas. Somme théologique 1266-1273, trad. En anglais des Pères de la province dominicaine anglaise. Londres, 1915.
Widtsoe, John A. A Rational Theology. Salt Lake City, 1952.
CARL S. HAWKINS
DOUGLAS H. PARKER

Loi de la Nature
Auteur: MIDGLEY, LOUIS C.

L’étude rationnelle de la nature (physis) était, pour les philosophes grecs, la manière de connaître la réalité. À l’origine on distinguait radicalement le naturel de la loi (nomos), qui ne faisait que distinguer les conventions purement humaines. Ainsi, par exemple, il est naturel que les humains parlent, mais il n’est pas naturel de parler grec. Par conséquent, ces philosophes ne considéraient pas au départ la loi comme naturelle, même s’il était naturel que les humains soient régis par de telles conventions. Plus tard, on commença à relier les termes «nature» et «loi» pour décrire un âge d’or prépolitique sans règles, contrats, propriété ou mariage. Comprise de cette façon, «la loi naturelle» après le déclin de l’âge d’or, ne fournit pas le modèle de la loi civile, mais désigna plutôt un domaine accessible à la raison qui dépasse le monde. Les théologiens catholiques ont fini par emprunter l’expression «loi naturelle» à la philosophie païenne pour servir de base à une éthique sociale structurée. Thomas d’Aquin, dans sa restructuration aristotélicienne du christianisme, distingue quatre niveaux de loi: éternel, divin, naturel et humain. La loi éternelle, volonté de Dieu et structure de la réalité, affirme-t-il, est connue à la fois par la révélation en tant que loi divine et par la raison en tant que loi naturelle, et la loi humaine doit s’efforcer de refléter la loi naturelle.
Bien que les saints des derniers jours se livrent parfois à des suppositions sur les raisons de la loi positive donnée par la révélation divine ainsi que sur le sens moral de l’humanité (voir Éthique), il n’y a pas de loi morale naturelle qui soit clairement définie dans le canon de l’Église. Certains pensent qu’on pourrait dégager de l’Écriture l’équivalent général d’une loi morale naturelle. Mais la théologie, fondée sur la spéculation philosophique, est habituellement considérée comme concurrente de la révélation divine. Pareille spéculation demeure expérimentale et incertaine. Par conséquent, on ne parle guère de loi morale naturelle chez les saints des derniers jours.
Les Écritures modernes, plutôt que de se reposer sur les notions d’une loi morale naturelle, parlent de commandements, de prescriptions et d’ordonnances de Dieu, de la volonté de Dieu et de ses plans et de ses buts, de l’ordonnancement du monde (notamment ses bornes et ses limites) de loi donnée par Dieu et ainsi de suite. Les lois mentionnées dans les Écritures semblent plutôt être des exemples de loi positive divine, bien qu’elles ne soient pas arbitraires, puisque en tant que prescriptions morales elles forment les conditions de l’alliance contractée dans l’espoir que des bénédictions découleront de l’obéissance à Dieu. Les commandements de Dieu sont censés être basés sur des raisons qui ne sont pas entièrement accessibles à la recherche ou à l’interprétation humaine.
Il y a, cependant, un autre courant de pensée chez les saints des derniers jours, un courant qui affirme ce qu’on pourrait appeler les «lois de la nature» où ce terme désigne les régularités trouvées par les sciences. Ces lois sont considérées comme descriptives, pas normatives. On les conçoit ou bien comme mises en place par Dieu ou comme ayant une existence indépendante de la volonté de Dieu et par conséquent fonctionnant comme des conditions qu’il faut gérer lorsque l’homme élabore des plans en coopération avec Dieu. Beaucoup de saints des derniers jours, particulièrement ceux qui sont formés dans les sciences naturelles, entretiennent cette conception, mais elle n’a pas été exposée systématiquement ni intégrée aux enseignements des Écritures.
C’est le don prophétique qui met à disposition les conditions de l’alliance avec Dieu et ces alliances s’accompagnent de bénédictions et de malédictions. Les saints des derniers jours mettent donc l’accent sur l’obéissance à ce qui revient à être une loi positive divine et pas aux exigences de la nature telles que les connaît la raison humaine.

Bibliographie
d’Entreves, A. P. Natural Law. London, 1951.
Madsen, Truman G. "Joseph Smith and the Problems of Ethics." Dans Perspectives in Mormon Ethics, dir. de publ. Donald E. Hill, pp. 29-48. Salt Lake City, 1983.
LOUIS C. MIDGLEY

Loi de l’adoption
Auteur: BLOXHAM, V. BEN

La maison d’Israël, dans une perspective spirituelle et éternelle, finira par inclure tous ceux qui sont les vrais disciples de Jésus-Christ. Bien que ceux qui sont de la lignée directe par le sang de la maison d’Israël soient, d’un point de vue généalogique, les brebis du troupeau de Dieu, ils doivent remplir toutes les conditions spirituelles d’un disciple. Ceux qui ne sont pas du sang d’Israël peuvent devenir Israël par l’adoption (cf. Ro. 8:14; Ga. 3:7, 29; 4:5-7; Mt. 3:9; TJS Lu. 3:8; Abr. 2:10) grâce aux principes et aux ordonnances de l’Évangile: la foi au Seigneur Jésus-Christ, le repentir par rapport aux péchés, le baptême d’eau et la réception du Saint-Esprit et la persévérance jusqu’à la fin.
Dans un sens plus large, tout le monde doit être adopté dans la famille de Dieu pour jouir de la plénitude de ses bénédictions dans le monde à venir. Fils unique du Père dans la chair, Jésus est le seul héritier naturel et donc le seul qui, de par sa naissance, ait droit au royaume de son Père. Si d’autres veulent se qualifier pour être cohéritiers avec le Christ dans le royaume de son Père, ils doivent être totalement adoptés par Dieu.
Le processus d’adoption est, pour employer les termes du prophète Joseph Smith, «une création nouvelle du Saint-Esprit» (EPJS, p. 117). Comme résumé dans les Doctrine et Alliances, les gens qui contractent l’alliance et «magnifient leur appel» «sont sanctifiés par l’Esprit à tel point que leur corps est renouvelé. Et ils deviennent les fils de Moïse et d’Aaron, la postérité d’Abraham, l’Église et le royaume, et les élus de Dieu» (D&A 84:33-34).

Bibliographie
Irving, Gordon. "The Law of Adoption: One Phase in the Development of Mormon Concept of Salvation, 1830-1900." BYU Studies 14, printemps 1974, pp. 291-314.
V. BEN BLOXHAM

Loi de Moïse
Auteurs: FALK, ZE’EV W. et PARKER, DOUGLAS H.

Le Livre de Mormon et les Doctrine et Alliances exposent des idées caractéristiques au sujet de la loi de Moïse et de son rapport avec le Christ et avec l’accomplissement du salut individuel. L’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours enseigne que cette loi a été donnée par Dieu à Moïse, qu’elle faisait partie d’une alliance particulière d’obéissance et de faveur entre Dieu et son peuple, qu’elle symbolisait et préfigurait les choses à venir et qu’elle avait été accomplie dans l’expiation de Jésus-Christ.
La loi de Moïse se comprend mieux au sens large. Elle se compose d’«ordonnances», de «lois», de «prescriptions» et de «commandements». Le Livre de Mormon les mentionne aussi avec divers «observances», «sacrifices» et «holocaustes». Nulle part dans l’Écriture son ampleur, sa profondeur, sa diversité et sa définition ne sont rendues complètement explicites. Sur de tels sujets, on peut tirer des renseignements du Pentateuque lui-même (la Torah) et des sciences de la Bible, mais on ne peut que faire des conjectures sur ce que signifiaient ces termes pour les auteurs du Livre de Mormon.
Une définition étroite confinerait la loi de Moïse à un ensemble d’interdits et d’impératifs exposés dans des unités littéraires séparées et sans rapport entre elles dans les cinq premiers livres de la Bible. Cette façon de voir ne permet guère de parler de «loi biblique» puisque ces dispositions ne sont pas rattachées entre elles comme unité par la Torah elle-même. Les codes et les séries dispersés incluent le Code de l’Alliance (Ex. 20:23-23:19), la Loi deutéronomique (De. 12-26), le Code de Sainteté (Lé. 17-26), les lois de pureté (Lé. 11-15), les rituels de fête (De. 16), les règlements concernant les sacrifices (No. 28-29) et les dix commandements (Ex. 20:2-17; De. 5:6-21). Certains savants bibliques concluent que «c’étaient par le passé des unités indépendantes, ayant leur existence propre, chacune ayant son propre but et sa propre sphère de validité, et ayant été transmise au départ individuellement pour elle-même» (North, p. 7), mais les saints des derniers jours acceptent généralement telles quelles les déclarations de la Bible qui en attribuent l’origine à Moïse, mais l’Église n’a pris aucune position officielle au sujet de la collection et de la transmission de ces textes légaux dans le Pentateuque. Les scribes et les copistes ont évidemment apporté des changements après le temps de Moïse (par exemple, comparez Moï. 1-5 et Ge. 1-6).
Quelque chose qui complique encore la question de ce que l’on entendait par le terme «Loi de Moïse» dans le Livre de Mormon est le fait que les «cinq livres de Moïse» que les Néphites possédaient antidatent la rédaction et la canonisation du Pentateuque par Esdras (444 av. J.-C.). Les passages cités (par exemple, Mosiah 13:12-24) indiquent cependant que les lois néphites étaient essentiellement semblables aux textes bibliques que les Juifs et les chrétiens ont aujourd’hui.
Dès le troisième siècle apr. J.-C., la conception juive était que les commandements s’élevaient à 613. On dit que Rabbi Simlai aurait déclaré que «613 commandements ont été révélés à Moïse au Sinaï, 365 étant des interdictions dont le nombre équivalait aux jours solaires, et 248 étaient des prescriptions correspondant en nombre aux membres [sic] du corps humain» (Encyclopedia Judaica 5:760, citant Talmud Bavli, Makkot 23b). Un tiers environ de ces commandements sont périmés depuis longtemps, comme ceux qui ont trait au tabernacle et à la conquête de Canaan. D’autres concernaient des classes spéciales, telles que les naziréens, les juges, le roi ou le grand prêtre, des circonstances qui se produisaient rarement. À l’exclusion de ces derniers, une centaine s’appliquent à l’ensemble de la population et vont du spirituellement sublime au trivial. Parmi les exemples de commandements éternellement pertinents de la loi de Moïse, il y a les dix commandements et ceux qui concernent l’amour de Dieu, le culte de Dieu, l’amour du prochain, l’amour de l’étranger, la charité envers les pauvres, l’honnêteté dans les relations, la renonciation à la vengeance et à la rancune. Les autres commandements couvrent un kaléidoscope de sujets quotidiens, notamment le respect des maisons et des champs, les droits de succession, le payement des salaires, l’agriculture, l’élevage et les aliments interdits. Les savants juifs les classifient comme commandements vis-à-vis de Dieu et comme commandements vis-à-vis de ses semblables (Mishnah Yoma 8:9).
Deux autres définitions devraient être mentionnées. L’une d’elles fait remonter la Loi de Moïse au Pentateuque. Vers le temps du Christ, les auteurs du Nouveau Testament appelaient parfois le Pentateuque «la loi» (Luc 24:44; Ga. 4:21), même si le mot «torah» avait un sens plus large (c.-à-d., «enseignements») et que le Pentateuque contient de la poésie et des récits en plus des commandements, et que certains passages s’adressent à toutes les personnes et à toutes les nations (Ge. 9:1-7). L’autre définit la Loi comme théologiquement synonyme de la croyance doctrinale, erronée ou pas, que le salut dépend du respect des commandements, distinguant ainsi la loi de la grâce, ce qui pour beaucoup de chrétiens élimine la tâche de devoir faire le tri des lois mosaïques qui sont toujours en vigueur.
Rejoignant à certains égards et s’écartant à d’autres des conceptions juives ou chrétiennes traditionnelles, les traits principaux des croyances des saints au sujet de la Loi de Moïse sont les suivants:
1. Jésus-Christ était Jéhovah, le Dieu de l’Ancien Testament qui a donné la Loi à Moïse (3 Né. 15:5; EPJS, p. 222). Jésus, parlant après son expiation et sa résurrection, dit: «La loi qui fut donnée à Moïse est accomplie. Voici, je suis celui qui a donné la loi, et je suis celui qui a fait alliance avec mon peuple d'Israël» (3 Né. 15:4-9).
2. La loi tout entière a été, à plusieurs égards, accomplie, complétée, supplantée et vivifiée par Jésus-Christ. Jésus a dit: «en moi elle a été toute accomplie» (3 Né. 12:17-18). Ses «vérités d’Évangile grandes et éternelles» (MD, p. 398) sont applicables par Jésus-Christ à toutes les dispensations, car il continue à révéler sa volonté à des prophètes «comme Moïse» (2 Né. 3:9-11).
3. Les saints des derniers jours croient que la Loi de Moïse a été donnée aux Israélites comme Évangile préparatoire pour être un pédagogue pour les conduire au Christ et à la plénitude de son Évangile (Ga. 3:24; cf. Jacob 4:5; Al. 34:14). L’autorité d’agir au nom de Dieu est incorporée dans deux prêtrises, celle de Melchisédek, la plus haute, qui englobe toute autorité divinement déléguée et s’étend jusqu’à la plénitude de la loi de l’Évangile, et celle d’Aaron, la moindre, qui ne porte que sur les choses inférieures comme la loi des commandements charnels et du baptême (D&A 84:26-27). Tandis que Moïse et ses prédécesseurs avaient la prêtrise supérieure et la plénitude de l’Évangile du Christ, qui devaient toutes deux être données aux enfants d’Israël, mais «ils s'endurcirent le cœur et ne purent supporter sa présence [de Dieu]; c'est pourquoi, le Seigneur, dans sa colère… prit Moïse de leur milieu, ainsi que la Sainte Prêtrise; et la moindre prêtrise continua» (D&A 84:23-24; voir Hé. 3:16-19; Mos. 3:14; EPJS, p. 44).
4. Le peuple du Livre de Mormon a apporté la loi de Moïse avec lui de Jérusalem. Malgré le fait qu’il se soit efforcé de l’observer strictement jusqu’à l’avènement du Christ (par exemple, 2 Né. 5:10; Al. 30:3), il croyait au Christ et savait que le salut ne venait pas de la Loi seule, mais par le Christ (2 Né. 25:23-24) et comprenait que la loi serait supplantée par le Messie (Mos. 13:27-28; 2 Né. 25:23-25).
5. Pour les saints des derniers jours, tout est donné de Dieu à l’homme comme type et préfiguration des actes rédempteurs et expiatoires du Christ (2 Né. 11:4; Mos. 13:31). Ainsi, la Loi de Moïse symbolise divers aspects de l’expiation du Christ.
6. La conclusion d’alliances, les promesses et l’obéissance aux commandements font partie de la plénitude de l’Évangile du Christ: «Grâce au sacrifice expiatoire du Christ, tout le genre humain peut être sauvé en obéissant aux lois et aux ordonnances de l’Évangile» (3e A de F). Pour les saints des derniers jours et pour ce qui est de l’observance juive de la loi de Moïse, la grâce, la foi et les œuvres sont toutes essentielles au salut: «C’est par la grâce que nous sommes sauvés, après tout ce que nous pouvons faire» (2 Né. 25:23). Aucun mortel ne peut obéir parfaitement à la loi. Par la loi seule, personne ne sera sauvé. La grâce de Dieu compense le déficit. L’Église ne souscrit pas à la notion d’une grâce indépendante sans aucun rapport avec les instructions et les attentes exigées de l’homme. Elle a des commandements concernant le régime alimentaire (voir Parole de Sagesse), la pudeur et la chasteté, aussi bien que beaucoup d’ordonnances telles que le baptême, l’imposition des mains, les ablutions et l’onction. Si l’homme était parfait, le salut viendrait de là; on marcherait parfaitement à la manière du Seigneur. Puisque l’homme est mortel et imparfait, Dieu dans son amour fait connaître la voie que ses enfants devraient suivre et donne la grâce «après tout ce qu’ils peuvent faire».

Bibliographie
Daube, David. Studies in Biblical Law. New York, 1969.
Falk, Ze'ev. Hebrew Law in Biblical Times. Jerusalem, 1964.
Jackson, Kent P. "The Law of Moses and the Atonement of Christ." In Studies in Scripture, Vol. 3, pp. 153-72. Salt Lake City, 1985.
Noth, Martin. The Laws in the Pentateuch and Other Studies. Edinburgh, 1966.
Patrick, Dale. Old Testament Law. Atlanta, 1985.
DOUGLAS H. PARKER
ZE'EV W. FALK

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